Terminale ES 2015-2016
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Terminale ES 2015-2016

Socialisme, communisme et syndicalisme en Allemagne depuis 1875

Les mouvements socialistes allemands s'unissent en 1875 et après une interdiction de 1878 à 1890, ils deviennent le SPD. Ce parti est traversé par une tendance marxiste et une tendance réformiste qui finit par s'imposer sous l'influence d'Eduard Bernstein. Le SPD est alors le premier parti d'Allemagne.

Divisés quant au rôle que doit jouer le parti face à la guerre, des membres du SPD en opposition avec la participation au conflit fondent la ligue spartakiste qui devient le KPD en 1918. Suite à la sanglante répression menée par le chancelier SPD Ebert contre l'insurrection communiste allemande, le mouvement reste profondément divisé pendant l'entre-deux-guerres. L'arrivée au pouvoir d'Hitler en 1933 provoque l'élimination des partis du mouvement ouvrier.

À la fin de la Seconde Guerre mondiale, l'Allemagne est divisée en deux. À l'est, en RDA, le parti communiste, le SED, est le parti unique et il dirige la société. En Allemagne de l'Ouest, RFA, le KPD est interdit et le SPD renonce au marxisme. L'élection de Willy Brandt à l'Ouest en 1969 permet un rapprochement entre les deux Allemagnes.

La chute du mur de Berlin en 1989 permet une réunification du mouvement ouvrier allemand. Suite aux réformes libérales entreprises par le chancelier SPD Gerhard Schröder, la gauche du SPD rejoint les anciens membres du SED et fonde le parti die Linke en 2007.

I

Socialisme et mouvement ouvrier allemand (1875 − 1914)

A

Les débuts du parti socialiste allemand

1

Le contexte social et politique allemand

L'industrialisation en Allemagne est plus tardive qu'en Angleterre ou en France. Cependant, le pays, qui connaît un développement important de l'industrie lourde dans la deuxième moitié du XIXe siècle, devient l'une des premières puissances industrielles mondiales à la fin du siècle. L'urbanisation, l'augmentation du nombre d'ouvriers (environ un tiers de la population active à la fin du siècle), ainsi que leurs difficiles conditions de vie ont des conséquences sur la vie politique allemande.

En 1848, Karl Marx et Friedrich Engels rédigent le Manifeste du Parti communiste. Ces deux théoriciens expliquent le déroulement de l'histoire par la lutte des classes. En effet, selon Marx, les classes dominées se révoltent contre les dominants et ces révoltes permettent à la société de se transformer. Pour Karl Marx, la domination dans la société industrielle est telle que la révolution des dominés (le prolétariat) contre les dominants (la bourgeoisie qui possède le capital et les moyens de production, c'est-à-dire les usines, les mines, etc.) provoquera une révolution qui permettra l'avènement d'une nouvelle société sans classe, la société communiste, dans laquelle les moyens de production appartiendront à tous.

Cependant, le mouvement ouvrier reste divisé dans une Allemagne morcelée en de nombreux États. L'unification de l'Allemagne, sous l'influence de la Prusse, gouvernée par le chancelier Bismarck, permet l'unification du mouvement ouvrier allemand qui peut désormais s'inscrire dans un cadre national.

Le 18 janvier 1871, l'Empire allemand est proclamé. Certaines dispositions constitutionnelles, comme l'élection au suffrage universel direct masculin d'une assemblée appelée le Reichstag, permettent le développement de différents partis politiques. Cependant, l'Empire allemand n'est pas pour autant une démocratie. Le pouvoir exécutif, concentré entre les mains de l'empereur (Guillaume Ier de 1871 à 1888 et Guillaume II de 1888 à 1918) et du chancelier (Bismarck jusqu'en 1890) domine le Reichstag qu'il peut dissoudre et devant lequel il n'est pas responsable.

2

La fondation du parti socialiste allemand

Les deux principaux mouvements ouvriers allemands, nés dans les années 1860, s'unifient en 1875 :

  • L'Association générale des travailleurs allemands (ADAV) fondée par Ferdinand Lassalle est un mouvement réformiste.
  • Le Parti social-démocrate (SDAP), fondé par Wilhelm Liebknecht et August Bebel, est proche du marxisme.
  • En 1875, lors du congrès de Gotha, ces deux mouvements s'unissent et fondent le Parti socialiste des ouvriers allemands (SAP). Ce congrès permet la naissance du premier grand parti socialiste unifié d'Europe.
  • Ce parti, par ses origines, ses membres et ses statuts, est traversé par deux tendances contradictoires, à la fois réformiste et révolutionnaire.
Réformisme

Le réformisme est une doctrine politique qui privilégie les moyens légaux (vote de lois à l'assemblée, réformes, etc.) à la révolution afin d'améliorer les structures économiques et sociales.

