Seconde 2015-2016
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Seconde 2015-2016

Sociétés et cultures rurales (XIe - XIIIe siècles)

À partir du Xe siècle, l'Occident est touché par un essor démographique. De nouvelles pratiques et techniques permettent une augmentation de la production agricole et les villages se développent.

La seigneurie est un vaste domaine appartenant au seigneur et exploité par les paysans qui doivent de nombreuses contreparties de la part du seigneur. Les paysans s'organisent progressivement et obtiennent une relative amélioration de leurs conditions de vie.

La féodalité organise les liens entre les seigneurs autour de la distribution de terres, appelées les fiefs. Un suzerain distribue un fief à un vassal qui lui doit en retour le "conseil et l'aide". Les seigneurs et leur entourage composent la noblesse, ordre qui domine la société médiévale et se caractérise par un mode de vie particulier.

I

La seigneurie

A

La domination du seigneur

1

Les différents types de seigneuries

La seigneurie est une propriété foncière. Elle est un vaste domaine agricole comprenant des terres agricoles, un ou plusieurs villages, des espaces variés (bois, étangs, etc.) dont le seigneur (laïc ou ecclésiastique) est le propriétaire.

Ces seigneuries sont composées de deux parties distinctes :

  • La réserve regroupe les terres exploitées directement pour le seigneur.
  • Les tenures sont les terres exploitées par les paysans.

Les seigneurs exercent aussi des pouvoirs qui relevaient avant le XIe siècle en grande partie de l'autorité royale. Il ne faut cependant pas exagérer ce transfert de pouvoir puisque les familles à la tête de ces domaines ont, depuis l'Antiquité, de nombreuses prérogatives sur les habitants de leurs terres. Ce pouvoir de défense et de justice s'appelle le droit de ban. On parle de seigneuries banales ou châtelaines car le pouvoir du seigneur se symbolise par un château.

Droit de ban

Le droit de ban est le pouvoir d'ordonner, de juger et de contraindre d'un seigneur.

Dans la seigneurie de Coucy, le seigneur exerce son droit de ban dans la seigneurie. Il peut contraindre, commander et punir les paysans.

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La seigneurie de Wismes
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Les obligations des paysans

En échange de la mise à disposition des terres et de l'exercice du pouvoir du seigneur (dont la protection) le seigneur exige des contreparties sous forme d'impôts, de produits de l'agriculture et de travail :

  • En échange de leur protection, les seigneurs exigent la taille. La taille est une taxe impopulaire auprès des paysans.
  • Les paysans, en échange des tenures, doivent verser des redevances annuelles payées en nature (le champart) et / ou en argent (le cens).
  • Ils doivent cultiver la réserve et effectuer divers travaux d'entretien de la seigneurie, ce sont les corvées.
  • Enfin, ils sont obligés d'utiliser son moulin, son four ou son pressoir et doivent payer des taxes, appelées banalités.
B

Les statuts des paysans

1

Les différents statuts des paysans

Certains paysans sont propriétaires de leurs terres, ce sont les alleux. Ce type de possession des terres tend à diminuer au profit du système de dépendance seigneuriale qui s'impose.

Les serfs sont les paysans les plus pauvres et ont un statut inférieur :

  • Les serfs sont des paysans non-libres, qui appartiennent à leur seigneur.
  • Au titre de cette dépendance, ils s'acquittent d'un impôt, le chevage.
  • Ils doivent notamment demander l'accord du seigneur et payer des taxes pour se marier en dehors de la seigneurie ou transmettre des biens.
  • Alors qu'au XIe siècle les serfs regroupent une proportion importante des paysans, il semble que leur part diminue progressivement au profit des paysans libres. Cette évolution n'est pas uniforme et dépend des régions.

Les tenanciers (ou les vilains) sont des paysans libres qui exploitent les tenures et deviennent progressivement majoritaires.

