Première S 2016-2017
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Première S 2016-2017

Encyclopédie, "Philosophe"

Philosophe

Les autres hommes sont déterminés à agir sans sentir ni connaître les causes qui les font mouvoir, sans même songer qu'il y en ait. Le philosophe au contraire démêle les causes autant qu'il est en lui, et souvent même les prévient, et se livre à elles avec connaissance : c'est une horloge qui se monte, pour ainsi dire, quelquefois elle-même. Ainsi il évite les objets qui peuvent lui causer des sentiments qui ne conviennent ni au bien-être, ni à l'être raisonnable, et cherche ceux qui peuvent exciter en lui des affections convenables à l'état où il se trouve. La raison est à l'égard du philosophe ce que la grâce est à l'égard du chrétien. La grâce détermine le chrétien à agir ; la raison détermine le philosophe.
Les autres hommes sont emportés par leurs passions, sans que les actions qu'ils font soient précédées de la réflexion : ce sont des hommes qui marchent dans les ténèbres ; au lieu que le philosophe, dans ses passions mêmes, n'agit qu'après la réflexion ; il marche la nuit, mais il est précédé d'un flambeau.
La vérité n'est pas pour le philosophe une maîtresse qui corrompe son imagination, et qu'il croie trouver partout ; il se contente de la pouvoir démêler où il peut l'apercevoir. Il ne la confond point avec la vraisemblance ; il prend pour vrai ce qui est vrai, pour faux ce qui est faux, pour douteux ce qui est douteux, et pour vraisemblance ce qui n'est que vraisemblance. Il fait plus, et c'est ici une grande perfection du philosophe, c'est que lorsqu'il n'a point de motif pour juger, il sait demeurer indéterminé [...]
L'esprit philosophique est donc un esprit d'observation et de justesse, qui rapporte tout à ses véritables principes ; mais ce n'est pas l'esprit seul que le philosophe cultive, il porte plus loin son attention et ses soins.
L'homme n'est point un monstre qui ne doive vivre que dans les abîmes de la mer ou dans le fond d'une forêt : les seules nécessités de la vie lui rendent le commerce des autres nécessaire et dans quelqu'état où il puisse se trouver, ses besoins et le bien-être l'engagent à vivre en société. Ainsi la raison exige de lui qu'il connaisse, qu'il étudie, et qu'il travaille à acquérir les qualités sociables.
Notre philosophe ne se croit pas en exil dans ce monde ; il ne croit point être en pays ennemi ; il veut jouir en sage économe des biens que la nature lui offre ; il veut trouver du plaisir avec les autres ; et pour en trouver, il faut en faire ainsi il cherche à convenir à ceux avec qui le hasard ou son choix le font vivre et il trouve en même temps ce qui lui convient : c'est un honnête homme qui veut plaire et se rendre utile […].
Le vrai philosophe est donc un honnête homme qui agit en tout par raison, et qui joint à un esprit de réflexion et de justesse les mœurs et les qualités sociales. Entez un souverain sur un philosophe d'une telle trempe, et vous aurez un souverain parfait.

César Chesneau Dumarsais

Encyclopédie

XVIIIe siècle

I

Le philosophe, un athée

  • Pour l'auteur, le philosophe est un athée.
  • On peut relever un parallélisme qui oppose philosophe et croyant : "la raison est à l'égard du philosophe ce que la grâce est à l'égard du chrétien."
  • L'auteur oppose ainsi raison et grâce, donc philosophie et religion. Les deux ne semblent pas compatibles.
  • Le philosophe a besoin de preuves pour croire, contrairement au croyant.
  • L'auteur dénonce la naïveté et la superstition des croyants.
  • Le philosophe réfléchit toujours avant de se prononcer : "il sait demeurer indéterminé". Le croyant par contre ne réfléchit pas, il admet sans preuve. Le philosophe est donc un homme qui est capable de prendre du recul, d'avoir un esprit critique, alors que le croyant semble borné.
II

Le philosophe, un homme à part

  • Le philosophe est un homme à part. Il est opposé aux autres hommes. À deux reprises, l'auteur utilise l'expression "autres hommes".
  • L'auteur insiste sur la différence entre le philosophe et les autres hommes : "au contraire".
  • On peut remarquer de nombreuses négations qui permettent d'isoler le philosophe des autres hommes en soulignant sa différence : "la vérité n'est pas pour le philosophe une maîtresse", "il ne la confond point".
  • Les autres hommes confondent vérité et vraisemblance, alors que le philosophe ne se prononce pas "sans sentir", "sans que les actions soient précédées d'un flambeau". La répétition de "sans" souligne le manque de recul des autres hommes.
  • Les autres hommes sont dominés leurs "passions" : "les autres hommes sont emportés par leurs passions sans que les actions qu'ils font soient précédées de la réflexion". La passion empêche la réflexion.
  • On trouve une métaphore qui oppose les "ténèbres", "la nuit", à la lumière, le "flambeau". L'obscurité représente la bêtise, l'obscurantisme, alors que la lumière représente l'intelligence, la raison.
  • Le peuple est ignorant : "le monde est plein de personnes d'esprit et de beaucoup qui jugent toujours, toujours ils devinent, car c'est deviner que de juger sans sentir quand on a le motif propre du jugement", "ils ignorent la portée de l'esprit humain", "La vérité n'est pas pour le philosophe une maîtresse qui corrompe son imagination, et qu'il croie trouver partout". On peut noter une certaine condescendance pour tous ceux qui ne sont pas philosophes. Le peuple prend pour acquis des préjugés et n'essaie pas de former un esprit critique.
III