L'ADAV, fondée par Lassalle, en prônant le suffrage universel direct, est un mouvement politique qui accepte la démocratie libérale et refuse ainsi l'action révolutionnaire revendiquée par Marx.

3

L'interdiction du parti socialiste

Le SAP rencontre l'opposition de l'exécutif, aux mains de Guillaume Ier et de Bismarck, et il est interdit en 1878 :

  • Tout d'abord, Bismarck est un conservateur qui est opposé aux idées socialistes.
  • Les socialistes sont considérés par Bismarck, depuis leur rejet de la guerre franco-prussienne de 1870, comme des traîtres à la nation allemande.
  • Les socialistes sont très critiques envers les institutions non démocratiques de l'Empire allemand.
  • Bismarck utilise un attentat mené contre Guillaume Ier comme prétexte pour interdire le SAP.
  • Le 21 octobre 1878, le SAP est interdit.
  • Ces lois sont appelées les lois "antisocialistes".
  • De nombreux dirigeants du mouvement s'exilent.

En parallèle, Bismarck mène une politique sociale visant à se concilier les ouvriers. Des mesures sociales sont prises et sont plus ambitieuses que celles adoptées dans d'autres pays européens, notamment en France qui est pourtant une démocratie :

  • Mise en place d'une assurance maladie et de dispositions pour les travailleurs victimes d'accidents du travail.
  • Un système de retraite est créé.
  • Le temps de travail est réduit.
  • Une journée de repos hebdomadaire est rendue obligatoire.

Cependant la politique de Bismarck est un échec :

  • Les socialistes continuent de se présenter de manière individuelle aux élections et enregistrent de nombreux succès électoraux.
  • En 1890, Bismarck se retire et Guillaume II abroge les lois "antisocialistes".
B

Un mouvement ouvrier allemand puissant

1

La naissance du SPD

En 1890, les socialistes doivent se réorganiser après la fin de l'interdiction du SAP. En 1890, le Parti social-démocrate allemand (SPD) est créé sous l'impulsion d'August Bebel.

Lors du congrès d'Erfurt, les divisions entre révolutionnaires et réformistes restent vives :

  • Le congrès d'Erfurt en 1891 permet le vote du programme du SPD. Ce programme, rédigé en grande partie par Karl Kautsky, est plus révolutionnaire que le programme défini à Gotha même si les éléments réformistes ne sont pas totalement abandonnés.
  • Les débats lors du congrès sont vifs mais, grâce à August Bebel, le parti maintient son unité.

Les deux tendances continuent d'exister au sein du SPD :

  • La tendance révolutionnaire, d'inspiration marxiste, est représentée par Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht.
  • La tendance réformiste est représentée par Eduard Bernstein.
  • La direction du SPD adopte la tendance réformiste sous l'influence du révisionnisme de Bernstein.
2

Le mouvement syndical allemand

Les premiers syndicats, lorsqu'ils ne sont pas affiliés au SAP, sont autorisés en 1878. En 1890, l'abrogation des lois "antisocialistes" permet le développement et l'organisation du mouvement syndical :

  • Les principaux syndicats sont ceux de la sidérurgie, des mines, de la chimie, de l'imprimerie, etc.
  • Les "syndicats libres" s'unissent en 1892 au sein de la Confédération nationale des syndicats sous l'impulsion de Carl Legien.
  • Les liens avec le SPD sont importants. Les dirigeants de la Confédération intègrent la direction du parti et les militants syndicaux sont aussi adhérents du SPD.
  • Les syndicats prennent la même orientation réformiste que le SPD tout en continuant de recourir régulièrement à la grève.

Les grèves sont nombreuses en Allemagne : en 1906, plus de 3000 mouvements de grève sont recensés et en 1914 une grande grève éclate dans les secteurs les plus importants de l'économie (mineurs, métallurgie, chantier naval, etc.).

3

L'apogée du mouvement ouvrier allemand

La période de 1890 à 1914 constitue l'apogée du mouvement ouvrier allemand qui est un phénomène de masse : le SPD allemand devient le premier parti du pays.

En 1912, le SPD regroupe 35% des membres du Reichstag.

Les adhérents des syndicats constituent une proportion non négligeable des ouvriers.

