Première L 2016-2017
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Première L 2016-2017

Le Père Goriot, Portrait d'Eugène de Rastignac (Partie I)

Eugène de Rastignac était revenu dans une disposition d'esprit que doivent avoir connue les jeunes gens supérieurs, ou ceux auxquels une position difficile communique momentanément les qualités des hommes d'élite. Pendant sa première année de séjour à Paris, le peu de travail que veulent les premiers grades à prendre dans la Faculté l'avait laissé libre de goûter les délices visibles du Paris matériel. Un étudiant n'a pas trop de temps s'il veut connaître le répertoire de chaque théâtre, étudier les issues du labyrinthe parisien, savoir les usages, apprendre la langue et s'habituer aux plaisirs particuliers de la capitale ; fouiller les bons et les mauvais endroits, suivre les cours qui amusent, inventorier les richesses des musées. Un étudiant se passionne alors pour des niaiseries qui lui paraissent grandioses. Il a son grand homme, un professeur du Collège de France, payé pour se tenir à la hauteur de son auditoire. Il rehausse sa cravate et se pose pour la femme des premières galeries de l'Opéra-Comique. Dans ces initiations successives, il se dépouille de son aubier, agrandit l'horizon de sa vie, et finit par concevoir la superposition des couches humaines qui composent la société. S'il a commencé par admirer les voitures au défilé des Champs-Élysées par un beau soleil, il arrive bientôt à les envier. Eugène avait subi cet apprentissage à son insu, quand il partit en vacances, après avoir été reçu bachelier en Lettres et bachelier en Droit. Ses illusions d'enfance, ses idées de province avaient disparu. Son intelligence modifiée, son ambition exaltée lui firent voir juste au milieu du manoir paternel, au sein de la famille. Son père, sa mère, ses deux frères, ses deux sœurs, et une tante dont la fortune consistait en pensions, vivaient sur la petite terre de Rastignac. Ce domaine d'un revenu d'environ trois mille francs était soumis à l'incertitude qui régit le produit tout industriel de la vigne, et néanmoins il fallait en extraire chaque année douze cents francs pour lui. L'aspect de cette constante détresse qui lui était généreusement cachée, la comparaison qu'il fut forcé d'établir entre ses sœurs, qui lui semblaient si belles dans son enfance, et les femmes de Paris, qui lui avaient réalisé le type d'une beauté rêvée, l'avenir incertain de cette nombreuse famille qui reposait sur lui, la parcimonieuse attention avec laquelle il vit serrer les plus minces productions, la boisson faite pour sa famille avec les marcs de pressoir, enfin une foule de circonstances inutiles à consigner ici, décuplèrent son désir de parvenir et lui donnèrent soif des distinctions.

Honoré de Balzac

Le Père Goriot

1835

I

Les caractéristiques physiques et morales d'Eugène

  • Eugène est présenté comme un jeune homme d'un haut rang : "jeunes gens supérieurs", "hommes d'élite".
  • Des hyperboles sont employées pour désigner le caractère moral d'Eugène : "âmes grandes", "homme ardent et spirituel dont l'esprit et l'ardeur".
  • Les expressions mélioratives comme '"tournure élégante" et "beauté nerveuse" montrent la beauté de Rastignac qui est un atout pour plaire aux femmes.
  • C'est un jeune homme qui débute dans la vie avec la négation "sans...ni...ni".
  • C'est un personnage qui vient province : "méridional"', "provincial". Le nom du personnage a une consonance du Sud : "'Rastignac".
II

