Terminale ES 2016-2017
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Terminale ES 2016-2017

Quels sont les fondements du commerce international et de l'internationalisation de la production ?

Le développement des échanges et l'interdépendance croissante des économies caractérisent le processus de mondialisation. Le commerce international se justifie par les gains obtenus lors de l'échange : prix plus faible, plus grande diversité. Les fondements du commerce international font l'objet de différentes analyses, dont la théorie des avantages comparatifs et la dotation factorielle. Le libre-échange a quelques limites qui peuvent justifier l'apparition du protectionnisme, cherchant à protéger la production nationale. Les sociétés s'internationalisent et favorisent la mondialisation des économies, notamment grâce aux investissements directs à l'étranger. L'un des enjeux majeurs de cette concurrence internationale est donc de développer une position compétitive.

I

Les caractéristiques des échanges

A

L'ouverture croissante des économies

1

L'essor des échanges internationaux

L'essor des échanges internationaux dès le XIXe siècle est le résultat d'une ouverture croissante des économies : on parle d'internationalisation.

Internationalisation

L'internationalisation est un processus caractérisant le développement des relations économiques entre les nations.

  • À partir de 1945, l'internationalisation prend une telle ampleur que la croissance des échanges internationaux est plus rapide que la croissance des PIB.
  • À partir des années 1960, il est accompagné et accéléré par le développement des firmes multinationales (FMN).

Les variations du commerce international sont aujourd'hui fortement corrélées avec la variation de la production mondiale. La crise de 1929 avait marqué un recul important du commerce international. La crise de 2008 a mis en évidence le même phénomène.

Firme multinationale

Une firme multinationale est une grande entreprise nationale qui possède ou contrôle plusieurs filiales de production dans plusieurs pays. Elle est composée d'une société-mère (dans le pays d'origine) et d'entreprises détenues ou contrôlées à l'étranger, appelées filiales.

2

La mondialisation

Le développement des échanges s'est accompagné d'une libéralisation des marchés (c'est-à-dire un abaissement des barrières à l'échange, comme les barrières douanières) ainsi que d'une accélération des échanges de tous types. La nature même des produits échangés a évolué.

  • Les échanges internationaux de services se sont développés (par exemple les services bancaires).
  • Les mouvements internationaux de capitaux ont connu une croissance sans précédent. Par exemple, les investissements à l'étranger ont été multipliés par 12 entre 1980 et 2002.
  • Les courants d'échange entre différentes zones géographiques ont évolué. Un certain nombre de pays émergents participent désormais activement au commerce international et se sont spécialisés dans des activités industrielles.
  • Des zones de libre-échange se sont développées : UE (Union européenne, qui a finalisé la mise en place d'un marché commun en 1968), ALENA (Amérique du nord et le Mexique en 1994), MERCOSUR (Argentine, Brésil, Paraguay, Uruguay, en 1991), ASEAN (regroupe certains pays d'Asie, à l'origine, Indonésie, Malaisie, Philippines, Singapour, Thaïlande en 1967).

Cela participe à la mondialisation des économies.

Mondialisation

La mondialisation va au-delà de l'internationalisation, elle désigne le passage d'un cadre national à un cadre international pour les agents économiques, et une interdépendance croissante entre les acteurs économiques à l'échelle du globe.

Certains services restent difficilement exportables : principalement les services non marchands comme la santé. On parle de secteur abrité.

B

Comment expliquer cet essor ?

Plusieurs explications permettent de comprendre l'essor du commerce international :

  • Le progrès technique a permis une diminution des coûts de communication et de transport. Ainsi, le transport maritime a pu se développer grâce à la construction de porte-conteneurs gigantesques et d'infrastructures portuaires adéquates.
  • L'ouverture des économies au libre-échange a permis un accroissement des échanges à moindre coût. Le GATT (General agreement on tariffs and trade) a été mis en place en 1947 ; il s'agit d'un accord sur les tarifs douaniers, afin d'harmoniser les conditions d'échanges de biens et services entre les pays nationaux. En 1995, l'OMC (Organisation mondiale du commerce) a pris sa suite. Il s'agit d'une institution internationale qui fixe les règles du commerce international entre la plupart des pays du monde. Elle dispose d'un organisme de règlement des différends qui arbitre les conflits et autorise certains États à appliquer des sanctions à d'autres si on juge qu'ils ne respectent pas les règles du libre-échange.
  • Le développement des échanges a été favorisé par l'accroissement du commerce intra-firme.

