Première L 2015-2016
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Première L 2015-2016

Lettres portugaises, Cinquième lettre

Cependant je crois que je ne vous souhaite point de mal, et que je me résoudrais à consentir que vous fussiez heureux ; mais comment pourrez-vous l'être, si vous avez le cœur bien fait. Je veux vous écrire une autre lettre, pour vous faire voir que je serai peut-être plus tranquille dans quelque temps ; que j'aurai de plaisir de pouvoir vous reprocher vos procédés injustes après que je n'en serai plus si vivement touchée, et lorsque je vous ferai connaître que je vous méprise, que je parle avec beaucoup d'indifférence de votre trahison, que j'ai oublié tous mes plaisirs et toutes mes douleurs, et que je ne me souviens de vous que lorsque je veux m'en souvenir ! Je demeure d'accord que vous avez de grands avantages sur moi, et que vous m'avez donné une passion qui m'a fait perdre la raison, mais vous devez en tirer peu de vanité ; j'étais jeune, j'étais crédule, on m'avait enfermée dans ce couvent depuis mon enfance, je n'avais vu que des gens désagréables, je n'avais jamais entendu les louanges que vous me donniez incessamment, il me semblait que je vous devais les charmes et la beauté que vous me trouviez, et dont vous me faisiez apercevoir, j'entendais dire du bien de vous, tout le monde me parlait en votre faveur, vous faisiez tout ce qu'il fallait pour me donner de l'amour ; mais je suis, enfin, revenue de cet enchantement, vous m'avez donné de grands secours, et j'avoue que j'en avais un extrême besoin : En vous renvoyant vos lettres, je garderai soigneusement les deux dernières que vous m'avez écrites, et je les relirai encore plus souvent que je n'ai lu les premières, afin de ne retomber plus dans mes faiblesses. Ah ! qu'elles me coûtent cher, et que j'aurais été heureuse, si vous eussiez voulu souffrir que je vous eusse toujours aimé. Je connais bien que je suis encore un peu trop occupée de mes reproches et de votre infidélité ; mais souvenez-vous que je me suis promis un état plus paisible, et que j'y parviendrai, ou que je prendrai contre moi quelque résolution extrême, que vous apprendrez sans beaucoup de déplaisir ; mais je ne veux plus rien de vous, je suis une folle de redire les mêmes choses si souvent, il faut vous quitter et ne penser plus à vous, je crois même que je ne vous écrirai plus, suis-je obligée de vous rendre un compte exact de tous mes divers mouvements ?

Gabriel de Guilleragues

Lettres portugaises

1669

I

La résolution de la jeune femme

  • La jeune fille affirme son envie de détachement. Elle cesse de tutoyer son amant pour le vouvoyer.
  • Il y a une idée de détachement qui passe aussi par l'utilisation du déterminant "cet".
  • L'utilisation de l'impératif donne un ton décidé à la lettre : "souvenez-vous".
  • Il y a une utilisation de verbes de décision : "je veux", "je ne veux plus rien de vous".
  • On retrouve également la détermination : "je connais".
  • Il y a une nuance tout de même, car elle anticipe : "que lorsque je veux". Elle n'a pas encore tout à fait l'emprise qu'elle voudrait sur elle-même.
II

Un portrait négatif de l'amant

  • Elle fait des reproches à l'amant : "reproche".
  • Elle condamne son indifférence : "sans beaucoup de déplaisir", "votre indifférence m'est insupportable".
  • Il l'a séduite facilement, elle était une proie facile : "je demeure", "j'étais", "peu de vanité".
  • L'amant est méprisable : "que je vous méprise", "vos procédés injustes".
  • C'est un manipulateur infidèle : "trahison", "infidélité".
  • Il a menti à "tout le monde".
  • Faire un portrait négatif de l'amant permet à Mariane de se rassurer. Cela lui enlève sa propre responsabilité. Il est entièrement responsable, elle est simplement une victime. Mariane tente de se persuader de son innocence.
III

Une lutte intérieure

  • Mariane est tourmentée. Une lutte intérieure se fait entre ses différents sentiments.
  • Elle se souvient de son amour avec nostalgie : "enchantement", "charme, beauté, du bien, faveur, amour".
  • Mariane aime aussi la douleur que cet amour lui a apportée : "donner", "tous mes plaisirs et toutes mes douleurs".
  • Le combat intérieur se traduit par des conjonctions comme "mais" et l'adverbe de temps "enfin".
  • Mariane se persuade qu'elle oubliera l'amant : "j'y parviendrais", "il faut vous quitter", "ne plus penser… même ne plus écrire".
  • Mariane se répète et se contredit : "je sais que je ne vous aime pas", "encore un peu trop".
  • Dans cette lettre qui se veut une lettre de rupture pointe tout de même l'idée du doute. Elle garde les dernières lettres.
IV

La faiblesse féminine

  • Mariane ne peut s'empêcher de penser au passé et d'idéaliser son amour : "ha ! que j'eusse été heureuse…" Utilisation du subjonctif. Nature rêveuse de la jeune femme.
  • Elle est fragile et émotionnelle : "si vivement touchée". Exagération.
  • Elle n'a pas une grande volonté : "peut être plus tranquille dans quelques temps", "je me souviens de vous…".
  • Elle avoue qu'elle aura du mal à oublier l'amant, et qu'il est plus fort qu'elle : "vous avez de grands avantages sur moi ", "mes faiblesses".
V

Une condamnation de la passion amoureuse

  • Vision de l'amour assez pessimiste.
  • Idée que l'amour est lié au mensonge : "on est quelquefois moins malheureux d'être trompé de ce qu'on aime, que d'en être détrompé", "Je ne cherchais pas à être éclaircie ; ne suis-je pas malheureuse de n'avoir pu vous obliger à prendre quelque soin de me tromper ?"
  • Champ lexical de la manipulation : "procédés injustes", "trahison", "infidélité".
  • L'amour est égoïste : "tous mes plaisirs", "donné une passion", "enchantement".
  • L'amour et l'amant sont deux choses différentes : "le plaisir de l'amour est d'aimer, et l'on est plus heureux par la passion que l'on a que par celle que l'on donne", "J'ai éprouvé que vous m'étiez moins cher que la passion".
  • L'amour est une "histoire qui finit mal".
  • L'amour est une illusion : "l'amour, aussi bien que le feu, ne peut subsister sans un mouvement perpétuel, et il cesse de vivre, dès qu'il cesse d'espérer ou de craindre".
  • L'amour est une maladie : "une passion qui m'a fait perdre la raison", "je suis une folle".

Pourquoi peut-on dire que cette dernière lettre est une lettre de rupture ?

I. La détermination de Mariane
II. Un portrait négatif de l'amant
III. Une condamnation de la passion amoureuse

En quoi cette lettre de rupture est-elle ambiguë ?

I. La détermination de Mariane
II. Un portrait négatif de l'amant
III. Une lutte intérieure des sentiments

Que dénonce l'auteur dans cette lettre ?

I. L'amant, un homme cruel
II. La faiblesse féminine
III. Une condamnation de l'amour passionnel

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