Dans les années 1910, sur les 8,5 millions d'ouvriers, 2,5 millions sont syndiqués. Ils étaient 300 000 à la création de la confédération en 1892.

Le mouvement ouvrier allemand permet l'émergence d'une culture ouvrière :

  • Le SPD est très structuré, il s'organise à toutes les échelles de la société allemande : au niveau national, au niveau des Länder, au niveau des villes et des unités de production (usines, mines, ateliers, etc.).
  • Les liens étroits entre le SPD et les syndicats permettent de renforcer la cohésion du mouvement ouvrier.
  • Les syndicats et le SPD jouent un rôle de premier plan dans la vie quotidienne des ouvriers : ils créent des crèches, animent des centres de loisirs et de clubs sportifs, ils gèrent des débits de boissons.
  • De nombreux journaux permettent de relayer les revendications ouvrières et participent au développement de la culture ouvrière.

Le mouvement ouvrier allemand est un modèle en Europe et dans le monde. Il joue aussi un rôle d'impulsion du mouvement ouvrier international.

En 1902, se tient en Allemagne la première conférence internationale des syndicats.

II

Le mouvement ouvrier allemand de 1914 à 1945

A

Le mouvement ouvrier se divise (1914 − 1919)

1

Les socialistes face à la guerre

La théorie marxiste prône l'émancipation de tous les travailleurs de la domination de la classe bourgeoise. À ce titre, elle défend l'union des travailleurs du monde entier (internationalisme) et s'oppose à la guerre (pacifisme) qui ne sert que les intérêts de la classe dominante. Alors que les tensions montent en Europe, sur tout le continent les socialistes sont confrontés à un dilemme : doivent-ils respecter la théorie marxiste et refuser de voter les crédits de guerre et la mobilisation des soldats, ou bien doivent-ils considérer que le patriotisme et la défense de leur pays sont plus importants que le respect de la doctrine socialiste ? L'écrasante majorité des socialistes européens, malgré de vifs débats, choisissent la défense de leur patrie.

En Allemagne, les socialistes se rangent derrière la discipline patriotique :

  • Les députés du SPD votent les crédits militaires à l'exception de Karl Liebknecht.
  • Les syndicats et le SPD rejoignent l'"Union sacrée", c'est-à-dire l'alliance de toutes les forces politiques du pays.

Cependant, la fragile unité des socialistes ne résiste pas longtemps :

  • Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht sont exclus du SPD pour pacifisme en 1915.
  • Ils fondent la Ligue spartakiste en 1915.
  • Karl Liebknecht est emprisonné en 1916 suite à son refus de s'engager dans l'armée et à ses prises de positions pacifistes.
  • Les Spartakistes rejoignent le Parti social-démocrate indépendant (USPD) fondé en avril 1917 qui regroupe les membres du SPD opposés à la guerre.
  • Avec la révolution bolchevique de 1917 et les discours pacifistes de ses dirigeants, les socialistes opposés à la guerre sont de plus en plus nombreux en Allemagne.
2

L'échec de la révolution allemande

La fin de la Première Guerre mondiale provoque le début d'une insurrection communiste en Allemagne :

  • Les marins du port militaire de Kiel se mutinent contre les autorités militaires.
  • La révolte s'étend à d'autres villes allemandes et des conseils ouvriers se forment sur le modèle des soviets russes.

Cette situation révolutionnaire provoque la fin de l'Empire allemand et la naissance de la République de Weimar :

  • Le mouvement ouvrier est divisé sur la suite à donner à ce mouvement. Les membres du SPD veulent instaurer une république parlementaire et les Spartakistes veulent la mise en place d'un système communiste.
  • Le 9 novembre 1918, l'empereur Guillaume II abdique.
  • La République est proclamée par Philipp Scheidemann (SPD) depuis le Reichstag. Quelques heures plus tard, Karl Liebknecht (USPD), depuis l'hôtel de ville de Berlin, proclame la naissance de la République sociale.
  • Un nouveau gouvernement est fondé au sein duquel siègent les socialistes du SPD et de l'USPD.
  • La fondation par les Spartakistes du Parti communiste allemand (KPD) entraîne la démission des socialistes indépendants du gouvernement.