Libre-échange

Le libre-échange est une doctrine économique qui prône la liberté de circulation de tous les biens économiques (produits, services, capitaux, monnaie) entre les pays.

Commerce intra-firme

Le commerce intra-firme désigne les échanges entre filiales d'une même FMN ou entre la société mère et ses filiales.

II

Les déterminants des échanges internationaux et de la spécialisation

A

Avantage comparatif

Adam Smith en 1776 dans La Richesse des nations met en évidence l'intérêt des économies à échanger, c'est-à-dire à acheter ce que les autres pays peuvent produire moins cher. Smith expliquera ainsi que les pays détiennent un avantage absolu lorsqu'ils produisent un bien moins cher que les autres. Smith préconise ainsi aux pays de se spécialiser dans la production du bien pour lequel l'économie possède un avantage absolu.

Spécialisation

La spécialisation désigne la répartition des activités entre les différentes économies.

Avantage absolu

On dit qu'un agent économique, ou une économie, dispose d'un avantage absolu sur un autre dans la production d'un bien lorsque cet agent est plus productif dans la production de ce bien.

Par exemple, si l'Angleterre peut produire en une journée 300 litres de vin, alors que le Portugal peut en produire en un jour 600 litres, le Portugal dispose d'un avantage absolu sur l'Angleterre dans la production de vin.

Cette analyse ne permet pas de comprendre comment se spécialisent les pays qui ne disposent d'aucun avantage absolu. David Ricardo démontre au début du XIXe siècle que les échanges internationaux peuvent permettre d'accroître la richesse d'un État. Il permet ainsi de mettre en évidence une théorie du commerce international qui fait de lui le premier défenseur du libre-échange : la théorie de l'avantage comparatif. Chaque pays doit prendre en compte les prix relatifs et se spécialiser dans la production pour laquelle son avantage comparatif est le plus grand ou pour laquelle sa production a le moins grand désavantage comparatif. Chaque pays gagne ainsi à participer à l'échange.

Avantage comparatif

Un avantage comparatif désigne le processus de spécialisation par lequel un pays a intérêt à se spécialiser dans la production où il possède le plus grand avantage (il est relativement le meilleur) ou le plus petit désavantage (il est relativement le moins mauvais).

B

Dotation factorielle

L'analyse de Ricardo est approfondie au XXe siècle par les travaux des économistes Heckscher, Ohlin, et Samuelson. Leurs travaux ont donné à l'élaboration d'une théorie nommée "théorème HOS". Ces économistes montrent que la spécialisation s'explique par la dotation factorielle, c'est-à-dire la dotation en facteurs de production. Le théorème HOS énonce qu'un pays X a intérêt à se spécialiser dans la production qui nécessite le plus le facteur de production dont le pays X dispose en abondance, car c'est ce facteur qui est relativement le moins cher pour ce pays.

Dotation factorielle

La dotation factorielle représente la quantité de facteurs de production (travail, capital, terre) présents dans un pays.

Par exemple, en Australie, la terre est un facteur en abondance, car cette île gigantesque dispose d'une surface agricole potentielle sans égal. Alors, selon le théorème HOS, l'Australie a intérêt à se spécialiser dans la production de biens qui nécessite de la terre. Et en effet, l'Australie s'est notamment spécialisée dans la production de biens agricoles, dont elle exporte plus des trois quarts.

Il faut toutefois prendre garde à ne pas considérer les facteurs de production uniquement d'un point de vue quantitatif, mais aussi prendre en compte la productivité des facteurs de production (on peut disposer de tout le Sahara, soit un immense espace terrien, sans pouvoir se spécialiser dans l'agriculture, car la surface du Sahara est peu propice à cette activité).

C

Nouvelle théorie du commerce international

1

Le commerce intra-branche

Plusieurs auteurs dans les années 1960 − 1970 (Linder en 1961 et Lassudrie-Duchêne en 1971) montrent que l'accroissement des échanges de produits similaires, c'est-à-dire le commerce intra-branche, remet en question l'analyse traditionnelle. Ces économistes mettent en avant le rôle des conditions relatives à la demande.