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Les évolutions de la condition des paysans

L'autorité du seigneur se manifeste parfois de façon excessive sur les paysans. Cependant, leur condition s'améliore lentement et de manière très inégale dès le XIIe siècle :

  • Des révoltes éclatent à certains endroits pour dénoncer les abus des seigneurs.
  • Certains villages s'organisent en communauté villageoise afin de faire face collectivement aux exigences du seigneur.
  • Certaines communautés obtiennent, de la part des seigneurs, des chartes de franchises qui limitent les charges les plus lourdes ou déterminent le montant fixe des différentes taxes, qui sont de plus en plus payées en monnaie.
  • Dans certains cas de défrichements, le seigneur accorde des chartes aux paysans qui souhaitent s'installer dans ces nouvelles terres.

Le Roman de Rou, écrit par Wace au XIIe siècle raconte une révolte paysanne en Normandie à la fin du Xe siècle. Les paysans se constituent en communauté mais la répression féroce du seigneur les en empêche.

Charte de franchise

Une charte de franchise est un acte officiel par lequel un seigneur reconnaît des privilèges (souvent fiscaux) et des libertés à des paysans.

Les moines de l'abbaye de Saint-Denis participent au mouvement de défrichements et de mise en culture de nouvelles terres. En 1145, ils établissent une charte qui reconnaît des droits et des exemptions fiscales aux paysans qui s'installent sur les nouvelles terres de Vaucresson.

II

La vie au village

A

La naissance des villages

Parallèlement à la généralisation de la seigneurie, les villages se développent. La population augmente et les habitations paysannes, majoritairement dispersées pendant le haut Moyen Âge, se regroupent pour former des villages dès le début du XIe siècle. Cet essor démographique, à partir du Xe siècle en Europe occidentale, s'explique par plusieurs facteurs.

L'application de nouveaux procédés et de nouvelles techniques se développe :

  • L'araire est progressivement remplacé par la charrue, à l'exception des pays méditerranéens. Cette technique permet de labourer profondément les sols.
  • La technique de la jachère est améliorée grâce à l'assolement triennal qui se généralise au XIIIe siècle.
  • De nouvelles techniques d'attelage se développent comme le joug frontal pour les bœufs et le collier d'épaule pour les chevaux.
  • De nouvelles terres sont mises en culture grâce aux défrichements.
  • La production agricole se diversifie. La culture des légumineuses se développe : fève, haricot, pois et lentille.
  • Les moulins à eau et à vent se multiplient.

Assolement triennal

L'assolement triennal est l'alternance de trois types de cultures sur une même parcelle.

Avant le développement de l'assolement triennal, les paysans mettaient la moitié de leurs terres en jachère afin qu'elles se reposent. L'assolement triennal permet d'alterner les plantes sur une même parcelle et de les laisser au repos moins de temps, donc de cultiver davantage :

  • Une première culture épuise le sol en profondeur.
  • Une seconde culture épuise le sol en surface.
  • Enfin la troisième année, la terre est laissée en jachère.

Ce procédé permet d'utiliser une même parcelle deux années sur trois alors qu'avant elle n'était utilisée qu'une année sur deux.

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L'assolement triennal

Ces villages se regroupent autour du château, de l'église et du cimetière selon des schémas d'organisation variés :

  • Dans le Sud de l'Europe et surtout en Italie, le village est souvent clos, perché et entouré d'une enceinte. On parle dans ce cas, de processus d'incastellamento.
  • Le village-rue est plus ouvert, il est très développé dans le Nord de l'Europe, en particulier en Angleterre et dans les Flandres.
  • Dans le Sud de la France, des villages neufs et des bastides peuvent avoir des plans en damier.

La mise en place du réseau paroissial par l'Église participe à ce mouvement de concentration des hommes dans les villages.

B

La vie des villageois

1

Les mutations dans les villages

L’économie des villages reste très majoritairement agricole mais se diversifie et devient plus ouverte :

  • Les activités artisanales se développent, notamment la céramique et la poterie.
  • Les surplus paysans trouvent des débouchés dans les villes et les foires de commerces qui sont en plein essor au XIIe siècle.

Malgré les progrès observés dans l'agriculture, la vie des paysans reste difficile même si elle s'améliore :

  • Certains paysans peuvent vendre quelques surplus au marché, mais beaucoup de paysans produisent à peine de quoi se nourrir.
  • Les famines et les épidémies restent des menaces récurrentes.
  • Les progrès agricoles se diffusent lentement et nombreux sont ceux qui en sont écartés.