La poursuite du mouvement révolutionnaire amène à une violente répression du mouvement révolutionnaire par le SPD :

  • Le KPD souhaite la mise en place d'un régime socialiste et accuse les socialistes et le chancelier Friedrich Ebert (SPD) de trahir les ouvriers.
  • Le chancelier et son ministre de la Défense Gustav Noske organisent la répression du mouvement révolutionnaire.
  • Les corps francs, constitués des soldats de retour du front, répriment le mouvement dans un bain de sang.
  • Les responsables du KPD, Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht, sont assassinés le 15 janvier 1919.
  • Le mouvement et la répression se poursuivent jusqu'en mai 1919.
  • Cette violente répression du KPD par le SPD entraîne une rupture profonde au sein du mouvement ouvrier allemand.

En juin 1919, l'Assemblée, qui s'est réfugiée à Weimar afin d'éviter les émeutes de Berlin, signe le traité de Versailles. La signature de ce traité ne sera jamais acceptée par une grande partie des Allemands.

B

Le mouvement ouvrier dans les années 1920

1

Le SPD, un parti de gouvernement

Suite à la répression du mouvement révolutionnaire de 1919, le SPD perd la moitié de son électorat. Le SPD n'a plus les moyens de diriger des gouvernements mais il participe à des coalitions avec le Zentrum (centre), les partis de centre-droit et de la droite modérée.

Durant les années 1920, plusieurs réformes sociales sont prises par les différents gouvernements de la République de Weimar :

  • Abolition des privilèges
  • Loi de 8 heures de travail par jour
  • L'obligation de la mise en place de conventions collectives et création des comités d'entreprise
  • Création des assurances chômage
  • Émancipation civique et politique des femmes

Le SPD reste influent :

  • Il compte un million de membres en 1930.
  • Il s'appuie sur la puissante Confédération générale des syndicats allemands (ADGB) qui acquiert un pouvoir de représentation au sein des comités d'entreprise.

Mais le SPD est un parti fortement contesté :

  • La droite nationaliste l'accuse d'être responsable du traité de Versailles, considéré comme un diktat.
  • Les communistes lui reprochent d'avoir trahi la classe ouvrière lors de la répression de la révolution allemande et de contribuer au maintien d'une république bourgeoise.
2

Les communistes

Le KPD est un parti d'opposition durant les années 1920 :

  • Le KPD est membre du Komintern, l'Internationale communiste créée en 1919 qui est dominée par le Parti bolchevique russe.
  • Le KPD adopte le principe de "classe contre classe". Il considère que les partis participant à des gouvernements au sein des démocraties libérales sont des ennemis de classe.
  • Il crée en 1929 l'Opposition syndicale révolutionnaire (RGO).
  • Le KPD n'est pas un parti de gouvernement mais il reste un parti important qui compte 300 000 membres à la fin des années 1920.
C

L'anéantissement du mouvement ouvrier des années 1930 à 1945

1

La division du mouvement ouvrier durant la crise économique

La crise économique des années 1930 touche particulièrement l'Allemagne :

  • Le retrait des capitaux américains du pays provoque une chute de la production industrielle.
  • Le chômage augmente et touche 6 millions de personnes en 1932.
  • Le gouvernement, soutenu par le SPD, est accusé d'être responsable de l'aggravation de la situation.
  • La crise provoque l'essor du parti nazi (NSDAP) dont un tiers des membres sont des ouvriers.

Malgré la situation, le mouvement ouvrier reste divisé :

  • Le SPD estime que les communistes sont un danger pour la démocratie au même titre que les nazis.
  • Le KPD voit dans le SPD un parti ennemi de la classe ouvrière au même titre que le NSDAP.
  • Lors des élections, le NSDAP tire profit des divisions du mouvement ouvrier. En 1932, les nazis remportent le tiers des voix alors que la gauche divisée, dont le nombre de voix est supérieur (36% au total), perd les élections avec 20% pour le SPD et 16% pour le KPD.
2

La répression du mouvement ouvrier par les nazis

Le parti nazi est en opposition frontale avec les partis de gauche :

  • Il considère que la théorie de la lutte des classes divise la nation allemande.
  • Des combats de rue opposent les militants du KPD aux nazis.

L'accession d'Hitler à la chancellerie en 1933 marque le début de la répression du mouvement ouvrier :

  • En février 1933, Hitler accuse les communistes de l'incendie du Reichstag et interdit le KPD.
  • Le SPD, qui refuse de voter les pleins pouvoirs à Hitler, est lui aussi interdit.
  • Les dirigeants et les personnalités du mouvement ouvrier sont assassinés, exilés et internés dans les camps de concentration.
  • Le NSDAP devient le seul parti autorisé.