Commerce intra-branche

Le commerce intra-branche désigne les échanges de produits similaires appartenant à la même branche, la même industrie.

Les échanges d'automobiles dans les pays européens sont un commerce intra-branche.

Pour Linder, le marché extérieur est un prolongement du marché intérieur, dont la production est influencée par les besoins de la demande intérieure. Les pays échangent alors des biens semblables mais différenciés (différenciés selon la qualité, la sophistication, ou toute autre caractéristique). Il s'agit notamment du cas où différents pays produisent différentes gammes d'un même produit.

Un exemple de cette différenciation peut être celui des voitures. Il existe des constructeurs français de voitures, mais la France importe des voitures allemandes vendues sur le marché français, de même que des voitures françaises sont vendues à des consommateurs allemands. Cela peut tenir à la perception par les Français d'une qualité supérieure des voitures allemandes, que l'on pense plus robustes ou puissantes, par exemple. La France et l'Allemagne produisent ainsi des voitures différenciées, car les voitures allemandes sont perçues comme différentes.

Il peut aussi y avoir un goût des acheteurs pour la différence, au-delà des qualités intrinsèques des biens étrangers. Cela peut tenir à la volonté des consommateurs se différencier des autres, ou à la volonté de pouvoir comparer différents modèles de produits. C'est un facteur explicatif du commerce international intra-branche que Lassudrie-Duchêne désigne sous le nom de demande de différence.

La différenciation devient dès lors une stratégie pour les entreprises nationales. On peut parler de concurrence monopolistique, au sens où les produits d'une entreprises sont jugés irremplaçables par les consommateurs, simplement parce que cette entreprise se situe dans un autre pays.

Concurrence monopolistique

La concurrence monopolistique est une situation dans laquelle les produits sont tellement différenciés, que les entreprises disposent d'un certain monopole sur leurs propres produits.

Un constructeur d'automobiles allemandes dispose ainsi d'un monopole sur le marché français, puisqu'aucune firme française ne peut produire des voitures allemandes pour lui faire concurrence.

2

La nouvelle théorie du commerce international de Paul Krugman

Paul Krugman, économiste américain et prix Nobel d'économie en 2008, a travaillé sur le commerce international et a montré que celui-ci concernait majoritairement les pays développés pour des échanges de biens similaires. Pour Krugman, il manque donc une dimension aux avantages comparatifs : l'existence d'économies d'échelle et l'existence de situations de concurrence imparfaite.

En présence d'économies d'échelle, l'accroissement du volume de production permet de réduire le coût unitaire de production. C'est notamment le cas dans les productions industrielles qui demandent des coûts fixes élevés. Dans ce cas, un seul producteur (ou un nombre limité de producteurs) est plus efficace, car il peut produire à lui seul un grand volume de production et diminuer autant que possible le coût unitaire. Lorsqu'un producteur est déjà implanté sur un marché et profite des économies d'échelles, il est alors quasiment impossible pour un concurrent de se lancer sur le marché, car il faudrait qu'il produise autant que le premier pour pouvoir bénéficier de coûts aussi bas et pouvoir le concurrencer par les prix. C'est une situation où la concurrence est imparfaite.

Or, Krugman observe que la plupart des échanges internationaux se font dans des industries qui sont dans cette situation, des industries oligopolistiques (où il y a un nombre réduit d'offreurs). En effet, s'il y a peu d'offreurs sur le marché national, ouvrir le commerce à l'international permet des gains de variété importants pour les consommateurs.

III

Avantages et inconvénients du commerce international

A

Avantages et limites du libre-échange

1

Les avantages du commerce international

Pour les consommateurs, les avantages du libre-échange et du développement du commerce international sont les suivants :

  • Ils permettent d'accéder à une plus grande variété de produits.
  • Puisqu'ils développent une concurrence internationale, ils permettent de faire diminuer le prix des produits, et donc de gagner du pouvoir d'achat.

Pour les producteurs, le développement du commerce international présente aussi un certain nombre d'avantages :

  • Il permet d'ouvrir de nouveaux débouchés à la production.
  • Avec de nouveaux débouchés, le producteur peut augmenter son volume de production, et donc diminuer les coûts de production s'il existe des économies d'échelle.
  • Les biens de production sont aussi échangés internationalement, et permettent donc aux producteurs de bénéficier de technologies étrangères.

