Chapitre 10

La comédie et la tragédie au XVIIe siècle

Chapitre 10
La comédie et la tragédie au XVIIe siècle

Au XVIIe siècle, les règles du théâtre se précisent : c'est ainsi que le théâtre classique est théorisé. Les principaux dramaturges classiques (Racine, Corneille, etc.), fascinés par la dramaturgie antique, puisent leur inspiration chez des auteurs de la Grèce antique.

ILes règles du théâtre classique du XVIIe siècle

ALa vraisemblance et la bienséance

1La vraisemblance

La vraisemblance désigne la cohérence qu'une pièce de théâtre doit avoir. Elle sert à renforcer la réalité d'une pièce : le spectateur doit pouvoir la considérer comme vraie. Cela ne veut pas dire que les faits sont véridiques, mais qu'ils sont crédibles.

[La vraisemblance est] « l'essence du poème dramatique, et sans laquelle on ne peut rien faire ni rien dire de raisonnable sur la scène ».

La pratique du théâtre, Abbé d'Aubignac, 1657

2La bienséance interne et la bienséance externe

On distingue la bienséance interne de la bienséance externe.

La bienséance interne doit assurer la cohérence interne à la pièce.

La bienséance interne oblige le personnage à certains principes:

La bienséance externe est le fait de devoir se conformer aux mœurs des spectateurs. Le dramaturge doit la respecter pour ne pas choquer les spectateurs. La pièce ne doit donc pas dévoiler des scènes trop violentes comme la mort, ou trop explicite comme les scènes d'amour.

Dans Phèdre, pièce de Jean Racine datant de 1667, la mort d'Hippolyte étant très violente, elle n'est pas montrée sur scène mais racontée par Théramène en scène V.

Ce qu'on ne doit point voir, qu'un récit nous l'expose :
Les yeux en le voyant saisiront mieux la chose ;
Mais il est des objets que l'art judicieux
Doit offrir à l'oreille et reculer des yeux

Art poétique, Boileau, 1674

BLa règle des trois unités

L'unité de lieu sert à renforcer la vraisemblance de la pièce : puisque le spectateur reste dans le même lieu, la pièce doit elle aussi se dérouler à cet endroit. Ce sont les personnages qui se déplacent.

Lorsque des actions se passent à l'extérieur, le dramaturge a recours à un procédé qui consiste à faire raconter les évènements par les personnages.

Dans Britannicus (1664) de Racine, toute la pièce se déroule dans une pièce du palais de Néron à Rome.

L'unité de temps oblige la pièce à se dérouler dans un intervalle fictif de vingt-quatre heures. Cela est fait pour éviter les ellipses trop nombreuses, et pour se rapprocher de la vraie durée d'une pièce.

L'unité d'action empêche la pièce d'accumuler les intrigues. En effet, en un seul lieu et un seul jour, la pièce ne pourrait pas suivre plusieurs actions qui concerneraient plusieurs personnages.

IILa comédie au XVIIe siècle

AL'histoire littéraire de la comédie

1La commedia dell'arte

Bien que ce ne soit pas la première forme de comédie (on en trouve déjà durant l'antiquité grecque avec Plaute et Aristophane), la commedia dell'arte est la principale source d'inspiration de la comédie classique telle qu'on la connaît au XVIIe siècle.

La commedia dell'arte désigne un genre de théâtre comique populaire italien du XVIe siècle. Initialement, il s'agit d'un théâtre de rue, où les troupes improvisent un scénario, une fois les rôles attribués à chacun. Parmi eux, on retrouve des types : Arlequin (le valet du petit peuple), Scaramouche (son équivalent maléfique), Pantalon (le vieillard amoureux d'une jeune fille), etc.

Les procédés utilisés dans la commedia dell'arte sont le quiproquo, le comique gestuel et les blagues grivoises.

On retrouve de nombreux procédés parallèles et de nombreux personnages équivalents à ceux de la commedia dell'arte dans la comédie classique.

Dans les pièces de Molière, on retrouve Sganarelle, le valet bouffon. Il peut être considéré comme l'équivalent d'Arlequin. En effet, il est lâche, volubile, et se fait battre à maintes reprises par son maître, comme c'est le cas dans Don Juan (1666).

2Les différents types de comédie au XVIIe siècle

Il existe différents sous-genres de la comédie :

La farce est une courte comédie, dont le registre est prosaïque voire grossier. En effet, le comique fait appel à l'usage du patois, des jeux de mots bas, des chutes, des bagarres, etc.

La farce est à l'origine de la comédie telle qu'on la connaît : sa naissance remonte au temps des romains. Elle s'est ensuite développée pendant le Moyen-Age pour finalement donner naissance à la commedia dell'arte.

