L’Empire romain : une mosaïque culturelle et religieuseCours

  • Avec 5 millions de km2 et 70 millions d'habitants au IIe siècle ap. J.-C., l'Empire romain est multiculturel, c'est-à-dire qu'il regroupe des populations et des cultures très variées. 
  • Rome maintient la cohésion de son empire en intégrant les peuples conquis. Cette intégration culturelle prend la forme de la romanisation.  
  • À partir du IVe siècle ap. J.-C., l'Empire romain entre en mutation en adoptant le christianisme comme religion officielle. Il entre aussi en crise à cause des migrations « barbares ».  

 

\textcolor{dodgerblue}{\Rightarrow}  Comment Rome parvient-elle à faire cohabiter des cultures et des religions différentes ?

I

La romanisation de l'empire

A

Les étapes de la romanisation

La fondation du régime impérial par Auguste en 27 av. J.-C. marque le début d'une période appelée la Pax Romana. Pendant environ deux siècles, l'Empire romain connaît en effet une longue période de paix et de prospérité. C'est aussi un moment où le mode de vie romain se diffuse dans les cités de l'empire et devient un levier d'intégration culturelle. Cette stratégie appliquée par les empereurs s'appelle la romanisation

Concrètement, elle consiste à faire accepter par les peuples vaincus la domination de Rome en leur faisant bénéficier des bienfaits de la civilisation romaine.

La romanisation est surtout un processus urbain mis en œuvre dans les cités. Grâce aux conquêtes, Rome prend le contrôle de cités existantes où elle fonde de nouvelles colonies sur la base d'un camp militaire :

  • en Europe, les cités de Londinium (Londres), Barcino (Barcelone) et Lugdunum (Lyon) ;
  • en Asie avec la cité de Berytus (Beyrouth) ;
  • en Afrique du Nord avec les cités de Volubilis, Timgad ou Leptis Magna. 

 

La romanisation s'avère être un moyen très efficace pour s'assurer la fidélité des peuples conquis et donc garantir la paix. En effet, Rome fait le choix ambitieux de diffuser le mode de vie romain dans toutes les cités. Concrètement, il s'agit de faire goûter aux peuples soumis les bienfaits de la civilisation romaine afin qu'ils se sentent considérés et intégrés. Autrement dit, les empereurs achètent la soumission des peuples conquis en leur offrant « du pain et des jeux ».

Rome, capitale politique, religieuse et culturelle de l'empire

Rome, capitale politique, religieuse et culturelle de l'empire

Source : Maquette de Rome au IVe siècle, réalisée par Italo Gismondi. 

Photo Loïc Damiani, histoire-geo-ensemble.overblog.com

Au Ier siècle ap. J.-C., la cité de Rome, l'Urbs en latin, compte environ un million d'habitants. Épicentre politique, économique et religieux de l'Empire romain, la métropole de Rome en est aussi le modèle culturel.

« Regardez cette foule de gens provenant de tous les points de l'univers qui afflue dans notre gigantesque ville. Les uns viennent par ambition pour faire carrière, d'autres pour étudier ou attirés par le luxe et les spectacles. La plupart ont quitté leur pays natal pour s'établir dans la plus grande et la plus belle cité du monde, mais qui n'est pas leur berceau. »

Sénèque

Ier siècle ap. J.-C.

Au Ier siècle ap. J.-C., l'historien Sénèque décrit le rayonnement et l'attractivité de la métropole romaine.

Les pratiques quotidiennes caractéristiques de la civilisation romaine sont elles aussi exportées dans l'empire. Ainsi, chaque cité est tenue de calquer son modèle de sociabilité, son vivre-ensemble, sur Rome. La romanisation permet donc l'acculturation des peuples vaincus qui, par beaucoup d'aspects, deviennent romains

1

Romanisation et développement urbain

Rome exporte son modèle d'urbanisme : « Rome sort de Rome ». Concrètement, les monuments emblématiques de Rome sont imités dans toutes les cités de l'empire. Les cités sont ainsi remodelées pour adopter le plan romain organisé autour de deux axes de communication appelés le cardo et le decumanus

On aménage un espace de rencontre et de discussions qui prend la forme d'une place centrale appelée le forum. Les peuples de l'empire goûtent aussi aux loisirs romains : ils se baignent dans les thermes qui sont approvisionnés en eau par les aqueducs. Ils assistent aux spectacles dans les théâtres, ils parient sur les combats de gladiateurs dans les amphithéâtres, ils supportent les équipes de courses de chars au cirque.

