Première ES 2015-2016
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Première ES 2015-2016

Groupes et réseaux sociaux

Les individus constituent des groupes sociaux. Ces groupes se différencient par leur taille, leur rôle ainsi que leur degré de cohésion. On distingue ainsi les groupes primaires des groupes secondaires. Les individus peuvent par ailleurs s'identifier à un groupe de référence, différent de leur groupe d'appartenance.
L'étude des groupes sociaux conduit à étudier les réseaux sociaux qui sont des formes spécifiques de coordination des acteurs et de sociabilité. Ces réseaux se révèlent notamment pertinent dans l'étude des relations sociales et de leur utilisation en termes de recherche d'emploi.

I

Les individus forment des groupes sociaux

A

La définition d'un groupe social

1

Les caractéristiques d'un groupe social

Un groupe social est un ensemble d'individus caractérisé par deux éléments :

  • L'existence d'interactions, directes ou indirectes, entre ses membres
  • La conscience d'une appartenance commune

Les interactions sont l'ensemble des activités réciproques que les individus effectuent entre eux. Par exemple, discuter, se serrer la main, organiser une activité ensemble, sont des interactions entre individus.

La conscience ou le sentiment d'une appartenance commune ne peut émerger que si les interactions se poursuivent pendant un certain temps. Le groupe social a donc une certaine durée, il se construit dans le temps. On dit que le groupe social est une "construction sociale", car le sentiment d'appartenance commune est peu à peu élaboré et intégré par les individus, et il n'existe pas chez les individus avant que le groupe se forme.

A travers ces interactions répétées, les individus établissent peu à peu des valeurs et des normes communes qui caractérisent tous les individus faisant partie du groupe. Ces valeurs et normes s'appliquent aux individus qui composent le groupe, car ceux-ci sont conduits à les intégrer, même s'ils ne les suivaient pas avant.

Groupe social

Un groupe social est un ensemble d'individus en relations directes ou indirectes et qui se reconnaissent comme membres d'un collectif, en opposition à ceux qui n'en sont pas membres.

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Les différences avec d'autres groupes d'individus

Il est nécessaire de distinguer le groupe social de simples ensembles d'individus qui n'ont pas de relations durables entre eux, par exemple une file d'attente dans un supermarché, ou le public d'un spectacle. Les individus qui composent ces foules n'ont pas d'identité commune revendiquée, et peu de relations entre eux.

Le groupe social doit aussi être distingué de la simple association contractuelle (ensemble de personnes liées par un contrat). L'étude des groupes sociaux en sociologie a été influencée par le courant interactionniste, qui insiste sur l'étude de l'ensemble des interactions concrètes entre les individus qui se rencontrent, se côtoie, se parlent, apprennent à se connaître, et font des activités ensemble. On ne peut donc pas se contenter de définir le groupe social par un lien formel (c'est-à-dire explicite, mais aussi qui n'est que d'apparence) qui existe entre les individus (par exemple un contrat).

Le groupe social est également très différent de la simple catégorie statistique, comme par exemple les Professions et Catégories Socioprofessionnelles (PCS). Les catégories statistiques sont des agrégats inventés par les chercheurs pour regrouper les individus selon des caractéristiques qu'ils ont en commun (par exemple, leur profession). Cependant, ce n'est pas parce que les individus ont une même profession qu'ils ont des relations concrètes et agissent ensemble. Les individus appartenant à une même catégorie socioprofessionnelle (par exemple les "professions intermédiaires") se reconnaissent même pas forcément dans cette catégorie statistique.

Il existe toutefois des exemples de catégorie statistiques fondées sur des groupes sociaux. Le sociologue français Luc Boltanski a consacré un ouvrage à la formation du groupe social des "cadres". Pendant les Trente Glorieuses est apparu un ensemble de positions socioprofessionnelles qu'on ne pouvait pas rattacher aux catégories statistiques existantes : des individus salariés, mais appartenant à une classe sociale différente et supérieure à celle des ouvriers et employés. Parmi ces individus, certains se sont mobilisés pour se faire reconnaître en tant que "cadres", par exemple en fondant des syndicats de cadres. Ils ont milité pour la création d'une catégorie statistique, qu'ils ont obtenue, puis la diffusion du terme de cadre (notamment dans la presse) a permis aux cadres de se reconnaître. La catégorie est devenue progressivement un groupe social.

