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La Première Guerre mondiale : l'expérience combattante dans une guerre totale Cours

La Première Guerre mondiale est une guerre totale qui mobilise des millions d'hommes sur le front mais aussi l'ensemble des civils qui doivent travailler pour soutenir l'effort de guerre. Les économies sont totalement orientées pour répondre aux besoins militaires.

Dans les tranchées, l'expérience des combattants est très difficile. Soumis à des combats très violents et à des conditions de vie éprouvantes, les soldats tiennent par résignation et soumission mais aussi parce qu'ils intègrent une "culture de guerre".

I

Les étapes de la Première Guerre mondiale

A

Des tensions internationales en Europe

Depuis la fin du XIXe siècle, des rivalités exacerbent les tensions entre les pays européens :

  • Les États européens, qui se sont industrialisés au cours du XIXe siècle, sont en concurrence économique.
  • Des revendications territoriales nourrissent des rancœurs, comme la perte de l'Alsace-Lorraine par la France suite à la guerre franco-prussienne de 1870 qui donne lieu à un profond désir de vengeance de la part des Français ainsi qu'à une ferme intention de récupérer ce territoire.
  • Dans la course aux colonies, les États européens s'opposent pour la conquête de nouveaux territoires, comme la concurrence entre l'Allemagne, la France, l'Espagne, et l'Empire ottoman au sujet du contrôle du Maroc en 1911.

Face à ces tensions, les pays européens se regroupent en alliances militaires au début du XXe siècle :

  • La Triple-Alliance, composée de l'Autriche-Hongrie, de l'Allemagne et de l'Italie (qui rejoindra finalement la Triple-Entente en 1915)
  • La Triple-Entente, constituée de la France, du Royaume-Uni et de la Russie
B

Le déclenchement de la guerre

La Première Guerre mondiale débute en 1914 suite à l'assassinat de l'héritier de l'empire d'Autriche-Hongrie, François Ferdinand, par un nationaliste serbe. L'Autriche-Hongrie attaque la Serbie, alliée des Russes, et provoque le déclenchement des hostilités entre les alliances. La Russie, membre de la Triple-Entente avec la France et la Grande-Bretagne, attaque l'Autriche-Hongrie, membre de la Triple-Alliance avec l'Empire allemand et l'Italie. Les puissances européennes s'engagent dans le conflit ainsi que d'autres pays de tous les continents.

Le 2 août 1914, la France décrète la mobilisation générale de ses soldats et le 3 août 1914, l'Empire allemand déclare la guerre à la France.

L'Empire ottoman et la Bulgarie s'engagent aux côtés de la Triple-Alliance alors que la Chine, le Japon, l'Italie (pourtant membre de la Triple-Alliance en 1914) combattent avec l'Entente.

C

Les phases du conflit

En 1914, les soldats partent au combat pensant que le conflit sera court. Les premières opérations se déroulent dans le cadre d'une guerre de mouvement, les armées se déplacent et s'affrontent. Cependant, la force des moyens militaires engagés bloque les troupes face à face et aucune d'entre elles n'arrive à briser les lignes ennemies. Les soldats s'enterrent dans les tranchées, les opérations militaires durent des semaines, voire des mois.
La guerre des tranchées, débutée à la fin de l'année 1914, dure jusqu'en 1917. Le 2 avril 1917, les Américains, derrière leur président Woodrow Wilson, entrent dans le conflit et changent le rapport de force. Ils le font pour deux raisons :

  • La guerre sous-marine menace leurs intérêts en mer.
  • Ils découvrent le projet allemand de faire rentrer le Mexique en guerre aux côtés de l'Allemagne.

Les forces militaires françaises, soutenues par les alliés et commandées par le général Foch, reprennent l'offensive et forcent l'Allemagne à capituler le 11 novembre 1918 à Rethondes.

II

Une guerre totale

A

Une mobilisation économique

Les économies des pays engagés dans le conflit, dont beaucoup se sont industrialisés depuis le XIXe siècle, sont totalement orientées vers l'effort de guerre.