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Romanisation et mode de vie

Rome exporte sa civilisation. Dans toutes les cités de l'empire, la fréquentation des lieux typiques de la sociabilité romaine entraîne l'adoption progressive du mode de vie romain. Ainsi, les manières de se loger, de s'habiller, de se nourrir, de se divertir, de vivre ensemble se calquent sur le modèle romain. Les principes romains comme le respect des lois et du droit se diffusent en même temps que le latin, la langue officielle de l'empire. Progressivement, la culture romaine se répand. 

Située au sud de la province de la Gaule narbonnaise, la cité d'Arelate (Arles) est fondée par Jules César en 46 av. J.-C. Sous l'Empire, elle devient une cité commerciale puissante grâce au fleuve du Rhône. Puisque beaucoup de ses édifices sont très inspirés de ceux de la capitale romaine, Arles est surnommée « la petite Rome gauloise »

Maquette de la cité d'Arles au Ier siècle après J.-C.
Maquette de la cité d'Arles au Ier siècle après J.-C.

© Flickr

La romanisation est aussi permise par les élites locales qui mettent leur fortune au service de la cité. Les plus riches financent par exemple la construction des monuments et l'organisation des célébrations religieuses : c'est l'évergétisme. Ainsi, en se faisant bien voir du gouverneur de la province et de l'empereur, ils espèrent obtenir plus rapidement la citoyenneté et leur carrière politique. Pour Rome, l'évergétisme permet de diffuser la culture romaine dans tout l'empire plus rapidement et à moindre coût.  

« Pour que les guerriers bretons incultes s'habituent à occuper paisiblement leur temps libre, Agricola les aida à édifier des maisons, des temples et des places publiques. Il félicitait les plus entreprenants et s'en prenait aux récalcitrants. Ainsi, le désir d'être bien vu du gouverneur romain remplaça la contrainte. Agricola fit apprendre le latin aux enfants des notables locaux, si bien que tous ceux qui détestaient notre langue désiraient maintenant la parler couramment. Progressivement, les Bretons adoptèrent la toge et prenaient goût aux plaisirs qu'ils découvraient dans les boutiques et les thermes. Ils appelaient désormais "civilisation" ce qui, en réalité, les privait de liberté. »

Tacite

Vie d'Agricola

Ier siècle ap. J.-C.

Julius Agricola est le général romain qui conquiert la (Grande) Bretagne et en devient le gouverneur entre 77 et 84 ap. J.-C. Dans sa biographie, l'historien romain Tacite raconte comment Agricola s'y est pris pour romaniser les Bretons. 

3

Romanisation et religion

Rome exporte sa religion polythéiste. Dans toutes les cités de l'empire, des temples sont en effet construits pour honorer les dieux du panthéon romain comme par exemple Jupiter (le ciel), Mars (la guerre), Vénus (la beauté) et Minerve (la sagesse). Des jeux, des processions, des offrandes et des sacrifices y sont régulièrement organisés. De plus, Rome y impose la pratique du culte impérial.

Les représentants des provinces gauloises se réunissent tous les ans devant le sanctuaire des Trois Gaules de Lyon pour honorer les dieux romains et l'empereur, autel monumental en marbre dédicacé à Rome et Auguste, colonne de 10 mètres de haut surmontée d'une victoire ailée portant une couronne d'or.

Pièce de monnaie frappée à Lyon
Pièce de monnaie frappée à Lyon

© Wikimedia Commons

À partir du règne d'Auguste, Rome impose aussi la pratique du culte des empereurs qui, divinisés de leur vivant, sont l'objet de célébrations et de sacrifices.

« Bons, bénis et heureux soit l'empereur Auguste, ses enfants, le Sénat et le peuple romain. Les citoyens de Narbonne ont placé sur le forum un autel. Deux fois par an, ils s'y réuniront pour immoler des victimes, apporter l'encens et le vin, prier à la puissance divine d'Auguste. »

Pendant le règne d'Auguste, les Gaulois de la cité de Narbonne construisent un autel pour pratiquer le culte impérial sur lequel ils gravent cette inscription. 

Sacrifice pour le culte impérial
Sacrifice pour le culte impérial

© Wikipédia

Les habitants de Nîmes pratiquent le culte impérial dans un temple dédié à Auguste qui copie le temple d'Apollon et de Mars à Rome.  