L'antithèse entre le travail et le plaisir

  • On remarque une antithèse présente dans le texte entre "travail" et "plaisir".
  • Rastignac est un étudiant ainsi qu'en témoigne le champ lexical du travail et notamment de l'université : "un professeur du Collège de France", "les premiers grades", "le peu de travail", "un étudiant".
  • Rastignac est diplômé : "été reçu bachelier en Lettres et bachelier en Droit".
  • Le champ lexical du loisir est bien présent : "s'habituer aux plaisirs particuliers", "suivre les cours qui amusent", "goûter les délices du Paris matériel", "galeries de l'Opéra-comique".
  • Les loisirs permettent à Rastignac d'apprendre également quelque chose, de savoir comment se comporter en société : "étudier les issues du labyrinthe", "savoir les usages", "fouiller les bons et les mauvais endroits".
III

Une présentation de la famille du personnage

  • Rastignac est issu d'une grande famille : "cette nombreuse famille".
  • Sa vie est plutôt pauvre : "petite terre", "constante détresse"; "l'avenir incertain de nombreuse famille qui reposait sur lui", "les plus minces productions".
  • Il vient d'une famille paysanne : "le produit tout industriel de la vigne", "la boisson faite pour sa famille avec les marcs de pressoir".
  • L'extrait révèle l'importance de l'argent dans la famille : "trois milles francs", "douze cents pour lui".
IV

Une opposition entre Paris et la province

  • On note une forte opposition entre Paris et la province.
  • Une seconde opposition est visible entre les femmes : "entre ses sœurs … et les femmes de Paris". Les sœurs pauvres sont comparées aux femmes riches : "la comparaison".
  • Le superlatif "si belles" insistent sur le physique des femmes riches. Les femmes de la capitale sont idéalisées : "qui lui avaient réalisé le type de beauté rêvée".
  • Rastignac juge sa famille par rapport à ce qu'il voit à Paris : "voir juste au milieu du manoir paternel".
  • L'auteur emploie de nombreux termes de comparaison : "alors", "mais", "si d'abord", "bientôt".
  • Les modes de vie sont très différents. À Paris, on s'amuse : "Opéra-comique", "cours qui amusent", "le répertoire de chaque théâtre". En province, on travaille difficilement : "il fallait en extraire".
  • Rastignac a de nouvelles préoccupations : "il partit en vacances", "ses illusions … avaient disparu". Il n'est plus le jeune homme provincial qu'il a été.
V

L'arrivisme de Rastignac

  • Rastignac est montré comme un arriviste. Il ne veut plus de la pauvreté et de la condition difficile de sa famille. Il s'est métamorphosé et veut pouvoir monter dans la société.
  • L'utilisation du présent de vérité générale souligne que Rastignac croit que ses nouvelles idées sont justes.
  • La métaphore de la renaissance souligne la transformation du personnage. Il est comparé à un "aubier". Il évolue.
  • En vérité, le personnage n'est pas libre, il est prisonnier de la société : "avait subit", "à son insu".
  • On retrouve le champ lexical de l'ambition : "décuplèrent son désir de parvenir et lui donnèrent soif des distinctions", "intelligence modifiée".
  • Rastignac veut utiliser son intelligence pour monter dans la société : "son intelligence modifiée".
VI

Les femmes, un outil pour Rastignac

  • La séduction est un moyen pour Rastignac de parvenir à ses fins. Il va utiliser les femmes. Il les admire pour leur "beauté rêvée". Le rêve est celui de la richesse.
  • La description de Rastignac rappelle cette attirance qu'il a pour les femmes et que les femmes ont pour lui : "un jeune homme … et l'ardeur" "tournure élégante", "beauté nerveuse".
  • Les femmes sont un moyen : "nécessité".

Quel portrait est fait de Rastignac ?

I. Un provincial qui vient d'une famille pauvre
II. Un jeune homme intelligent qui goûte aux plaisirs de la vie
III. Un arriviste qui veut monter dans la société

Quelles oppositions trouve-t-on dans le texte ?

I. Paris et la Province
II. La richesse et la pauvreté
III. L'étude et les plaisirs

En quoi le portrait de Rastignac est-il ambigu ?

I. Un jeune homme innocent et provincial
II. Un garçon travailleur
III. Le goût pour les plaisirs et la soif de richesse

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