La farce de Maitre Pathelin, composée au Moyen-Âge vers 1460, narre les aventures d'un avocat qui tente de voler des tissus. La farce est marquée par de nombreux provincialismes visant à amuser le spectateur.

La comédie d'intrigue base son humour sur les situations que rencontrent les personnages. Elle est ainsi faite de quiproquos, de déguisements, de mascarades, etc.

Les fourberies de Scapin, pièce de 1671 écrite par Molière est une comédie d'intrigue.

La comédie de caractère montre un personnage qui est affecté d'un vice. A travers lui se dessine un type comique. Le comique de caractère vise donc à se moquer des péchés humains.

L'avare, pièce de 1668 écrite par Molière, est une comédie de caractère. En effet, Harpagon est le type de l'avare, et ses manies qui provoquent le rire invitent à réfléchir sur l'avarice en général.

La comédie de mœurs se moque des défauts et des vices des contemporains.

Les précieuses ridicules, pièce de 1659 écrite par Molière est une comédie de mœurs. La pièce détracte les femmes des salons précieux du XVIIe siècle.

La comédie-ballet est un type de comédie qui mélange ballet et pièce à proprement parler.

Le bourgeois gentilhomme, pièce de 1670 écrite par Molière et dont la musique est composée par Lully est une comédie-ballet.

3La comédie après le XVIIe siècle

Au XVIIIe siècle, les dramaturges poursuivent dans la lignée de Molière en privilégiant surtout la comédie d'intrigue (Marivaux) et la comédie de mœurs (Beaumarchais).

Le jeu de l'amour et du hasard, pièce de Marivaux écrite en 1730, raconte les quiproquos entre Silvia et Dorante.

Au XIXe siècle, la comédie se popularise encore avec le vaudeville. Les principaux auteurs de vaudevilles sont Feydeau et Labiche.

Un fil à la patte, pièce de 1894 de Feydeau, est un vaudeville célèbre.

Au milieu du XXe siècle, le théâtre de l'absurde vient bouleverser les codes du théâtre. Ces principaux représentants sont Beckett et Ionesco.

Rhinocéros (1959) est une pièce de Ionesco, qui met en scène une communauté effrayée par une maladie imaginaire. C'est une pièce du théâtre de l'absurde.

BLes procédés de la comédie

1Le comique de geste et le comique de caractère

Le comique de geste est la forme de comique qui consiste à utiliser le corps pour faire rire le spectateur. On y trouve les grimaces, les chutes, les coups, etc. Ce sont généralement les didascalies qui indiquent au metteur en scène la présence de gestuelle comique.

Dans Tartuffe (1664), pièce de Molière, la tentative d'Orgon de donner une gifle à Dorine relève du comique de geste.

Orgon - Fort bien. Pour châtier son insolence extrême,
Il faut que je lui donne un revers de ma main.
(Il se met en posture de lui donner un soufflet ; et Dorine, à chaque coup d'œil qu'il jette, se tient droite sans parler).

Tartuffe, Molière, 1664

Le comique de caractère réside dans les attitudes et le phrasé des personnages, qui ont généralement un défaut caricatural.

Dans l'Avare, pièce de Molière de 1668, Harpagon se ridiculise en se montrant physiquement dépendant à son argent qui se trouve dans sa cassette.

Harpagon - Ô ma chère cassette ! Elle n'est point sortie de ma maison ?
Valère - Non, monsieur.
Harpagon - Hé, dis-moi donc un peu ; tu n'y as point touché ?
Valère - Moi, y toucher ? Ah ! vous lui faites tort, aussi bien qu'à moi ; et c'est d'une ardeur toute pure et respectueuse que j'ai brûlé pour elle.
Harpagon - Brulé pour ma cassette !
Valère - J'aimerais mieux mourir que lui avoir fait paraître aucune pensée offansente. Elle est trop sage et trop honnête pour cela.
Hapragon - Ma cassette est trop honnête !
Valère - Tous mes désirs se sont bornés à jouir de sa vue ; et rien de criminel n'a profané la passion que ses beaux yeux m'ont inspirée.
Harpagon - Les beaux yeux de ma cassette ! Il parle d'elle comme un amant d'une maitresse.

L'avare, Molière, 1668

2Le comique de mot

Le comique de mot s'appuie sur le discours des acteurs. Les jeux de mots, les patois, sont utilisés pour divertir le spectateur.

Dans La farce de Maître Pathelin, Guillemette confond les mots grammaire et grimoire, preuve de son ignorance.

Guillemette - Bien sûr, il a lu le gri...maire ! Non, le grimoire. Je veux dire la grammaire ! Lui, il a étudié longtemps pour être clerc.