La maison carrée de Nîmes
La maison carrée de Nîmes

 © Wikimedia Commons

B

Les limites de la romanisation

La romanisation a néanmoins plusieurs limites :

  • Une limite géographique car le mode de vie romain imprègne davantage les cités que les campagnes. Ainsi, le degré de romanisation des populations décline à mesure que l'on s'éloigne des centres urbains. 
  • Une limite sociale car la culture romaine est d'abord adoptée par les élites qui espèrent en tirer un bénéfice économique et/ou politique. 
  • Une limite culturelle car la romanisation ne gomme pas les traditions régionales
  • Une limite religieuse puisque, tout en pratiquant le culte impérial : les populations des provinces continuent de vénérer les dieux traditionnels locaux comme c'est le cas en Égypte et en Gaule.

En Grèce, la langue latine ne parvient pas à remplacer le grec. Dans les régions les plus éloignées comme la Bretagne et l'Égypte, le latin est très peu utilisé : c'est une limite culturelle.

Le pilier de Nautes

Le pilier de Nautes

© Wikimedia Commons

Ce monument religieux a été construit au début du Ier siècle ap. J.-C par les nautes de la cité de Lutèce, c'est-à-dire Paris, située dans la province de la Gaule lyonnaise. En faisant sculpter ce pilier à leurs frais, ces artisans qui construisent des navires veulent honorer les dieux. La présence de dieux romains confirme la romanisation. Cependant, la représentation de divinités gauloises prouve que la culture romaine se superpose aux cultures locales.

II

La christianisation de l'Empire romain

A

La tolérance religieuse de l'Empire romain

Les Romains sont polythéistes. Sous l'Empire, ils imposent leurs dieux ainsi que le culte impérial aux peuples vaincus par le biais de la romanisation. Ils tolèrent cependant les autres croyances à condition qu'elles se soumettent au culte impérial et ne troublent pas l'ordre public

Au Ier siècle ap. J.-C., à l'est du Bassin méditerranéen, dans une province romaine appelée la Palestine, les juifs pratiquent librement leur monothéisme. Ils affirment attendre d'être libérés de l'occupation romaine par un sauveur envoyé par Dieu qu'ils nomment en langue juive « le Messie », « le Christ » en grec.

B

Les chrétiens persécutés du Ier siècle au IIIe siècle

Jésus est un juif dont l'enseignement remet en cause les autorités juives ainsi que le pouvoir impérial. Il répond aux angoisses des populations en affirmant que les êtres humains sont tous libres et égaux devant le seul et unique Dieu qui les sauvera tous en leur accordant « la vie éternelle dans le royaume des Cieux ». 

Ainsi, ses premiers fidèles, qui prennent le nom de « chrétiens », refusent d'honorer les dieux romains et de rendre un culte à l'empereur. Ce comportement rebelle leur vaut l'hostilité des autres communautés qui perçoivent les chrétiens comme une secte aux croyances mystérieuses. Il attire aussi l'attention des autorités romaines de Jérusalem qui voient en eux de mauvais citoyens qui, en refusant de se soumettre, insultent et défient Rome.

Jésus-Christ

Jésus-Christ

 © Wikimedia Commons

En 30 ap. J.-C., le gouverneur romain Ponce Pilate accuse Jésus de se faire appeler « roi » et de troubler l'ordre public. Il le condamne à la mort par crucifixion. Persuadés de sa résurrection, les disciples de Jésus accélèrent la transmission de son message. Paul de Tarse, entre 50 et 62 ap. J.-C., multiplie les voyages en Palestine, en Asie Mineure, en Grèce et en Italie pour convertir les juifs et les non-juifs. Entre 50 et 100 ap. J-C., les apôtres Jean, Marc, Luc et Matthieu rédigent les Évangiles. Écrits en grec, ces textes racontent la vie de Jésus et présentent les croyances chrétiennes. Ils forment la Bible chrétienne sous le nom de « Nouveau Testament »

Devant le développement des communautés chrétiennes, les empereurs choisissent l'intransigeance et la répression, c'est-à-dire qu'ils s'y opposent de façon ferme et souvent violente. Ainsi, entre les Ier et IIIe siècles, les chrétiens sont partout victimes de persécutions. On leur reproche par exemple d'être responsables de l'incendie qui ravage Rome sous l'empereur Néron ou encore de trahir l'empire en propageant des épidémies ou en aidant les « envahisseurs barbares ».

