Terminale ES 2016-2017
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Terminale ES 2016-2017

Quelle est la place de l'Union européenne dans l'économie globale ?

L'Union européenne est le résultat d'un processus d'intégration original, doté d'un grand marché intérieur et d'une monnaie unique. L'enjeu d'une intégration étroite des économies européennes réside dans le développement d'une zone dynamique et compétitive. L'intégration européenne rend interdépendantes les politiques macroéconomiques des États membres et complique la coordination de ces politiques au sein de l'Union.

I

L'intégration européenne : une intégration originale

A

Un processus qui vient de loin

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Historique

L'idée d'unir les États d'Europe est ancienne, mais ce sont les deux guerres mondiales qui poussent un certain nombre de penseurs et de décideurs (souvent nommés les "pères fondateurs" de l'Europe) à relancer le projet européen. Entre 1950 et 1954, l'OTAN et plusieurs gouvernements essaient de mettre en place une coopération militaire, la Communauté européenne de défense, mais elle échoue. Dès lors, l'accent est mis sur un rapprochement culturel (échanges universitaires, instituts culturels dans différentes capitales, etc.) et surtout économique, via une intensification des liens commerciaux et des projets de développement d'industries et de firmes européennes.

Les principales dates de la construction économique de l'Union européenne sont :

  • 1951 : création de la Communauté européenne du charbon et de l'acier (CECA) par l'Allemagne, le Benelux, la France et l'Italie
  • 1957 : signature du traité de Rome instituant la Communauté économique européenne (CEE)
  • 1962 : mise en place de la PAC (Politique agricole commune)
  • 1986 : signature de l'Acte unique européen qui prévoit la création d'un grand marché intérieur
  • 1992 : signature, à Maastricht, du traité sur l'Union européenne (UE), qui remplace la CEE. Il fixe l'objectif du passage à une monnaie unique.
  • 1er janvier 1993 : mise en place du marché unique, la libre circulation des marchandises, des services, des personnes et des capitaux est instaurée.
  • 1997 : signature du Pacte de stabilité et de croissance (PSC), un engagement des pays de la zone euro à coordonner leurs politiques budgétaires pour limiter les déficits publics
  • 1998 : mise en place de la Banque centrale européenne (BCE)
  • 1er janvier 1999 : naissance de l'euro (onze pays "qualifiés" font partie de la zone euro)
  • 2002 : mise en circulation de l'euro

La prospérité de notre communauté européenne est indissolublement liée au développement des échanges internationaux.

Jean Monnet

1950

2

Les degrés d'intégration économique

À partir des travaux de Béla Balassa, on distingue traditionnellement cinq degrés d'intégration économique :

  • La zone de libre-échange : suppression des barrières douanières entre les pays membres
  • L'union douanière : suppression des barrières douanières et instauration d'un tarif extérieur commun
  • Le marché commun : union douanière plus libre circulation des facteurs de production (travail et capital)
  • L'union économique : marché commun plus mise en place de politiques communes
  • L'union économique et monétaire : union économique plus mise en place d'une monnaie unique

L'union politique serait un sixième degré dont l'objectif serait la construction d'un gouvernement commun et une harmonisation des lois et fiscalités.

Union économique et monétaire

L'Union économique et monétaire (UEM) est un espace économique constitué par les membres d'une union économique qui abandonnent leur souveraineté monétaire au profit d'une souveraineté commune (politique monétaire et monnaie unique).

B

Une zone compétitive et attractive

1

Les bénéfices attendus

En ouvrant leurs marchés à la libre circulation des biens et des services, les États membres espèrent une intensification de la concurrence et une logique de spécialisation, pouvant également conduire à des gains de productivité, des économies d'échelle et donc à une croissance plus dynamique.

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2

Le poids de l'UE

L'UE est aujourd'hui un acteur majeur de l'économie mondiale :

  • L'UE est constituée de 28 États membres et environ 511,4 millions d'habitants en 2014. 19 États sont membres de l'UEM (ou zone euro), et ont ainsi adopté l'euro.
  • La part du PIB de l'UE dans le PIB mondial dépasse celui des États-Unis, et représentait 26% du PIB mondial en 2010.
  • Les échanges commerciaux de l'UE avec le reste du monde représentent environ 20% du volume total des importations et exportations mondiales.
  • Environ deux tiers du volume total des échanges des pays de l'UE sont réalisés avec d'autres pays de l'UE. Les échanges commerciaux des pays de l'UE se font donc avant tout entre eux, plus qu'avec le reste du monde.
II

L'Union économique et monétaire, un atout ?

