Première L 2015-2016

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Le Rouge et le Noir, Julien domine Vergy

Julien s'échappa rapidement et monta dans les grands bois par lesquels on peut aller de Vergy à Verrières. Il ne voulait point arriver sitôt chez M. Chélan. Loin de désirer s'astreindre à une nouvelle scène d'hypocrisie, il avait besoin d'y voir clair dans son âme, et de donner audience à la foule de sentiments qui l'agitaient.
"- J'ai gagné une bataille, se dit-il aussitôt qu'il se vit dans les bois et loin du regard des hommes, j'ai donc gagné une bataille !"
Ce mot lui peignait en beau toute sa position et rendit à son âme quelque tranquillité.
"- Me voilà avec cinquante francs d'appointements par mois, il faut que M. de Rênal ait eu une belle peur. Mais de quoi ?"
Cette méditation sur ce qui avait pu faire peur à l'homme heureux et puissant contre lequel une heure auparavant il était bouillant de colère, acheva de rasséréner l'âme de Julien. Il fut presque sensible un moment à la beauté ravissante des bois au milieu desquels il marchait. D'énormes quartiers de roches nues étaient tombés jadis au milieu de la forêt du côté de la montagne. De grands hêtres s'élevaient presque aussi haut que ces rochers dont l'ombre donnait une fraîcheur délicieuse à trois pas des endroits où la chaleur des rayons du soleil eût rendu impossible de s'arrêter.
Julien prenait haleine un instant à l'ombre de ces grandes roches, et puis se remettait à monter. Bientôt par un étroit sentier à peine marqué et qui sert seulement aux gardiens des chèvres, il se trouva debout sur un roc immense et bien sûr d'être séparé de tous les hommes. Cette position physique le fit sourire, elle lui peignait la position qu'il brûlait d'atteindre au moral. L'air pur de ces montagnes élevées communiqua la sérénité et même la joie à son âme. Le maire de Verrières était bien toujours, à ses yeux, le représentant de tous les riches et de tous les insolents de la terre ; mais Julien sentait que la haine qui venait de l'agiter, malgré la violence de ses mouvements, n'avait rien de personnel. S'il eût cessé de voir M. de Rênal, en huit jours il l'eût oublié, lui, son château, ses chiens, ses enfants et toute sa famille.
"- Je l'ai forcé je ne sais comment, à faire le plus grand sacrifice. Quoi plus de cinquante écus par an ! Un instant auparavant je m'étais tiré du plus grand danger. Voilà deux victoires en un jour ; la seconde est sans mérite, il faudrait en deviner le comment. Mais à demain les pénibles recherches."
Julien, debout sur son grand rocher regardait le ciel embrasé par un soleil d'août. Les cigales chantaient dans le champ au-dessous du rocher ; quand elles se taisaient tout était silence autour de lui. Il voyait à ses pieds vingt lieues de pays. Quelque épervier parti des grandes roches au-dessus de sa tête était aperçu par lui, de temps à autre, décrivant en silence ses cercles immenses. L'œil de Julien suivait machinalement l'oiseau de proie. Ses mouvements tranquilles et puissants le frappaient, il enviait cette force, il enviait cet isolement.
C'était la destinée de Napoléon, serait-ce un jour la sienne ?

Stendhal

Le Rouge et le Noir

1830

I

La solitude pour trouver la paix

  • Julien se retrouve seul dans cette scène, loin des hommes.
  • Julien est libre comme en témoigne le verbe "échapper".
  • Sa solitude est mise en valeur par les répétitions : "loin du regard des hommes", "séparé de tous les hommes". Il est aussi loin de l'hypocrisie associée aux hommes.
  • Le silence est important : "en silence", "silence" répété plusieurs fois.
  • Julien trouve la paix : "tranquillité", "méditation", "sérénité", "tranquille".
II

