Première ES 2015-2016
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Première ES 2015-2016

Ruy Blas, Scène d'exposition (I, 1)

(Don Salluste De Bazan, Gudiel ; par instants Ruy Blas.)

DON SALLUSTE :
Ruy Blas, fermez la porte, − ouvrez cette fenêtre.
(Ruy Blas obéit, puis, sur un signe de Don Salluste, il sort par la porte du fond. Don Salluste va à la fenêtre.)
Ils dorment encore tous ici, − le jour va naître.
(Il se tourne brusquement vers Gudiel.)
Ah ! C'est un coup de foudre ! ... − oui, mon règne est passé,
Gudiel ! − renvoyé, disgracié, chassé ! -
Ah ! Tout perdre en un jour ! − l'aventure est secrète
Encor, n'en parle pas. − oui, pour une amourette,
- Chose, à mon âge, sotte et folle, j'en conviens ! -
Avec une suivante, une fille de rien !
Séduite, beau malheur ! Parce que la donzelle
Est à la reine, et vient de Neubourg avec elle,
Que cette créature a pleuré contre moi,
Et traîné son enfant dans les chambres du roi ;
Ordre de l'épouser. Je refuse. On m'exile.
On m'exile ! Et vingt ans d'un labeur difficile,
Vingt ans d'ambition, de travaux nuit et jour ;
Le président haï des alcades de cour,
Dont nul ne prononçait le nom sans épouvante ;
Le chef de la maison de Bazan, qui s'en vante ;
Mon crédit, mon pouvoir ; tout ce que je rêvais,
Tout ce que je faisais et tout ce que j'avais,
Charge, emplois, honneurs, tout en un instant s'écroule
Au milieu des éclats de rire de la foule !

GUDIEL :
Nul ne le sait encore, monseigneur.

DON SALLUSTE :
Mais demain !
Demain, on le saura ! − nous serons en chemin.
Je ne veux pas tomber, non, je veux disparaître !
(Il déboutonne violemment son pourpoint.)
- Tu m'agrafes toujours comme on agrafe un prêtre,
Tu serres mon pourpoint, et j'étouffe, mon cher ! -
(Il s'assied.)
Oh ! Mais je vais construire, et sans en avoir l'air,
Une sape profonde, obscure et souterraine !
Chassé ! -
(Il se lève.)

GUDIEL :
D'où vient le coup, monseigneur ?

DON SALLUSTE :
De la reine.
Oh ! Je me vengerai, Gudiel ! Tu m'entends.
Toi dont je suis l'élève, et qui depuis vingt ans
M'as aidé, m'as servi dans les choses passées,
Tu sais bien jusqu'où vont dans l'ombre mes pensées,
Comme un bon architecte, au coup d'œil exercé,
Connaît la profondeur du puits qu'il a creusé.
Je pars. Je vais aller à Finlas, en Castille,
Dans mes états, − et là, songer ! − pour une fille !
- Toi, règle le départ, car nous sommes pressés.
Moi, je vais dire un mot au drôle que tu sais.
À tout hasard. Peut-il me servir ? Je l'ignore.
Ici jusqu'à ce soir je suis le maître encore.
Je me vengerai, va ! Comment ? Je ne sais pas ;
Mais je veux que ce soit effrayant ! − de ce pas
Va faire nos apprêts, et hâte-toi. − silence !
Tu pars avec moi. Va.
(Gudiel salue et sort. − Don Salluste appelant)
Ruy Blas !

RUY BLAS (se présentant à la porte du fond)
Votre excellence ?

DON SALLUSTE :
Comme je ne dois plus coucher dans le palais,
Il faut laisser les clefs et clore les volets.

RUY BLAS (s'inclinant) :
Monseigneur, il suffit.

DON SALLUSTE :
Écoutez, je vous prie.
La reine va passer, là, dans la galerie,
En allant de la messe à sa chambre d'honneur,
Dans deux heures. Ruy Blas, soyez là.

RUY BLAS :
Monseigneur,
J'y serai.

DON SALLUSTE (à la fenêtre) :
Voyez-vous cet homme dans la place
Qui montre aux gens de garde un papier, et qui passe ?
Faites-lui, sans parler, signe qu'il peut monter.
Par l'escalier étroit.
(Ruy Blas obéit. Don Salluste continue
en lui montrant la petite porte à droite.)
- avant de nous quitter,
Dans cette chambre où sont les hommes de police,
Voyez donc si les trois alguazils de service
Sont éveillés.

RUY BLAS (Il va à la porte, l'entr'ouvre et revient) :
Seigneur, ils dorment.

DON SALLUSTE :
Parlez bas.
J'aurai besoin de vous, ne vous éloignez pas.
Faites le guet afin que les fâcheux nous laissent.

(Entre Don César De Bazan. Chapeau défoncé. Grande cape déguenillée qui ne laisse voir de sa toilette que des bas mal tirés et des souliers crevés. Épée de spadassin. Au moment où il entre, lui et Ruy Blas se regardent et font en même temps, chacun de son côté, un geste de surprise.)