A

Les étapes de construction de la monnaie unique

1

La construction de l'UEM

L'union douanière et la libre circulation des facteurs de production ont poussé la communauté européenne à développer l'intégration monétaire.
En 1944, les accords de Bretton Woods avaient comme objectif principal de remettre à plat le système monétaire international. Ces accords faisaient du dollar la monnaie de référence pour les échanges internationaux : le commerce international était libellé en dollars, et les pays fixaient la valeur de leur monnaie par rapport au dollar, la valeur du dollar étant elle-même fixée par rapport à une quantité d'or. On dit que Bretton Woods était un système de change fixe, car toutes les monnaies avaient un taux de change clairement défini (par rapport au dollar) et fixe. Ce système prend fin en 1971, et les taux de change sont flexibles, c'est-à-dire que la valeur des monnaies les unes par rapport aux autres s'établit en fonction de l'offre et de la demande sur le marché monétaire. Les pays entrent alors en concurrence, notamment en Europe, où certains peuvent diminuer la valeur de leur monnaie (par exemple en émettant une grande quantité de monnaie sur le marché monétaire) afin de bénéficier d'un avantage à l'export. Pour empêcher cette compétition qui entraîne une forte instabilité de la valeur des monnaies, les États européens mettent en place des systèmes de change moins flexibles entre leurs monnaies. Il s'agit du "serpent monétaire européen" (1972 − 1978), puis du "système monétaire européen" (1979 − 1993). Ces deux systèmes reposent sur l'instauration d'un taux de change de référence entre les monnaies, et d'une marge de fluctuation autour de laquelle la valeur des monnaies peut varier.

Cependant, le choix de maintenir des taux de change fixe et une libre circulation des capitaux entre les pays européens empêche qu'ils puissent mener librement des politiques monétaires indépendantes. Cela a mené à la mise en place d'une monnaie unique, sous l'égide de la Banque centrale européenne, ce qui rend impossible les politiques monétaires indépendantes. C'est désormais la BCE qui décide de la politique monétaire unique pour tous les pays de la zone euro.

Robert Mundell a établi la représentation du "triangle des incompatibilités" pour mettre en évidence l'impossibilité pour des pays d'avoir à la fois une libre circulation des capitaux entre eux, un taux de change fixe entre leurs monnaies, et de mener des politiques monétaires indépendantes. Parmi ces trois possibilités, les pays ne peuvent en mener que deux à la fois.

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Triangle des incompatibilités

En établissant une monnaie unique, les pays européens ont choisi de favoriser entre eux les deux pôles de la libre circulation des capitaux et du taux de change fixe (il est même le plus fixe possible, puisqu'ils ont la même monnaie). Ils ont abandonné l'objectif de politique monétaire autonome, puisqu'il n'existe plus qu'une seule politique monétaire pour tous les pays de la zone euro.

Vis-à-vis du reste du monde, la zone euro prise comme un bloc a choisi de favoriser la libre circulation des capitaux et la politique monétaire autonome (menée par la BCE). Elle a abandonné l'objectif de taux de change fixe : la valeur de l'euro fluctue selon l'offre et la demande sur les marchés monétaires mondiaux.

2

Les avantages attendus de la monnaie unique

Au sein de la zone euro, la mise en place d'une monnaie unique doit permettre :

  • L'élimination des coûts de transactions : les importateurs français n'ont plus besoin de changer des Francs en Marks pour commercer avec l'Allemagne, ce qui réduit les coûts de transaction.
  • La disparition des fluctuations de change (donc de la spéculation par des pays européens sur d'autres monnaies européennes) ainsi que la fin des dévaluations compétitives (lorsqu'un pays faisait diminuer la valeur de sa monnaie par rapport à une autre afin de favoriser ses exportations).
  • Le contrôle de l'inflation, sous l'égide de la BCE qui a pour mandat de garder l'inflation sous contrôle.
  • La transparence des prix, puisque les comparaisons entre les prix de différents produits européens sont plus simples. Cela doit améliorer la concurrence et favoriser une baisse des prix pour les consommateurs.
Euro

L'euro est la monnaie unique mise en place à partir de 1999 au terme d'un processus d'intégration marqué par les critères de convergences du traité de Maastricht en 1992. Cette monnaie commune rassemble 19 pays.