La structure familiale change :

  • La famille élargie (plusieurs générations dans la même maisonnée) diminue au profit de la famille nucléaire (un couple et ses enfants).
  • Les maisons ont des surfaces qui diminuent et dont les différents espaces (chambre, salle commune, étable pour les animaux) se séparent progressivement.
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Les solidarités et les sociabilités paysannes

La solidarité et la sociabilité paysannes sont très importantes dans le village et prennent des formes variées :

  • Pour faire face aux contraintes du travail agricole et aux redevances seigneuriales, les paysans travaillent en se concertant. Les communaux sont des espaces qui sont la propriété collective du village.
  • Les villageois sont aussi confrontés collectivement à l'entretien de l'église, à l'assistance due aux plus pauvres et aux mourants.
  • Différentes organisations coexistent au village, comme les associations corporatistes ou les associations charitables.
  • Les villageois appartiennent souvent à une même paroisse et pratiquent ensemble les rites religieux, ce qui renforce le sentiment d'appartenance communautaire. Cependant, une paroisse peut être étendue sur plusieurs villages et à l'inverse un village peut comporter plusieurs paroisses.
  • Des lieux permettent aux villageois de se rencontrer comme le moulin, le four, le cimetière et surtout l'église où les fidèles se réunissent le dimanche.
  • Les jours de fêtes sont très nombreux (comme le carnaval, la célébration d'un saint patron, etc.) et sont l'occasion pour les paysans de ne pas travailler et de se divertir. Ces moments de regroupement favorisent le renforcement de la solidarité villageoise.

Mais l'unité du village ne doit pas être exagérée. Il existe de fortes inégalités sociales :

  • Les laboureurs possèdent un attelage et font travailler de nombreux paysans sur de vastes propriétés.
  • La majorité des tenanciers travaillent sur de petites parcelles.

De nombreuses tensions sont aussi présentes dans les villages, et beaucoup de ces conflits prennent racine dans les inégalités sociales à l'intérieur de la communauté.

III

Le système féodal

A

Les origines du système féodal

Le système féodal apparaît avec l'effondrement du système carolingien et se caractérise par l'effacement du pouvoir royal au profit du pouvoir des seigneurs :

  • L'aristocratie dont les familles comportaient d'anciens magistrats romains ou des chefs barbares est à la tête de vastes domaines et elle possède des charges prestigieuses à la cour : les honneurs.
  • Le pouvoir du roi est affaibli au Xe siècle, il est incapable de s'opposer aux invasions extérieures (Normands, Hongrois, Sarrasins). Les grands seigneurs (comtes, ducs) se transmettent héréditairement les honneurs et s'approprient le pouvoir du roi au niveau local, pouvoir qu'ils exercent au sein de leur seigneurie.
  • Ces derniers distribuent aussi des domaines à des plus petits seigneurs.
  • Dès le XIe siècle, le pouvoir des grands seigneurs est à son tour menacé par celui des petits seigneurs.
  • Ceux-ci sont entourés de chevaliers et affichent leur pouvoir par la construction de châteaux forts, souvent sans l'autorisation de leur seigneur. Ces châteaux sont d'abord des mottes castrales (en bois) et deviennent progressivement de véritables forteresses en pierre et des lieux de vie du seigneur, de sa famille et de son entourage.

En 911, par le Traité de Saint-Clair-sur-Epte, le roi de France Charles III le Simple donne un fief au chef viking Rollon, à condition que ce dernier protège le fief des invasions des "hommes du Nord". Ce fief devient le duché de Normandie.

La mise en place de la féodalité est présentée ici de manière linéaire mais en réalité, ce phénomène correspond à des situations très variées dans le temps et selon les régions. Il est en outre en constante évolution. Les historiens sont divisés sur la réalité de la mutation féodale. Alors que certains, comme G. Duby, considèrent ces changements comme un réel bouleversement de la société (la "mutation féodale de l'an mil"), d'autres, comme D. Bathélemy, considèrent qu'il n'y a pas de rupture nette entre les Xe et XIe siècles et la période précédente (les "anti-mutationnistes").