DON SALLUSTE (les observant, à part) :
Ils se sont regardés ! Est-ce qu'ils se connaissent ?
(Ruy Blas sort.)

Victor Hugo

Ruy Blas

1838

I

La présentation du cadre et de l'histoire

  • C'est un début in medias res, le spectateur est plongé au cœur de l'histoire qui a déjà commencé.
  • On présente le cadre dans lequel va se dérouler l'histoire. L'action se situe dans un palais royal. Cela rappelle la tragédie classique, puisque les personnages sont donc des nobles.
  • L'intrigue est amorcée par la présence de paquets. C'est une préparation pour un voyage.
  • Victor Hugo insiste sur la grandeur du palais, les couleurs noire et rouge, les tissus précieux. On a une impression de richesse, renforcée par l'utilisation des adjectifs "grande" deux fois, de la "large porte", la "longue galerie" qui évoquent un espace lié à la richesse. La présence de vitres (cloison vitrée, porte également vitrée) est un luxe pour l'époque.
  • Il y a une opposition entre les personnages. Ruy Blas est vers le fond de la scène à côté de la porte, Don Salluste est à la fenêtre.
  • La scène s'ouvre sur des actions. Ruy Blas va de la fenêtre à la porte, Don César entre.
  • Le silence domine : "faites lui sans parler le signe qu'il peut monter", "parlez bas, j'aurai besoin ce vous, ne vous éloignez pas".
  • Il y a une indication sur le temps : "ils dorment encore tous ici, le jour va naître".
  • C'est une scène emplie de secrets : "l'aventure et secrète encore n'en parle pas", "nul ne le sait encore monseigneur", "fait le guet", "silence !"
  • Des références sont faites à l'Espagne : Philippe IV, roi d'Espagne, "Alguazils" (policier).
II

Un maître et ses serviteurs

  • Victor Hugo présente les personnages. Il y a Don Salluste et Ruy Blas, donc le héros éponyme.
  • Don Salluste est un homme riche. Les matières de son vêtement sont : manteau de cour, velours, brodé d'or, satin, plumes. Il a la Toison d'or et une coquille sur son épée, donc il est dans l'ordre castillan de Saint-Jacques).
  • Les personnages portent un nom espagnol : Don est un titre honorifique castillan. Cela montre la richesse, noblesse des personnages.
  • Gudiel, homme de l'ombre ; Don César de Bazan, spadassin.
  • Une fille est évoquée avec mépris : "la fille", "donzelle", "créature". C'est une suivante que Don Salluste a séduite.
  • Don Salluste est pratiquement le seul à parler. Il donne des ordres : "fermez la porte", "tu pars avec moi", "soyez là", "voyez vous". Ruy Blas et Guidel sont à son service. Don Salluste est autoritaire.
  • L'émotion de Don Salluste est trahie à travers ses gestes : "il déboutonne violemment son pourpoint". Il y a beaucoup de ponctuations expressives dans son discours.
III

Une introduction de l'intrigue principale

  • Le mot "chassé" est répété plusieurs fois dans la scène. Don Salluste parle de son exil. Il ne cesse d'insister sur sa situation.
  • On peut relever une opposition entre le passé et le présent qui souligne que quelque chose le force à quitter cet endroit, dont il est pourtant "encor le maître".
  • Le thème de la vengeance est bien présent dans la scène : "je me vengerai".
  • L'atmosphère est lourde, il y a des allusions à la vengeance, mais le public ignore ce qui se passe réellement.
  • Le rôle de Ruy Blas reste flou. L'intérêt du lecteur est éveillé et de nombreuses questions sont soulevées.
IV

Un drame romantique

  • Plusieurs indices permettent de dire qu'il s'agit d'un drame romantique bourgeois.
  • Tout d'abord, le décor rappelle le goût du mouvement romantique pour le baroque. Il y a de très nombreux détails sur le décor et les costumes.
  • Les dialogues sont versifiés, mais le registre est souvent familier : "une amourette", "la donzelle", "Tu m'agrafes".
  • On est loin du registre soutenu de la tragédie.
  • Le rythme des alexandrins est souvent heurté. Les répliques de Don Salluste sont faites de coupes irrégulières.
  • La scène se déroule à l'époque moderne.
  • L'histoire se concentre apparemment sur la chute de Don Salluste, donc la chute d'un grand noble, thème favori des romantiques.

En quoi cette scène remplit-elle son rôle de scène d'exposition ?

I. La situation spatio-temporelle
II. Une présentation des personnages
III. Une ébauche de l'intrigue

Quelles sont les caractéristiques du drame romantique utilisées dans cette scène ?

I. Un décor baroque
II. Un langage non soutenu
III. La chute d'un "grand"

Pourquoi cette scène est-elle mystérieuse ?

I. Un début in medias res
II. Les préparatifs d'une fuite
III. Le thème de la vengeance

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