Première S 2015-2016
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Première S 2015-2016

Hernani, Désespoir du héros (III, 4)

HERNANI :
Monts d'Aragon ! Galice ! Estramadoure !
Oh ! je porte malheur à tout ce qui m'entoure !
J'ai pris vos meilleurs fils, pour mes droits, sans remords ;
Je les ai fait combattre, et voilà qu'ils sont morts !
C'étaient les plus vaillants de la vaillante Espagne.
Ils sont morts ! ils sont tous tombés dans la montagne,
Tous sur le dos couchés, en braves, devant Dieu,
Et, si leurs yeux s'ouvraient, ils verraient le ciel bleu !
Voilà ce que je fais de tout ce qui m'épouse !
Est-ce une destinée à te rendre jalouse ?
Doña Sol, prends le duc, prends l'enfer, prends le roi !
C'est bien. Tout ce qui n'est pas moi vaut mieux que moi !
Je n'ai plus un ami qui de moi se souvienne,
Tout me quitte, il est temps qu'à la fin ton tour vienne,
Car je dois être seul. Fuis ma contagion.
Ne te fais pas d'aimer une religion!
Oh ! par pitié pour toi, fuis ! − Tu me crois, peut-être,
Un homme comme sont tous les autres, un être
Intelligent, qui court droit au but qu'il rêva.
Détrompe-toi. Je suis une force qui va !
Agent aveugle et sourd de mystères funèbres
Une âme de malheur faite avec des ténèbres !
Où vais-je ? je ne sais. Mais je me sens poussé
D'un souffle impétueux, d'un destin insensé.
Je descends, je descends, et jamais ne m'arrête.
Si parfois, haletant, j'ose tourner la tête,
Une voix me dit: Marche! et l'abîme est profond,
Et de flamme ou de sang je le vois rouge au fond !
Cependant, à l'entour de ma course farouche,
Tout se brise, tout meurt. Malheur à qui me touche !
Oh ! fuis ! détourne-toi de mon chemin fatal,
Hélas ! sans le vouloir, je te ferais du mal !

Victor Hugo

Hernani

1830

I

La théâtralité de la tirade

  • Les alexandrins soulignent la dimension solennelle du texte.
  • Les rimes plates ajoutent de la musicalité à la scène.
  • La ponctuation expressive rend le texte vivant.
  • De nombreuses phrases courtes ou nominales, ainsi que de nombreux impératifs ajoutent au dynamisme.
  • On trouve l'anaphore en "prend".
  • De nombreuses césures créent des ruptures de rythme.
  • C'est une tirade avec de nombreuses marques d'énonciation : "je", "tu", "vous", "Doña Sol".
II

Monologue, dialogue ?

  • Il y a un jeu entre monologue et dialogue.
  • On trouve des apostrophes : "J'ai pris vos meilleur fils", "La vaillante Espagne".
  • On a l'impression d'un dialogue entre Hernani et ses souffrances.
  • Ensuite, on a l'impression d'un dialogue avec Doña Sol. Le pronom personnel "tu", le pronom démonstratif "t", l'apostrophe "Doña Sol" et l'impératif "Fuis" sont utilisés.
  • Dans les derniers vers, il y a des questions rhétoriques avec "je".
  • Hernani est perdu, il ne sait plus à qui il s'adresse, tout se mélange dans sa tête.
III

L'argumentation d'Hernani

  • La tirade est argumentée.
    D'abord, il expose la raison pour laquelle il faut le fuir : "fuis-moi", "malheur à qui me touche ! oh ! fuis ! détourne-toi de mon chemin fatal ! hélas sans le vouloir je te ferai du mal !"
    Ensuite, il donne des arguments dans le reste de la tirade.
  • Il essaie de persuader Doña Sol, il joue sur les sentiments : "pitié", "malheur".
  • Hernani se culpabilise : "voilà ce que je fais".
  • Il se dévalorise : "tout ce qui n'est pas de moi vaut mieux que moi".
  • Il se compare à une maladie pour montrer qu'il est dangereux : "fuis ma contagion".
  • Il y a de nombreuses questions oratoires.
  • Des indicateurs logiques sont utilisés : "si", "mais", "car", "si", "cependant".
IV

Le thème de la fatalité

  • Le champ lexical de la mort est utilisé : "malheur", "mort", "ténèbres".
  • Il y a l'idée de fatalité qui suit Hernani : "oh ! je porte malheur à tout ce qui m'entoure", "je te ferai du mal".
  • On trouve une métaphore de l'abîme : "je descends, je descends et jamais ne m'arrête".
  • Hernani se montre résigné : "cependant à l'entour de ma course farouche".
  • Il y a l'interjection : "hélas !"
  • Il se sent pousser par une force plus forte que lui : "Où vais-je ?", "Je me sens pousser", "un souffle", "course farouche".
V

Le passé d'Hernani

  • Hernani expose d'abord son passé.
  • Il évoque son passé guerrier : "combattre", "vaillants", "tombés", "morts".
  • Il parle de ses échecs, dans les combats, en amitié. Il parle de l'échec à venir, celui de l'amour : "Fuis ma contagion".
  • Il évoque ses amis et leur perte : "Je n'ai plus un ami, qui de moi se souviennent".
  • Hernani pense que sa vie entière est vouée à l'échec.
VI

Le registre lyrique

  • Plusieurs marques soulignent le lyrisme de la scène.
  • Une ponctuation très expressive est utilisée.
  • On trouve de nombreuses interjections : "Oh", "Hélas".
  • Il y a des questions rhétoriques.
  • Un rythme saccadé trahit l'émoi du personnage. Il est construit avec des virgules, des monosyllabes, un rythme ternaire, des alexandrins coupés.
  • Il y a une hyperbole avec la répétition de "tout". Hernani exagère.
  • On a l'idée d'un homme qui se croit seul et différent : "Je dois être seul".
  • On retrouve également l'idée du malheur sur lui : "Fuis ma contagion".

Comment Victor Hugo traduit-il le désespoir du héros ?

I. Une tirade théâtrale
II. Le lyrisme
III. Le thème de la fatalité

En quoi cette scène peint-elle un héros tragique ?

I. Le lyrisme du personnage
II. L'idée de fatalité

En quoi cette scène est-elle romantique ?

I. Une tirade théâtralisée
II. Le lyrisme
III. L'idée de fatalité

En quoi cette tirade est-elle dramatisée ?

I. Monologue ou dialogue ?
II. Une argumentation lyrique
III. Un rythme saccadé

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