B

Un renforcement de l'interdépendance

1

Le Pacte de stabilité et de croissance

Pour entrer dans la zone euro, les pays doivent respecter des critères, dits "critères de convergence", concernant notamment leur politique budgétaire. Le respect de ces critères devait assurer qu'une politique monétaire commune servirait les intérêts de tous les pays. Ces critères ont été définis par le traité de Maastricht en 1992 et réaffirmés par le traité d'Amsterdam en 1997 (Pacte de stabilité et de croissance, PSC), notamment :

  • Un taux d'inflation maîtrisé, proche des 2%
  • Un déficit public inférieur à 3% du PIB (sauf situations exceptionnelles)
  • Une dette publique inférieure à 60% du PIB
2

Le partage de compétences

Dans ce cadre, les politiques conjoncturelles sont contraintes :

  • La politique monétaire est dirigée par la BCE. Celle-ci fixe donc des taux d'intérêt directeurs pour l'ensemble des banques commerciales de la zone euro. La politique de a BCE vise avant tout à maîtriser l'inflation, afin de garantir une valeur stable à la monnaie.
  • La politique budgétaire reste aux mains des États mais doit respecter le PSC.

La communauté européenne a par ailleurs nécessité une coordination des politiques, et par là le partage de compétences ainsi que la mise en place de politiques communes.
Le principe de subsidiarité a été introduit dans le traité de Maastricht et prévoit la répartition des compétences entre l'UE et les États membres. Toutes décisions qui peuvent se prendre au niveau étatique ne doivent pas être prises au niveau supranational. Les règles communautaires ne sont donc prises que lorsqu'elles ont trait à des domaines qui dépassent le champ de compétence des États.

Le processus d'intégration européenne réduit progressivement le degré d'autonomie des États membres, les pays étant de plus en plus intégrés : l'interdépendance entre les États membres s'accroît.
Les deux tiers des échanges de l'UE se réalisent avec des États membres. Les États doivent prendre en compte les effets de leurs politiques sur leurs partenaires commerciaux.

Les politiques communes visent par ailleurs l'efficacité, la cohérence et l'équité : politique commune de concurrence, politique commune agricole, politique commerciale extérieure.
Les politiques européennes s'inscrivent également dans le cadre de la mondialisation et visent à assurer une bonne place aux économies européennes dans ce processus. L'UE favorise une logique de concurrence et de recherche de compétitivité face aux autres grandes puissances.

III

La difficile coordination des politiques

A

Les limites de la gouvernance européenne

1

Faiblesse du budget de l'UE et faible dynamisme

Le budget de l'UE représente 1,1% du PIB européen, alors que les États-Unis ont un budget fédéral qui représente 25,4% de leur PIB.

  • La faiblesse de ce budget et les limites fixées par le PSC compromettent la mise en place de politiques de relance de grande ampleur.
  • Cela rend aussi difficile d'assurer le "rattrapage" des pays périphériques (notamment les pays d'Europe de l'Est) qui présentent un retard en termes de productivité, de niveau de vie, etc.

La croissance du PIB de l'UE est assez faible (entre 0,3 et 1,5% en moyenne) et le taux de chômage a augmenté régulièrement pour atteindre 10% en 2014. Si l'UE maintient globalement son déficit public à un niveau stable, la dette publique atteint presque les 90% du PIB.

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Une zone hétérogène

Toute mise en place d'une supranationalité suppose un transfert de compétences, des États vers l'Europe. Pour aller plus loin dans la supranationalité, il faudrait aujourd'hui réformer les institutions de l'UE, qui pour la plupart n'étaient pas prévu pour coordonner l'action d'un si grand nombre de pays. La question de l'Europe fédérale soulève celle de l'adhésion de 28 pays et une coordination politique à 28.
Les difficultés que soulève la question de la coordination est que les États membres de l'UE présentent des différences structurelles : les États ne présentent pas les mêmes structures économiques, les mêmes ressources et les mêmes potentialités. La convergence économique semble de plus en plus difficile, car les pays présentent des caractéristiques divergentes : écarts de productivité, de production (en 2009 le PIB par habitant du pays le plus riche de l'UE était 17,5 fois plus élevé que celui du pays le plus pauvre de la zone), de niveau de vie, de chômage, etc. L'écart de taux d'inflation entre différents pays, notamment, rend contreproductif le fait d'avoir une unique politique monétaire pour tous les pays. Les économies où l'inflation est la plus rapide auraient besoin que la BCE leur impose des taux d'intérêt directeurs plus élevés afin de contenir cette inflation.

B

Des territoires en concurrence

1

L'impossible policy-mix

Face à l'augmentation croissante des déficits publics, la majeure partie des pays membres de l'UEM ont mis en place des politiques d'austérité, au risque de freiner davantage la croissance. L'existence du PSC constitue une contrainte qui a rapidement limité les États après la crise de 2008, car ils n'ont pas pu mener de politiques de relance de grande ampleur.

