Se connecter
ou

Villes et développement durable

Plus d'un humain sur deux vit aujourd'hui en ville, mais l'urbanisation est inégale. La croissance urbaine se poursuit et concerne surtout les grandes villes des pays en développement.

Aujourd'hui, la majorité des mégapoles se situent dans ces pays. Le phénomène d'étalement urbain est une des principales dynamiques urbaines que l'on observe sur l'ensemble de la planète. La croissance des villes a aussi pour conséquence une multiplication des déplacements.

Ces dynamiques urbaines accentuent les inégalités sociales au sein des villes et ont des conséquences environnementales négatives. Des initiatives sont prises pour permettre l'émergence de villes durables, mais celles-ci restent limitées et concernent surtout les pays développés qui ont déjà les moyens financiers de réaliser ces aménagements.

I

Dynamiques urbaines dans le monde

A

L'urbanisation et la métropolisation : phénomènes globaux et inégaux

Depuis 2008, la majorité de la population mondiale habite en milieu urbain mais l'urbanisation est inégale :

  • En Afrique et en Asie, la majorité de la population n'est pas urbaine. Les urbains représentent 38% de la population en Afrique subsaharienne. Ces continents connaissent une croissance urbaine très rapide.
  • L'Europe a un taux d'urbanisation de 75%. Toutefois, sa croissance urbaine est dorénavant très lente.
  • En Amérique du Nord et en Amérique latine, 75% de la population vit également en ville, mais ce chiffre continue d'augmenter plus rapidement qu'en Europe.

Le phénomène d'urbanisation a permis l'émergence de métropoles. Cette concentration des hommes et des activités dans les métropoles se nomme la métropolisation. Les plus grandes métropoles qui exercent des fonctions de commandement sur le monde entier sont des métropoles mondiales ou villes-mondes. Il s'agit de New York, Paris, Londres et Tokyo.

Métropole

Une métropole est une grande ville qui exerce des fonctions de commandement (politiques, économiques, culturelles) sur une aire géographique qui peut être la région qui l'environne ou le monde entier.

Paris est la plus grande métropole française. Elle exerce une influence sur sa région proche, l'Île-de-France, sur la France, mais aussi sur le monde entier. À ce titre, c'est aussi une métropole mondiale.

Ces villes mondiales procèdent à des échanges nombreux et permanents entre elles : elles constituent ainsi un réseau appelé l'archipel métropolitain mondial.

Toutefois, les plus grandes villes du monde, les mégapoles (villes de plus de 10 millions d'habitants) se situent dorénavant dans les pays en développement. Le nombre de mégapoles ne cesse de croître :

  • En 1950, il y avait deux mégapoles (Tokyo et New York).
  • Elles sont environ 30 en 2014 et l'Asie en compte le plus grand nombre.
  • 15 aires urbaines concentrent plus de 15 millions d'habitants (Tokyo, Mexico, New York, Mumbai, Shanghai, Sao Paulo, etc.).

Les 10 premières mégapoles au monde :

Classement

(rang)

Agglomération

Population

(en millions d'habitants)

Taux de croissance

entre 2010 et 2015

Pays
1 Tokyo 38 0,6% Japon
2 Delhi 25 3,2% Inde
3 Shanghai 23 3,4% Chine
4 Mexico 21 0,8% Mexique
5 Sao Paulo 21 1,4% Brésil
6 Mumbai (Bombay) 21 1,6% Inde
7 Osaka-Kobe 20 0,8% Japon
8 Beijing (Pékin) 20 4,6% Chine
9 New York 19 0,2% États-Unis
10 Le Caire 18 2,1% Égypte

Dans certaines régions du globe, les villes qui s'étendent se rejoignent et aboutissent à la création de conurbations puissantes appelées mégalopoles :

  • La mégalopole américaine se situe au nord-est des États-Unis.
  • La mégalopole japonaise regroupe de nombreuses villes à l'ouest de Tokyo.
  • La mégalopole européenne s'étend de Londres à Milan ; elle est aussi appelée dorsale européenne.
B

L'étalement urbain

Une zone urbaine est composée de différents espaces dont l'ensemble forme une aire urbaine :

  • Une ville-centre regroupe les principaux monuments, les espaces de loisirs (cinéma, musées, etc.), des populations aisées et parfois un quartier d'affaires.
  • Les banlieues regroupent de nombreux logements, souvent collectifs.
  • Les zones périurbaines ont essentiellement une fonction résidentielle mais accueillent des activités nécessitant des espaces importants (centres commerciaux, espaces de loisirs, aéroports).
  • Des noyaux urbains absorbés par la métropole constituent des pôles secondaires et créent un modèle polycentrique.

