Première ES 2016-2017
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Première ES 2016-2017

Les processus de socialisation et la construction des identités sociales

Chaque société possède une culture spécifique qui se traduit par des normes et valeurs différentes. La socialisation désigne le processus par lequel les individus acquièrent ces normes et valeurs et qui permet de déterminer les rôles et statuts de chacun. La socialisation est un processus dynamique et interactif, fruit des instances de socialisation comme la famille, l'école, et le travail. Elle peut conduire à la reproduction sociale, mais l'individu n'est pas enfermé dans une logique déterministe et dispose d'une certaine capacité à déterminer lui-même ses rôles.

I

La socialisation : un processus qui permet la vie en société

A

Normes, valeurs et rôles

1

La définition de la socialisation

Socialisation

La socialisation désigne le processus par lequel l'individu est construit par la société dans laquelle il vit. C'est un processus au cours duquel l'individu acquiert par intériorisation et incorporation des façons de faire, de penser et d'être qui sont situées socialement.

La socialisation est le processus par lequel la personne humaine apprend et intériorise tout au cours de sa vie les éléments socioculturels de son milieu, les intègre à la structure de sa personnalité sous l'influence d'expériences et d'agents sociaux significatifs et par là s'adapte à l'environnement social où elle doit vivre.

G. Rocher

Introduction à la sociologie générale

Seuil, 1970

2

Normes, valeurs et rôles

Dans le processus de socialisation, trois éléments sont intégrés par l'individu :

  • Les valeurs
  • Les normes
  • Les rôles
Valeurs

Les valeurs représentent ce qui est considéré comme désirable, juste ou encore important dans une société. Ce sont des idéaux qui s'illustrent à travers les normes.

Lorsque le respect est considéré comme une valeur, celle-ci se traduira par des normes de politesses.

Normes

Les normes sont des règles de conduites fondées sur les valeurs et qui marquent l'appartenance d'un individu à une société. Elles peuvent être formelles (consignées dans les lois, les règlements) ou informelles (relevant plutôt des habitudes, des mœurs et des coutumes).

S'arrêter à un feu rouge est une norme formelle. Ne pas porter de jupe, pour un homme, est une règle informelle.

Les normes qui sont transcrites dans la loi sont des normes juridiques. Lorsque des normes sont implicitement admises dans la société, on dit que ce sont des normes sociales. Elles n'en sont pas moins contraignante pour un individu : le port de la jupe par les hommes en France, bien qu'autorisé par la loi, est moins courant que beaucoup d'infractions juridiques.

Les normes ne sont pas figées et évoluent au cours du temps. Ainsi, le divorce était proscrit dans les années 1950, alors qu'il est plus courant aujourd'hui.

Rôles

Les rôles sont un ensemble de comportements qui sont socialement attendus d'un individu, notamment en fonction de son statut.

Statut

Le statut désigne la position d'un individu dans la hiérarchie sociale.

Les statuts confèrent des rôles sociaux, car à tout statut est associé un rôle spécifique. Ainsi, selon son statut, l'individu peut être conduit à respecter des normes spécifiques.

Dans une usine, un patron et un ouvrier n'ont pas le même rôle : on n'attend pas qu'ils aient les mêmes comportements.

B

La socialisation est le fruit d'un conditionnement

1

Un processus d'intériorisation

Pour certains sociologues, notamment depuis les travaux d'Emile Durkheim, l'identité d'un individu est le fruit d'un conditionnement. Pour Durkheim, le fait social s'impose à l'individu, qu'il le veuille ou non, et non l'inverse.

Le fait social est l'ensemble "des manières d'agir, de penser et de sentir" qui s'impose à l'individu. Il correspond à un système de normes établies pour et par la société, et n'est que rarement modifiable autrement que par un bouleversement social. La société s'impose ainsi à l'individu. Celui-ci intériorise les normes et les valeurs qui ont cours dans la société à travers le processus de socialisation, qui passe notamment par l'éducation de l'individu encore enfant. Chez Durkheim, l'éducation détient le rôle d'institution socialisante par excellence.

La socialisation est alors un processus d'intériorisation (inculcation) qui s'impose à l'individu dès l'enfance.

2

La reproduction sociale

Ce mode de socialisation donne aux individus des rôles déterminés et permet l'intériorisation de manière de faire et de penser propres à son milieu d'origine. Pour Pierre Bourdieu, cela produit ce qu'il nomme un habitus. Ces habitus sont un ensemble de goût, de manière de percevoir, d'agir et de dire, des dispositions acquises et profondément incorporées qui orienteront les pratiques, goûts et choix des individus. Cela contribue alors nécessairement à la reproduction sociale.

