Terminale ES 2016-2017
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Terminale ES 2016-2017

Le continent américain : entre tensions et intégrations régionales

Le continent américain est marqué par des contrastes culturels, mais surtout par des contrastes économiques. Les États-Unis et le Canada sont riches et développés, certains pays appartiennent aux pays émergents mais il existe aussi des pays pauvres.

Les tensions géopolitiques sont nombreuses en Amérique. Elles s'expliquent par le rôle dominant des États-Unis dans le continent mais aussi par des conflits frontaliers entre États ou des conflits sociaux à l'intérieur des États.

Malgré ces tensions, le continent est de plus en plus intégré. Les flux humains et économiques sont en augmentation mais ils sont polarisés par les États-Unis. Au nord, l'ALENA établit une zone de libre circulation des capitaux et des marchandises. Au sud, le Mercosur est la principale association. Il existe d'autres associations dont l'efficacité est plus limitée.

I

Un continent contrasté

A

Les contrastes culturels

Traditionnellement, on considère l'Amérique divisée en deux espaces géoculturels :

  • Au Nord, une Amérique anglo-saxonne (États-Unis et Canada) parlant anglais et de religion protestante. Cette Amérique est majoritairement blanche.
  • Au Sud de la frontière américano-mexicaine, une Amérique latine, métissée et de religion catholique.

Pourtant, il existe de nombreux faits qui contredisent cette vision binaire de la diversité culturelle de l'Amérique :

  • Au Nord, on retrouve d'importantes communautés de langue latine. Les Québécois au Canada parlent français et les hispanophones sont nombreux aux États-Unis (2e langue du pays). Ces derniers représentent une grande partie de la population dans certains États du Sud (Floride, Texas, Californie, etc.). Cette population est de plus en forte augmentation, on parle de "latinaméricanisation" des États-Unis. Bien que la majorité des croyants aux États-Unis soient protestants, la première Église du pays est l'Église catholique.
  • Au Sud, certains pays ont pour langue majoritaire l'anglais (Jamaïque, Guyana, Belize) et les groupes évangéliques (protestants) sont de plus en plus nombreux. De plus, certains États, comme l'Argentine et l'Uruguay, sont majoritairement peuplés de Blancs.

Enfin, il faut noter la présence des Amérindiens dont la culture est désormais reconnue dans plusieurs pays (Brésil, États-Unis, Canada). Au Canada, les Inuits ont acquis une autonomie sur leur territoire. Cependant, les conflits autour de la reconnaissance des droits des communautés amérindiennes subsistent.

B

Des contrastes géo-économiques

1

Les deux pays les plus développés du continent

Le continent américain est parcouru par d'importantes inégalités socio-économiques. Des pays parmi les plus riches et développés du monde, au nord du continent, côtoient des pays parmi les plus pauvres, au sud du continent.

Tout d'abord, deux puissances font partie du groupe des pays développés, les États-Unis et le Canada, et constituent l'un des trois pôles les plus dynamiques de l'économie mondiale :

  • Ces pays sont riches. En 2014, le PIB des États-Unis est de 17 419 milliards de dollars (1re place mondiale) et celui du Canada s'élève à 1 785 milliards de dollars (11e place). Ces pays ont des économies diversifiées et très intégrées dans le commerce mondial. Les États-Unis possèdent les plus importantes FTN et plusieurs métropoles mondiales, dont la plus importante, New York.
  • Ces pays sont très développés et ont un fort IDH : 0,915 pour les États-Unis (8e place) et 0,913 pour le Canada (9e place) en 2014.
IDH

L'Indice de développement humain (IDH) est un indice prenant en compte la richesse des pays (exprimée en revenu national brut par habitant RNB/habitant), le niveau d'éducation (exprimé par la durée moyenne de scolarisation et la durée attendue de scolarisation) et le niveau de santé (exprimé par l'espérance de vie).

Les pays développés ont un IDH qui se rapproche de 1, tandis que les pays peu développés, ont un IDH qui se rapproche de 0.

2

Pays émergents et pays intermédiaires

L'Amérique compte aussi des pays émergents : le Brésil est la première puissance de l'Amérique du Sud, la deuxième puissance du continent américain et la 7e puissance mondiale. La richesse du Brésil s'appuie sur une économie diversifiée (services, industrie, agriculture). Dans le groupe des pays émergents (dont les définitions varient) on peut aussi classer le Mexique, l'Argentine, le Chili.

Ces pays ont des économies dynamiques et diversifiées mais accusent des retards de développement. Bien que le Mexique, l'Argentine et le Chili aient des IDH qui entrent dans la catégorie "élevés" et "très élevés" pour l'Argentine et le Chili, ils ne se classent respectivement qu'à la 61e, 45e et 40e place. Le Brésil est loin derrière avec un IDH qui le classe à la 85e position. L'Uruguay a aussi un IDH élevé (51e place) mais n'est que la 71e puissance économique du fait de sa petite taille.

