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La mondialisation en fonctionnement

La mondialisation consiste en l'augmentation des échanges internationaux. L'ensemble des flux matériels, immatériels et humains est en pleine croissance. La mondialisation est la conséquence de facteurs historiques, politiques et techniques. Elle conduit à une mise en réseau sélective des territoires.

La mondialisation provoque de nombreux débats et contestations animés par une multitude d'acteurs.

I

Les processus et les acteurs

A

Processus d'internationalisation des sociétés et des territoires

La mondialisation est un phénomène d'intensification des échanges internationaux. Des facteurs historiques, politiques et technologiques sont à l'origine d'une augmentation des flux à l'échelle internationale :

  • Les flux matériels concernent les échanges de marchandises tels que les matières premières et les produits agricoles.
  • Les flux immatériels concernent les transferts d'argent, de messages, la circulation des idées, des images, des vidéos, etc.
  • Les mobilités humaines sont de deux types : le tourisme et les migrations.

Cette intensification des échanges met en réseau, de manière inégale, l'ensemble des sociétés et des territoires de la planète. Ce phénomène ne se limite pas au domaine économique mais concerne aussi les domaines politique, culturel, environnemental, etc.

En conséquence, les entreprises engagent désormais des stratégies qui prennent en compte cette internationalisation des échanges en jouant sur les avantages comparatifs des territoires. Par exemple, une multinationale peut assembler ses produits dans un pays où la main-d'œuvre est peu coûteuse (comme en Asie) mais les concevoir dans un pays où la main-d'œuvre est très qualifiée (dans un pays développé). On observe ainsi une spécialisation des territoires mais aussi une mise en concurrence de ces derniers. Ce processus s'appelle la Nouvelle division internationale du travail (NDIT).

Ainsi la mondialisation aboutit à une recomposition des territoires. Par exemple, de nombreuses industries s'installent sur les littoraux, dans les zones industrialo-portuaires, afin de faciliter leur approvisionnement en matières premières ainsi que leurs exportations.

Il existe de nombreux débats sur la différence entre globalisation et mondialisation. Nous prenons ici le point de vue du géographe Laurent Carroué, qui considère que la mondialisation correspond à la diffusion du capitalisme à l'ensemble de l'espace géographique, tandis que le terme de globalisation désigne l'ensemble des phénomènes qui s'exercent à l'échelle globale et nécessitent une gestion globale.

Ainsi, l'augmentation des échanges de marchandises dans le cadre du développement du libre-échange est à relier avec la mondialisation alors que le réchauffement climatique est considéré comme un phénomène global.

B

Des facteurs historiques, politiques et technologiques

Les échanges internationaux ne sont pas apparus au XXe siècle, ils sont anciens. Le phénomène étudié ici est la mondialisation récente, qui est la plus intense. Cependant, il est nécessaire, afin d'expliquer ce processus, de retracer son évolution historique.

La mondialisation est issue de trois phases historiques, que l'on nomme parfois les trois mondialisations :

  • La première est le temps des grandes découvertes (XV − XVIe siècle), une conjoncture de découvertes scientifiques et géographiques qui marquent une première ouverture des échanges mondiaux.
  • La deuxième a eu lieu au XIXe siècle : l'industrialisation et la colonisation sont un pas de plus vers la fin du "monde fini" (Paul Valéry).
  • Enfin, la dernière phase de la mondialisation est celle que l'on connaît : après l'effondrement de l'URSS au début des années 1990, le capitalisme s'étend à toute la planète.

Mais le processus de mondialisation résulte aussi de choix politiques. Les États, appliquant le principe du libre-échange, ont entrepris des baisses des droits de douane afin de diminuer les entraves au commerce international et ont favorisé l'augmentation des échanges.

Enfin, le troisième facteur est technologique. Les transports se sont perfectionnés et sont devenus moins chers, notamment dans le transport maritime (90% des échanges internationaux de marchandises) avec la course au "gigantisme" des navires et dans le domaine aérien. Les nouvelles technologies de l'information et de la communication (NTIC), comme Internet, sont aussi un facteur déterminant de la mondialisation.

C

Les acteurs

Une firme transnationale (FTN) est une entreprise qui développe son activité à l'étranger, directement ou par l'intermédiaire de ses filiales. Les FTN sont des acteurs majeurs de l'économie et elles sont de plus en plus nombreuses :

  • Elles étaient 80 000 en 2009 et on en compte 104 000 en 2011.
  • Elles gèrent 900 000 filiales dans le monde entier.
  • Elles emploient plus de 80 millions de salariés dans le monde.
  • Elles sont à l'origine de 1/3 de la production mondiale et des 2/3 des échanges mondiaux.
  • Les FTN sont présentes dans tous les secteurs de l'économie.

On mesure l'activité internationale des entreprises transnationales par leur stock d'investissements directs à l'étranger (IDE), c'est-à-dire le montant du capital investi dans des pays étrangers pour y développer des activités commerciales ou de production.