Habitus

La notion d'habitus est une notion due au sociologue Pierre Bourdieu qui désigne un ensemble de dispositions durables (valeurs, croyances, représentations, etc.) plus ou moins inconscientes, acquises au sein du milieu social d'origine et qui guident les perceptions, les opinions et les actions des individus.

Reproduction sociale

La reproduction sociale désigne la situation d'une société qui se reproduit à l'identique à chaque génération. C'est la perpétuation des inégalités économiques, culturelles, etc.

Bourdieu est fréquemment associé au holisme. Le holisme désigne un ensemble de courants sociologiques qui considèrent que les comportements individuels s'expliquent par référence aux structures sociales et au milieu social dans lesquels se situent les individus. La société forme un "tout" dont l'agrégation dépasse les parties qui la constituent. Les sciences sociales se penchent alors sur ce "tout agissant" (c'est-à-dire aux éléments propres à ce "tout", indépendamment de ses parties) en insistant sur son rôle dans la socialisation et sur l'impact qu'il peut avoir sur les comportements individuels, largement déterminés par les structures et institutions. C'est la société qui fait l'individu, et non l'inverse.

Le holisme s'oppose à l'individualisme. Le premier prend pour élément de base de sa réflexion le groupe, afin de comprendre les comportements individuels, alors qu'au contraire, l'individualisme part de l'individu pour comprendre le groupe.

C

La socialisation est le fruit d'interactions

Un autre courant relève de l'individualisme et consiste à concevoir l'individu comme plus actif et moins passif. Le sociologue allemand Max Weber notamment, insiste sur la socialisation comme une suite d'interactions. Selon lui, la socialisation n'est pas un processus unilatéral (de la société vers l'individu). Les interactions sont réciproques et assurent le changement social. Elles sont aussi intergénérationnelles ; par exemple, les enfants peuvent initier leurs parents à l'informatique ou les tenir au courant de nouvelles cultures, et modifier leurs normes de comportement. Les individus sont actifs dans leur socialisation, puisqu'ils participent, interprètent et rejettent ce qui leur est transmis.

L'interactionnisme, particulièrement développé par le philosophe américain George Herbert Mead, conçoit l'individu à la fois pensé dans sa nature sociale et à la fois dans sa capacité à réfléchir sur ses actes et ses prises de position. L'individu se construit dans une interaction avec le "je" subjectif et le "moi" qui est son image sociale. L'enfant s'approprie ainsi les rôles sociaux et structure sa personnalité. Cela passe notamment par le jeu, qui permet d'imiter puis de considérer les autres et de prendre ainsi conscience de son rôle dans la société. Il va ainsi s'identifier comme "moi" c'est-à-dire comme individu doté d'un rôle et appartenant à un groupe.

Le courant dit de l'individualisme méthodologique est un courant dont l'instigateur est Raymond Boudon (1934 − 2013). Ce type d'approche conçoit un phénomène social comme résultant d'un ensemble d'actions individuelles. C'est l'agrégation des actions individuelles qui peut créer des phénomènes sociaux, même lorsqu'ils sont non attendus (c'est que ce Boudon appelle un "effet pervers". Par exemple, si beaucoup d'individus prennent leur voiture plutôt que les transports en commun en espérant rentrer chez eux plus rapidement, ils créent des embouteillages, et mettent au contraire plus de temps à rentrer chez eux. C'est un effet pervers).

L'interactionnisme symbolique est un courant sociologique qui s'intéresse aux motivations des acteurs, comme l'individualisme méthodologique. En revanche, les chercheurs de se courant se concentrent uniquement sur les interactions entre les individus (et non pas aux individus et leurs stratégies).

II

Le processus de socialisation

A

La socialisation est un processus qui s'exerce tout au long de la vie

1

La socialisation de l'enfant à l'adulte

La socialisation est ainsi un processus interactif, d'intériorisation mais également de réinterprétation qui ne saurait se limiter à une seule période.
L'enfance est un moment privilégié d'acquisition de normes et de valeurs, mais ce processus se poursuit à travers les différents âges de la vie. On distingue ainsi :

  • La socialisation primaire
  • La socialisation secondaire

L'approche par le cycle de vie permet de mettre en évidence l'idée que le cycle de vie des individus est ponctué par des "charnières", des moments de socialisation transitionnelle. Ces charnières constituent autant de phases de construction ou de reconstruction identitaire.