Catégorie statistique

La catégorie statistique désigne une collection d'individus, créée par les sociologues pour leurs recherches. Les individus sont classés en fonction de certains critères, mais ils ne se reconnaissent pas nécessairement comme membre de ce groupe.

Les ouvriers sont une catégorie. Pour devenir un groupe, il faut qu'ils se pensent appartenir à un collectif.

Les catégories socioprofessionnelles (CSP) sont un outil créé par l'INSEE en 1950 pour classer l'ensemble de la population, ou tout au moins la population active, en un nombre restreint de grandes catégories représentant chacune une certaine homogénéité sociale. Modifiées en 1982, les CSP sont devenues une nomenclature, celle des Professions et Catégories Socioprofessionnelles (PCS). Les PCS regroupent 486 professions répertoriées en 42 catégories socio-professionnelles, ces dernières étant regroupées en 6 groupes d'actifs et 2 inactifs, appelés CSP ou PCS :

  • Agriculteurs exploitants
  • Artisans, commerçants et chef d'entreprise (de 10 salariés ou plus pour ces derniers)
  • Cadres et professions intellectuelles supérieures
  • Professions intermédiaires
  • Employés
  • Ouvriers
  • Retraités
  • Autres personnes sans activité professionnelle (dont chômeurs n'ayant jamais travaillé)
B

Les différents types de groupes sociaux

1

Groupe primaire et groupe secondaire

Pour prendre en compte les différences entre les groupes sociaux, il est possible d'opérer une première dichotomie en fonction de la taille, du degré d'intimité, mais aussi du type de relations et du sentiment d'appartenance :

  • Groupe primaire
  • Groupe secondaire
Groupe primaire

Un groupe primaire est caractérisé par un fort degré d'intimité et par des relations intenses, c'est-à-dire des relations directes, fréquentes et qui représentent un fort investissement émotionnel pour l'individu. Ces relations intenses font que le groupe primaire possède un haut degré de cohésion. Ce sont davantage des groupes de petite taille.

La famille est un groupe primaire. C'est un petit groupe, où les individus se connaissent bien et ont des interactions directes et régulières.

Groupe secondaire

Un groupe secondaire est de taille plus conséquente et les relations sont plus indirectes (plus superficielles) avec un degré d'intimité (d'appartenance) plus faible. Le comportement des individus et leurs rôles vont davantage se cantonner au statut occupé dans le groupe.

L'ensemble des employés d'une entreprise forment souvent un groupe social secondaire. Ils se connaissent de vue, sont conduits à interagir, mais ne tissent souvent pas de relations intimes entre eux.

Les groupes primaires et secondaires se distinguent également par leur fonctionnement (plus formel) et par l'emprise qu'ils peuvent avoir sur les individus (elle est plus grande dans le groupe primaire).

Les individus appartiennent souvent à un ou deux groupes primaires, et à plusieurs groupes secondaires. L'individu n'appartient pas à un seul groupe et il peut y avoir concurrence entre ses différents groupes, car ils ne transmettent pas les mêmes valeurs et les mêmes normes.

De façon générale, plus un groupe est petit, et plus les relations dans ce groupe seront des interactions directes, entre individus qui se connaissent. Plus un groupe est grand, et plus les relations sont impersonnelles.

Un exemple de grand groupe est celui des "cadres", qui ont peu de relations directes entre eux, mais ont tout de même un sentiment d'appartenance au même groupe social. Les relations qu'ils entretiennent sont avant tout impersonnelles, par exemple lorsqu'ils adhèrent aux mêmes syndicats nationaux.

2

Groupe d'appartenance et groupe de référence

On peut aussi distinguer entre groupe d'appartenance et groupe de référence.

Groupe d'appartenance

Le groupe d'appartenance est le groupe dont l'individu est membre. Il dicte à l'individu les rôles que l'on attend de lui, en fonction du statut du groupe et du statut dont l'individu dispose dans le groupe.