« Les soldats romains encerclaient les villes peuplées de chrétiens pour les brûler tous, y compris les femmes et les enfants, car ils refusaient d'adorer les dieux romains. Dans tout l'empire, les chrétiens ont subi les sévices des Romains. Certains étaient attachés la tête en bas et suspendus par les pieds avec un feu allumé sous eux. D'autres avaient le nez, les oreilles et les mains coupés. D'autres encore étaient rôtis sur des grils, les doigts transpercés par des pointes enfoncées sous leurs ongles, du plomb bouillant versé sur le corps. Ces chrétiens sont des martyrs magnifiques qui ont prouvé à ceux qui ont vu leur courage la puissance de Dieu. »

Eusèbe de Césarée

IVe siècle ap. J.-C.

L'écrivain grec chrétien Eusèbe de Césarée décrit comment les Romains persécutent les premiers chrétiens aux Ier et IIe siècles ap. J.-C. 

Au IIIe siècle ap. J.-C., le pouvoir impérial renforce son arsenal répressif contre les chrétiens. Le prosélytisme chrétien devient un crime puni de mort et tous les habitants de l'empire qui refusent de sacrifier en l'honneur des dieux romains sont systématiquement persécutés. Les chrétiens sont donc contraints de pratiquer leur culte dans la clandestinité.

Pour continuer de pratiquer leur culte malgré les persécutions, les chrétiens doivent rester discrets. Grâce à ces symboles visuels dessinés, peints ou gravés, comme sur ces stèles funéraires, la solidarité des communautés chrétiennes se renforce. 

Des poissons et une ancre, symboles chrétiens, sur une stèle funéraire du IIIe siècle

Des poissons et une ancre, symboles chrétiens, sur une stèle funéraire du IIIe siècle

© Wikimedia Commons

En grec, le poisson se dit ichtus. Ce mot est formé des initiales d'une phrase grecque qui signifie « Jésus-Christ fils de Dieu Sauveur ».     

Le chrisme, symbole chrétien

Le chrisme, symbole chrétien

 © Wikimedia Commons

L'ancre symbolise la foi en Dieu qui permet de tenir dans les épreuves.

Le chrisme se compose des lettres grecques X (khi) et du P (rho) entrecroisées, les deux premières lettres du mot « Christ » en grec. Alpha et oméga, première et dernière lettres de l'alphabet grec, signifient que Dieu est à l'origine et à la fin de tout.     

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© Wikimedia Commons

Le berger portant une brebis est le symbole du Christ qui veille sur les croyants.

Ces mesures ne freinent pourtant pas la progression du christianisme et s'avèrent même contre productives. En effet, les chrétiens font des persécutés des « martyrs », c'est-à-dire des modèles à imiter pour obtenir « la vie éternelle », ce qui accélère les conversions

À partir du IVe siècle ap. J.-C., les persécutions contre les chrétiens cessent car l'empire commence un processus de christianisation qui bouleverse la place de la religion chrétienne dans l'Empire romain.

C

Constantin et l'édit de Milan

La pression que les peuples « barbares » font peser sur les frontières de l'empire, en multipliant les incursions auxquelles les légions romaines ont de plus en plus de mal à résister, crée un contexte de crise au début du IVe siècle av. J.-C.

Cette menace extérieure entraîne une réorganisation politique de l'empire appelée la tétrarchie. Décidée par l'empereur Dioclétien en 286, elle prévoit une nouvelle répartition géographique des tâches. Désormais, les parties occidentale et orientale de l'empire sont chacune gérées par un binôme composé d'un « auguste » et d'un « césar ».

Les tétrarques

Les tétrarques

© Wikimedia Commons

La tétrarchie débouche sur des conflits de succession qui se transforment en chaos politique pendant environ 25 ans. En 312 ap. J.-C., aux portes de Rome, l'empereur Constantin s'impose militairement face à Maxence en remportant la bataille du pont Milvius. Selon certains récits, Constantin attribue cette victoire au soutien du Christ, ce qui l'amène à modifier radicalement la place de la religion chrétienne dans l'empire. 

Constantin

Constantin

« Au cours d'un rêve, Constantin reçoit l'ordre de marquer sur les boucliers de ses soldats l'emblème de la croix et le nom de Dieu avant d'aller combattre. Il obéit et fait former sur chaque bouclier les deux premières lettres du nom Christ en grec : un X et un P. Au cours de la bataille, Constantin voit se dessiner une croix dans le ciel accompagnée de cette promesse : "avec ce signe tu vaincras". »

Lactance

IVe siècle ap. J.-C.

