Seconde 2016-2017
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Seconde 2016-2017

Sociétés et cultures urbaines (XIe - XIIIe siècles)

La croissance démographique portée par l'essor rural permet un certain dynamisme économique qui profite aux villes. Elles s'agrandissent, élargissent leurs enceintes et, dans le cadre du mouvement communal, s'organisent et obtiennent des droits garantis dans des chartes de franchises.

Les travailleurs dans les villes appartiennent à des corporations qui réglementent les différents métiers. Les artisans et les marchands affirment leur pouvoir et investissent les magistratures de la ville. Certains travailleurs effectuent des métiers non réglementés et viennent grossir les rangs de ceux qui sont à la marge de la société urbaine.

Une culture spécifique au monde urbain se développe, dans laquelle l'Église joue un rôle important, où les solidarités mais aussi les tensions s'expriment.

I

L'essor urbain

A

L'essor économique permet l'essor urbain

Suite à la chute de l'Empire romain, le commerce et les villes en Occident connaissent un déclin.

À partir du XIe siècle, plusieurs facteurs permettent un développement du commerce :

  • Les progrès dans l'agriculture permis par l'amélioration des techniques et la mise en culture de nouvelles terres dégagent des surplus agricoles qui sont commercialisés.
  • L'augmentation de la population favorise la demande et par conséquent le développement du commerce.
  • Les Européens répondent à une demande croissante de l'Empire byzantin et du monde arabo-musulman.
  • Le commerce avec ces régions d'Orient permet l'afflux en Occident de métaux précieux.
  • Des nouveaux moyens de paiement comme la lettre de change facilitent les échanges.

Lettre de change

La lettre de change est un moyen de paiement à distance.

Lorsqu'un marchand à Lyon doit payer un marchand à Florence, il paie un banquier de Lyon qui envoie la lettre de change à un banquier de Florence. Ce dernier banquier paie le marchand de Florence. Ce mécanisme évite ainsi de transporter de l'argent sur de longues distances et sécurise les échanges.

Dans certaines régions, les villes se développent en se spécialisant dans le commerce international :

  • Les marchandises produites dans le Nord de l'Europe (laines, bois, fourrure, draps, poissons salés) sont échangés contre des produits venus du Sud de l'Europe (or, épices, soie) dans des foires commerciales internationales, notamment en Champagne.
  • En Europe du Nord, une association de villes marchandes des bassins de Baltique et de la Mer du Nord, la Hanse, développe le commerce dans des villes comme Bruges, Gand, Hambourg, Lübeck, etc. Cette partie de l'Europe est aussi une zone importante de production textile.
  • La zone la plus dynamique est le Nord de l'Italie (Venise, Sienne, Milan, Florence, Gênes) qui commercialise les produits venus d'Orient (or, soie, épices).

Les villes s'agrandissent car elles profitent de cet essor rural et du développement du commerce :

  • Elles absorbent les excédents de la production agricole qu'elles revendent.
  • Les villes attirent de nouveaux habitants qui s'installent en dehors des anciennes murailles dans les faubourgs.
  • Ces banlieues sont progressivement intégrées dans la ville grâce à la construction de nouvelles enceintes.

Au début du XIIIe siècle, le roi de France Philippe Auguste bâtit une enceinte autour de Paris.

B

L'émancipation des villes

Les villes sont, depuis le début du Moyen Âge, sous l'autorité d'un seigneur, très souvent un évêque :

Les seigneurs fondent de nouvelles villes en Europe. Le mouvement touche particulièrement le Nord, l'Est et le Sud de l'Europe au XIIIe siècle.

Dans le Sud-Ouest de la France, plusieurs centaines de bastides sont construites durant le XIIIe et le XIVe siècle.

Les habitants doivent payer des impôts aux seigneurs et des taxes sur le commerce (péages, taxes sur les marchés, etc.) Dans la ville, les seigneuries se superposent et s'enchevêtrent.

Mais cette domination seigneuriale et son aspect fiscal sont de plus en plus remis en cause par les bourgeois :

  • Des émeutes éclatent à certains endroits contre les droits seigneuriaux.
  • Les villes obtiennent du roi et des seigneurs des chartes de franchises qui leur permettent d'obtenir des libertés (commerciales et individuelles) et une autonomie politique très variable selon les cas.
  • Les communes regroupent les habitants d'une ville, unis par un serment.
  • Dans certains cas, ce mouvement d'émancipation des communes va jusqu'à la constitution de véritables seigneuries collectives dans lesquelles la ville exerce le pouvoir à l'intérieur de ses murs et sur les banlieues (pouvoir de justice, fiscalité, réglementations, défense).
  • Ce mouvement communal est plus fort en Italie du Nord et en Flandres mais il est en déclin en France où le pouvoir du roi s'affirme à partir du XIIIe siècle.