Les ouvriers jouent un rôle dans le régime nazi :

  • Le NSDAP tient compte de l'importance numérique des ouvriers dans la société allemande.
  • Les nazis créent des structures d'encadrement des ouvriers.

"Le Front du Travail" regroupe dans une même organisation les ouvriers et les patrons. "La Force par la joie" encadre les loisirs des travailleurs allemands.

Les dirigeants du SPD, exilés à Londres, et du KPD, exilés à Moscou, organisent la Résistance depuis l'étranger et impriment de nombreux tracts hostiles au régime nazi.

III

Socialisme, communisme et syndicalisme en Allemagne après 1945

A

La "patrie des ouvriers et des paysans allemands"

1

Le rôle central du SED

L'est de l'Allemagne est occupé par les Soviétiques. Lors de l'occupation le SED est créé :

  • Le SPD et le KPD fusionnent pour créer le SED, le Parti socialiste unifié, qui devient le seul parti autorisé.
  • L'URSS développe le mythe d'une fusion spontanée créant le SED par les travailleurs est-allemands alors qu'il s'agit d'une manoeuvre orchestrée par l'URSS de Staline.

Le 7 octobre 1949, la RDA est créée en réaction à la création de la RFA par les Alliés à l'ouest de l'Allemagne.

Le parti est dirigé par Walter Ulbricht de 1949 à 1971 et par Erich Honecker de 1971 à 1989.

Le parti, organisé selon le modèle soviétique, compte entre 1 et 2 millions de membres.

Les syndicats sont aussi remodelés :

  • La Fédération libre des syndicats d'Allemagne est créée (FDGB).
  • La FDGB est contrôlée par le SED.

Comme toutes les démocraties populaires, la RDA adhère au Kominform (union des partis communistes), au Pacte de Varsovie (union militaire) et au CAEM (union économique).

2

La société communiste

Dès l'occupation soviétique, l'Allemagne de l'Est est transformée pour devenir une société communiste. Ces transformations se poursuivent avec la création de la RDA, à marche forcée jusqu'en 1953 (mort de Staline) puis de manière plus modérée par la suite :

  • L'économie est planifiée. Le premier plan date de 1951.
  • L'industrialisation du pays est opérée. L'industrie lourde est développée en priorité, au détriment des industries de biens de consommation.

Seules deux classes sociales sont reconnues par le régime: les paysans et les ouvriers.

La population est dirigée par le régime :

  • Des organisations encadrent la population. La jeunesse se réunit au sein de la Jeunesse libre allemande (FDJ).
  • Les usines logent les ouvriers.
  • Le parti gère des coopératives d'achats.
  • Le SED s'occupe des loisirs des ouvriers et leur organise des vacances.
  • La police du régime, la STASI, surveille étroitement les habitants.

La RDA est présentée comme une société-modèle du monde communiste, cependant ce modèle donné en exemple ne résiste pas à un examen de la réalité historique. Les inégalités perdurent entre une majorité d'Est-Allemands qui subit les effets de la soviétisation du pays et les apparatchiks, c'est-à-dire les cadres du SED, qui constituent une classe privilégiée.

3

La répression des contestations

Le régime interdit l'expression d'idées opposées à l'idéologie officielle du régime, ce qui n'empêche pas des contestations de voir le jour et d'être réprimées par le régime :

  • En 1953, des ouvriers de Berlin-Est font grève afin d'obtenir une démocratisation du régime. Le gouvernement fait appel à l'Armée rouge pour réprimer le mouvement dans le sang.
  • Le régime doit aussi affronter la fuite des Allemands de l'Est en direction de l'Ouest. Ce sont plus de deux millions d'Allemands qui fuient la RDA. Pour y remédier, le gouvernement entreprend la création du mur de Berlin en 1961.

Le gouvernement de la RDA maintient la répression et la politique du régime jusqu'en 1989 :

  • En 1961, le droit de grève est supprimé.
  • Le gouvernement refuse les réformes entreprises par Gorbatchev dès 1985.

En 1989, le régime chute :

  • Des manifestations éclatent à Leipzig et regroupent plusieurs centaines de milliers de personnes.
  • Les Allemands fuient en masse vers la Hongrie et cherchent à se réfugier dans les ambassades des pays occidentaux.
  • Honecker est remplacé par Egon Krenz qui n'empêche pas la chute du mur de Berlin le 9 novembre 1989.
  • Le 3 octobre 1990 marque la fin de la RDA.
B

Socialisme, syndicalisme et mouvement ouvrier en RFA

1

Les mutations du SPD et du syndicalisme en RFA

Avec l'occupation des Alliés, le pluralisme politique est rétabli en Allemagne de l'Ouest. Trois grands partis sont créés :

  • La démocratie chrétienne fonde la CDU (Union des chrétiens-démocrates).
  • Le SPD est refondé par Kurt Schumacher.
  • Le KPD est de nouveau autorisé pour un temps seulement, dans le contexte de guerre froide, il est interdit en 1956.