Vers 320, l'historien romain Lactance explique la cause de la conversion de Constantin au christianisme.

Monnaie de Constantin

Monnaie de Constantin

 © Wikipédia

Dès 313, l'empereur Constantin impose l'édit de Milan qui reconnaît, autorise et protège la religion chrétienne dans l'empire. Les chrétiens, toujours minoritaires, peuvent désormais pratiquer leur culte librement sans risquer les persécutions. 

Constantin envoie un message fort en se convertissant officiellement au christianisme. Il met alors en place un ensemble de mesures qui renforcent la position de la religion chrétienne dans l'empire :

  • Il protège les lieux de culte chrétiens en interdisant leur destruction. 
  • Il utilise le Trésor impérial pour financer la construction de basiliques à Rome, comme la basilique Saint-Pierre, et à Jérusalem. Décorées de mosaïques représentant la vie du Christ, réalisées avec des petits cubes de verre et d'argile colorés, les chrétiens réunis dans la nef participent à la messe que le prêtre dirige de son autel où sont posés le pain et le vin nécessaires à la communion
  • Il fait du dimanche un jour de repos obligatoire dans toutes les villes de l'empire.
  • Il fait appliquer la morale chrétienne en interdisant le concubinage et les combats de gladiateurs dans l'empire.
  • Il accorde des terres aux chrétiens qui organisent une institution hiérarchisée composée d'évêques et de prêtres qui couvre progressivement la totalité de l'empire en s'appuyant sur le découpage des provinces existantes : c'est la naissance de l'Église chrétienne.  

En 325 ap. J.-C., l'empereur Constantin réunit les évêques chrétiens dans une ville proche de Constantinople : c'est le concile de Nicée. Il souhaite clarifier les croyances et les pratiques fondamentales du christianisme, à un moment où les communautés chrétiennes développent des doctrines divergentes. Ce concile débouche sur la rédaction d'un texte surnommé le Credo, en latin « Je crois », qui fixe le dogme chrétien et condamne d'hérésie tous ceux qui s'en écartent. Les principales fêtes chrétiennes sont également intégrées au calendrier romain comme par exemple la naissance du Christ le 25 décembre, sa crucifixion le Vendredi saint et sa résurrection le dimanche de Pâques.

En 330, Constantin inaugure une nouvelle cité inspirée de son nom : Constantinople. Construite sur le site de l'ancienne cité grecque de Byzance, l'empereur chrétien veut en faire une nouvelle capitale, une seconde Rome, mais chrétienne. Pour cela, un forum, un cirque, un théâtre, des thermes et plusieurs lieux de culte chrétiens comme des églises et des basiliques sont construits. En 337, Constantin se fait baptiser avant de mourir.

D

Le christianisme, religion officielle de l'empire

Théodose

Théodose

En 380, l'empereur Théodose impose un édit qui fait de la religion chrétienne la seule autorisée dans l'empire. Cette situation de monopole débouche sur la proclamation du christianisme comme religion officielle de l'Empire romain. En 391, Théodose interdit le paganisme c'est-à-dire que tous les cultes païens qui concurrencent la religion chrétienne sont mis hors la loi. Ainsi, le monothéisme chrétien devient une obligation légale et le polythéisme est criminalisé. L'Empire romain est donc désormais aussi un empire chrétien. Un lien de dépendance relie désormais le pouvoir politique détenu par l'empereur, et le pouvoir religieux revendiqué par l'Église chrétienne.

« C'est de Dieu que l'empereur reçoit le pouvoir de gouverner. C'est à l'empereur seul que Dieu a accordé l'autorité monarchique car de même qu'il n'y a qu'un seul Dieu, il n'y a qu'un seul empereur qui gouverne les affaires de ce monde. Un Dieu, un empereur, une loi. Tel est le meilleur des gouvernements. »

Eusèbe de Césarée

Histoire ecclésiastique

IVe siècle ap. J.-C.

Après avoir échappé aux persécutions, Eusèbe de Césarée devient évêque. Proche de l'empereur Constantin, il écrit une Histoire ecclésiastique qui raconte l'évolution de l'Église chrétienne du Ier siècle au IIIe siècle. Il explique les nouveaux liens entre le pouvoir politique et le pouvoir religieux. 

III

L'Empire romain face aux migrations « barbares »

A

Une menace permanente

Pour les Romains, les peuples « barbares » sont des étrangers. Ils se distinguent :

  • par leur localisation car ils sont situés à l'extérieur des limites de l'empire ;
  • par leur langue puisqu'ils ne parlent pas le latin, ce qui, pour les Romains, est la preuve de l'infériorité et de la « barbarie » de leur mode de vie, de leur culture ;
  • par leur religion puisqu'ils sont païens. 