Groupe de référence

Le groupe de référence est celui auquel l'individu veut appartenir. C'est donc le groupe sur lequel l'individu cherche à "calquer" son rôle. Ce groupe peut être différent du groupe d'appartenance et les individus peuvent se référer à un autre système de normes, valeurs, etc.

En règle générale, le groupe de référence est un groupe dont le statut est plus élevé que celui du groupe d'appartenance. Cependant, il existe des contre-exemples : par exemple, chez les jeunes, la nouvelle culture dominante (à laquelle les jeunes essaient de s'identifier) est la culture populaire (beaucoup écoûtent du rap, une musique auparavant produite et écoutée uniquement par les milieux populaires).

Les possibilités de mobilité sociale favorisent l'adoption de comportements et d'attitudes sur le modèle de conduite du groupe auquel on souhaite appartenir. Ce phénomène a été mis à jour dans les années 1950 par Robert Merton, et a pris le nom de socialisation anticipatrice.
Le décalage possible entre le groupe d'appartenance et le groupe de référence peut également engendrer des situations de frustration relative. En cas de frustration relative, l'individu est insatisfait non au vu de sa situation objective, mais par comparaison avec un autre groupe.

Socialisation anticipatrice

La socialisation anticipatrice correspond à l'adaptation de son comportement et de ses attitudes sur le modèle de conduite d'un groupe social auquel on souhaite appartenir.

3

Les groupes d'intérêt

Les groupes sociaux ont souvent des intérêts en commun, qu'ils s'attachent à défendre. On peut alors considérer que tous les membres d'un groupe ont intérêt à unir leurs forces à lutter pour défendre leurs intérêts, c'est-à-dire à mener une action collective. Le groupe social devient alors un groupe d'intérêt.

Groupe d'intérêt

Un groupe d'intérêt (ou groupe de pression, groupe d'influence, lobby) est un groupe social formé pour défendre les intérêts d'une catégorie de personnes. Il intervient dans le débat public et essaie souvent d'influencer les décideurs publics.

Les cultivateurs agricoles ont intérêt à s'opposer à l'interdiction de certaines de leurs pratiques habituelles, comme l'utilisation de pesticides. Ayant ainsi des intérêts communs, ils peuvent constituer un syndicat qui essaiera de faire pression sur les pouvoirs publics pour que les pesticides demeurent autorisés, en organisant des manifestations, en intervenant dans les journaux télévisés, etc. C'est un groupe d'intérêt.

II

Fonctionnement des réseaux sociaux

A

Sociologie des réseaux sociaux

1

Le rôle des réseaux sociaux

Depuis plusieurs années, le terme de "réseau social" est devenu banal. Dans le langage courant, il désigne aujourd'hui un type particulier de sites Internet qui ont pour vocation d'entretenir des relations entre les individus qui y sont inscrits (Facebook par exemple). Les sites de réseaux sociaux sont des outils qui permettent aux individus de se rencontrer et de communiquer alors qu'un réseau social en sociologie désigne les relations que les individus entretiennent les uns avec les autres.

Ces relations s'organisent en réseaux, ce qui fait qu'il est insuffisant, pour comprendre comment les individus interagissent, de ne considérer que les relations directes entre des individus, ou l'appartenance de l'individu à un groupe. Il est nécessaire de prendre en considération l'ensemble des contacts directs et indirects (les contacts de ses contacts) de l'individu. L'analyse des réseaux sociaux privilégie l'étude de ces relations et cherche à décrire les formes ou la structure que prennent ces relations. Les réseaux sont donc une forme particulière de coordination entre un ensemble d'acteurs qui ne se connaissent par forcément.

Stanley Milgram dans les années 1960 a montré que la longueur chaîne de personnes requises pour lier une personne choisie arbitrairement avec une autre dans le même pays est relativement courte. C'est ce que l'on a appelé l'étude du "petit monde".

Réseaux sociaux

Les réseaux sociaux sont un ensemble de relations entre des individus ou des groupes d'individus, entretenant des liens plus ou moins forts.

2

La sociabilité

Les réseaux sociaux peuvent rassembler différentes formes de sociabilité.

Sociabilité

La sociabilité désigne l'ensemble des relations qu'une personne ou qu'un groupe entretient avec les autres.