Il existe de nombreux autres acteurs de la mondialisation :

  • Les ONG (Organisations non gouvernementales) qui, dans de nombreux domaines (humanitaire, social, écologique) sont présentes à l'échelle mondiale (à l'instar de Greenpeace).
  • Enfin, les lobbies (groupes de pression), les diasporas, les réseaux clandestins (mafias) sont aussi considérés comme des acteurs de la mondialisation.
  • Les États demeurent importants dans les dynamiques mondiales : ils gèrent un territoire (le rendent attractif, s'occupent de la population) et une économie (dont une monnaie).
  • Afin de peser plus lourd dans les flux mondiaux, les États se regroupent en institutions internationales (OMC, FMI, Banque mondiale, qui ont pour rôle de normaliser les relations économiques), groupes de discussion (G7, G20, G77) et organisations régionales (Union européenne, ALENA, Mercosur, etc.).
II

Mobilités, flux et réseaux

A

Une explosion des flux matériels et immatériels

Depuis les années 1950, et surtout depuis les années 1980, les échanges commerciaux mondiaux ne cessent d'augmenter.

La valeur des exportations mondiales de marchandises est passée de 2030 milliards de dollars en 1980 à 18 260 milliards de dollars en 2011.

Les biens matériels sont de trois types :

  • Les produits manufacturés, c'est-à-dire les produits transformés dans les usines
  • Les produits agricoles
  • Les combustibles et produits miniers (pétroles, gaz, minerais, etc.)

La part des produits manufacturés dans les exportations prend de plus en plus d'importance.

En 1955, 35% des biens matériels exportés étaient des produits agricoles et les produits manufacturés représentaient 45% des exportations. En 2011, les produits manufacturés représentent 65% des exportations et les produits agricoles 22%.

L'échange de biens immatériels est en constante augmentation :

  • Ils comptent pour 20% du commerce international.
  • Les flux de capitaux, dont les IDE, sont devenus majeurs dans les échanges internationaux. Depuis les années 1990, la capitalisation boursière a été multipliée par 5.
  • Les remises de fonds des migrants sont aussi des revenus importants pour les pays en voie de développement. Par exemple, les remises comptent pour 10% du PIB marocain.
B

L'essor des mobilités humaines

On observe deux principales catégories de mobilité humaine :

  • Les migrations qui consistent pour une personne à changer de lieu de résidence. Les migrations se réalisent à plusieurs échelles. On peut quitter son pays pour aller habiter dans un autre pays, il s'agit d'une migration internationale. On peut aussi quitter sa région pour aller habiter dans une autre région ou encore se déplacer à l'intérieur d'une même région.
  • Le tourisme consiste à quitter son domicile personnel pour une durée supérieure à 24 heures et inférieure à un an. Lorsque l'on voyage dans un autre pays que le sien, on parle de tourisme international.

Les mobilités humaines sont en augmentation constante :

  • Le nombre de migrants internationaux a doublé depuis 1990. Ils sont 250 millions en 2015, dont 65 millions de réfugiés.
  • Le nombre de touristes dans le monde est de 1,2 milliard en 2015. Les touristes internationaux étaient de 439 millions en 1990.

Les migrations s'expliquent par différentes motivations :

  • De nombreux travailleurs quittent leur pays afin de s'éloigner de la pauvreté et de trouver un emploi mieux rémunéré dans un autre pays. Parmi elles se trouvent des personnes très qualifiées qui émigrent à la recherche d'emplois de haut niveau.
  • Les réfugiés sont des migrants qui fuient la guerre ou les violences de leur pays. Le nombre de réfugiés a atteint son chiffre le plus important depuis 1945, s'élevant à 65 millions en 2015.
  • Les touristes choisissent leur destination en fonction de son climat, de ses paysages, de son patrimoine culturel ou encore des sports qu'ils peuvent y pratiquer.
C

Une mise en réseau inégale

Les flux matériels et immatériels sont sélectifs. Ils se concentrent dans les territoires les plus dynamiques économiquement :

  • Ainsi les trois premiers pôles de l'économie mondiale (Amérique du Nord, Europe de l'Ouest et Asie de l'Est) apparaissent comme des centres d'impulsion de la mondialisation. Ces trois pôles que l'on appelle la "Triade élargie" sont à l'origine de 75% du PIB mondial.
  • Cependant, les pays émergents s'affirment. Selon le FMI, le Brésil, la Russie, l'Inde, la Chine et l'Afrique du Sud (BRICS) sont à l'origine de 60% de la croissance économique mondiale.
  • Mais à l'intérieur de ces territoires, certaines zones sont plus attractives (métropoles, interfaces maritimes et frontalières, etc.).

Les métropoles mondiales sont à l'origine de 80% des connexions internet mondiales.