Les émotions : Julien, un personnage romantique

  • Julien est un personnage véritablement romantique. Dans cette scène, il éprouve une foule de sentiments.
  • L'isolement lui permet de trouver la paix, de sonder son âme, répétition du mot "âme" : "rasséréner l'âme" "voir clair [dans son] âme".
  • Julien est aux prises avec une "foule de sentiments". La répétition du verbe "agiter" trahit l'émotion du personnage.
  • Le champ lexical de l'émotion est utilisé : "joie", "sensible" ,"heureux", "puissant", "colère", "haine", "peur", "envie[r]".
  • Avant d'être seul, Julien était en colère : "brûler", "bouillant de colère", "haine". Ses sentiments sont violents : présence des termes "violence" et "mouvements" associés au mouvement de l'âme.
III

Un paysage romantique

  • Julien est heureux car il a l'impression d'avoir gagné une bataille. Le paysage autour de lui est comme un miroir de ses émotions, et plus particulièrement de ses ambitions. Stendhal ironise quand il précise qu'il est "presque sensible" à la beauté du paysage. Julien est trop centré sur lui-même pour y faire attention.
  • La description est celle d'un paysage très romantique où s'opposent chaleur et fraîcheur : "soleil", "chaleur", "août"/ "ombre", "fraîcheur".
  • C'est un lieu où on respire enfin : "air pur", "fraîcheur délicieuse".
  • La nature est idéalisée, le paysage est d'une "beauté ravissante". Son champ lexical est développé : répétition "bois", "roches", "rocher", "roc", "hêtres", "sentier", "montagnes", "oiseau", "champ", "cigales", "épervier".
  • Stendhal semble peindre un tableau. À deux reprises, on retrouve la répétition du verbe "peindre".
IV

La grandeur et l'élévation : la soif de pouvoir de Julien

  • La promenade de Julien dans la nature trahit sa volonté de grandeur et d'élévation dans la société.
  • Cela est souligné par le champ lexical de la grandeur : "grands bois", "énormes quartier de roches", "grands hêtres", "roc immense", "grand rocher", "cercles immenses", et celui de l'élévation avec surtout des verbes : "monter", "s'élever", "haut", "montagnes élevées".
  • Julien a pris une position élevée : "en dessous" d'où il se trouve, "à ses pieds", "aussi haut". Julien surplombe la ville.
V

Vers la victoire

  • Le discours direct de Julien exprime sa joie d'avoir gagné une bataille : "J'ai gagné une bataille !" / "Je l'ai forcé".
  • Une idée de force et de puissance se retrouve avec les termes "force", "puissants" notamment associés à l'épervier.
  • Julien jubile. Le mot "victoire" est répété et elle est également symbolisée par la position "debout" de Julien.
  • Mais ce n'est pas terminé. Julien a encore du chemin à faire. Cette idée est symbolisée par le sentier qui est dur à monter : "étroit sentier", "à peine marqué". Il représente la difficulté du chemin vers la hauteur, vers le haut de la société. Ce chemin est aussi fait pour les bergers, donc Julien doit prendre le chemin des autres pour arriver à ses fins.
  • Julien est comparé à l'épervier, un "oiseau de proie". Il est "au-dessus" de lui. Julien veut lui ressembler : "l'enviait", "frappaient". Il suit l'oiseau du regard. Il aspire à la position la plus haute.
  • Avec le discours indirect libre à la fin, le narrateur rapporte les pensées de Julien qui se compare à Napoléon : "Destinée de Napoléon, serait-ce la sienne ?" Cela trahit son envie de grandeur et de gloire.

Comment le paysage traduit-il les émotions et aspirations de Julien ?

I. La grandeur et la hauteur
II. Un paysage et un personnage romantiques
III. L'épervier : l'envie de victoire

En quoi cette scène est-elle romantique ?

I. Un personnage aux prises avec ses sentiments
II. La peinture d'un paysage romantique
III. La soif de pouvoir de Julien

Quelles sont les émotions du personnage et comment sont-elles traduites par Stendhal ?

I. La solitude : sérénité de Julien
II. La grandeur et la hauteur du paysage : victoire de Julien
III. Vers la hauteur : l'ambition de Julien

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