La farce de Maitre Pathelin, auteur inconnu, écrite vers 1461

3Le comique de situation

Le comique de situation s'appuie sur les actions des personnages. Elles divertissent le spectateur. Le quiproquo fait partie du comique de situation.

Dans Le bourgeois Gentilhomme, pièce de Molière, Madame Jourdain surprend son mari en compagnie de la servante Dorimène à la scène 2 de l'acte 4.

Madame Jourdain - Ah, ah ! Je vous trouve ici en bonne compagnie, et je vois bien qu'on ne m'y attendais pas. C'est donc pour cette belle affaire-ci, Monsieur mon mari, que vous avez eu tant d'empressement à m'envoyer diner chez ma sœur ? Je viens de voir un théâtre là-bas, et je vois ici un banquet à faire noces.

Le bourgeois gentilhomme, Molière, 1670

CLes fonctions de la comédie

1Divertir le spectateur

A un premier niveau d'analyse, la comédie vise à faire rire les spectateurs. Le jeu des acteurs est alors très important.

Dans Don juan (1682), pièce de Molière, la tirade faussement docte de Sganarelle dans la scène 1 de l'acte 1 vise à amuser le spectateur.

[...] je t'apprends, inter nos, que tu vois en Dom Juan, mon maître, le plus grand scélérat que la terre ait jamais porté, un enragé, un chien, un diable, un Turc, un hérétique, qui ne croit ni Ciel, ni Enfer, ni loup-garou, qui passe cette vie en véritable bête brute, en pourceau d'Epicure, en vrai Sardanapale.

Don juan, Molière, 1682

C'est une étrange entreprise que de faire rire les honnêtes gens [...] qui ne rient que quand ils le veulent.

Critique de l'école des femmes, Molière, 1663

2Dénoncer les travers de la société

En faisant rire le spectateur, le dramaturge de pièce comique entend lui faire réaliser les travers des mœurs de la société dans laquelle il vit.

Le médecin malgré lui, pièce de 1666 de Molière, dénonce l'incompétence des médecins qui se disent doctes. La pièce dénonce aussi les travers de la religion, qui fait croire aux patients qu'elle peut les guérir.

[Maladie] qui est causée par l'âcreté des humeurs engendrées dans la concavité du diaphragme, il arrive que ces vapeurs... Ossabandus, nequeys, nequer, potarinum, quipsa milus. Voilà justement ce qui fait que votre fille est muette.

Le médecin malgré lui, Molière, 1666

Le devoir de la comédie [est] de corriger les hommes en les divertissant

Tartuffe, Molière, 1669

IIILa tragédie du XVIIe siècle

AL'histoire littéraire de la tragédie

1La tragédie antique

La tragédie antique connaît son apogée au temps de la démocratie grecque (Ve siècle avant Jésus-Christ). Le terme tragédie provient d'ailleurs des mots grecs tragos (le bouc) et oidé (le chant) : il s'agit d'une allusion aux rites religieux qui avaient lieu à l'époque. En ces temps, la tragédie a un réel impact dans la vie quotidienne de la Cité : les théâtres sont un haut lieu de sociabilité.

Dans les tragédies grecques, les héros sont confrontés à un fatum, un destin inexorable qui les conduit à une fin malheureuse. Dans les pièces, ils sont souvent confrontés aux dieux, mais parfois aussi au pouvoir politique. Les principaux écrivains tragiques sont Eschyle, Sophocle et Euripide.

Antigone est une pièce de Sophocle, écrite vers 440 avant J.-C.. Elle narre l'histoire d'une jeune princesse qui se rebelle contre les lois divines.

2La tragédie au XVIIe siècle : la tragédie classique et la tragi-comédie

Les tragédiens du XVIIe siècle sont fascinés par les pièces tragiques antiques. Ainsi, les sujets proviennent souvent de la mythologie, mais les personnages ne sont pas nécessairement confrontés au pouvoir divin.

Au XVIIe siècle, il existe deux types de tragédies : la tragédie classique et la tragi-comédie.

La tragédie classique est un genre noble qui s'inspire de la tragédie antique (thèmes mythologiques, noblesse des personnages, etc.). Ce qui la caractérise est sa conformité aux règles du théâtre classique, telles que les a énoncées entre autres Aristote dans sa Poétique.

Œdipe (1659), pièce de Pierre Corneille, emprunte son thème à la mythologie.

La tragi-comédie est caractéristique du mouvement baroque : elle n'est pas régulière. C'est un genre de tragédie qui ne respecte pas les codes de la tragédie classique. Elle peut accumuler les intrigues, faire durer l'action sur plus de vingt-quatre heures, etc. De plus, elle accumule les rebondissements parfois improbables (non-respect de la bienséance interne) et les péripéties romanesques.

