La socialisation et les différences de comportements des individus Cours

Sommaire

ILe processus de socialisationALa fabrique des normes, valeurs et rôles sociaux1Les valeurs et normes sociales2Les rôles sociauxBLes instances de socialisationCL'effet des transformations des configurations familialesIILe rôle de la socialisation dans les différences entre les individusALa socialisation différenciée selon le milieu d'origineBLa socialisation différenciée selon le genreIIILes différentes trajectoires individuellesALa multiplicité des rôles sociauxBLa pluralité des influences
I

Le processus de socialisation

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La fabrique des normes, valeurs et rôles sociaux

La socialisation est un processus dans lequel l'individu est à la fois acteur et récepteur des règles sociales. 

Dans le processus de socialisation, deux principaux éléments sont notamment intégrés par l'individu :

●     les valeurs et normes sociales

●     les rôles sociaux

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Les valeurs et normes sociales

En sociologie, les valeurs représentent ce qui est considéré comme désirable, juste ou encore important dans une société. Ce sont des idéaux ou des comportements valorisés qui influencent la façon de se comporter ou de penser. 

Le respect, la générosité ou la solidarité sont considérées généralement comme des valeurs sociales.

Les normes sociales sont des règles de conduite fondées sur les valeurs.

La politesse est un exemple de norme sociale.

Les valeurs et les normes sociales ne sont pas figées : elles varient au cours du temps et selon les sociétés. Si certaines valeurs et normes font l'objet d'un relatif consensus entre les cultures (par exemple, les droits l'homme) d'autres font l'objet de débats (le droit des animaux, le mariage, la procréation).

Dans les sociétés occidentales des années 1950, le célibat était mal vu et le divorce était prohibé alors qu'il est plus courant aujourd'hui. La polygamie est interdite dans de nombreux pays occidentaux mais elle est une norme dans certaines cultures.

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Les rôles sociaux

Le processus de socialisation s'accompagne de la transmission de rôles sociaux. Les individus sont amenés à respecter des normes spécifiques qui peuvent varier selon l'âge, le genre, le statut social ou le contexte.

Rôles sociaux

Les rôles sociaux sont un ensemble de comportements qui sont socialement attendus d'un individu.

Dans une usine, un patron et un ouvrier n'ont pas le même rôle : on n'attend pas qu'ils aient les mêmes comportements.

Ces normes, valeurs et rôles sociaux sont acquis par un processus d'intériorisation

Intériorisation

L'intériorisation est un processus inconscient par lequel des normes, des valeurs, des comportements d'acquis par l'individu lui deviennent naturel et semblent inné.

Dès l'enfance, les individus intériorisent les normes, valeurs et rôles sociaux qui ont cours dans la société par différents mécanismes : l'imitation, l'inculcation et l'interaction sont les principales modalités de la socialisation.

B

Les instances de socialisation

Le processus de socialisation s'effectue à travers l'action de plusieurs instances, parmi lesquelles :

  • la famille : c'est par elle que les enfants apprennent à marcher, parler, s'habiller, etc. Elle permet l'intériorisation des premières normes et valeurs, mais aussi des rôles masculins et féminins. 
  • l'école : elle participe à l'élaboration des savoirs et la maîtrise des règles sociales communes. Elle transmet à la fois les savoirs scolaires, mais aussi les "savoir être" et l'apprentissage d'une culture commune. 
  • les groupe de pairs : les pairs sont les individus socialement proches (élèves d'une classe, collègues de travail). Les interactions au sein d'un groupe de pairs génèrent de nouveaux comportements, qui vont permettre d'incorporer certaines valeurs, ou d'en rejeter d'autres. Les milieux scolaire, associatif, sportif ou professionnel constituent des lieux de socialisation par les pairs.

La famille et l'école sont responsables de la socialisation primaire, qui a lieu pendant l'enfance. Cependant, le processus de socialisation continue à l'âge adulte : on parle de socialisation secondaire. La socialisation secondaire passe notamment par le travail (socialisation professionnelle), la vie à deux (socialisation conjugale) et la formation d'opinions politiques (socialisation politique).

Socialisation primaire

La socialisation primaire est la socialisation qui a lieu pendant l'enfance, principalement par le biais de la famille et de l'école.

Socialisation secondaire

La socialisation secondaire est la socialisation qui a lieu à l'âge adulte, notamment auprès des collègues de travail, du conjoint, des amis, etc.

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L'effet des transformations des configurations familiales

Le modèle familial traditionnel dit « nucléaire », composé d'un couple et de ses enfants, est loin d'être universel.

Famille nucléaire

Modèle traditionnel de la famille occidentale composée d'un couple, souvent marié, et de ses enfants.

Les configurations familiales se sont diversifiées depuis quelques décennies en France, avec l'augmentation des modèles monoparentaux (parents divorcés), mixtes (familles recomposées), ou encore homoparentaux (deux personnes de même sexe avec des enfants). De plus, les modes d'union (mariage, pacs, union libre) sont aujourd'hui plus flexibles et les orientations sexuelles plus libérées. Cela donne à voir des modèles sociaux et familiaux plus diversifiés et contribue à changer les conditions de la socialisation des enfants et des adolescents.

II

Le rôle de la socialisation dans les différences entre les individus

La socialisation est un processus différencié, notamment en fonction des classes sociales et du genre.

Socialisation différenciée

La socialisation différenciée désigne le phénomène par lequel les valeurs, normes et comportements acquis au cours de la socialisation ne sont pas les mêmes pour tous les individus.

