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Littérature et langages de l'image Cours

L'objet d'étude "Littérature et langages de l'image" propose une réflexion sur les liens entre les différentes formes d'expression artistiques. Plusieurs relations sont possibles entre les arts.
Le lien privilégié dans la présente étude est celui de l'adaptation et de la transposition. L'œuvre au programme est "La Princesse de Montpensier", sous ses deux formes littéraire et cinématographique. La nouvelle de Madame de Lafayette a été écrite au XVIIe siècle. Le film de Bertrand Tavernier a été tourné en 2009 et il est sorti en 2010. Il existe une relation tout à fait particulière entre littérature et cinéma, la fiction romanesque inspirant souvent des adaptations. C'est cette relation qui sera analysée.

I

L'objectif du domaine d'étude

A

Une définition du domaine d'étude

Le travail sur le domaine "Littérature et langages de l'image" vise "à conduire les élèves vers l'étude précise des liens et échanges qu'entretiennent des formes d'expression artistique différentes". Il est important de pouvoir "croiser les regards" sur des modes d'expression artistique différents et complémentaire et d'en proposer une analyse personnelle.

On considère les relations entre l'œuvre littéraire et l'œuvre visuelle comme piste d'étude, en particulier :

  • L'imbrication (priorité du dessin sur l'écrit qui vient s'imbriquer dans celui-ci)
  • L'agrégation (rendre visible l'art en associant l'écrit et le dessin)
  • L'amplification (la réunion de plusieurs artistes autour des thématiques du livre)

L'étude de la littérature et des langages de l'image repose sur le dialogue entre deux œuvres. Elle vise à prendre conscience des liens qui existent entre la littérature et les langages visuels et audiovisuels, et des différentes formes de création artistique dans l'histoire culturelle. Surtout, le travail pousse à la réflexion critique, à l'analyse des différents langages et discours artistiques.

B

Les différents liens entre littérature et image

Les deux œuvres doivent être analysées en fonction de leurs différences, de leurs correspondances, de leurs complémentarités et de leurs interactions. Il existe différentes formes de relations entre des œuvres artistiques :

  • Relation d'imbrication, d'osmose : les œuvres forment un système organique et leur construction procède d'un même principe de création. Elles sont inséparables.
  • Relation de composition, d'agrégation : les œuvres sont reliées dans un processus de signification globale qui en modifie le sens original, mais elles ne sont pas constitutives l'une de l'autre.
  • Relation de commentaire, d'amplification, de dialogue interne ou externe : les œuvres entretiennent des correspondances d'ordres culturel, thématique, esthétique, génétique, mais ne forment pas une composition solidaire.
  • Relation d'illustration, de transposition ou d'adaptation : les œuvres sont ici autonomes. Le lien est celui de l'inspiration, de la réécriture. C'est le lien qui existe entre littérature et cinéma.

La bande-dessinée est une œuvre où texte et image ont une relation d'imbrication, d'osmose. Ils fonctionnent ensemble.

Les Mains libres est un recueil de poèmes de Paul Éluard avec des illustrations de Man Ray, dans lequel image et texte ont une relation de composition, d'agrégation, elles ne sont pas constitutives l'une de l'autre.

Dans Giacometti, l'écrivain Charles Juliet écrit sur le peintre italien. Il existe donc une relation de commentaire entre la littérature et la peinture.

Roméo et Juliette est une tragédie de Shakespeare qui a connu de nombreuses adaptations. On peut citer le film Roméo et Juliette de Franco Zeffirelli sorti en 1968. Il existe une relation de transposition entre les deux œuvres.

La nouvelle "La Princesse de Montpensier" a inspiré le film de Bertrand Tavernier. Les deux œuvres ont un lien de transposition, d'adaptation.

II

Le lien privilégié entre cinéma et littérature

Les deux œuvres au programme invitent à réfléchir plus particulièrement sur le lien entre le récit classique et précieux tel que le conçoit Madame de Lafayette au XVIIe siècle et le cinéma de Bertrand Tavernier. L'étude porte ici sur la nouvelle "La Princesse de Montpensier" écrite au XVIIe siècle et le film du même titre de Bertrand Tavernier réalisé en 2009.

A

Un lien d'adaptation

La relation entre les deux œuvres est plutôt de l'ordre de l'adaptation, de la transposition. Le réalisateur offre sa vision de la nouvelle. Il transpose de la littérature en cinéma. Il s'agit donc de réfléchir aux rapprochements entre le langage de la nouvelle classique et précieuse et le langage du cinéma.

Dans sa très courte nouvelle, Madame de Lafayette s'intéresse à la façon dont une jeune femme vertueuse et les hommes qui l'entourent sont troublés et perdus par la passion amoureuse, alors que Bertrand Tavernier raconte plus particulièrement comment Marie prend en main son destin dans un film assez long. Le film est donc une transposition, plutôt qu'une adaptation fidèle de la nouvelle. Le cinéaste choisit de développer longuement des scènes qui sont à peine évoquées dans la nouvelle.

B

Le cinéma, un nouveau langage

L'œuvre littéraire fait généralement autorité, mais un film a souvent l'avantage de faire réagir le spectateur avec plus d'efficacité. Le cinéma est un nouveau langage qui naît à la fin du XIXe siècle, mais il devient réellement "langage artistique" au XXe siècle. Il est intéressant de se poser la question de sa légitimité (certains lui refusent encore l'appellation de "septième art").

Le philosophe Jean-François Lyotard pense que le cinéma est avant tout une industrie plutôt qu'un art.

C

Le lien particulier entre littérature et cinéma

Le cinéma n'est pas simplement l'illustration d'une œuvre. Il s'agit d'une nouvelle façon de représenter le réel. Les procédés de narration entre le film et la nouvelle sont différents, mais ils ne peuvent pas se limiter au "langage de l'image" et à la "littérature".
En effet, "La Princesse de Montpensier" est une courte nouvelle destinée à donner une leçon de morale, codifiée par les règles de bienséance du XVIIe siècle. Elle entend mettre en garde contre les dangers de la passion.
Le film de Bertrand Tavernier entend "mettre à nu ces émotions, en trouver le sens, les racines, la vérité profonde, charnelle", comme il l'explique dans l'avant-propos de "La Princesse de Montpensier", un film de Betrand Tavernier, suivi de la nouvelle de Madame de Lafayette. Le but est de restituer la vérité, de débarrasser le récit de son "imprégnation précieuse et janséniste", c'est-à-dire de rendre plus explicite ce que Madame de Lafayette cache parfois derrière son écriture précieuse. Bertrand Tavernier s'attache à retrouver l'empreinte du XVIe siècle, époque à laquelle se déroule l'histoire de la princesse de Montpensier, cherchant à retrouver sa violence, son aspect charnel. Surtout, il ajoute au discours de la passion un discours contre le fanatisme religieux et en défense de l'humanisme, en donnant au personnage du comte de Chabannes une place centrale comme défenseur de l'humanisme.