Comparer deux traductions d'un texte antique Exercice fondamental

Dans les traductions suivantes des Métamorphoses d'Ovide, quels sont les partis pris des traducteurs ?

TEXTE A :
Mais pourtant, c'est à toi plus qu'à quiconque, qu'il était cher,
Cyparissus, toi, le plus bel enfant de Céos ; c'est toi qui le menais
vers de nouvelles pâtures, vers l'onde claire d'une source.
Tantôt tu entrelaçais entre ses cornes des fleurs de toutes couleurs,
tantôt, cavalier monté sur son dos, tu allais joyeusement
ici et là, retenant son mufle délicat avec des rênes de pourpre.
C'était l'été, au milieu du jour, et la chaleur du soleil
brûlait les bras courbes du Cancer, ami du rivage.
Fatigué, le cerf s'était étendu sur la terre gazonneuse
et cherchait la fraîcheur à l'ombre d'un arbre.
Par mégarde, le jeune Cyparissus le transperça d'un trait acéré
et quand il le vit mourant d'une cruelle blessure, il décida
qu'il voulait mourir lui aussi.

TEXTE B :
Personne cependant ne l'aimait autant que toi, ô le plus beau des habitants des habitants de Céos, Cyparissus. C'était toi qui menais ce cerf paître l'herbe nouvelle ou boire l'eau des sources limpides ; tantôt tu nouais à ses cornes des fleurs de toutes les couleurs, tantôt, monté sur son dos, joyeux cavalier, tu allais çà et là, gouvernant avec des rênes de pourpre sa bouche docile au frein. On était en été, au milieu du jour ; la chaleur brûlait les bras recourbés du Cancer, hôte des rivages ; fatigué, le cerf avait étendu son corps sur la terre couverte de gazon et aspirait l'air frais à l'ombre des arbres. Le jeune Cyparissus, par mégarde, le transperça d'un javelot acéré ; puis, quand il le vit mourir de sa cruelle blessure, il souhaita de mourir lui-même.

Dans les traductions suivantes des Vies des douze Césars de Suétone, quels sont les partis pris des traducteurs ?

TEXTE A :
Néron commençait à se fatiguer de sa mère, qui épiait et critiquait avec aigreur ses paroles et ses actions. Il essaya d'abord de la rendre odieuse, en disant qu'il abdiquerait l'empire et se retirerait à Rhodes. Bientôt il lui ôta tous ses honneurs et toute sa puissance, lui enleva sa garde et ses Germains ; enfin il la bannit de sa présence et de son palais. Il eut recours à tous les moyens pour la tourmenter. Était-elle à Rome, des affidés de Néron lui suscitaient des procès ; à la campagne, ils l'accablaient de railleries et d'injures, en passant près de sa retraite par terre ou par mer. Cependant, effrayé de ses menaces et de sa violence, Néron résolut de la perdre. Trois fois il essaya de l'empoisonner ; mais il s'aperçut qu'elle s'était munie d'antidotes. Il fit disposer un plafond qui, à l'aide d'un mécanisme, devait s'écrouler sur elle pendant son sommeil. L'indiscrétion de ses complices éventa son projet. Alors il imagina un navire pouvant se disloquer, destiné à la submerger ou à l'écraser par la chute du plafond.

TEXTE B :
Excédé de voir sa mère exercer rigoureusement son contrôle et sa critique sur ses paroles et sur ses actes, Néron se borna d'abord à lui faire craindre, plusieurs fois, de l'accabler sous la haine publique, en feignant de vouloir abdiquer l'empire et s'en aller à Rhodes ; ensuite, il la priva de toute honneur et de tout pouvoir, lui enleva la garde de soldats et de Germains, la bannit enfin de sa présence et du Palatium ; désormais, ne négligeant rien pour la tourmenter rien pour la tourmenter, il soudoya des gens qui lui suscitaient des procès quand elle séjournait à Rome, et, si elle cherchait le repos dans la retraite, l'y poursuivaient encore de leurs railleries et de leurs injures, en passant devant sa maison par terre ou par mer. Mais, résolut de la faire périr ; par trois fois il essaya de l'empoisonner, mais voyant qu'elle s'était munie d'antidotes, il fit agencer les lambris de son plafond de telle manière que le jeu d'un mécanisme devait les faire tomber sur elle pendant son sommeil. Ses complices ayant mal gardé le secret, il imagina un bateau pouvant se disloquer, pour l'y faire périr soit par naufrage, soit écrasée sous la chute du pont.

Dans les traductions suivantes de L'Âne d'or ou les Métamorphoses d'Apulée, quels sont les partis pris des traducteurs ?