B

Les relations féodales

La féodalité est un système hiérarchique qui unit des hommes entre eux autour de fiefs :

  • Celui qui donne un fief est nommé le suzerain.
  • Celui qui reçoit le fief est nommé un vassal.
  • Un même seigneur peut être vassal d'un grand seigneur et suzerain d'un petit seigneur.

Un seigneur devient le vassal d'un autre seigneur lors de la cérémonie de l'hommage :

  • Le vassal s'agenouille devant son suzerain et lui promet fidélité en mettant les mains dans celles de son suzerain. Ce geste peut être suivi d'un baiser de paix.
  • Le vassal jure sur des objets sacrés (comme la Bible ou des reliques).
  • Le suzerain remet au vassal un objet symbolisant le fief (motte de terre, un étendard), c'est l'investiture.

Le système féodal qui établit des liens d'"homme à homme" comporte des obligations réciproques :

  • Le vassal doit accompagner son suzerain en guerre, c'est le service d'ost.
  • Il ne doit pas lui "faire tort", c'est-à-dire le trahir.
  • Il doit le conseiller. On dit que le vassal doit à son seigneur l'"aide et le conseil".
  • Le vassal doit aider le seigneur financièrement dans plusieurs cas : mariage de la fille du seigneur, rançon du seigneur s'il se fait capturer, départ pour la croisade, équipement du fils aîné lorsqu'il devient chevalier.
  • Le suzerain assure l'entretien de son vassal par la remise du fief.
  • Lorsqu'un vassal ne respecte pas son engagement, il devient un félon. Le fief lui est retiré selon la procédure de la commise de fief.

Dans les régions du Sud de l'Europe, ces obligations réciproques sont définies dans des contrats.

Certains vassaux prêtent serment auprès de plusieurs seigneurs. Pour limiter les inévitables tensions qui découlent d'une dépendance à plusieurs seigneurs, l'hommage lige est la promesse d'une fidélité complète à l'un de ces seigneurs. En effet, les conflits entre seigneurs sont nombreux car la hiérarchie féodale ne se superpose pas toujours à la hiérarchie réelle des pouvoirs. Certains vassaux sont plus puissants que leur seigneur.

Fulbert de Chartes définit les obligations du vassal, qui consistent à fournir le "conseil et l'aide" au seigneur, dans une lettre au duc d'Aquitaine en 1020.

En 1066, suite à la victoire d'Hastings, le duc de Normandie Guillaume le Conquérant devient roi d'Angleterre. Il reste cependant vassal du roi de France pour son fief en Normandie.

C

La noblesse

1

Les chevaliers

Les chevaliers sont des hommes en armes qui constituent l'ost du seigneur. Souvent issus de la paysannerie, ils intègrent progressivement les rangs de la noblesse.

Ils doivent suivre une longue éducation militaire :

  • À l'âge de sept ans, les futurs chevaliers sont placés chez un seigneur chez qui ils apprennent le métier et deviennent pages.
  • À treize ans, ils deviennent écuyer et s'occupent des armes et des chevaux du seigneur.
  • À dix-huit ans, ils sont faits chevaliers lors de la cérémonie de l'adoubement.

Les chevaliers et les seigneurs constituent la noblesse, un ordre qui les place au-dessus de la société.

2

Un mode de vie particulier

Les seigneurs et les chevaliers ont un mode de vie particulier :

  • Ils résident dans un château fort.
  • Ils participent à des tournois dans lesquels les chevaliers cherchent à attirer l'attention des dames et à gagner de l'argent.
  • Ils font la guerre.
  • Ils pratiquent la chasse à courre.
  • Ils font de grands banquets dans lesquels ils mangent du gibier et des poissons.
  • Les chevaliers s'identifient à des valeurs telles que l'honnêteté, la loyauté et la générosité.
  • Les chevaliers pratiquent l'amour courtois qui consiste à déclamer des poèmes aux dames.
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