D'une manière plus générale, le développement du commerce international pousse les entreprises à améliorer leur compétitivité prix et leur compétitivité hors-prix.

Compétitivité prix

La compétitivité prix est la capacité d'une entreprise à proposer un bien ou un service à un prix inférieur au concurrent, à qualité égale.

En bénéficiant d'économies d'échelles grâce à l'ouverture de marchés étrangers et à l'augmentation de la production, une entreprise productrice d'électricité peut améliorer sa compétitivité prix.

Compétitivité hors-prix

La compétitivité hors-prix est la capacité d'une entreprise à offrir des produits différenciés des concurrents : qualité, innovation, design, marque, etc.

En pouvant s'implanter sur un marché étranger où le fait d'être d'origine française est perçu comme un gage de qualité, une entreprise française qui produit des nœuds papillons de luxe peut améliorer sa compétitivité hors-prix.

2

Les inconvénients du commerce international

Le commerce international et son développement via le libre-échange présente toutefois des inconvénients, pour les producteurs comme les consommateurs :

  • Risque de disparition de productions locales : face à la concurrence étrangère, des productions locales qui ne sont pas assez compétitives peuvent disparaître, même si elles ont une qualité particulière aux yeux des consommateurs. Ceux-ci ne sont en effet pas forcément prêts à payer la différence de prix entre les production étrangères et domestiques pour bénéficier de cette qualité particulière.
  • Risque de "dumping social" : la concurrence des pays à bas salaires constitue une pression à la baisse pour les salaires des autres pays, et peut dégrader les conditions de vie des employés dans ces derniers (diminution des salaires, licenciements).
  • Risque de délocalisation d'activité : s'il est possible de produire dans un autre pays à moindre coût, les entrepreneurs peuvent délocaliser leurs capitaux et leurs entreprises, occasionnant ainsi des destruction d'emplois.
  • Risque d'atteinte aux droits des consommateurs : les traités de libre-échange contiennent des clauses pour garantir la concurrence qui peuvent être utilisées par les firmes multinationales afin de contester des normes nationales. En effet, les normes nationales peuvent être perçues comme des restrictions au libre-échange (par exemple si les modes d'emplois doivent obligatoirement être traduits dans la langue nationale), et les firmes multinationales peuvent les contester devant l'OMC. Cela peut aboutir à la suppression des normes et une diminution de la satisfaction des consommateurs.
Délocalisation

La délocalisation est une pratique consistant à fermer une unité de production sur le territoire national pour en ouvrir une autre à l'étranger, afin de produire à des coûts moindres.

En 2010, les ouvriers des usines Lipton en France ont lancé un mouvement de grève pour protester contre la fermeture de leurs usines. En effet, le groupe Lipton voulait délocaliser la production de la France vers la Pologne, où la main-d'œuvre coûte moins cher.

Dumping social

Le terme de "dumping social" désigne la stratégie d'un pays qui choisit de réduire les normes, les réglementations concernant le travail ou encore la protection sociale afin d'attirer les investissements au détriment des autres États. C'est avant tout un concept issu du monde politique, et les économistes évitent d'utiliser ce terme (l'INSEE, notamment, ne l'emploie pas), car les effets réels de la concurrence internationale sur l'emploi sont mal connus.

B

Le protectionnisme

1

Les moyens du protectionnisme

Il existe diverses modalités de pratiques de protectionnisme, les moins fréquentes étant les barrières tarifaires (taxes appliquées sur des produits étrangers entrants). On remarque principalement des barrières non tarifaires (c'est-à-dire autres que les droits de douane), par exemple :