Le passage de la vie active à la retraite est un moment particulier de la vie des individus, elle implique un nouveau statut, un nouveau rôle et suppose ainsi une reconstruction identitaire.

Socialisation primaire

La socialisation primaire se déroule pendant l'enfance, et c'est pendant cette période que les apprentissages sociaux de base vont se faire. L'enfant apprend l'existence de différents rôles, intègre les attitudes et les principes généraux auxquels il doit se conformer.

Socialisation secondaire

La socialisation secondaire se déroule tout au long de l'âge adulte : l'individu intériorise de nouvelles valeurs, de nouveaux rôles qui peuvent plus ou moins transformer son identité. La socialisation secondaire se déroule lorsque l'individu fait des études, exerce une profession, fonde une famille, etc.

2

La socialisation différentielle

La socialisation est un processus qui est différencié notamment en fonction des classes sociales et du genre :

  • Les différentes catégories sociales ne valorisent pas les mêmes normes et valeurs auprès de leurs enfants. Cette différence de valorisation débouche alors sur des comportements différents, les enfants ayant acquis et intériorisé des normes et des valeurs propres à leur groupe social.
  • La communication qu'on établit avec l'enfant, les attitudes et les jeux qu'on lui propose, ou encore les attentes scolaires et les conseils d'orientation sont des faits sexués, car on ne se comporte pas de la même façon envers une fille qu'envers un garçon. Les parents attribuent ainsi des rôles sociaux différenciés selon le genre à leurs enfants.
Socialisation différentielle

La socialisation différentielle est un processus d'acquisition des normes et valeurs qui varie en fonction de variables comme le genre, l'âge ou encore le milieu social.

Les jouets sont un exemple de socialisation différentielle puisque dès la naissance, ils sont les vecteurs de stéréotypes des rôles sociaux. Les filles jouent avec des poupées et des poupons, alors que les garçons sont davantage tournés vers les voitures, les constructions, etc.

La fréquentation des musées augmente avec le niveau d'études, lequel est par ailleurs à mettre en relation avec celui des parents : dans une famille de milieu modeste, on incitera moins les enfants à faire de longues études.

En sociologie, on préfère parler de "genre" plutôt que de "sexe" pour insister sur les différences non biologiques entre les hommes et les femmes.

B

Les instances de socialisation

Les instances de socialisation sont plurielles :

  • La famille : c'est une instance de socialisation primaire, c'est par elle que les enfants apprennent à marcher, parler, s'habiller, à avoir des émotions, etc. Elle permet l'intériorisation de comportements attendus : normes et valeurs, mais aussi les rôles masculins et féminins propres à la famille. Son rôle s'est progressivement transformé, de même que sa structure (avec l'augmentation du nombre des familles homoparentales ou monoparentales, ainsi que leur reconnaissance légale, par exemple).
  • L'école : elle participe à l'élaboration des savoirs et la maîtrise des règles sociales, c'est-à-dire les savoirs scolaires, mais aussi le "savoir être" et l'apprentissage d'une culture commune. Elle participe également à la formation du citoyen, et par le diplôme elle est une clé de l'insertion dans le monde du travail. L'école est un lieu d'interactions. La socialisation est dite "verticale" à travers l'apprentissage mais aussi "horizontale" (entre les élèves d'une même classe par exemple).
  • Les groupes de pairs : ce sont des groupements d'individus ayant le même statut ou les mêmes pratiques. Ils ont un rôle de socialisation implicite, c'est-à-dire que ce n'est pas leur but premier. Les interactions au sein du groupe génèrent de nouveaux comportements, qui vont permettre d'incorporer certaines valeurs, voire d'en rejeter d'autres. Les groupes de pairs vont influencer les comportements. La socialisation qui se déroule entre les élèves d'une même classe est un exemple de socialisation par les groupes de pair à l'école.
  • Les médias : ils proposent des modèles de comportements auxquels l'enfant peut s'identifier ou que l'enfant peut imiter. C'est une instance de socialisation de plus en plus importante, qui est également liée à un contexte social et culturel (augmentation du choix des programmes, du temps passé sur Internet, etc.).
  • Le milieu professionnel : le travail est un élément central de l'identité sociale des individus. C'est à travers lui qu'ils se définissent et qu'ils sont définis par autrui. Le travail définit en effet en grande partie le statut social.
  • La religion ou encore les associations (par exemple les équipes sportives) peuvent également tenir lieu d'instances de socialisation.

