Première L 2015-2016
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Première L 2015-2016

Clair de Terre, "Union libre"

Union libre

Ma femme à la chevelure de feu de bois
Aux pensées d'éclairs de chaleur
À la taille de sablier
Ma femme à la taille de loutre entre les dents du tigre
Ma femme à la bouche de cocarde et de bouquet d'étoiles de dernière grandeur
Aux dents d'empreintes de souris blanche sur la terre blanche
À la langue d'ambre et de verre frottés
Ma femme à la langue d'hostie poignardée
À la langue de poupée qui ouvre et ferme les yeux
À la langue de pierre incroyable
Ma femme aux cils de bâtons d'écriture d'enfant
Aux sourcils de bord de nid d'hirondelle
Ma femme aux tempes d'ardoise de toit de serre
Et de buée aux vitres
Ma femme aux épaules de champagne
Et de fontaine à têtes de dauphins sous la glace
Ma femme aux poignets d'allumettes
Ma femme aux doigts de hasard et d'as de cœur
Aux doigts de foin coupé
Ma femme aux aisselles de martre et de fênes
De nuit de la Saint-Jean
De troène et de nid de scalares
Aux bras d'écume de mer et d'écluse
Et de mélange du blé et du moulin
Ma femme aux jambes de fusée
Aux mouvements d'horlogerie et de désespoir
Ma femme aux mollets de moelle de sureau
Ma femme aux pieds d'initiales
Aux pieds de trousseaux de clés aux pieds de calfats qui boivent
Ma femme au cou d'orge imperlé
Ma femme à la gorge de Val d'or
De rendez-vous dans le lit même du torrent
Aux seins de nuit
Ma femme aux seins de taupinière marine
Ma femme aux seins de creuset du rubis
Aux seins de spectre de la rose sous la rosée
Ma femme au ventre de dépliement d'éventail des jours
Au ventre de griffe géante
Ma femme au dos d'oiseau qui fuit vertical
Au dos de vif-argent
Au dos de lumière
À la nuque de pierre roulée et de craie mouillée
Et de chute d'un verre dans lequel on vient de boire
Ma femme aux hanches de nacelle
Aux hanches de lustre et de pennes de flèche
Et de tiges de plumes de paon blanc
De balance insensible
Ma femme aux fesses de grès et d'amiante
Ma femme aux fesses de dos de cygne
Ma femme aux fesses de printemps
Au sexe de glaïeul
Ma femme au sexe de placer et d'ornithorynque
Ma femme au sexe d'algue et de bonbons anciens
Ma femme au sexe de miroir
Ma femme aux yeux pleins de larmes
Aux yeux de panoplie violette et d'aiguille aimantée
Ma femme aux yeux de savane
Ma femme aux yeux d'eau pour boire en prison
Ma femme aux yeux de bois toujours sous la hache
Aux yeux de niveau d'eau de niveau d'air de terre et de feu

André Breton

Clair de Terre

1923

I

Un blason moderne

  • Le poème est une évocation du corps de la femme. La description se fait par détails. On parle donc de blason. Ce genre est ancien, mais Breton le modernise.
  • On peut remarquer l'anaphore initiale avec "Ma femme" et le pronom possessif "ma". Le poète se concentre sur la femme aimée.
  • La description du corps ne suit pas de logique, elle est désordonnée.
  • Dans les vers 1 à 5, le poète évoque la chevelure et la taille.
  • Ensuite, du vers 5 au vers 14, il parle de la tête et du visage.
  • Jusqu'au vers 24, il se concentre sur les épaules et les doigts.
  • Puis jusqu'au vers 29, il parle des jambes.
  • Enfin, des vers 30 à 50, il évoque les yeux.
  • Le poète est dans une contemplation. On peut noter qu'aucun verbe n'est conjugué. Le poète est passif, il regarde longuement le tableau de la femme aimée.
II

Une célébration de la femme

  • Breton fait l'éloge de la femme aimée. Son corps est comme un monde miniature. Il le compare au ciel avec "étoiles, éclairs / mers avec écume, écluse/ Pierre avec ambre, ardoise / Animaux avec loutre, souris… / Végétal avec foin coupé, moelle de sureau." Le corps de la femme est donc un paysage.
  • Les yeux de la femme sont associés aux quatre éléments de la nature : "Aux yeux de niveau d'eau, de niveau d'air de terre, et de feu".
  • On trouve le champ lexical du minéral : "ambre", "pierre", "ardoise", "rubis", "placer", "craie", "grès" et "amiante".
  • On trouve le champ lexical du végétal : "foin", "fênes", "troène", "sureau", "orge", "savane", "bois" et "blé".
  • On trouve le champ lexical de l'animal : "loutre", "tigre", "souris", "hirondelle", "dauphins", "griffe", "oiseau", "paon", "plumes", "cygne", "ornithorynque", "martres", "scalares".
  • La femme est précieuse, elle est associée à la richesse : "ambre", "champagne", "or", "rubis".
  • La femme est une source inspiratrice pour André Breton.
III

Un poème surréaliste

  • Le poète prend des libertés avec les conventions poétiques. Il invente une nouvelle esthétique.
  • Il n'y a ni rime, ni mètre.
  • Le poète n'utilise pas de strophes, les vers sont libres.
  • Le poème est très simple, Breton utilise toujours le même groupe nominal "Ma femme" qui est suivi d'un complément du nom.
  • Le poème peut être comparé à une chanson.
  • Le surréalisme fonctionne souvent sur des associations d'idées. Cela est très clair dans ce poème. Breton associe la lumière au feu et à la couleur blanche.
  • Il y a peu d'outils de comparaison alors que le poète compare la femme au monde. Ce sont les associations d'idées qui permettent l'analogie.
  • Le surréalisme se retrouve aussi dans la cruauté du poème. Les poètes surréalistes associent la cruauté à tous les sentiments. Il y a une certaine forme de violence. La femme semble prisonnière, elle est une proie.
IV

L'érotisme

  • Breton érotise la femme. Les six derniers vers sont consacrés aux yeux de la femme, mais autrement il évoque d'autres parties du corps qui sont liées à la sexualité.
  • Ainsi, Breton évoque : la langue, les seins, les hanches, le sexe, les aisselles, le dos et les fesses.
  • C'est un poème novateur. Breton brise les tabous. Il parle sans pudeur de sensualité. Il rejette ainsi les conventions poétiques.
  • En associant la femme à la nature, Breton souligne l'érotisme de son corps. Elle est celle qui crée, comme la nature. Cela rappelle ainsi que l'acte d'amour permet la conception d'un enfant. L'érotisme est donc lié à la vie, et le poète célèbre le corps de la femme et la vie.
  • Le poème se focalise d'abord sur le visage puis lorsqu'il commence à décrire le corps il devient érotique. Le poète mêle description et désir amoureux.
  • Le poème est donc intime. Breton semble révéler une scène de son intimité avec sa femme.

En quoi ce poème est-il original ?

I. Un blason moderne
II. Les associations d'idées
III. L'érotisme

En quoi ce poème est-il surréaliste ?

I. La forme originale du poème
II. La simplicité
III. Le thème de la violence

Comment le poète célèbre-t-il la femme ?

I. La beauté féminine
II. La femme, un microcosme
III. L'érotisme

En quoi ce poème est-il en rupture avec les conventions poétiques ?

I. Une forme libre
II. Le jeu sur les associations d'idées
III. L'érotisme

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