  • Les restrictions quantitatives (quotas, contingentements) : c'est le volume annuel maximum d'importations pour un produit donné.
  • Le commerce administré : il s'agit d'accords conclus entre deux pays pour limiter "volontairement" les exportations de l'un vers l'autre.
  • L'utilisation de mécanismes anti-subventions ou anti-dumping : les États peuvent adopter des lois s'appliquant sur leur territoire pour poursuivre les auteurs des pratiques anticoncurrentielles. Ces pratiques anticoncurrentielles peuvent prendre la forme de subventions aux exportations ou de dumping social de la part d'autres États. Elles provoquent une diminution des coûts de production, et permettent aux exportateurs de diminuer les prix à l'étranger. Pour contrecarrer ces mesures, les États peuvent mettre en place des lois anti-subventions ou anti-dumping, par exemple en interdisant l'importation de produits dont la fabrication ne respecte pas un certain nombre de normes (par exemple des productions impliquant un travail des enfants). Ces normes sont un instrument protectionniste au sens où ce sont les tribunaux du pays qui vont juger de la réalité des faits, et non l'OMC.
  • L'imposition de normes diverses, techniques, sanitaires ou autres : par exemple, l'obligation que les produits importés comportent une notice dans la langue nationale est une barrière à l'échange, car elle constitue un coût supplémentaire pour l'entreprise qui veut exporter et doit faire traduire toutes les notices.
Protectionnisme

Le protectionnisme désigne une doctrine et des politiques économiques reposant sur l'application de mesures tarifaires et non tarifaires visant à protéger ou favoriser les producteurs nationaux face à la concurrence étrangère.

2

Pourquoi mettre en place un protectionnisme ?

Le protectionnisme vise à interdire ou limiter les importations de biens et services afin de protéger les entreprises et activités nationales de la concurrence extérieure. La mise en place de telles politiques peut se faire entre autres pour des raisons stratégiques ou culturelles.

  • Les pays peuvent mettre en place un protectionnisme partiel (c'est-à-dire qui ne concerne que certains produits), afin de protéger une activité particulière. Dans les années 1990, pendant les négociations du GATT, la France a cherché à obtenir l'exclusion des produits culturels des traités de libre-échange, afin de conserver une production culturelle nationale et de ne pas risquer de la voir concurrencée par les productions étrangères, notamment américaines. C'est que ce l'on appelle l'"exception culturelle", qui consiste par exemple à obliger les chaînes de télévision et de radio à consacrer une partie de leur temps de diffusion à des œuvres françaises ou européennes. Il s'agit bien de protectionnisme, au sens où ces mesures favorisent les producteurs nationaux par rapport aux producteurs étrangers, en assurant une consommation minimale de produits nationaux.
  • Friedrich List (1789 − 1846) a théorisé le "protectionnisme éducateur", qui est un protectionnisme à des fins stratégiques. Pour List, le protectionnisme doit être provisoire : il doit protéger les industries naissantes ("les industries dans l'enfance") jusqu'à ce qu'elles atteignent une taille leur permettant d'affronter la concurrence. En effet, une industrie nouvelle dans un pays ne pourrait sans doute pas résister dès le début à la concurrence internationale, car elle doit réaliser de gros investissements, se faire connaître auprès des consommateurs, et grandir assez pour profiter des économies d'échelle. Cependant, pour List, ce protectionnisme doit être "temporaire" afin d'éviter qu'une fois l'industrie mature (c'est-à-dire quand elle a atteint une grande taille) elle ne soit en situation de monopole sur le marché national et impose des prix supérieurs aux prix mondiaux. Ce protectionnisme ne remet donc pas en cause le libre-échange mais seulement certains de ses effets. Le but de cette politique est d'assurer la présence de diverses industries sur le sol national, afin notamment de lutter contre le chômage.
  • Paul Krugman a étudié ces mesures protectionnistes de la part des États et leur intérêt pour développer les industries nationales. Il parle de politique commerciale stratégique pour désigner ces mesures, et met en avant le rôle que peuvent jouer les subventions publiques, notamment pour aider les industries naissantes à se développer.

Krugman a notamment étudié la façon dont le Japon a mis en place un protectionnisme éducateur dans les années 1970, afin de permettre à ses entreprises de développer leur savoir-faire dans la construction de composants de mémoire vive. En taxant les importations de ces composants, le Japon a laissé le temps à ses entreprises d'apprendre en produisant et de devenir des spécialistes mondiales de la mémoire vive, alors que sans les mécanismes protectionnistes, les producteurs américains initialement plus avancés auraient inondé le marché japonais et probablement fait disparaître l'industrie japonais.