On peut distinguer entre sociabilité formelle et informelle. La sociabilité formelle désigne l'ensemble des relations imposées et réglées, dans un cadre préalablement organisé (par exemple, lorsque les individus se fréquentent au cours de réunions dans une entreprise). La sociabilité informelle désigne des relations plus souples et libres, hors d'un cadre formel (par exemple, lors d'un pique-nique entre amis).

Une autre distinction importante est celle qui oppose liens forts et liens faibles. Un lien fort entre deux individus est constitué de relations intenses, c'est-à-dire régulières et intimes. Deux membres d'un couple, ou un parent et son enfant, ont entre eux des liens forts. À l'opposé, les liens faibles sont des liens moins intenses, voire qui ne consistent qu'en la connaissance de l'existence de l'autre (par exemple l'ami d'un ami dont on a seulement entendu parler).

Pour réaliser un projet, par exemple, une recherche de stage ou d'emploi, les individus vont mobiliser un réseau, c'est-à-dire un ensemble d'acteurs grâce auxquels ils pourront réaliser leurs aspirations. On mobilise un réseau en faisant connaître ses besoins, donc en diffusant une demande via les canaux de transmission d'un réseau social (par exemple en envoyant un courriel à tous ses contacts).

3

Le capital social

Lorsque les individus mobilisent un réseau, ils ont accès à du capital social. Pierre Bourdieu a forgé la notion de capital social, qu'il met en relation avec d'autres formes de capital : économique, culturel et symbolique.

Capital social

Le capital social désigne l'ensemble des ressources auxquelles le réseau d'un individu lui permet d'avoir accès. Le capital social désigne ainsi à la fois l'ensemble des personnes qui sont mobilisables (le "carnet d'adresses" de l'individu) mais aussi les ressources économiques et culturelles mobilisées à travers elles.

Le capital social peut prendre différentes formes : une offre d'emploi, une voiture d'occasion, des informations, etc.

Des réseaux sociaux peuvent être conçus précisément pour augmenter le capital social de leurs membres. C'est le cas des réseaux d'anciens élèves des grandes écoles, qui ont pour fonction d'aider les plus jeunes à trouver des offres d'emploi ou des stages grâce à l'appui des anciens.

Le capital social est l'ensemble des ressources actuelles ou potentielles qui sont liées la possession un réseau durable de relations plus ou moins institutionnalisées d'interconnaissance et d'inter-reconnaissance ; ou, en d'autres termes, à l'appartenance un groupe, comme ensemble agents qui ne sont pas seulement dotés de propriétés communes (susceptibles d'être perçues par l'observateur, par les autres ou par eux-mêmes) mais sont aussi unis par des liaisons permanentes et utiles […]. Le volume du capital social que possède un agent particulier dépend donc de l'étendue du réseau des liaisons qu'il peut effectivement mobiliser et du volume du capital économique, culturel ou symbolique possédé en propre par chacun de ceux auxquels il est lié.

Bourdieu

Le Capital social, notes provisoires, ARSS

1980

B

La force des liens faibles

Mark Granovetter a présenté la thèse de la "force des liens faibles", en s'intéressant au fonctionnement du réseau social dans la recherche d'emploi.
Il montre dans ses recherches que les liens faibles sont plus efficaces pour trouver un emploi que les liens forts. Il étudie un groupe de cadres, et il observe qu'ils trouvent plus souvent un emploi par des connaissances éloignées (ami d'ami, ancien camarade de promotion, etc.) que par les liens forts (famille, amis ou collègues proches). Cela s'explique par le fait que l'information circule "trop bien" dans les liens forts. En effet, puisque les liens forts sont caractérisés par des relations fréquentes et intenses, les personnes qui forment un réseau de liens forts reçoivent toutes les mêmes informations en même temps. En revanche, les informations qui parviennent à un individu via un lien faible sont souvent exclusives, c'est-à-dire que les autres personnes de son entourage n'y ont pas accès. Ainsi, une offre d'emploi reçue via un lien faible a moins de chances d'avoir déjà été prise par un collègue. Les liens faibles permettent d'avoir accès aux informations d'autres groupes sociaux que son groupe primaire, et donc d'apporter une information nouvelle.

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