Ces différentes instances peuvent toutefois être en contradiction ou en tension, par exemple entre l'école et la famille.

Dans les années 1980, l'école possède une forte légitimité. Elle est vue comme une institution permettant de garantir la démocratisation scolaire et l'équité, puisqu'elle assure l'accès du plus grand nombre aux mêmes savoirs. Mais cette institution entre en crise dès lors que l'on assiste à la persistance de l'échec scolaire malgré la démocratisation scolaire. Depuis les années 1980, les diplômes élevés garantissent en effet de moins en moins un emploi prestigieux.
Autre fait important, la démocratisation scolaire apparaît plus quantitative que qualitative. En effet, de plus en plus d'enfants vont à l'école et font des études longues, mais ce sont avant tout les enfants des classes supérieures qui réussissent le mieux. Les inégalités scolaires demeurent bien présentes. Bourdieu va jusqu'à dire que l'école est "une instance légitimée de reproduction sociale". En effet, l'école véhiculerait la culture "dominante" et nierait les différences notamment culturelles, ce qui a pour effet de favoriser les milieux privilégiés et au contraire de défavoriser voire décourager les enfants des classes populaires, ceux-ci ne se reconnaissant pas dans le modèle divulgué et rencontrant de nombreux obstacles.
L'école pourrait donc "produire" de la reproduction sociale.

III

Continuités et ruptures

A

La socialisation primaire a un impact sur la socialisation secondaire

1

La reproduction sociale

La socialisation primaire influence durablement notre rôle social, au sens où les normes et valeurs sociales acquises pendant l'enfance constituent une partie de l'identité d'adulte. La socialisation primaire laisse donc une empreinte durable sur la socialisation secondaire, et cela se retrouve dans la reproduction des positions sociales entre parents et enfants.
Pour Bourdieu, on peut expliquer cette reproduction à l'aide de la métaphore des capitaux. Les classes sociales se caractérisent par leurs dotations différentes en capital économique (les revenus et richesses), capital social (les relations sociales, les contacts) et culturel (toutes les qualifications et connaissances, les façons de s'habiller, etc.). Ce sont des capitaux matériels mais aussi "symboliques", c'est-à-dire qu'ils dépendent de la reconnaissance que les autres en font. Lorsque des capitaux sont reconnus comme prestigieux, ayant de la valeur, on dit qu'ils sont "légitimes". La transmission de ces capitaux contribue à la reproduction sociale et en ce sens, la socialisation secondaire est un renforcement de la socialisation primaire.

Le capital culturel peut expliquer en grande partie la réussite scolaire. La socialisation dans les classes supérieures est en adéquation avec ce qui est valorisé à l'école (les parents possèdent beaucoup de livres apprennent à leurs enfants à répondre aux questions, manient un vocabulaire soutenu, etc.). Pour Bourdieu, l'école est bien un vecteur de reproduction sociale.

La mobilité professionnelle, dans la société française, est relativement faible. Les positions socioprofessionnelles des fils sont très liées à celles des pères (identiques ou proches). L'adage "tel père, tel fils" a ainsi été utilisé en sociologie pour désigner la reproduction professionnelle : les fils occupent souvent la même position professionnelle que leurs pères.

Un autre exemple de reproduction sociale est la reproduction des rôles différenciées entre hommes et femmes. On constate qu'au sein des couples, les activités continuent d'être différenciées. Par exemple, le partage des tâches au sein de la sphère domestique est inégal. Cette inégalité est construite par la socialisation primaire et se trouve réactivée dans la socialisation conjugale.

2

L'homogamie

L'homogamie est un exemple des effets de la socialisation primaire sur la socialisation secondaire.

Homogamie

L'homogamie désigne la tendance des individus à se mettre en couple avec des gens issus du même milieu social qu'eux. C'est un phénomène statistique, observé au niveau de la société tout entière.

L'homogamie est fortement présente dans quasiment tous les milieux, notamment les milieux ouvriers et agricoles. Cela est lié, d'une part, au fait que les personnes issues d'un même milieu social fréquentent les mêmes endroits, et donc ont plus de chances de se rencontrer entre elles qu'avec d'autres personnes. Mais d'autre part, cela peut être lié à la socialisation primaire identique : les personnes issues de milieux sociaux identiques ont appris à se comporter pareillement et à aimer les mêmes choses, ce qui les incite à se mettre en couple entre elles.