3

Les limites du protectionnisme

Le protectionnisme est une mesure défensive qui présente plusieurs limites pour les économies nationales. Dans une économie protégée de la concurrence internationale :

  • Les producteurs ne sont pas incités à l'innovation puisqu'ils disposent d'un marché protégé, et ne sont pas menacés par la concurrence. Les économies peuvent ainsi protéger des industries inefficaces, ce qui est défavorable à l'obtention de gains de productivité.
  • Les consommateurs ne bénéficient pas de l'effet de la concurrence sur les prix. Les offreurs sont en situation de monopole sur le marché national, et peuvent imposer des prix plus élevés que ceux du marché international.
  • Les consommateurs ont un choix plus restreint, car les variétés étrangères ne peuvent être vendues sur le marché national, ou à un prix prohibitif.
  • Un effet secondaire des mesures protectionnistes qu'il existe de plus un risque de rétorsion de la part des autres États, c'est-à-dire que si un État Y met en place des mesures protectionnistes, les autres États peuvent mettre en place les mêmes mesures à l'encontre des exportations de l'État Y. Cela peut désavantager certains producteurs nationaux qui ne peuvent plus exporter, alors même que ce n'est peut-être pas leur secteur qui bénéficie des mesures protectionnistes initiales.

En 2009, pour protester contre l'interdiction par l'UE de l'importation de bœuf traité par des hormones de croissance, les États-Unis ont menacé de mettre en place des mesures de rétorsion en augmentant les droits de douane sur des produits européens, comme le roquefort.

C

La variation du taux de change

Taux de change

Le taux de change est le prix (on dit le "cours") d'une monnaie dans une devise étrangère.

Si le cours de l'euro en dollar est de 1,10 il faut céder 1,10$ pour obtenir 1€ sur les marchés monétaires internationaux et chez les agents de change.

Le taux de change a des effets importants sur les importations et exportations :

  • Lorsque la demande de monnaie est supérieure à l'offre, la monnaie s'apprécie (c'est-à-dire que son cours en devise étrangère augmente) : cela diminue le prix des importations et augmente le prix des exportations.
  • Lorsque la demande de monnaie est inférieure à l'offre, la monnaie se déprécie (son cours en devise étrangère diminue) : cela augmente le prix des importations et diminue le prix des exportations.

Un lundi, 1€ vaut 3$. Pour un consommateur américain, l'importation d'une tasse européenne à 1€ coûte 3$, et pour un consommateur européen, l'importation d'un drapeau américain à 1$ coûte 13=0,33 €.

Le lendemain, 1€ vaut 4$. L'euro s'est apprécié et le dollar s'est déprécié. Pour le consommateur américain, la tasse européenne à 1€ coûte désormais 4$. Pour les Européens, le prix de cette exportation a donc augmenté, et cela défavorise les producteurs européens. Pour le consommateur européen, l'importation du drapeau américain coûte désormais 14=0,25 €. Pour les Européens, le prix de l'importation a diminué, cela favorise les producteurs américains.

IV

La mondialisation de la production

A

L'essor des FMN

On mesure principalement l'essor des FMN par leur nombre et par les flux d'IDE (Investissements directs à l'étranger) :

  • En 2012, on comptait plus de 83 000 firmes multinationales et 810 000 filiales étrangères, contre 7000 à la fin des années 1960.
  • Les FMN emploient plus de 68 millions personnes dans leurs filiales, contre 21 millions en 1990.
  • Les FMN produisent environ un quart du PIB mondial.
  • Les flux des IDE dans le monde ont explosé, passant de 50 milliards de dollars en 1980 à 2000 milliards en 2007.

Investissement direct à l'étranger

Un IDE est une exportation de capitaux (donc un investissement) qu'une unité institutionnelle effectue dans le but de d'acquérir, créer ou développer une unité institutionnelle résidente d'une économie étrangère. L'unité qui réalise l'IDE devient propriétaire d'une partie de l'unité-cible, et veut avoir une influence significative sur sa gestion.

On parle ici d'unité institutionnelle car il peut s'agir de firmes, mais aussi de fonds d'investissement par exemple.

Si une entreprise automobile française achète 20% des actions d'une entreprise automobile italienne, elle réalise un investissement direct à l'étranger.