 

Sous l'Empire, les tribus barbares, attirées par les richesses des cités, franchissent régulièrement la frontière pour piller. Ces incursions sont cependant repoussées par les légions romaines, supérieures en nombre, mieux organisées et armées. Aux Ier et IIe siècles ap. J.-C., la supériorité militaire des légions romaines permet de contenir les barbares derrière le limes, la frontière fortifiée, garantissant ainsi la paix et la prospérité dans l'empire : c'est la Pax Romana.

B

L'intrusion des barbares

La gestion des peuples « barbares » demeure néanmoins une préoccupation majeure pour tous les empereurs et une question stratégique pour la survie de l'empire. Les barbares démontrent régulièrement leur capacité d'intrusion et rappellent aux Romains leur vulnérabilité : 

  • En 9 ap. J.-C., lorsque les Germains massacrent 10 % de l'armée romaine au cours de la bataille de Teutobourg, Auguste est contraint de renoncer à la conquête de la Germanie. 
  • Aux Ier et IIe siècles ap. J.-C., les légions romaines sont vaincues par les Daces et les Parthes. 
  • Au IIIe siècle ap. J.-C., la situation aux frontières se dégrade puisque Rome doit faire face à la pression exercée au nord par les Germains, à l'est par les Perses et au sud par les Maures
  • En 260 ap. J.-C., la défaite de l'empereur Valérien, fait prisonnier par les Perses, prouve que la capacité de résistance de l'empire décline.
  • Aux IVe et Ve siècles ap. J.-C., le contexte se détériore : des nomades venus d'Asie, appelés les Huns, poussent les différents peuples germains vers l'ouest. Ainsi, les Wisigoths, les Alamans, les Vandales ou encore les Francs se pressent aux frontières de l'Empire romain et l'envahissent. En 378 ap. J.-C., à Andrinople, l'armée romaine est anéantie par les Goths et l'empereur est tué. 
C

La division de l'Empire romain

En 395 ap. J.-C., l'empereur Théodose choisit de diviser l'empire en deux parties pour renforcer sa capacité de défense :

  • à l'ouest, l'Empire romain d'Occident, avec Ravenne pour capitale ;
  • à l'est, l'Empire romain d'Orient, avec Constantinople pour capitale.

 

Ces deux empires développent alors des histoires opposées :

  • L'Empire romain d'Occident s'effondre sous la pression barbare. Rome est pillée et en partie brûlée par les Wisigoths d'Alaric en 410 puis par les Vandales de Genséric en 455. En 476, Odoacre force le dernier empereur romain, Romulus Augustule, à abdiquer : c'est la chute de l'Empire romain d'Occident, remplacé par les royaumes barbares
  • L'Empire romain d'Orient parvient à résister et fait perdurer l'héritage romain jusqu'à la fin du Moyen Âge en 1453.
  • La romanisation prouve la volonté impériale de faire de l'empire un espace unifié politiquement et culturellement. L'adoption du mode de vie romain par les peuples vaincus démontre le pouvoir de séduction de la civilisation romaine
  • La romanisation permet aussi de maintenir paix et la cohésion d'un vaste empire. La stratégie d'intégration politique et culturelle des peuples soumis restreint les révoltes contre l'impérialisme romain. Malgré la romanisation, la diversité culturelle se maintient dans l'empire.
  • Dans l'Antiquité, l'espace méditerranéen est donc modelé par le régime impérial et la civilisation romaine qui laissent une empreinte culturelle durable.
  • Entre le Ier siècle et le IVe siècle, le monothéisme chrétien remodèle l'Empire romain. Religion interdite et persécutée puis religion reconnue et tolérée, le christianisme obtient finalement le monopole en devenant religion d'État. Romanisation et christianisation constituent le ciment qui maintient l'unité de l'empire. Quant au régime impérial, il se transforme en théocratie comparable à une monarchie de droit divin. 
  • Aux IIIe et IVe siècles, les migrations vers l'ouest des peuples « barbares » en provenance d'Asie et d'Europe centrale cassent la dynamique de paix et de prospérité de l'Empire romain. La chute de l'Empire romain d'Occident en 476 est aujourd'hui le repère chronologique qui marque la fin de l'Antiquité et le début du Moyen Âge