Le Cid, pièce de Corneille de 1637, est une tragi-comédie. En effet, elle n'obéit pas à l'unité de lieu : l'action se déroule certes en Espagne, mais les personnages sont tantôt dans la maison de Chimène, tantôt sur la place devant le palais, et tantôt dans la salle du trône à l'intérieur du palais.

3La tragédie après le XVIIe siècle

Au XVIIIe siècle, la tragédie reste encore un genre important en France. Cependant, les pièces sont aujourd'hui moins reconnues que les pièces du XVIIe siècle.

Mérope (1754) ou Œdipe (1718) sont des pièces de Voltaire, très célèbres au XVIIIe siècle.

Au XXe siècle, la tragédie connaît un renouveau avec des auteurs tels que Jean Anouilh qui réécrit une version épurée d'Antigone ou Jean Giraudoux avec La guerre de Troie n'aura pas lieu.

En 1949, Albert Camus écrit Les Justes, une pièce en cinq actes qui peut être considérée comme une tragédie moderne. En effet, le dramaturge y raconte l'histoire d'un groupe de russes courageux qui organisent dans le secret une révolution contre les tsars.

BLes caractéristiques de la tragédie

1L'inspiration mythologique et l'inspiration historique

Du fait de ses origines antiques, la tragédie classique trouve souvent son sujet dans la mythologie, même si les dieux y sont moins présents qu'au temps des grecs.

Iphigénie, pièce de Racine de 1675, emprunte son thème à la mythologie, comme en témoigne la présence d'Achille et d'Ulysse.

De même, dans la volonté de proposer des histoires nobles aux spectateurs, un des thèmes de prédilection est la grandeur historique.

Horace, pièce de Corneille de 1640, emprunte son thème à la grande histoire romaine. Elle narre en effet la bataille entre les Horaces et les Cuiraces.

2La noblesse des personnages

Dans la tragédie, sujets sont toujours nobles, à l'instar du registre épique. Les personnages sont ainsi souvent issus des cours de la royauté, font preuve d'héroïsme et éprouvent des sentiments nobles telle que la passion.

Dans Attila, pièce de Corneille jouée pour la première fois en 1667, on compte trois rois (Attila, Ardaric et Valamir) et deux princesses (Ildione et Honorie).

Les héros tragiques sont souvent en proie à des dilemmes inextricables.

Dans Bérénice, pièce de Racine de 1670, Titus doit choisir entre le pouvoir et l'amour qu'il porte à Bérénice.

3La noblesse du style

Afin de refléter la noblesse du sujet, le style doit également être noble. Ainsi, on retrouve dans la tragédie de nombreuses règles de la poésie.

Les pièces tragiques sont :

Je le vis, je rougis, je palis à sa vue :
Un trouble s'éleva dans mon âme éperdue ;
Mes yeux ne voyaient plus, je ne pouvais plus parler ;
Je sentis tout mon corps, et transir et brûler.

Phèdre, Jean Racine, 1677

CLes fonctions de la tragédie

1Emouvoir le spectateur

A un premier niveau de lecture, la tragédie doit émouvoir le spectateur. La tragédie emprunte en effet beaucoup au registre pathétique et au registre lyrique. Les dilemmes sont nombreux.

Dans Britannicus, pièce de Racine de 1669, on suit l'histoire de la malheureuse Junie, en proie à Néron, qui exerce son pouvoir démesuré et omnipotent sur elle.

Ô rage ! Ô désespoir ! Ô vieillesse ennemie !
N'ai-je donc tant vécu que pour cette infamie ?

Le Cid, Corneille, 1634

2La catharsis

Plus qu'émouvoir le spectateur, la tragédie doit lui faire ressentir terreur et pitié. C'est la théorie de la catharsis, telle que l'a fondée Aristote dans sa Poétique (vers 335 av. JC).

La catharsis désigne le procédé par lequel le spectateur, face à une pièce tragique, se purge de ses envies de vices. En effet, le spectateur, confronté aux horreurs des dilemmes des personnages, ne veut plus être en proie à des passions. Le terme provient du terme grec katharsis qui signifie purgation.

La tragédie [...] est une imitation faite par des personnages en actions et non par le moyen de la narration, et qui, par l'entremise de la pitié et de la crainte, accomplit la purgation des émotions de ce genre.

Poétique, Aristote, 335 avant J.-C.

En regardant Phèdre, la pièce de Racine, le spectateur est épouvanté par l'amour incestueux du personnage principal, ce qui l'éloigne d'une telle pratique.

Se connecter
Ce compte existe mais n'est pas encore activé.

Activez votre compte puis connectez vous svp.

Recevoir le mail d'activation



Rester connecté

ou
S'inscrire







ou
Signaler une erreur