Les ressources des pays européens et des empires coloniaux sont utilisées :

  • Les matières premières parviennent des territoires d'outre-mer, naviguant vers l'Europe malgré le blocus et les sous-marins qui torpillent les bateaux de marchandises et de passagers.
  • Les produits alimentaires sont réquisitionnés.

Les économies sont complètement désorganisées.

Les chevaux sont réquisitionnés dès 1914. Ils sont nombreux à servir pour les besoins de l'armée ; environ 750 000 sont tués pendant le conflit. La production agricole en souffre d'autant plus que les hommes jeunes et valides sont partis au combat.

Pour subvenir aux dépenses engendrées par la guerre qui avait été prévue plus rapide, les États empruntent auprès de leur population.

La France lance quatre emprunts nationaux de 1915 à 1918 et récolte 55 milliards de Francs.

B

La mobilisation humaine

De nombreux soldats sont mobilisés :

  • Plus de 70 millions d'Européens partent combattre. Des classes d'âge entières sont sur les champs de bataille.
  • Les troupes coloniales sont aussi engagées dans le conflit. La France envoie plus de 500 000 combattants coloniaux.

Les soldats de l'Afrique noire et de l'Algérie représentent environ 350 000 hommes dont plus de 60 000 seront tués ou portés disparus.

Les populations civiles, qui sont à l'arrière (c'est-à-dire qui ne sont pas au front) participent à l'effort de guerre :

  • Les femmes et les civils travaillent pour soutenir l'effort de guerre.
  • Les civils à l'arrière sont soumis à des privations et au rationnement.
  • La vie des civils se dégrade considérablement.

André Citroën fait travailler à Paris des femmes, les munitionnettes, pour la fabrication des obus. Elles produiront plus de 50 000 pièces par jour en 1917. Durant la guerre, les femmes ont produit environ 6 milliards de munitions.

C

Le contrôle des opinions publiques

Les mouvements pacifistes cèdent face au devoir national de patriotisme. Les oppositions à la guerre sont étouffées et le sentiment s'impose que les pays doivent mobiliser l'ensemble de leurs forces et se réunir au nom de l'unité nationale. En France, il s'agit de l'Union sacrée.

Jean Jaurès, partisan de la paix, est assassiné le 31 juillet 1914 par Raoul Villain. Cet assassinat provoque le ralliement de la gauche à l'Union sacrée.

Les civils et l'opinion publique sont contrôlés :

  • Les contestations et les manifestations sont interdites.
  • La presse est surveillée et censurée.

Les États filtrent les informations qui proviennent du front, les lettres des soldats sont lues pour éviter la diffusion de tout ce qui pourrait décourager les civils. Toutes les lettres interceptées qui font état des mauvaises conditions de combat ne sont pas transmises. Les gouvernements mentent sur la réalité des combats. Durant leurs rares permissions et à leur retour définitif du front, nombreux sont les soldats qui sont confrontés à l'incompréhension des civils à l'arrière, soumis au "bourrage de crâne"

Bourrage de crâne

Le bourrage de crâne est une expression inventée par les soldats pour désigner la propagande qui sévit à l'arrière.

Le Petit journal, diffusé à l'arrière, relate les combats des soldats de la guerre d'une manière épique et ne décrit pas les conditions de vie des soldats.

III

L'expérience combattante

A

La violence de masse

La guerre des tranchées consiste à se battre dans un réseau de galeries creusées dans la terre. Les lignes de combat sont reliées à un réseau de galeries permettant l'acheminement des hommes, des munitions et des provisions. Entre les lignes de combat ennemies, un no man's land s'étend dans lequel pourrissent généralement les soldats morts lors des assauts.

Les conditions de vie sont effroyables :

  • Ce sont des zones humides ; les soldats marchent et vivent dans la boue.
  • Les rats sont nombreux et les soldats sont infestés par les poux et les parasites.
  • L'odeur des cadavres en décomposition, les fumées des explosions, les gaz (dont le "gaz moutarde") et le bruit de l'artillerie rendent l'environnement insoutenable.
  • L'hygiène des soldats, le manque de nourriture et l'humidité provoquent le développement de cas de dysenterie, de typhus et de choléra.
  • Les blessures s'infectent souvent, la gangrène oblige à de nombreuses amputations.