TEXTE A :
Je vais, dans cette prose millésienne te conter toute une série d'histoire variées et flatter ton oreille bienveillante d'un murmure caressant − pourvu que tu daignes jeter les yeux sur ce papyrus égyptien, que la pointe d'un roseau du Nil a couvert d'écriture − et tu t'émerveilleras en voyant des êtres humains changer de nature et de condition pour prendre une autre forme, puis par un mouvement inverse se transformer à nouveau en eux-mêmes. Je commence.
"Qui est l'homme, dis-tu ?" − Voici, en deux mots. L'Hymette attique, l'Isthme d'Ephyra, le Ténare spartiate, terres heureuses, immortalisées à jamais par des livres plus heureux encore, voilà depuis toujours le pays de mes pères ; là, j'ai fait mes premières armes, en mon enfance, dans la langue attique. Plus tard, étudiant étranger dans la Ville latine, j'ai acquis au prix d'un grand effort la maîtrise de la langue du pays après en avoir abordé l'étude, sans aucun maître pour me guider. Aussi demandai-je d'avance l'indulgence, si, maniant maladroitement un idiome qui m'est étranger et extérieur, je commets quelque faute. Et d'ailleurs, par lui-même, ce passage d'un langue à une autre s'accorde avec le genre que j'aborde ici, et qui relève de l'art de la voltige. C'est un roman grec que je commence maintenant. Lecteur, sois attentif et tu seras satisfait.

TEXTE B :
Je veux ici coudre ensemble divers récits du genre des fables milésiennes. C'est une assez douce musique, et qui va chatouiller agréablement vos oreilles, pour peu qu'elles soient bénévoles, et que votre goût ne répugne pas aux gentillesses de la littérature égyptienne, à l'esprit des bords du Nil. Vous verrez mes personnages, ô merveille ! tour à tour perdre et reprendre, par l'effet de charmes opposés, la forme et la figure humaine. Je commence ; mais, d'abord, quelques mots sur l'auteur. Les coteaux de l'Hymette, l'isthme d'Éphyre, le Ténare, sont en commun le berceau de mon antique lignée. Heureuses régions, si riches des dons de la terre, plus riches encore des immortels dons du génie ! Là, ma jeunesse studieuse a fait ses premières armes par la conquête de la langue grecque. Transporté plus tard sur le sol latin, étranger au milieu de la société romaine, il m'a fallu, sans guide et avec une peine infinie, travailler à me rendre maître de l'idiome national. Aussi je demande grâce à l'avance pour tout ce qu'un novice peut porter d'atteintes et à l'usage et au goût. Mon sujet est la science des métamorphoses. N'est-ce pas y entrer convenablement, que de transformer d'abord mon langage ? Du reste, tout est grec dans cette fable. Attention, lecteur ! le plaisir est au bout.

Dans les traductions suivantes de l'lliade d'Homère, quels sont les partis pris des traducteurs ?

TEXTE A :
Chante, Déesse, la colère du Péléide Achille, pernicieuse colère qui valut aux Achéen d'innombrables malheurs, précipita chez Hadès les âmes généreuses d'une foule de héros, et fit de leur corps la proie des chiens et de tous les oiseaux − ainsi s'accomplissait la volonté de Zeus − depuis le moment où, sitôt après leur querelle, se séparèrent l'Atride roi des guerriers, et le divin Achille.

TEXTE B :
Chante, ô Muse, la colère d'Achille, fils de Pélée, colère funeste, qui causa tant de malheurs aux Grecs, qui précipita dans les enfers les âmes courageuses de tant de héros, et rendit leurs corps la proie des chiens et des vautours. Ainsi s'accomplit la volonté de Zeus, du jour où se divisèrent, après une vive dispute, Agamemnon, roi des hommes, et le divin Achille.

Dans les traductions suivantes de l'Énéide de Virgile, quels sont les partis pris des traducteurs ?

TEXTE A :
Je chante les combats du héros qui fuit les rivages de Troie et qui, prédestiné, parvint le premier en Italie, aux bords de Lavinium ; il fut longtemps malmené sur terre et sur mer par les dieux tout puissants, à cause de la colère tenace de la cruelle Junon ; la guerre aussi l'éprouva beaucoup, avant de pouvoir fonder sa ville et introduire des dieux au Latium, berceau de la race latine, des Albains nos pères et de Rome aux altières murailles. Muse, rappelle-moi pour quelle cause, quelle offense à sa volonté, quel chagrin la reine des dieux poussa un héros d'une pitié si insigne à traverser tant d'aventures, à affronter tant d'épreuves ?

TEXTE B :
Et les armes je chante, et l'homme, qui de toute
La côte d'Ilion tint la première route
Par destin vagabond en Italie aux bords
Du pays Latinois : il eut d'étranges sorts
À l'appétit des Dieux, sur la terre et sur l'onde
Pour le dépit toujours vif en l'âme profonde
De Junon vengeresse : il eut bien à pâtir,
Par les guerres aussi quand ce vint à bâtir
Une ville et à mettre au pays de Latie
Ses Dieux, de qui la gent des Latins est sortie,
Et les pères Albains, et de qui hautement
Les enceintes de Rome ont pris leur fondement.
Muse dy-m'en le fait : pour quelle braverie
À sa majesté sainte, et comme quoy marrie
La princesse des dieux embarqua de son chef
À rouler tant d'ennuis, courir tant de méchef
Un homme en pitié si connu par ses gestes ?