À l'échelle mondiale, on constate la généralisation de l'étalement urbain, phénomène qui désigne l'arrivée d'habitants et d'activités dans les espaces périurbains en périphérie des grandes villes. L'étalement urbain est proportionnel à la puissance de la métropole et à son attractivité. En conséquence l'étalement urbain provoque un accroissement de la zone périurbaine de la ville qui prend de plus en plus d'espace.

L'aire urbaine de Paris s'étale ainsi sur 100 km de rayon.

Zone périurbaine

La zone périurbaine est l'espace intermédiaire entre les villes et la campagne, composé de maisons individuelles entourées de jardins. Dans cet espace coexistent des zones bâties et non bâties où se trouvent des espaces naturels.

-
Étalement urbain dans le Colorado (États-Unis)

David Shankbone

Plusieurs causes expliquent ce développement des espaces périurbains telles que la volonté de se loger à bas coût puisque les logements dans les zones périurbaines sont moins élevés que dans les agglomérations et aussi la volonté de profiter d'un cadre de vie agréable.

II

Des besoins spécifiques en transports et en mobilité

A

La mobilité en ville et l'étalement urbain

L'étalement urbain a conduit à une recomposition des villes : les activités s'installent au centre, les habitations se multiplient en périphérie, conduisant à des migrations pendulaires.

Migrations pendulaires

Les migrations pendulaires rassemblent les trajets effectués chaque jour par les travailleurs pour se rendre de leur lieu d'habitation à leur lieu de travail.

Ces déplacements ont renforcé le rôle de la voiture. Pendant longtemps, les pouvoirs publics ont accompagné le développement de l'utilisation de la voiture en ville et de nombreux aménagements ont été réalisés pour permettre des liaisons aisées par la voiture entre les différentes zones des aires urbaines telles que les routes, les parkings, etc.

Achevé en 1973, le périphérique parisien a été construit dans une période où l'utilisation de la voiture en ville était encouragé, ou tout du moins facilité.

Les villes sont victimes de ces choix politiques favorisant la voiture qui laissent apparaître quatre grands types de difficultés :

  • Une pollution accrue, provoquée par les gaz d'échappement des voitures. Cette pollution participe au changement climatique et lorsqu'elle est plaquée au sol par les pluies, elle s'infiltre dans les sols et les eaux souterraines.
  • L'émission des gaz d'échappement pose aussi des problèmes sanitaires car elle est responsable de maladies respiratoires et de cancers.
  • Le recours systématique à la voiture pour de nombreux habitants des villes provoque une congestion du réseau routier pendant les heures de pointe et aboutit à la formation de nombreux embouteillages.
  • Une inégalité apparaît entre ceux qui possèdent une voiture et donc une mobilité accrue dans l'espace urbain et ceux qui par manque de moyen ne peuvent se payer une voiture et ont donc moins de possibilité pour se déplacer.
B

La métropolisation et les transports de longues distances

Afin de s'intégrer dans les échanges de la mondialisation, les villes doivent aussi pouvoir bénéficier d'une bonne connexion avec le reste du monde et les autres villes. Cette connexion facilitée est nécessaire au dynamisme économique des zones urbaines et elle suppose des infrastructures de transport modernes et efficaces. Ainsi, pour intégrer pleinement la mondialisation et en bénéficier, les villes doivent s'ouvrir sur l'extérieur en aménageant des infrastructures portuaires, aéroportuaires ou ferroviaires qui sont autant d'interfaces avec le reste du monde :

