Première S 2016-2017
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Première S 2016-2017

L'Assommoir, Le retour du quartier ouvrier

Mais ce fut là le dernier beau jour du ménage. Deux années s'écoulèrent, pendant lesquelles ils s'enfoncèrent de plus en plus. Les hivers surtout les nettoyaient. S'ils mangeaient du pain au beau temps, les fringales arrivaient avec la pluie et le froid, les danses devant le buffet, les dîners par cœur, dans la petite Sibérie de leur cambuse. Ce gredin de décembre entrait chez eux par-dessous la porte, et il apportait tous les maux, le chômage des ateliers, les fainéantises engourdies des gelées, la misère noire des temps humides. Le premier hiver, ils firent encore du feu quelquefois, se pelotonnant autour du poêle, aimant mieux avoir chaud que de manger ; le second hiver, le poêle ne se dérouilla seulement pas, il glaçait la pièce de sa mine lugubre de borne de fonte. Et ce qui leur cassait les jambes, ce qui les exterminait, c'était par-dessus tout de payer leur terme. Oh ! le terme de janvier, quand il n'y avait pas un radis à la maison et que le père Boche présentait la quittance ! Ça soufflait davantage de froid, une tempête du Nord. M. Marescot arrivait, le samedi suivant, couvert d'un bon paletot, ses grandes pattes fourrées dans des gants de laine ; et il avait toujours le mot d'expulsion à la bouche, pendant que la neige tombait dehors, comme si elle leur préparait un lit sur le trottoir, avec des draps blancs. Pour payer le terme, ils auraient vendu de leur chair. C'était le terme qui vidait le buffet et le poêle. Dans la maison entière, d'ailleurs, une lamentation montait. On pleurait à tous les étages, une musique de malheur ronflant le long de l'escalier et des corridors. Si chacun avait eu un mort chez lui, ça n'aurait pas produit un air d'orgues aussi abominable. Un vrai jour du jugement dernier, la fin des fins, la vie impossible, l'écrasement du pauvre monde. La femme du troisième allait faire huit jours au coin de la rue Belhomme. Un ouvrier, le maçon du cinquième, avait volé chez son patron.

Émile Zola

L'Assommoir

1877

I

La composition d'une scène pathétique

  • Zola parvient à maintenir par plusieurs procédés une tonalité pathétique : "couvert d'un bon paletot, ses grandes pattes fourrées dans des gants de laine". "On pleurait à tous les étages".
  • La scène est faite de gradations qui permettent l'ouverture finale.
  • On monte crescendo. D'abord, la faim : "les fringales arrivaient", "les danses devant le buffet", "les dîners par cœur".
  • Puis, on évoque le froid : "la petite Sibérie de leur cambuse", "ce gredin de décembre", "il glaçait la pièce".
  • Il flotte une menace d'expulsion : "ce qui les exterminait, c'était par-dessus tout de payer leur terme", "le père Boche présentait la quittance", "toujours le mot d'expulsion à la bouche".
II

La gradation de la situation

  • D'abord, l'extrait évoque la misère.
  • Au fur et à mesure, la situation se dégrade de plus en plus. Zola représente un véritable calvaire.
  • On peut souligner l'exagération avec "tous" : "tous les maux".
  • Il en va de même pour la gradation : "tous les mots [...], le chômage [...] les fainéantises [...] la misère noire".
  • Le narrateur insiste sur le désespoir avec une couleur donnée à la misère : "misère noire".
  • Plusieurs hyperboles caractérisent le froid : "davantage de froid, une tempête du Nord", "ce qui leur cassait les jambes".
  • La prostitution est annoncée par une image cruelle : "ils auraient vendu de leur chair".
III

Le désespoir

  • Le thème du désespoir est important dans le texte.
  • Zola l'amène en insistant sur l'impression de fin du monde. En effet, il met en scène une véritable apocalypse, avec la référence biblique hyperbolique : "Un vrai jour du jugement dernier, la fin des fins".
  • C'est une vision épique du désespoir, comme le note l'insistance avec l'expression "la fin des fins".
  • Le narrateur utilise la métaphore de la musique lugubre : "une musique de malheur", "un air d'orgues aussi abominable". L'orgue est souvent joué dans les églises.
IV

La focalisation interne

  • La focalisation interne permet à Zola de placer le lecteur à la place des Coupeau.
  • L'imparfait de répétition souligne les labeurs : "les nettoyaient", "les fringales arrivaient", "entrait".
  • Les maux des Coupeau sont personnifiés, on a l'impression qu'ils sont attaqués de toute part : "les hivers surtout les nettoyaient", "les fringales arrivaient", "ce gredin de décembre entrait", "il apportait", "sa mine [le poêle] lugubre ".
  • Les Coupeau sont COD dans la phrase : "les hivers surtout les nettoyaient". Ils sont passifs, ils subissent l'action.
  • Le lecteur éprouve de la pitié pour les personnages.
  • Il y a un contraste entre la misère des Coupeau et l'aisance de Marescot.
  • Zola utilise le langage des ouvriers : "ce gredin de décembre", "ce qui leur cassait les jambes".
  • Il emploie des périphrases : "les danses devant le buffet", "les dîners par cœur".
V

Le thème de la fatalité

  • On retrouve l'idée de fatalité, de misère à laquelle on ne peut pas échapper. Un malheur en appelle un autre.
  • Zola généralise la misère à tous les ouvriers. Ce n'est pas juste les Coupeau, mais le quartier ouvrier entier qui souffre.
    Cette idée est renforcée par l'utilisation du généralisant "on" : "On pleurait à tous les étages".
  • La fin du texte pathétique annonce la prostitution prochaine de Gervaise : "La femme du troisième allait faire huit jours au coin de la rue Belhomme". Les femmes pauvres sont forcées de vendre leur corps.
  • La misère engendre le crime : "Un ouvrier, le maçon du cinquième, avait volé chez son patron".
  • C'est un cercle infernal, on ne peut pas s'en sortir. Zola dénonce la misère sociale.

En quoi cette scène est-elle pathétique ?

I. Une gradation de la misère
II. La focalisation interne pour vivre au plus près la misère des personnages
III. L'idée de fatalité

Comment Zola dénonce-t-il la misère sociale ?

I. Le registre pathétique
II. La focalisation interne
III. L'idée de fatalité

Comment la misère est-elle représentée ?

I. La faim qui dévore
II. Le froid contre lequel on ne peut pas lutter
III. Les malheurs qui se suivent

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