Les sytèmes productifs en France : entre valorisation locale et intégration européenne et mondialeCours

\boldsymbol{\textcolor{dodgerblue}{\Rightarrow}}  Comment les espaces productifs français se transforment-ils sous l'effet de la mondialisation et de l'intégration à l'Union européenne ?

I

Des systèmes productifs en mutation

A

Le territoire français et ses atouts

Le territoire français possède d'indéniables atouts pour valoriser ses espaces productifs :

  • La France dans le cadre européen est intégrée à un espace de libre circulation des marchandises. Son réseau de transports dense et performant en fait un véritable carrefour européen, permettant le lien entre l'Europe du Nord et l'Europe méditerranéenne. Ses ouvertures maritimes sur la Manche, la mer du Nord et la Méditerranée et ses ports (Le Havre, Marseille), lui permettent d'être pleinement intégrée au commerce mondial de marchandises. La Northern Range est la façade maritime la plus fréquentée au monde. Paris et ses deux aéroports constituent un hub majeur permettant une redistribution des flux sur l'ensemble du territoire français. 
  • La France est la première terre d'investissement de l'Union européenne. En 2016, 28 600 entreprises étrangères étaient installées sur le territoire : elles emploient 1,8 millions de salariés, soit 11 % des emplois. Les marchés de consommation français et européen attirent les investisseurs étrangers. 

Toyota a implanté une usine à Onnaing dans le Nord afin de produire la Yaris, une voiture spécialement destinée au marché européen.

Hub

Synonyme de carrefour de communication, un hub désigne un point ou un nœud dans un réseau d'échanges où se concentrent des flux de passagers et/ou de marchandises et/ou d'informations qui sont redistribués aux échelles mondiale et régionale. Les principaux aéroports, ports et data centers sont des hubs mondiaux.

B

Agriculture, industrie et services : des secteurs en mutation

La France possède une agriculture performante qui s'est modernisée dans la deuxième moitié du XXe siècle, notamment grâce à la Politique agricole commune (PAC) européenne. La France est le premier producteur agricole d'Europe. La part de l'agriculture dans le PIB comme dans les emplois ne cesse de diminuer. Les emplois agricoles ne représentent plus que 2,5 % de la population active. Une partie des exploitations agricoles est de plus en plus intégrée au système agro-industriel pour approvisionner les grandes FTN de l'agroalimentaire : ce sont principalement la céréaliculture et l'élevage. Certains secteurs très spécialisés sont également intégrés aux circuits commerciaux mondiaux.

La production de Cognac en Charente est très largement tournée vers l'exportation. 

À côté de ces exploitations très spécialisées, il subsiste de nombreuses exploitations tournées vers la polyculture. Certaines peinent à être rentables faute de débouchés suffisants. Les exploitants se tournent alors vers des labels de qualité (biologique) et les services comme l'agrotourisme pour compléter leurs revenus.

La France est dans une économie post-industrielle, comme d'autres pays anciennement industrialisés : elle est marquée par une désindustrialisation, une baisse de la part de l'industrie dans le PIB et les emplois. 

L'idée de déclin industriel est à relativiser. Les emplois industriels représentent 17,5 % de la population active. 

La France est touchée par une crise de ses industries traditionnelles, en raison de : 

  • L'automatisation de la fabrication automobile.
  • La concurrence étrangère des pays d'Asie et d'Europe de l'Est : faibles salaires, normes environnementales plus souples, etc.
  • Les délocalisations et la nouvelle division du travail qui s'est mise en place à l'échelle mondiale : la sidérurgie, le textile ou l'automobile sont des secteurs fortement touchés. Ces délocalisations ne concernent que 5 % des pertes d'emplois dans l'industrie. Beaucoup d'emplois industriels glissent vers le secteur tertiaire. 
  • La montée en gamme de l'industrie française : elle nécessite de gros efforts d'innovation technologique.

Montée en gamme

La montée en gamme est un processus qui consiste à produire des biens plus élaborés qui nécessitent davantage de technologies. Ce processus qui concerne les régions d'industries traditionnelles en difficulté nécessite des investissements en matière d'innovation.