B

La socialisation secondaire peut transformer la socialisation primaire

1

Les conflits de socialisation

Au-delà de tout déterminisme social, les individus construisent aussi leur identité propre au cours de leur vie. Au cours de la socialisation secondaire, ils peuvent ainsi se détacher, au moins en partie, des normes et des valeurs intégrées dans l'enfance.

Le sociologue français Bernard Lahire a beaucoup insisté dans ses études sur la possibilité de conflits de socialisation. Ceux-ci ont pour effet d'inculquer aux individus des éléments ressortissant de différents habitus, parfois contradictoires. Les habitus sont donc "clivés", et l'individu en société est un "homme pluriel", selon le titre d'un ouvrage de Lahire. Il remet ainsi en cause la thèse bourdieusienne de l'habitus, qui serait selon lui trop schématique. Les dispositions identitaires ne sont pas aussi cohérentes que ce que Bourdieu postule à partir de la notion d'habitus de classe.

Au cours de leur vie, les individus sont amenés à fréquenter des groupes sociaux différents, où les normes, les valeurs et les comportements attendus diffèrent. Il peut alors y avoir des conflits de socialisation, lorsque l'individu est socialisé à un groupe d'une façon qui s'oppose à la socialisation antérieure. Par exemple, en intégrant un groupe de pairs particulier (équipe sportive, groupe d'amis), l'individu peut être amené à acquérir d'autres valeurs que celles transmises par le milieu familial. Il est donc confronté à un choix possible entre différents rôles sociaux qui peuvent être contradictoires.

L'individu peut avoir, au sein d'un groupe de pairs, un rôle d'ami qui implique des comportements en opposition avec son rôle professionnel (sortir tard le soir, proférer des jurons, etc.).

La vie conjugale suppose également une nouvelle expérience et une possible modification profonde de l'identité. Elle passe par l'apprentissage de nouveaux rôles sociaux : celui d'époux(se), de parents, etc. C'est une redéfinition des normes, valeurs, pratiques mais aussi de l'identité. Elle suppose en effet la "mise en commun" de deux identités étrangères l'une à l'autre. Les individus sont conduits à renégocier leur mode de vie, par exemple lorsqu'il faut s'accorder sur la fréquence des tâches ménagères, l'éducation des enfants, etc.

2

La socialisation anticipatrice

Face à la diversité des normes et des valeurs transmises, l'individu dispose d'une certaine autonomie. Il peut alors choisir les valeurs à adopter, et cela peut se faire dans le cadre de stratégies qui le mèneront au groupe social auquel il aspire.

Par exemple, le milieu professionnel se caractérise par des normes, valeurs et pratiques sociales particulières. Les individus qui veulent accéder à un milieu professionnel particulier n'ont pas seulement besoin de diplômes, mais aussi d'un ensemble de savoirs et de comportements spécifiques à la profession qu'ils visent. Les individus sont ainsi conduits à se projeter dans leur avenir en adoptant les valeurs, les attitudes, les intérêts et savoirs qui sont ceux des groupes visés.

L'individu s'engage alors dans un processus de socialisation anticipatrice : on cherche à adopter les comportements d'un groupe de référence, ce qui peut conduire une rupture ou susciter des tensions. La conversion religieuse en est un exemple.

Socialisation anticipatrice

La socialisation anticipatrice est un processus d'apprentissage et d'intériorisation des normes et valeurs du groupe auquel l'individu s'identifie (le "groupe de référence") et auquel il veut appartenir. Cela peut être en profonde opposition avec le groupe dont il fait actuellement partie (son "groupe d'appartenance").

Robert K. Merton définit et illustre la socialisation anticipatrice par l'étude de groupes dans l'armée. Parmi les militaires, il existe des sous-cultures différentes, notamment entre les nouveaux soldats et les officiers qui ont déjà combattu. Les premiers idéalisent la guerre, ils y voient une épreuve du feu qu'ils attendent avec impatience, alors que les seconds ayant déjà vécu la guerre refusent toute idéalisation. Or, les soldats qui aspirent à devenir rapidement officiers adoptent très tôt les habitudes de comportements et les valeurs des de ces vétérans, s'identifiant à ce groupe plus qu'au groupe des simples soldats où ils ne se sentent pas à leur place.

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