Les flux migratoires sont aussi le corollaire de cette hiérarchisation des territoires. À l'échelle mondiale, on observe que ces flux s'effectuent désormais majoritairement entre les pays en développement mais que les flux des pays les moins développés du Sud vers les pays développés du Nord restent très importants :

  • L'Amérique du Nord, l'Europe de l'Ouest, le golfe Persique et l'Australie sont les principales zones d'immigration.
  • L'Afrique, l'Asie et l'Amérique latine sont les principales zones d'émigration.

À l'échelle continentale, il existe de nombreuses migrations. Dans une même région, des flux migratoires s'opèrent vers les pays les plus riches de la zone. Par exemple, l'Afrique du Sud ou encore le Gabon attirent des migrants venus d'autres pays africains plus pauvres. Certains pays jouent un rôle de transit. Mais plusieurs situations sont possibles. Par exemple, la France est un pays de transit de nombreux migrants qui souhaitent rejoindre le Royaume-Uni mais c'est aussi un important pays d'immigration.

Les flux touristiques sont aussi révélateurs des inégalités de richesses et reflètent les évolutions du contexte économique mondial :

  • Les pays développés sont les principaux émetteurs et récepteurs des touristes dans le monde, notamment l'Europe qui représente 52% des flux touristiques en 2013. Les populations de ces régions ont un niveau de vie élevé qui leur permet de consacrer un budget pour le tourisme et ces pays disposent d'infrastructures d'accueil de qualité et d'un riche patrimoine historique et culturel. Ainsi, la France est le pays qui reçoit le plus de touristes au monde (85 millions de touristes en 2015).
  • Cependant, les pays émergents participent de plus en plus aux flux touristiques. Ils représentent 46% des arrivées touristiques. Les pays émergents attirent donc davantage et ils émettent aussi de plus en plus de touristes. La Chine est désormais le premier pays émetteur. Cette participation croissante au tourisme international s'explique par la croissance économique dont bénéficient ces pays.
III

Les débats de la mondialisation

A

Les conséquences de la mondialisation en débat

À l'échelle globale, la mondialisation a permis d'améliorer les conditions de vie des populations et a favorisé le développement. Elle a permis l'enrichissement de certains territoires et la diffusion du progrès dans de nombreux domaines (médecine, énergie, technologie). La mondialisation a notamment permis à des pays du Sud de se développer et d'émerger en tant qu'acteurs internationaux.

Toutefois, nombreux sont ceux qui dénoncent aussi les effets néfastes du processus de mondialisation actuel :

  • Concernant l'environnement, la mondialisation accentue les problèmes de pollution et de dégradation de l'atmosphère. En effet, en poussant les besoins de transports à la hausse, la mondialisation entraîne une augmentation des consommations de carburants polluants, accentue le changement climatique et accélère l'épuisement de certaines ressources.
  • La mondialisation est également jugée responsable du renforcement de nombreuses inégalités dans le monde. En distinguant des espaces de production et des espaces de consommation, elle a creusé l'écart Nord-Sud à l'échelle de la planète. À l'échelle locale, les inégalités sociales se sont elles aussi accentuées.
  • Les entreprises transnationales sont régulièrement accusées de ne pas tenir compte des conséquences sociales de leur implantation dans des pays pauvres aux législations moins exigeantes en matière de respect des droits des travailleurs. Certaines FTN procèdent à des délocalisations, c'est-à-dire qu'elles déplacent un centre de production vers un autre pays afin de bénéficier de coûts moins élevés.
  • Dans le domaine de la culture, certains dénoncent une uniformisation et l'émergence d'une culture mondialisée, tandis que d'autres voient dans la mondialisation un moyen de mettre en valeur la diversité culturelle dans le monde.
B

Acteurs et alternatives

Les critiques à l'égard de la mondialisation font l'objet de débats nombreux, notamment lors des forums sociaux.

Les forums sociaux, organisés dans les pays du Sud, réunissent les altermondialistes. Ce sont des événements organisés afin de débattre de problématiques qui prennent en compte des considérations non seulement économiques mais également sociales et environnementales.

Les altermondialistes comprennent des individus isolés, des associations, des ONG et même certains gouvernements, qui proposent de donner une nouvelle forme à la mondialisation et de suivre des modèles plus équilibrés. Ils mettent en avant de nombreuses autres voies de développement, qu'ils justifient par la réduction des inégalités qu'elles permettent.

  • Le commerce équitable est une initiative consistant à mieux répartir entre les producteurs et les entreprises les revenus des produits de consommation issus de pays pauvres et vendus dans les pays riches.
  • Des modèles de "croissance zéro" ou de "décroissance" sont mis en avant à des fins environnementales, avec pour objectif de produire et de consommer moins afin de ne pas épuiser les ressources de la planète, tout en satisfaisant les besoins de l'humanité.

Le mouvement des "indignés" est apparu lors de la crise économique de 2008. Ce mouvement s'oppose aux politiques libérales à l'œuvre actuellement au niveau mondial.