L'économie française se tertiarise. Le secteur des services occupe 80 % des salariés, assure les trois quarts de la richesse nationale. Les activités touristiques représentent 7,3 % du PIB en France. L'économie résidentielle se développe avec le vieillissement de la population.

On parle de mutations du système productif français : c'est un glissement des emplois des secteurs agricoles et industriels vers les services.

II

Des espaces productifs en recomposition

A

La géographie des espaces productifs

Sous l'effet de la mondialisation et des mutations de l'économie française, la géographie des espaces productifs évolue. La traditionnelle ligne Le Havre − Marseille qui opposait une France industrielle au nord et à l'est et une France agricole au sud et à l'ouest s'estompe malgré la persistance d'héritages : 

  • Le Nord et l'Est comptent de nombreux territoires industriels en reconversion suite à la crise d'activités traditionnelles : le textile, la sidérurgie ou l'automobile. 
  • Certaines régions spécialisées sont dynamiques : la région lyonnaise (chimie, pharmacie), Toulouse autour de l'aéronautique, le Bassin parisien autour de l'agro-industrie. 
  • Certains territoires misent sur l'innovation et profitent de dynamiques transfrontalières : la Haute-Savoie ou l'Alsace.
  • Les emplois tertiaires sont concentrés dans les régions du Sud et de l'Ouest, ainsi qu'en Île-de-France qui accueille près de 40 % des emplois de cadres.
  • L'économie résidentielle se développe sur l'ensemble des territoires mais avec un dynamisme inégal. Cet essor représente un enjeu vital dans les régions industrielles en reconversion ainsi que dans les espaces ruraux en déclin.

 

La géographie de l'agriculture se recompose :

  • Le Bassin parisien reste un territoire de grande culture céréalière performante et exportatrice. 
  • La Bretagne est devenue la première région agricole de France, principalement dans le domaine de l'élevage porcin et avicole. 
  • D'autres espaces, plus modestes en superficie, sont particulièrement dynamiques : la production des vignobles du Bordelais ou du Champenois est largement exportée. 
  • De nombreux espaces ruraux de polyculture sont en déclin : dans les zones de montagne ou des régions comme le Limousin, l'agriculture reste extensive et peu intégrée à la mondialisation. Beaucoup d'exploitants se tournent vers la valorisation des labels, les marchés locaux et l'agrotourisme afin de diversifier leur activité.

 

Les territoires ultra-marins connaissent des difficultés :

  • Ils n'ont pas l'accessibilité des régions métropolitaines du fait de leur éloignement. 
  • Leur activité économique repose avant tout sur l'agriculture spécialisée : canne à sucre, banane et autres cultures tropicales, et sur le tourisme. 
  • Ils se situent dans un environnement régional très concurrentiel : les territoires voisins sont des pays en développement, les normes sont moins contraignantes et les salaires sont moins élevés. Dans le secteur touristique, la Guadeloupe et la Martinique sont concurrencées par la République dominicaine, La Réunion par l'île Maurice. Peu insérés dans les circuits d'échanges mondiaux, les territoires ultra-marins « exportent » principalement leur production vers la métropole, ce qui renforce leur dépendance.
B

La métropolisation et la littoralisation des activités

La France connaît le phénomène de métropolisation. Les métropoles françaises : 

  • accueillent toujours plus de fonctions, d'activités et de richesses ;
  • renforcent leur poids dans le système urbain. 

 

Les entreprises qui recherchent des services de haut niveau et une main-d'œuvre qualifiée privilégient les métropoles. Ceci explique que l'Île-de-France a un poids économique écrasant, en assurant 31 % de la richesse nationale. D'autres métropoles s'affirment à l'échelle nationale comme Nantes, Bordeaux, Toulouse, Lyon ou Grenoble. 

Les grandes entreprises privilégient les quartiers d'affaires pour installer leurs fonctions décisionnelles : La Défense, la Part-Dieu à Lyon, Eurallile, etc. 

La présence d'universités et de centres de recherche favorisent la création de technopôles comme celui de Paris-Saclay. 

