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On donne un extrait de l'essai De l'origine des fables de Fontenelle.

II faut prendre garde que ces idées, qui peuvent être appelées les systèmes de ces temps-là, étaient toujours copiées d'après les choses les plus connues. On avait vu souvent verser de l'eau de dedans une cruche : on imaginait donc fort bien comment un dieu versait celle d'une rivière ; et par la facilité même qu'on avait à l'imaginer, on était tout à fait porté à le croire. Ainsi, pour rendre raison des tonnerres et des foudres, on se représentait volontiers un dieu de figure humaine lançant sur nous des flèches de feu : idées manifestement prises sur des objets très familiers.
Cette philosophie des premiers siècles roulait sur un principe si naturel qu'encore aujourd'hui notre philosophie n'en a point d'autre ; c'est-à-dire que nous expliquons les choses inconnues de la nature par celles que nous avons devant les yeux, et que nous transportons à la physique les idées que l'expérience nous fournit. Nous avons découvert par l'usage, et non pas deviné, ce que peuvent les poids, les ressorts, les leviers ; nous ne faisons agir la nature que par des leviers, des poids et des ressorts. Ces pauvres sauvages, qui ont les premiers habité le monde, ou ne connaissaient point ces choses-là, ou n'y avaient fait aucune attention. Ils n'expliquaient donc les effets de la nature que par des choses, plus grossières et plus palpables, qu'ils connaissaient. Qu'avons-nous fait les uns et les autres ? Nous nous sommes toujours représenté l'inconnu sous la figure de ce qui nous était connu, mais heureusement il y a tous les sujets du monde de croire que l'inconnu ne peut pas ne point ressembler à ce qui nous est connu présentement.

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