On observe aussi la présence de pays intermédiaires : le Venezuela, la Colombie et le Pérou font partie de ce groupe. Ils ont des revenus intermédiaires supérieurs (classement Banque mondiale 2013) mais ont des économies peu diversifiées et dépendent des exportations (pétrole pour le Venezuela, produits agricoles pour la Colombie et ressources minières pour le Pérou). Ces pays sont moins développés, avec un IDH plus faible que ceux des pays émergents du continent (mis à part le Brésil). Le Venezuela est à la 71e place, le Pérou à la 77e et la Colombie à la 91e place.

3

Des pays pauvres

Le continent compte plusieurs pays pauvres :

  • La Bolivie, le Surinam, le Paraguay, la Guyana, l'Équateur et les pays d'Amérique centrale (Guatemala, Honduras, etc.) ont des économies faibles et dépendent de l'exportation de quelques produits.
  • Ils ont un faible niveau de développement avec un IDH "moyen". Par exemple, le Paraguay est à la 112e place, le Guatemala à la 128e place en 2014. Certains pays se distinguent avec un niveau de développement plus élevé (Panama 60e, Équateur 88e).
  • Enfin, Haïti est le seul pays du continent à faire partie du groupe des pays les moins avancés (PMA) avec un IDH qui le classe à la 163e place et un PIB à la 141e position. Ce pays souffre de profondes inégalités et est très vulnérable aux aléas naturels (séismes, phénomènes climatiques extrêmes). En 2012, l'ouragan Sandy a privé 200 000 personnes de logement et a détruit 70% des récoltes dans le sud du pays. Environ un Haïtien sur cinq a émigré.

Les îles des Caraïbes sont majoritairement des États pauvres, mis à part certaines îles européennes, dont les DROM français et les paradis fiscaux.

II

Des tensions géopolitiques

A

Le rôle des États-Unis dans les tensions en Amérique

Les États-Unis sont le premier pays a avoir achevé leur construction et le plus puissant du continent. Sa domination s'est vite affirmée sur l'ensemble du continent.

En 1823, le président Monroe énonce sa doctrine : l'ensemble du continent (et pas seulement les États-Unis) est indépendant de l'Europe. Suite à cela, les États-Unis développent un impérialisme sur la région : annexion des îles du Pacifique au détriment de l'Espagne en 1898, domination de Cuba, achat de l'Alaska.

Ces premiers pas de l'empire étasunien sont confirmés par la politique assumée du big stick (gros bâton) de Theodore Roosevelt (26e président des États-Unis, de 1901 à 1909) : la domination ne peut être contestée. Après la construction du canal de Panama (resté américain jusqu'en 1999), les États-Unis n'hésitent pas à intervenir militairement.

Pendant la guerre froide, l'impérialisme est galvanisé : l'Amérique latine devient le backyard (le jardin) des États-Unis qui assurent leur domination par l'installation de régimes autoritaires.

La démocratie revient en Amérique latine après la guerre froide. L'intervention américaine se concentre sur la lutte contre le trafic de drogue et le terrorisme.

Des tensions issues de la guerre froide demeurent avec Cuba qui est sous embargo américain mais des négociations ont commencé en 2014 entre les États-Unis et Cuba.

Cet impérialisme est à l'origine de nombreuses contestations, dont la plus structurée est celle de l'Alliance bolivarienne pour les Amériques (ALBA). Regroupant 11 pays, cette alliance a pour but de promouvoir l'intégration des pays d'Amérique latine et des Caraïbes sur des principes de solidarité, de complémentarité et de justice, en dehors de l'influence des États-Unis.

De profonds sentiments "antiyankee" existent parmi les peuples d'Amérique latine.

Impérialisme

L'impérialisme est une stratégie visant à dominer certains pays.

Les États-Unis sont souvent accusés d'être une puissance impérialiste.

B

Des tensions entre États

Il existe différentes tensions entre plusieurs États d'Amérique latine :

  • Les différends frontaliers entre le Pérou et l'Équateur et entre l'Argentine et le Chili ont trouvé récemment des solutions.
  • Il existe aussi des oppositions idéologiques entre le Venezuela et la Colombie.
  • Il existe toujours un différend entre la Bolivie et le Chili concernant l'accès à la mer de la Bolivie perdue au XIXe siècle. En 2014, le Chili a affirmé que l'accès à la mer pour la Bolivie était "fermé à jamais".
  • Des tensions persistent au sujet de la délimitation des ZEE entre la Colombie, le Venezuela et des pays d'Amérique centrale, notamment à cause de la présence de gisements de pétrole offshore.

Cependant, il convient de nuancer ces tensions. En effet, la dernière guerre dans le continent sud-américain date de 1995 et la région est celle qui investit le moins dans les dépenses militaires au monde.