Les métropoles offrent un vaste marché de consommateurs, aux revenus plus élevés, qui attire les entreprises notamment dans le secteur des services. Même dans les régions qui connaissent des difficultés économiques, les métropoles s'en sortent mieux.

Le territoire français se caractérise par une maritimisation croissante des activités :

  • Elle est particulièrement visible à l'embouchure des grands fleuves (Seine, Rhône, Loire, Garonne). Depuis les années 1960, des zones industrialo-portuaires ont été aménagées : Dunkerque, Le Havre, Nantes-Saint-Nazaire, Fos-sur-Mer, etc. Elles associent aux infrastructures portuaires des industries sur l'eau (chimie, sidérurgie) qui s'approvisionnent en matières premières importées et réexportent des produits transformés. 
  • Les littoraux sont des espaces privilégiés pour le développement du tertiaire, notamment le tourisme et l'économie résidentielle comme sur la Côte d'Azur qui accueille des retraités en nombre.
C

Le poids des espaces productifs locaux

Grâce à un réseau dense de PME, la France peut s'appuyer sur des systèmes productifs locaux performants : un savoir-faire local et une main-d'œuvre qualifiée sont des atouts importants dans le contexte de la mondialisation.

Dans le Jura, on trouve l'horlogerie de précision.

Les acteurs politiques de l'État, jusqu'aux collectivités locales, cherchent à valoriser ces savoir-faire pour attirer les investisseurs : des labels de qualité sont mis en place dans le secteur agricole, ou la valorisation du made in France afin de séduire des consommateurs toujours plus soucieux de la provenance des produits. 

Les FTN s'appuient également sur la valorisation du local dans leurs stratégies marketing. 

La firme japonaise Toyota insiste sur le fait que la voiture Yaris est produite en France pour séduire la clientèle française et européenne.

On observe un phénomène de relocalisation. 92 entreprises françaises ont ainsi choisi de se réimplanter en France au cours des dix dernières années, dont 19 au cours de l'année 2017 : la marque emblématique Solex (deux-roues) relocalisée à Saint-Lô dans la Manche, Rossignol (matériel de ski) à Sallanches (Haute-Savoie), Olympia (chaussettes) dans les Vosges, etc. De multiples raisons poussent ces entreprises à revenir sur le territoire français comme la hausse des coûts de la main-d'œuvre en Asie, les délais de livraison liés à l'éloignement, et parfois une qualité moindre. Ce phénomène de relocalisation reste limité aux PME, et les emplois créés sont insuffisants pour compenser les emplois détruits par les délocalisations qui restent 8 fois supérieurs.

Les systèmes productifs locaux, aussi performants soient-ils, sont encore très dépendants de la conjoncture économique mondiale. Beaucoup de PME dépendent des commandes des grandes firmes, notamment étrangères, ce qui les place en compétition directe avec d'autres territoires de la planète.

Les espaces productifs français

Les espaces productifs français

III

Acteurs et enjeux autour des espaces productifs en France

A

Le rôle des acteurs : entre valorisation locale et intégration internationale

Le développement des espaces productifs repose sur l'intervention d'acteurs privés et publics, à toutes les échelles :

  • Les entreprises jouent un rôle crucial dans le développement des territoires productifs. La France présente une spécificité dans le sens où elle possède quelques firmes puissantes mais s'appuie sur un large réseau de petites et moyennes entreprises (PME). Plus de 9 entreprises françaises sur 10 comptent moins de 5 000 salariés. Les firmes transnationales (FTN) n'occupent qu'1 actif sur 3. Elles créent près de 35 % de la richesse nationale et sont à l'origine d'environ la moitié des exportations. La France dispose de quelques fleurons comme Carrefour, Michelin, Total, L'Oréal qui doivent faire face à une concurrence internationale accrue avec l'émergence de pays asiatiques.

Carrefour, 1er distributeur français, se classe au 9e rang mondial, dépassé par le géant du numérique Amazon.

Pour leurs approvisionnements ou l'assemblage, les FTN fonctionnent en réseau à l'échelle internationale (aéronautique), mais également à l'échelle nationale en s'appuyant sur un large réseau de PME et à l'échelle locale dans le cadre de clusters ou technopôles.