  • L'explosion du transport maritime étant au cœur de la mondialisation, les villes littorales apparaissent comme particulièrement stratégiques. Elles développent des zones industrialo-portuaires , avec le concours de nombreux acteurs privés et publics et modernisent les équipements portuaires afin de pouvoir accueillir les supertankers, les méthaniers ou les géants des mers que sont devenus les porte-conteneurs. C'est le cas de Shanghai ou Shenzhen en Chine ou de Rotterdam en Europe.
  • L'accroissement des transports aériens suscite la modernisation et l'agrandissement des aéroports dont certains jouent le rôle de hubs à l'échelle mondiale ou régionale comme Heathrow à Londres, Paris-Charles-de-Gaulle à Paris, Atlanta aux États-Unis.
  • Afin de connecter rapidement les villes situées sur un même continent, les lignes ferroviaires à grande vitesse se sont multipliées (Shinkansen au Japon, TGV en France). Le ferroutage (transport de camions sur des trains) s'est également développé.

Afin de faciliter le passage d'un mode de transport à un autre, les espaces d'échanges accueillent des platesformes multimodales.

-

Le Shinkansen au Japon

387; via Wikimedia Commons

III

Les défis des villes

A

Des problèmes socio-économiques et environnementaux

Les aires urbaines sont marquées par de fortes inégalités socio-économiques qui se traduisent dans l'occupation de l'espace urbain. Les villes-centres abritent des populations plutôt aisées. Le phénomène a tendance à s'accentuer avec la "gentrification" ou l'embourgeoisement des quartiers populaires. Les populations les moins aisées sont repoussées en périphérie en raison des prix de l'immobilier. Malgré la "gentrification", les villes-centres et les zones urbaines dans leur ensemble sont loin d'être socialement homogènes :

  • On distingue des quartiers riches (certains sont même fermés et ultra-sécurisés : ce sont les gated communities à l'anglo-saxonne) et des quartiers pauvres.
  • Dans les banlieues, il existe des zones composées de grands ensembles où habitent des populations aux revenus faibles et des zones pavillonnaires, plus aisées.
  • Enfin, dans de nombreuses villes des pays en développement, de nombreux habitants vivent dans les bidonvilles qui comptent environ 1 milliard d'habitants.

Les conséquences environnementales de l'urbanisation constituent aussi des problèmes croissants :

  • L'étalement urbain qui se fait aux dépens des espaces ruraux, conduit à une artificialisation des terres agricoles.
  • La pollution atmosphérique est particulièrement forte en ville, en raison de l'utilisation massive de différents moyens de transport polluants, ainsi que des rejets des activités industrielles.
  • Les déchets posent des problèmes de gestion, qui se veut efficace et respectueuse de l'environnement (collecte, recyclage), en raison de leur quantité importante réunie dans un espace réduit.
  • Le traitement de l'eau (distribution, épuration) soulève des problématiques au vu des quantités en jeu.

Ces difficultés sont d'autant plus marquées dans les pays en développement où les infrastructures ne sont souvent pas à la hauteur.

B

Les solutions et les projets de villes durables

Afin de réduire l'impact environnemental des villes et d'améliorer les conditions de vie urbaines, des initiatives et des projets sont mis en œuvre.

Concernant le respect de l'environnement, les idées sont nombreuses, mais leur application prend du temps :

  • Des écoquartiers apparaissent : ils regroupent des constructions aux normes HQE (haute qualité environnementale), utilisent des énergies renouvelables, bénéficient d'équipements à haute efficacité énergétique. Ils demeurent cependant peu nombreux.
  • Les solutions de transport durable se multiplient sur la planète afin de répondre aux besoins de mobilité des citadins tout en réduisant leur impact environnemental. Les infrastructures de transports en commun se développent, des réseaux de vélos en libre-service sont lancés, des mesures décourageant l'usage de la voiture individuelle existent, et l'arrivée de véhicules hybrides et électriques est encouragée.

Afin d'améliorer la qualité de vie des urbains, des initiatives variées sont mises en œuvre de manière différente à travers le monde :

  • La promotion d'une plus grande mixité sociale conduit à remettre en cause l'existence de quartiers regroupant des populations défavorisées, comme les grands ensembles.
  • L'importance de la nature dans la vie quotidienne a conduit de nombreuses métropoles à introduire ou ajouter des espaces verts au cœur de la ville.

Toutefois, ces initiatives s'observent principalement dans les pays du Nord, car les pays émergents cherchent avant tout à contrôler leur explosion urbaine, avec des moyens inférieurs.