C

Les tensions à l'intérieur des États

À l'intérieur des États, on observe de nombreux facteurs de déstabilisation politique :

  • Des guérillas d'inspiration marxiste constituent des facteurs de tensions. Cependant, elles sont désormais plus faibles que dans les années 1990. Au Mexique, le mouvement du sous-commandant Marcos n'est plus actif. En Colombie, les FARC (très actives dans le trafic de drogue) négocient avec le gouvernement et ont annoncé en décembre 2014 un "cessez-le-feu unilatéral définitif".
  • La question des populations amérindiennes est un problème récurrent. En Bolivie, le président Évo Morales est le premier président amérindien. Dans ce pays, la lutte des Indiens se mêle avec la question sociale. En effet, les Amérindiens sont les populations les plus pauvres du pays. Les réformes du président (nationalisation du gaz, réformes économiques et sociales progressistes, etc.) ont provoqué de violentes oppositions de la part de la minorité descendant des Européens qui possède la plus grande partie des richesses du pays. Au Canada et au Brésil, des mouvements amérindiens pacifistes luttent pour la défense de leurs droits.
  • Le crime organisé est présent dans de nombreux pays. Au Mexique, le pays est confronté à une violence très importante. Le bassin caraïbe est l'une des zones les plus meurtrières au monde.
  • Les principaux problèmes internes auxquels sont confrontés les pays du continent sont les inégalités sociales. Le continent est le plus inégalitaire au monde. Dans les villes, les quartiers pauvres (ghettos aux États-Unis, favelas au Brésil, etc.) côtoient des quartiers aisés et ils constituent des zones où la violence s'exprime régulièrement.
III

La question de l'intégration

A

Des flux en augmentation

Le continent américain connaît de plus en plus de flux à l'intérieur du continent :

  • Les flux humains sont nombreux. Les migrations sont principalement orientées du sud vers le nord (États-Unis et dans une moindre mesure le Canada). Ces flux s'expliquent par les importantes fractures économiques et sociales qui touchent l'Amérique. Aux États-Unis, plus de 11 millions de personnes vivent et travaillent dans la clandestinité. Le président américain Obama a accordé une régularisation provisoire à 5 millions d'entre eux en 2014 malgré les oppositions d'une partie de l'opinion publique et de la classe politique.
  • Les flux matériels et financiers sont importants et sont eux aussi polarisés par les États-Unis. De manière simplifiée, on peut affirmer que les États-Unis exportent vers le reste du continent des produits à forte valeur ajoutée et qu'ils importent des produits agricoles et des matières premières. De même, les flux de capitaux (IDE) ont pour principale source et destination les États-Unis.
  • Les zones frontalières sont des zones où les échanges sont particulièrement dynamiques, notamment grâce aux associations régionales d'intégration économique (Mexamerica, frontière entre le Mexique et les États-Unis, Main Street America et Pugetopolis entre le Canada et les États-Unis).

Intégration

L'intégration est un processus mettant en place des interdépendances économiques.

L'ALENA, union douanière entre les États-Unis, le Canada et le Mexique, a permis l'intégration économique de ces trois États.

B

La domination de l'ALENA

L'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) est entré en vigueur en 1994 entre le Mexique, les États-Unis et le Canada :

  • Cet accord permet la libre circulation des capitaux et des marchandises mais exclut la libre circulation des personnes.
  • Cette zone d'échange économique est forte de plus de 460 millions de personnes et produit plus de 25% de la richesse mondiale.
  • Toutefois cette intégration régionale rencontre des limites. À l'intérieur de la zone, les écarts de richesses sont très importants. Les États-Unis dominent les échanges et l'ALENA a accentué la dépendance du Canada et du Mexique à l'économie des États-Unis.
  • Les États-Unis avaient pour projet de réaliser une Zone de libre-échange des Amériques à l'échelle continentale (ZLEA) mais de nombreux pays s'y sont opposés, craignant un déséquilibre en faveur des États-Unis. Ce projet est au point mort depuis 2005.
C

Les intégrations en Amérique latine

Le MERCOSUR est la principale association de l'Amérique du Sud :

  • Il est composé de 5 pays (Brésil, Paraguay, Uruguay, Venezuela et Argentine) et de pays associés dont le Chili, la Colombie, le Pérou et l'Équateur.
  • C'est une union douanière et il facilite la libre circulation des citoyens.
  • Il représente 82% du PIB de l'Amérique du Sud et est considéré comme le 4e bloc économique mondial en matière de volume d'échange.

Malgré le poids dominant du Mercosur, il existe de nombreuses associations :

  • La CELAC (communauté des États latino-américains et des Caraïbes) est un forum culturel et politique pour le développement.
  • L'UNASUR (union des nations sud-américaines) a pour objectif de devenir un espace intégré au même titre que l'est l'Union européenne.
  • L'ALBA est une alliance dont le but est surtout politique et consiste à limiter l'influence des États-Unis.
  • Le Marché commun centraméricain (MCCA), la Communauté andine des Nations (CAN), la Communauté caribéenne (CARICOM) sont des associations peu efficaces compte tenu de leur trop grand nombre et de leur faible poids économique.
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