A

La socialisation différenciée selon le milieu d'origine

Les différentes catégories sociales ne valorisent pas les mêmes normes et valeurs auprès de leurs enfants. Cette différence de valorisation débouche sur des comportements différents, les enfants ayant acquis et intériorisé des normes et des valeurs propres à leur milieu social.

Le langage soutenu caractérise les milieux favorisés et le langage familier ou populaire les milieux défavorisés.

Le sociologue français Pierre Bourdieu, dans son ouvrage La Distinction (1979), étudie les mécanismes de socialisation différenciée entre les classes sociales (bourgeoisie, classes populaires).

Cette socialisation différenciée selon le milieu social entraîne des phénomènes de reproduction sociale.

Reproduction sociale

La reproduction sociale est le processus par lequel les positions sociales se maintiennent de génération en génération.

En transmettant de génération en génération les statuts et positions sociales valorisées ou au contraire dévalorisés, la reproduction sociale contribue à maintenir les inégalités au sein de la société.

Statistiquement, on constate ce phénomène à travers les tables de mobilité (origines et destinées) qui permettent de mettre en lumière « l'hérédité » des positions sociales (niveau de richesse, niveau d'éducation, catégorie de métier) : un fils de cadre a statistiquement plus de chance de devenir cadre lui-même qu'un fils d'ouvrier.

Une table de mobilité montre la CSP (catégorie socioprofessionnelle) des individus selon celle du père ou de la mère.

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Pierre Bourdieu

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Jean-Claude Passeron

Les sociologues Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron, dans leur ouvrage La Reproduction (1970), ont les premiers mis en évidence les mécanismes de reproduction sociale notamment dans le cas de l'école. Plus récemment, les sociologues Michel et Monique Pinçon-Charlot ont mis en évidence les mécanismes de reproduction sociale des élites patrimoniales dans leur ouvrage « Voyage en grande bourgeoisie » (1997).

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La socialisation différenciée selon le genre

La socialisation d'un individu est différente selon son genre. En effet, les adultes adoptent des comportements différents envers les filles et les garçons dès leur plus jeune âge : la manière de communiquer avec l'enfant, les attitudes et les jeux qu'on lui propose, ou encore les attentes scolaires et les conseils d'orientation ne sont pas le mêmes pour les filles et les garçons. Les parents attribuent ainsi à leurs enfants des rôles sociaux différenciés selon leur genre.

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En sociologie, on préfère parler de « genre » plutôt que de « sexe » pour insister sur les différences non biologiques entre les hommes et les femmes.

La sociologue italienne Elena Belotti dans son ouvrage Du côté des petites filles (1971) s'intéresse aux mécanismes de socialisation différenciée de genre mis en place dès l'enfance notamment à travers les jouets ou les activités sociales.

III

Les différentes trajectoires individuelles

Les trajectoires de vie dépendent fortement de la socialisation (primaire et secondaire), mais elles sont aussi un choix propre à chaque individu.

A

La multiplicité des rôles sociaux

Les individus n'ont pas un rôle social unique, mais plusieurs « casquettes » ou rôles sociaux qui dépendent du contexte social où ils se trouvent à un moment donné. Au cours de leur vie, les individus sont amenés à mettre l'accent sur l'un ou l'autre de leur rôles sociaux.

Au travail, un individu a des comportements qui correspondent à son rôle d'employé tandis qu'à la maison il a des comportements qui correspondent à son rôle de père ou de mari par exemple.

Parfois, les exigences de ces différents rôles peuvent entrer en conflit.

Un individu peut avoir, au sein d'un groupe de pairs, un rôle d'ami qui implique des comportements en opposition avec son rôle professionnel (sortir tard le soir, etc.).

La vie conjugale implique souvent l'apprentissage de nouveaux rôles sociaux : celui d'époux(se), de parents, etc. C'est une redéfinition des normes, des valeurs et des comportements pour l'individu. 

Cette multiplicité des rôles sociaux peut amener les individus à choisir certaines trajectoires au détriment d'autres (mise en avant de la carrière professionnelle au détriment de la vie familiale ou le contraire).

B

La pluralité des influences

Les individus sont soumis à une pluralité d'influences sociales, plus ou moins fortes. Par exemple, en intégrant un groupe de pairs particulier (équipe sportive, groupe d'amis), un individu peut être amené à acquérir d'autres valeurs que celles transmises par le milieu familial. 

Ainsi, au cours de sa vie un individu peut changer d'idées, de valeurs, de comportements, etc. C'est notamment le cas lors d'un changement important des réseaux de sociabilité (mariage, divorce, installation dans un pays étranger, conversion religieuse…). 

Parfois, il peut y avoir des conflits de socialisation, lorsque la socialisation dans un nouveau groupe s'oppose à la socialisation antérieure.  

Le sociologue français Bernard Lahire dans son ouvrage « L'homme pluriel » (1998) montre qu'au cours de leur vie, les individus sont amenés à fréquenter des groupes sociaux différents, où les normes, les valeurs et les comportements attendus diffèrent.

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Bernard Lahire

Par ailleurs, il peut y avoir conflit chez un individu entre son groupe d'appartenance (celui auquel il appartient) et son groupe de référence (celui où il désire vivre).

Du fait de la multiplicité des rôles sociaux et de la pluralité des influences sociales qui pèsent sur les individus, il arrive que certains individus connaissent des trajectoires inattendues au vu de leur origine sociale. 

Certains élèves issus de milieux défavorisés connaissent une réussite scolaire qui leur permet de s'élever socialement.

Après des événements négatifs comme une maladie ou la perte d'un emploi, il arrive que certains individus connaissent un déclassement social.