Technopôle 

Un technopôle est un parc technologique situé dans une agglomération dans lequel se concentrent des centres de formation supérieure, des centres de recherche et des industries de pointe. Ces acteurs privés et publics (parfois) travaillent en synergie pour être compétitifs.

Une technopôle est une ville tournée vers les hautes technologies. On parle également de cluster.

L'Union européenne soutient certaines activités ou secteurs, comme à travers la Politique agricole commune (PAC) ou en favorisant certaines coopérations industrielles comme Airbus et Aérospatiale qui ont émergé dans les années 1970. À travers les fonds européens, elle vient en aide aux régions en difficulté pour améliorer la formation, encourager l'agriculture durable dans les territoires ruraux en déclin, etc.

Dans le but d'améliorer la compétitivité de l'économie française, l'État encourage l'innovation, en finançant la recherche et le développement (R&D). En 2018, ces dépenses représentaient 2,27 % du PIB, ce qui est moindre par rapport à la Corée du Sud (4,3 %), au Japon, à l'Allemagne, aux États-Unis, etc. L'État joue également un rôle d'aménageur pour améliorer l'accessibilité des territoires ou créer des technopôles depuis les années 1970 : le plus emblématique est celui de Nice Sophia Antipolis.

Plus localement, les collectivités territoriales (régions, départements, communes) cherchent à valoriser les atouts de leur territoire en se lançant dans un véritable marketing territorial. Elles apportent également des aides aux entreprises pour qu'elles investissent dans leur territoire. Elles apportent des financements pour former la main-d'œuvre et aider les PME à s'insérer dans des réseaux.

B

Entre compétitivité et aides aux territoires en difficulté

La France, à la fois intégrée à la mondialisation et à l'Union européenne, doit répondre à un double enjeu :

  • Elle doit renforcer la compétitivité de ses espaces productifs dans un contexte de concurrence mondiale en s'appuyant sur les atouts de son territoire. Il s'agit donc de renforcer les territoires les plus performants, en misant sur l'innovation. La France répond à l'un des objectifs européens, à savoir développer l'économie de la connaissance afin de faire de l'Union européenne un pôle majeur de l'économie mondiale. Depuis 2004, l'État français a mis en œuvre la politique des pôles de compétitivité qui consiste à associer sur un territoire des PME, des grandes entreprises, des centres de recherche et des centres de formation autour de secteurs porteurs en matière de croissance économique et d'emplois. La France compte 56 pôles de compétitivité, classés selon différents niveaux : pôles nationaux, pôles à vocation mondiale, pôles mondiaux. 

Le pôle Novalog, situé au Havre, est consacré à la logistique. 

Le pôle de Grenoble, Minalogic, est consacré aux nanotechnologies. 

Qualitropic est le seul pôle situé en outre-mer. Situé à Saint-Denis de La Réunion, il est consacré à la bio-économie tropicale afin de répondre aux enjeux futurs des territoires de la zone intertropicale.

  • L'État et les collectivités locales doivent soutenir les régions en crise afin d'assurer la cohésion des territoires. Cela se traduit par des soutiens à des projets de reconversion sur les territoires sinistrés, par des aides aux salariés en matière de formation ou des projets de développement rural pour les espaces en déclin. L'Union européenne contribue financièrement à ces politiques par le biais des fonds européens : Fonds social européen, FEDER, etc.

 

Ce double défi vise à empêcher le creusement des inégalités entre les espaces productifs les plus dynamiques et ceux les plus en difficulté.

  • Les systèmes productifs sont marqués par la désindustrialisation et la tertiairisation des emplois.
  • La mondialisation entraîne une recomposition des espaces productifs en France, avantageant les métropoles et les littoraux.
  • En France, les systèmes productifs locaux jouent un rôle essentiel dans la production de richesses. En réaction à la mondialisation, on constate un retour en force du local, mais ces territoires restent en compétition directe avec d'autres espaces productifs de la planète.
  • Les acteurs privés et publics contribuent à valoriser les atouts des territoires pour renforcer la compétitivité des systèmes productifs français tout en cherchant à aider les espaces en difficulté.