En 1195, Raymond, le comte de Toulouse, octroie une charte de franchises aux magistrats (consuls) de Toulouse reconnaissant des libertés commerciales.

Une des libertés acquises par ces communes est de se doter de ses propres institutions :

  • Il existe souvent une assemblée des habitants.
  • Un conseil prend des décisions réglementaires (échevins au Nord et jurats au Sud)
  • Le pouvoir exécutif est assuré soit de manière collégiale (consuls dans le Sud de la France et en Italie) soit de manière personnelle (maires ou bourgmestres dans le Nord de la France et en Flandres).
  • Les moyens de désignation des membres de ces institutions favorisent certaines familles qui monopolisent ces fonctions de pouvoirs et génèrent de nombreuses tensions.
  • Ces communes disposent d'un sceau leur permettant d'authentifier leurs actes juridiques.

Les villes se lancent dans la construction de monuments destinés à embellir la ville, faciliter le commerce et afficher leur pouvoir :

  • Des halles sont construites dans lesquelles se tiennent les marchés.
  • Des hôtels de ville rassemblent les archives.
  • En Flandres, les beffrois inscrivent la supériorité des marchands dans le paysage urbain.
  • Des murailles sont progressivement construites pour intégrer les banlieues dans la ville.

Le Palazzo pubblico (hôtel de ville) de Sienne est construit par la commune de Sienne aux XIIIe et XIVe siècles.

II

Le monde des villes

A

Les activités urbaines

1

Les métiers

Il existe de nombreuses activités économiques en ville. Ces métiers sont hiérarchisés entre eux et à l'intérieur d'un même secteur :

  • Le travail du textile domine les villes. Cette chaîne de production est la plus complexe. Ce secteur est composé des drapiers qui contrôlent la chaîne de production, des tisserands, et de métiers moins qualifiés et moins prestigieux comme les foulons ou les ongles bleus.
  • Le travail des métaux est aussi important dans les villes.
  • Les métiers liés à l'alimentation sont nombreux. Certains de ces métiers sont jugés dégradants comme les bouchers même s'ils sont souvent riches.
  • De nombreux autres métiers existent au sein des villes : les couteliers, les orfèvres, les enlumineurs, etc.
  • Les métiers du bâtiment qui se développent, stimulés par l'essor économique et l'agrandissement des villes, s'occupent de grandes constructions telles que les églises, les cathédrales ou les bâtiments publics (halles, beffrois, hôtel de ville, etc.). Ces activités sont peu réglementées et utilisent une main-d'œuvre composée de journaliers. Certains chantiers, comme les cathédrales, durent plusieurs décennies.
  • Les membres des métiers les plus importants et les plus riches accèdent, dans certaines villes, au gouvernement de la ville.

Les Tolomei, enrichis par le commerce des étoffes et du cuir, dirigent la ville de Sienne.

2

L'organisation des métiers

Les métiers s'organisent et se réglementent. Les confréries sont des associations religieuses qui assurent la solidarité entre les membres du même métier. Mais l'organisation des métiers n'a pas pour seul objectif de mettre en place une solidarité, elle encadre et contrôle la production, par l'intermédiaire des guildes ou corporations :

  • Elles respectent des statuts qui donnent à leurs membres le monopole de l'exercice du métier.
  • Elles réglementent les normes de fabrication, les horaires de travail, les salaires, etc.
  • Certains de ces métiers sont des métiers jurés dans lesquels les membres prêtent un serment, d'autres sont des métiers réglés pour lesquels le règlement émane des autorités (municipales ou royales).
  • Il existe une forte hiérarchie à l'intérieur de ces métiers. Les maîtres constituent la profession la plus enviée dans un métier car ils la dirigent et ils sont propriétaires des outils de travail. Les apprentis acquièrent le savoir-faire mais ils ont peu de chances d'accéder au statut de maître. En effet, ce statut est héréditaire et nécessite un droit d'entrée pour y accéder et la tenue d'un grand banquet pour les membres du métier. Les valets sont les salariés de ces métiers.

Étienne Boileau est un prévôt de Paris au XIIIe siècle qui réorganise les métiers de Paris et inscrit les règlements de ces métiers dans des registres.

