Le Parti pris des choses, "L'Huître" Exposé type bac

L'Huître

L'huître, de la grosseur d'un galet moyen, est d'une apparence plus rugueuse, d'une couleur moins unie, brillamment blanchâtre. C'est un monde opiniâtrement clos. Pourtant on peut l'ouvrir : il faut alors la tenir au creux d'un torchon, se servir d'un couteau ébréché et peu franc, s'y reprendre à plusieurs fois. Les doigts curieux s'y coupent, s'y cassent les ongles : c'est un travail grossier. Les coups qu'on lui porte marquent son enveloppe de ronds blancs, d'une sorte de halos.
À l'intérieur l'on trouve tout un monde, à boire et à manger : sous un firmament (à proprement parler) de nacre, les cieux d'en dessus s'affaissent sur les cieux d'en dessous, pour ne plus former qu'une mare, un sachet visqueux et verdâtre, qui flue et reflue à l'odeur et à la vue, frangé d'une dentelle noirâtre sur les bords.
Parfois très rare une formule perle à leur gosier de nacre, d'où l'on trouve aussitôt à s'orner.

Francis Ponge

Le Parti pris des choses

1942

I

Un poème moderne

  • Le thème du poème est surprenant car il s'agit d'un objet ordinaire, prosaïque : une huître. Il est très éloigné des thèmes classiques de la poésie traditionnelle.
  • Le poème est écrit en prose et non en vers, il est construit autour de trois paragraphes de plus en plus courts, sans blancs typographiques, ce qui donne l'impression d'un texte serré, à l'image de l'objet évoqué.
  • Le texte du poème peut faire penser à une définition d'objet plutôt qu'à un poème.
II

Un poème descriptif

  • La description de l'objet est minutieuse et objective : le titre fait penser à celui d'un article de dictionnaire, il est simple et précis.
  • Dans le poème, le temps employé est le présent gnomique : "est", "on peut", "il faut".
  • Les adjectifs sont nombreux : "moyen", "rugueuse", "visqueux", "verdâtre".
  • La description est précise et porte sur tous les aspects de l'huître. Elle renseigne le lecteur sur sa taille : "de la grosseur d'un galet moyen". L'utilisation de cette comparaison permet au lecteur qui n'aurait jamais vu cet objet de se le représenter immédiatement. Cela est également le cas pour sa forme ("de la taille d'un galet moyen") et sa couleur grâce à de nombreux adjectifs : "moins unie", "brillamment blanchâtre", "verdâtre", "noirâtre". Le suffixe -âtre confère d'ailleurs à la description une tonalité péjorative, loin de toute idéalisation de l'objet poétique.
  • Les cinq sens sont mis à profit afin de proposer une définition sensorielle précise. La vue est présente à travers les termes "unie", "ronds blancs", "blanchâtre", "verdâtre", "noirâtre". L'ouïe est présente à travers "les coups". L'odorat est présent grâce aux verbes "flue et reflue à l'odeur". Le toucher est évoqué avec "nacre" et des adjectifs comme "rugueuse" et "visqueux".
  • Grâce à ces éléments, le lecteur peut créer une représentation mentale de l'objet. Cela renvoie à la conception de Francis Ponge qui décide de "prendre le parti des choses" comme le suggère le titre du recueil.
III

Un poème à l'image de l'objet décrit

  • Il y a une analogie entre l'objet décrit et le poème car ce dernier est constitué de trois paragraphes portant sur un aspect de l'objet. Le premier paragraphe décrit l'extérieur de l'huître et explique comment l'ouvrir. Le deuxième paragraphe décrit l'intérieur de l'huître, le mollusque. Le dernier paragraphe fait mention de la perle cachée en son sein.
  • Les trois paragraphes sont de plus en plus petits, comme les éléments de l'huître décrits : la coquille, le mollusque, la perle.
  • Certains mots, de par leur graphie, font écho à l'objet. En effet, la terminaison -âtre est présente à travers les mots suivants : "blanchâtre", "verdâtre", "noirâtre", "opiniâtrement".
  • De même, les allitérations, notamment celle du son [k], permettent d'illustrer les actions évoquées. La difficulté liée à l'ouverture de la coquille est ainsi évoquée à travers cette allitération qui évoque les coups portés : "coups", "qu'on", "cassent", "coupent".
IV

La symbolique de l'huître

  • La place de l'huître dans le monde est évoquée comme elle le serait pour un personnage littéraire ordinaire. Les expressions suivantes : "tout un monde", "à boire et à manger", "cieux", "firmament" semblent suggérer que l'huître constitue un microcosme, elle se suffit à elle-même.
  • L'huître est d'ailleurs composée de trois éléments : l'eau à travers la "mare" et les verbes conjugués "flue et reflue" qui peuvent faire penser à la marée ; le ciel à travers "les cieux d'en dessus" et "les cieux d'en dessous" ce qui peut faire référence à la terre, cernée par les cieux ; enfin la terre et le minéral grâce aux termes "galet", "nacre", "dentelle".
  • L'Homme est seulement mentionné, il est réduit à l'aide d'une métonymie à des "doigts" qui sont "curieux", ils se coupent et se "cassent les ongles". Il y a la présence de tournures impersonnelles "il faut", "on" qui empêche d'individualiser l'Homme.
  • Cependant, l'huître est tout de même soumise à l'Homme comme en témoignent les verbes employés : "ouvrir", "tenir", "porte", "trouve".
V

La métaphore de l'écriture poétique

  • Ce poème raconte à travers une métaphore le travail d'écriture poétique auquel est confronté le poète. Ainsi le premier paragraphe représente la recherche, la création. Contrairement aux poètes qui parlent d'inspiration poétique ici, il est bien question de travail. La difficulté que rencontre l'Homme à ouvrir l'huître symbolise la difficulté que peut rencontrer le poète lors de l'écriture : "s'y reprendre à plusieurs fois", "le travail", "les coups". Il s'agit d'une lutte plutôt violente entre l'Homme et l'objet.
  • Ensuite, l'Homme accède à "tout un monde", le mollusque est décrit de manière esthétique : "dentelle", "firmament", "cieux", "nacre". Tout comme le mollusque, le texte poétique, avant de devenir poème, doit être travaillé au niveau de la forme, de son esthétique.
  • Enfin, le poète accède à la perle qu'il trouve. Même s'il faut lutter pour le trouver, un monde meilleur et plus beau reste accessible, il est à trouver (répété deux fois dans le poème). Ce verbe est issu du latin tropare, qui signifie "inventer, découvrir, composer un poème". La dernière phrase fait référence à la trouvaille du poète, à l'objet créé par le travail d'écriture, le poème rare et précieux "dont on trouve à s'orner."

Qu'est-ce qui rend ce texte poétique ?

I. Le travail sur la forme
II. La création d'images esthétiques
III. La réflexion sur la création poétique

Comment Ponge renouvelle-t-il le regard porté sur l'huître ?

I. Une description minutieuse
II. Une description imagée
III. L'huître, symbole de création littéraire

En quoi ce poème est-il moderne ?

I. Un objet poétique original
II. Une écriture objective
III. Un objet métaphorique

Quelle conception de la poésie se dégage de ce poème ?

I. Un poème en prose
II. Un poème objectif
III. Le travail de l'écrivain