Le SPD perd les premières élections en République fédérale d'Allemagne (RFA) face à Konrad Adenauer (CDU) qui gouverne le pays jusqu'en 1963.

Le SPD et le syndicalisme s'orientent vers une voie résolument réformiste :

  • En 1959, au congrès de Bad Godesberg, le SPD renonce au marxisme et accepte l'économie de marché.
  • Les syndicats sont très puissants et se réunissent au sein de la Confédération allemande des syndicats (DGB).
  • Grâce à la loi de 1952 sur la cogestion qui impose une présence des salariés et des syndicats dans des conseils de surveillance des entreprises, les syndicats pratiquent la négociation avec le patronat.
  • Des avancées sociales résultent de cette cogestion comme l'augmentation des salaires et la baisse du temps de travail.
2

Le SPD au pouvoir

Willy Brandt permet le retour du SPD au pouvoir :

  • Willy Brandt est maire de Berlin qui est au côté de Kennedy lorsque ce dernier fait son discours "Ich bin ein Berliner".
  • Il est choisi par le SPD pour être le candidat du parti à la chancellerie en 1961.
  • En 1964, dans le cadre d'une coalition avec la CDU, il est nommé ministre des Affaires étrangères.
  • En 1969, il devient le premier chancelier SPD de la RFA.
  • Durant ses années à la chancellerie, il pratique l'Ostpolitik, c'est-à-dire une politique d'ouverture, de reconnaissance et de discussion avec la RDA.
  • En 1974, c'est un autre membre du SPD, Helmut Schmidt, qui devient chancelier jusqu'en 1982.

Cependant le gouvernement du SPD provoque l'opposition de l'extrême gauche :

  • Les révoltes étudiantes de 1968 − 1969 montrent l'opposition de l'extrême gauche au SPD.
  • Les groupes d'extrême gauche revendiquent l'abandon du capitalisme et militent en faveur du féminisme et pour le pacifisme.
  • L'Allemagne est traversée par une vague de violences avec les agissements de la Fraction armée rouge (RAF), la "bande à Baader", qui organise des actes terroristes et assassine des grands patrons durant "les années de plomb".
C

Socialisme et communisme depuis la réunification

La réunification allemande en 1990 provoque une reconfiguration du SED et des syndicats de l'ex-RDA :

  • Le SED devient le PDS (parti du socialisme démocratique).
  • La FDGB est dissoute et remplacée par la DGB.
  • Le PDS rencontre une certaine audience en RDA et fait campagne autour du thème de l'Ostalgie (la nostalgie de l'Allemagne de l'Est, Ost en Allemand) mais ne recueille que 10% des voix dans les Länder de l'Est et 5% dans toute l'Allemagne.

Le SPD perd les premières élections de l'Allemagne réunifiée, gagnées par Helmut Kohl (CDU) l'un des principaux acteurs de la réunification.

En 1998, après 16 ans au pouvoir, Helmut Kohl est battu par une alliance SPD-Verts dirigée par Gerhard Schröder qui a fait campagne autour de l'idée du "nouveau centre". Cependant, Gerhard Schröder est confronté à des difficultés économiques :

  • La modernisation des Länder de l'Est est très coûteuse et longue.
  • L'Allemagne, comme les autres puissances occidentales, doit affronter une baisse de la compétitivité face aux économies asiatiques et à la montée du chômage.

En 2003, Gerhard Schröder fixe l'"agenda 2010", qui correspond à un ensemble d'objectifs économiques ayant pour but de redynamiser l'économie allemande et de relancer la croissance. Cet agenda est constitué de mesures libérales :

  • Libéralisation du marché du travail
  • Baisse des prestations sociales

En 2005, une coalition dirigée par Angela Merkel (CDU) et formée avec le SPD remporte les élections.

Déçue des réformes libérales, la gauche du SPD quitte le SPD et fonde en 2007 avec le PDS (ex-SED) un nouveau parti plus à gauche, Die Linke ("La Gauche"), présidé par Oskar Lafontaine.

En 2013, Angela Merkel est réélue.

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