À partir de 2010, la crise des dettes publiques (dite crise des dettes souveraines) a en outre fragilisé le système bancaire européen. Des États se sont retrouvés en difficulté, car les créanciers ont perdu confiance dans leur capacité à rembourser leur dette. Or, un défaut de ces États pourrait ruiner la confiance dans l'euro, ce qui affecterait toutes les économiques de l'UEM. Cette crise a été analysée par de nombreux économistes comme une crise de la gouvernance européenne. En effet, l'existence d'une politique monétaire commune conjuguée à la multiplicité des politiques budgétaires conduit à un manque de cohérence et d'efficacité des politiques économiques.

La politique monétaire conduite par la BCE fait l'objet de vives critiques : en se fixant comme objectif principal la lutte contre l'inflation, la politique monétaire risque d'entretenir le ralentissement de la croissance, car celle-ci pourrait être favorisée par l'inflation, dans une vision keynésienne. L'architecture institutionnelle de l'UE et de l'UEM rend difficile voire impossible un "policy-mix", c'est-à-dire d'une articulation efficace entre politique monétaire et politique budgétaire. En effet, la BCE qui décide de la politique monétaire est indépendante des États qui décident de la politique budgétaire, et ceux-ci mènent par ailleurs des politiques budgétaires qui peuvent être très différentes d'un État à l'autre.

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La crise de gouvernance au sein de l'Union économique et monétaire se traduit par une incapacité des pouvoirs publics à coordonner leur action et à apporter des solutions aux trois crises (qui sont liées entre elles). Les gouvernements ne parviennent pas à s'accorder pour soutenir l'activité (afin de résoudre la crise économique), pour apporter suffisamment de fonds sur le marché bancaire (afin de résoudre la crise bancaire) et pour apporter un soutien crédible aux États membres en difficulté (afin de résoudre la crise des dettes souveraines).

Une question essentielle est en débat, celle de la mise en place d'un gouvernement économique de la zone euro, en plus d'un gouvernement monétaire, afin d'avoir un même niveau de décision pour la politique budgétaire que la politique monétaire. Cela supposerait à la fois une redéfinition des objectifs de la BCE et un fédéralisme budgétaire accru.

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Dumping fiscal et social au sein de l'UE

Étant donné l'hétérogénéité des pays membres de l'UE et de l'UEM et la difficulté de coordination des politiques économiques, les États membres se trouvent en situation de concurrence les uns avec les autres. Seule une coopération politique accrue pourrait mettre fin au dumping social et fiscal au sein de l'UE, mais elle nécessite que les États abandonnent une partie de leurs prérogatives.

  • Dumping social : certains États maintiennent des coûts du travail bas (avec des salaires ou une protection sociale faible). Pour les concurrencer, les autres États sont obligés de réduire à leur tour le coût du travail, ce qui dégrade les conditions de vie des travailleurs.
  • Dumping fiscal : certains États accordent des avantages fiscaux aux entreprises afin qu'elles s'installent sur leur sol. En 2014, des journalistes ont ainsi révélé que le Luxembourg avait accordé ces avantages à de nombreuses entreprises européennes, qui évitaient ainsi de payer des impôts dans les pays où elles exercent leur activité.

Étant donné l'absence de barrières à l'échange entre les pays européens, une politique menée par un seul pays peut bénéficier à un autre pays qui ne ferait pas les mêmes efforts. On parle alors de politique non-coopérative.

En diminuant le coût du travail par des allègements de charge et la création d'emplois à très bas salaires, l'Allemagne pratique une politique de désinflation compétitive (elle permet une diminution du prix de ses produits en diminuant le coût de production). Cela améliore sa compétitivité prix, mais cela dégrade la situation d'autres membres partenaires, particulièrement la France, qui ne peut pas rester compétitive face à elle. Premier partenaire commercial, la France voit ses exportations chuter. L'Allemagne augmente en même temps ses parts de marché, au détriment des autres pays européens. Cela provoque un ralentissement de l'activité en France, estimé à 0,4 point en moins de croissance du PIB, imputable à la politique allemande.

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Par ailleurs, la valeur de l'euro profite différemment aux États membres. Un euro "fort", c'est-à-dire avec une valeur élevée par rapport aux autres monnaies, renchérit le prix des exportations et diminue le prix des importations. Il risque donc de faire diminuer les exportations et augmenter les importations, ce qui nuit à la compétitivité de la zone euro. Cependant, il profite aux pays dont les exportations sont assurées et qui importent déjà beaucoup de composants de leur production, comme l'Allemagne. L'euro fort diminue le prix des importations allemandes et améliore donc relativement sa compétitivité.

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