B

Les habitants des villes

1

Les élites

Les élites urbaines traditionnelles sont composées des membres de la noblesse urbaine (surtout dans le Sud de la France et en Italie) et du clergé. À cela, s'ajoutent les bourgeois enrichis par le commerce. La fusion de cette noblesse et de ces marchands enrichis compose le patriciat. Les membres du patriciat assument les fonctions de commandement économique et politique de la ville :

  • Ils ont la mainmise sur les institutions et contrôlent les magistratures les plus prestigieuses.
  • Ils ont d'importantes propriétés foncières en ville et dans la campagne environnante.
  • Ils sont avec le clergé les initiateurs des grands chantiers urbains.
  • Ils exercent leur pouvoir de ban sur la ville.
  • Il faut se garder d'imaginer ce patriciat comme systématiquement uni et solidaire. De nombreuses tensions surgissent et peuvent provoquer des conflits violents.

Le clergé est aussi une composante importante de cette élite urbaine et participe au gouvernement de la ville :

  • Les évêques sont au sommet de cet ordre dans les villes.
  • Les évêques sont assistés d'un clergé constitué par les chanoines.
  • On retrouve aussi des moines et des prêtres qui ont la cure des paroisses urbaines.
  • Le clergé traditionnel est concurrencé à partir du XIIIe siècle par les ordres mendiants qui occupent une place centrale dans les villes.
Ordre mendiant

Les ordres mendiants sont des ordres religieux qui vivent de la charité et font de la prédication auprès des habitants des villes.

Les principaux ordres mendiants :

  • L'ordre des Franciscains fondé par François d'Assise en 1209
  • L'ordre des Dominicains fondé par Dominique Guzman
  • L'ordre des Carmes
  • L'ordre des Augustins sont les ermites de Saint-Augustin
2

Unité et inégalités au sein des villes

La ville affiche souvent son unité dans des processions dans lesquelles défile, selon un ordre hiérarchique précis, l'ensemble des membres de la ville : les magistrats de la ville, puis les clercs, suivis par les corporations à l'intérieur desquelles les maîtres sont en tête.

Malgré cette unité affichée, il existe dans le monde urbain de fortes inégalités sociales.

Les registres fiscaux différencient souvent trois catégories :

  • Le peuple gras qui comprend les habitants les plus aisés.
  • Le peuple moyen qui comprend les catégories intermédiaires.
  • Le menu peuple qui comprend les catégories les plus défavorisées. Cette partie de la population regroupe environ 30% de la ville.

Des personnes sont en marge de la ville et vivent difficilement, ce sont les marginaux.

Les Juifs ne peuvent posséder de terres et perdent progressivement les quelques droits qu'ils ont pu avoir. Ils sont même expulsés dans certaines villes.

Les Juifs sont chassés de Paris en 1182 par Philippe Auguste mais ils sont rappelés en 1199.

  • Les lépreux sont rassemblés et isolés dans les léproseries à l'extérieur des villes.
  • Les voyageurs, les vendeurs ambulants suscitent la méfiance des habitants des villes.
  • De nombreuses bandes sévissent en ville et sont parfois punies par des condamnations publiques.
  • Enfin, la ville regorge de différentes personnes effectuant des professions non réglementées, mal considérées et souvent suspectées d'être des menaces à l'ordre public telles que les journaliers, les colporteurs, les jongleurs, les prostituées, etc.
  • La ville est un endroit considéré par les hommes du Moyen Âge comme peu sûr.

Ces inégalités peuvent conduire à des révoltes.

À Florence en 1250, le menu peuple chasse les magnats à la tête de la ville et instaure une République populaire.

3

La culture urbaine

L'Église joue un rôle important dans la culture urbaine :

  • Les ordres mendiants (franciscains, dominicains et carmes) permettent un meilleur encadrement des fidèles urbains.
  • Des hôtels-dieu, des fondations pieuses accueillent les plus pauvres et les malades.
  • La paroisse, qui correspond souvent à un quartier de la ville, est un important lieu de sociabilité.
  • L'Église se charge aussi de l'enseignement par le biais des écoles au sein des cathédrales. Les enseignements dispensés par les ordres mendiants et les universités sont sous l'autorité du pape.

À Paris, Robert de Sorbon fonde vers 1254 l'université de Paris qui porte son nom, la Sorbonne.

Il existe des lieux de divertissement :

  • Il existe des thermes, fréquentés par les prostituées qui ferment progressivement sous l'influence de l'Église.
  • Les tavernes sont fréquentées par les hommes.
  • Différents lieux permettent des rencontres entre les habitants comme le lavoir, le cimetière, l'église, le marché, etc.

Les villes sont des lieux d'échanges et de brassages des populations. Elles développent une culture qui se différencie du monde rural.

À Florence au XIIIe siècle, Dante Alighieri écrit la Divine Comédie, œuvre majeure qui nous offre de nombreux renseignements sur la culture urbaine médiévale.

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