Les qualités du philosophe

  • Le philosophe est un homme vertueux. Il "veut plaire et se rendre utile". C'est un "honnête homme".
  • Les valeurs morales du philosophe sont importantes. Le philosophe doit prendre le relais de la religion. Les valeurs morales religieuses ne sont pas suffisantes, puisqu'elles n'ont pas permis d'accéder à la paix.
  • L'idée de "l'honnête homme" date du XVIIe siècle. C'est un homme qui utilise sa raison, qui aime le savoir.
  • Le philosophe doit être un homme juste : "il prend pour vrai ce qui est vrai, pour faux ce qui est faux, pour douteux ce qui est douteux, et pour vraisemblable ce qui n'est que vraisemblable", "la raison détermine le philosophe", "une grande perfection du philosophe, c'est que lorsqu'il n'a point de motif pour juger, il sait demeurer indéterminé".
  • Le philosophe, pour être juste, doit observer le monde qui l'entoure. Il doit savoir distinguer le vrai du faux. Seule "une infinité d'observations" permet de le faire : "L'esprit philosophique est donc un esprit d'observation et de justesse qui rapporte tout à ses véritables principes".
  • Le philosophe est juste, car il veut l'ordre dans le monde. On peut d'ailleurs relever la métaphore de l'horloge qui se remonte toute seule.
  • Le philosophe est un homme rationnel "déterminés à agir". Il fonde son raisonnement sur la science. On trouve le champ lexical de la démonstration : "réflexion", "agir", "observation", "démêler", "jugement". Logique de causalité.
  • Le philosophe est un homme d'action. Il est actif : "apercevoir", "sentir", "comprend", "agir", "mouvoir".
IV

Le philosophe dans la société

A

L'utilité du philosophe

  • Le philosophe est utile à la société.
  • Il permet de mettre en place la bourgeoisie. On peut relever le champ lexical lié à la bourgeoisie : "le commerce", "économe", "honnête homme" "qui veut plaire et se rendre utile".
  • Le philosophe s'oppose en effet à l'aristocratie et à ses privilèges. Il rêve d'une nouvelle société plus juste avec une vraie valeur morale.
  • On perçoit l'idée selon laquelle une conquête du pouvoir doit être précédée d'un changement dans les idées, dans la réflexion. L'Encyclopédie va aider à former une nouvelle élite qui sera plus juste et plus éclairée.
  • Le philosophe devient un guide : "mais ce n'est pas l'esprit seul que le philosophe cultive, il porte plus loin son attention et ses soins", "Il ne pense pas que pour lui même", "il veut trouver du plaisir avec les autres, et pour en trouver il faut en faire".
  • Le philosophe est donc un homme engagé qui se bat pour une société plus juste, dans laquelle la bourgeoisie triompherait avec les idées des Lumières.
B

L'opposition à Rousseau

  • On relève une opposition à Rousseau dans cet article.
  • En effet, la conception du philosophe de l'auteur s'oppose à celle de Rousseau qui pense que pour être philosophe, il faut être en dehors de la société, un Homme exclu. Pour Rousseau, la société pervertit l'Homme, alors que pour Dumarsais la société peut aller vers le meilleur avec l'aide des philosophes.
  • On peut observer un ton polémique : "doive vivre que dans les abîmes de la mer ou dans le fond d'une forêt". C'est une attaque directe contre Rousseau.
  • Pour Dumarsais, l'Homme ne peut être heureux qu'en société. Le philosophe agit pour cette société :"la raison exige de lui qu'il connaisse, qu'il étudie, et qu'il travaille à acquérir les qualités sociables". Il rejette l'idée du philosophe mélancolique reclus.
  • On peut noter le champ lexical de l'obscurité : "ténèbres", "nuit", "abîmes", "le fond de la forêt". L'Homme qui s'exclut de la société fait le choix de l'obscurantisme.

Quelle conception du philosophe apparaît dans cet article ?

I. Le philosophe, un athée à part
II. Les qualités du philosophe
III. Le devoir d'améliorer la société

Que critique Dumarsais dans cet article ?

I. Une critique de l'obscurantisme religieux
II. Une remise en question de la philosophie rousseauiste

Quelles sont les qualités du philosophe ?

I. Un fin observateur
II. Un homme d'action
III. Un homme juste et raisonné

Quel est le rôle du philosophe ?

I. Lutter contre l'obscurantisme religieux
II. Observer la nature
III. Améliorer la société

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