Les moyens industriels orientés vers l'effort de guerre permettent la production standardisée et en masse d'armes plus perfectionnées et plus destructrices que celles des conflits précédents (mitrailleuses, chars, avions, etc.). Les obus lancés par l'artillerie sont responsables de 70 % des victimes et les soldats sont écrasés dans les assauts pour atteindre la ligne ennemie. Les gaz chimiques sont employés contre les soldats. Ils provoquent d'intenses souffrances et sont particulièrement redoutés bien qu'ils ne tuent qu'environ 1 % des soldats.

À Verdun, ce sont plus de 300 000 soldats qui meurent et 400 000 soldats qui sont blessés sans qu'aucune des deux armées n'enregistre un réel succès.

La violence de masse touche aussi les civils. Durant le génocide arménien de 1915 à 1916, environ 1 million d'Arméniens sont massacrés par l'Empire ottoman. Les populations occupées par les Allemands dans le Nord de la France subissent des violences, des déportations, des crimes et des viols de masse.

Le bilan humain de la Première Guerre mondiale est beaucoup plus élevé que celui des guerres précédentes :

  • Plus de 9 millions de soldats sont morts. 60 % des victimes sont des jeunes âgés de 20 à 30 ans.
  • Par jour, ce sont environ 900 français et 1300 Allemands qui sont tués.
  • Les soldats blessés sont appelés les "gueules cassées". Nombreux sont ceux qui sont défigurés, amputés, déformés.
  • Les souffrances psychologiques sont énormes. Des soldats souffrent de mutisme, de tremblements, de cauchemars et d'angoisses.
B

L'endurance des soldats

Contrairement à l'image répandue par la propagande, les soldats ne sont pas partis dans l'enthousiasme, la "fleur au fusil". Beaucoup d'entre eux pensent que la guerre sera brève et que leur armée va vaincre, ils n'imaginent pas que les combats seront aussi longs et aussi éprouvants.

Majoritairement, les soldats endurent la guerre, ils n'ont pas le choix. Ils sont soumis à une discipline militaire implacable et doivent obéir sans contester les ordres. S'opposer à un ordre peut être considéré comme un crime de haute trahison et est passible de la peine de mort. Le moral est extrêmement bas dans les tranchées. Cela s'explique par les conditions de vie et de combat abordées précédemment mais aussi par un enlisement du conflit et une victoire qui n'arrive pas. La correspondance avec l'arrière donne un peu de réconfort même si la censure sévit. Les addictions se développent, comme la consommation d'alcool ou de tabac.

Cependant la guerre n'est pas seulement subie, elle est en partie consentie. Le développement d'une "culture de la guerre" joue un rôle important dans l'endurance des soldats. Elle permet aux soldats de trouver une justification à la guerre qu'ils endurent :

  • Le devoir patriotique de défendre sa patrie ainsi que la haine de l'ennemi aident à tenir.
  • La solidarité, l'esprit de groupe, le soutien entre camarades de combat sont des facteurs qui permettent aux soldats de faire face à la situation.

Cette résistance modèle le comportement des soldats, unis dans la violence des combats. La culture de la guerre se développe et voit émerger des valeurs telles que le culte de la virilité ou le patriotisme extrême. Selon George Mosse, historien américain, cette conception héroïque de la guerre et cette union créée dans une violence extrême participent à la "brutalisation" ou "ensauvagement" des sociétés d'après-guerre.

Mais les soldats entrent aussi parfois en opposition face à leur hiérarchie militaire :

  • Des mutilations volontaires sont pratiquées par des soldats qui veulent quitter la ligne de front et retourner à l'arrière.
  • Des mutineries éclatent dans les armées. Celles-ci augmentent après la Révolution russe menée en 1917 par le Parti bolchevique dirigé par Lénine.

Les mutineries sont réprimées très sévèrement par les autorités qui n'hésitent pas à faire fusiller leurs propres soldats. Georges Clemenceau, président du Conseil à la fin de la guerre, se montre très sévère envers les mutins et les défaitistes, au front comme à l'arrière.