Il faut distinguer investissement de portefeuille (IP) et IDE. Les deux sont des investissements dans une unité étrangère, mais l'IDE est un investissement qui vise à contrôler, au moins en partie, l'unité-cible, alors que l'IP vise uniquement la rentabilité financière (par exemple en achetant des actions d'une entreprise qui verse des dividendes élevés). Par convention, on distingue IP et IDE par la proportion de capital acquis dans l'unité-cible. Si l'investissement représente moins de 10% du capital de l'unité-cible, on considère que l'unité qui investit ne cherche pas à contrôler l'unité, et on comptabilise l'investissement comme IP. S'il est supérieur à 10%, on le comptabilise comme IDE.

On distingue souvent entre IDE vertical et horizontal.

  • Un IDE horizontal consiste pour une firme à acquérir ou créer une filiale qui produit des biens identiques. En acquérant une filiale identique déjà implantée dans un pays, une firme peut ainsi chercher à pénétrer le marché étranger. Par exemple, une entreprise de soda américaine peut racheter une entreprise de soda chinoise pour s'implanter sur le marché chinois.
  • Un IDE vertical consiste pour une firme à acquérir ou créer une filiale qui produit des biens ou services complémentaires à sa production. Souvent, il s'agit de filiales qui réalise une des étapes de la production finale de la firme. Par exemple, si un fabricant européen de pneumatiques achète une usine productrice de caoutchouc en Afrique, il s'agit d'un IDE vertical.

Les IDE verticaux sont donc plutôt des IDE qui vont des pays développés vers les pays en développement. En revanche, les IDE horizontaux concernent souvent une production de biens et services intégralement ou partiellement identique à celle de la maison-mère, en fonction des caractéristiques locales de la demande. Ces IDE horizontaux ont davantage lieu entre pays de niveau de développement similaire.

Une multinationale réalise des opérations de production dans au moins deux pays. Les filiales sont des sociétés dont le capital est "contrôlé", à hauteur de 10% ou plus par une entreprise étrangère (société mère).

La mondialisation des entreprises passe par un déploiement des activités de production, d'assemblage, de distribution, de R&D vers un autre pays. Ce déploiement s'apparente à une délocalisation :

  • Absolue lorsque cela entraîne la suppression d'une unité de production sur le territoire d'origine.
  • Relative lorsque la croissance de la production, des emplois et des investissements se fait hors du territoire (notamment par le biais de fusions-acquisitions).

Le déploiement des fusions-acquisitions participe activement depuis les années 1980 au déploiement des filiales.

B

Les stratégies des FMN

1

La Division internationale du processus productif

La DIPP (Division ou Décomposition internationale du processus productif) consiste à répartir les différents stades de production d'une même FMN entre différents pays. La production d'une même firme est ainsi pensée à l'échelle mondiale. Elle est fragmentée entre différents pays qui sont les plus compétitifs sur un segment particulier de la chaîne de production.

La DIPP est réalisée à travers des "IDE verticaux". Les FMN jouent sur les coûts de production en établissant des filiales qui réalisent des étapes du processus de production là où les coûts pour chaque étape de production sont moindres, en profitant des avantages des différents pays (salaires, savoir-faire, matières premières, fiscalité, etc.).

Une grande firme productrice d'ordinateurs peut avoir différentes filiales dans différents pays. Elle peut avoir des bureaux de concepteurs et de direction dans un pays développé (États-Unis), des filiales construisant les coques en plastique de ses appareils dans des pays où la main-d'œuvre est peu chère, des filiales construisant les objets techniques particuliers dans les pays où la main-d'œuvre est spécialisée (circuits imprimés en Chine, semi-conducteurs à Taïwan, en Corée du Sud et aux États-Unis, etc.), des usines d'assemblage dans un autre pays (Chine), un réseau de distributeurs propres à l'entreprise dans de nombreux pays du monde, et enfin des filiales dans les paradis fiscaux qui lui permettent d'échapper à la fiscalité des grands pays développés.

2

Le commerce intra-firme et entre firmes

Les FMN peuvent avoir recours à l'externalisation, c'est-à-dire avoir recours à des sous-traitants. Cela permet notamment de déplacer les risques et faire reposer la production sur un plus grand nombre d'acteurs. Il s'agit alors de commerce entre firmes.

Externalisation

L'externalisation est un processus par lequel une entreprise confie à des sous-traitants (nationaux ou étrangers) une partie de sa production qui était jusque-là réalisée par elle-même.

C'est l'existence de coûts de transactions et la recherche de l'allègement des coûts de production qui conduit deux firmes à s'unir et constituer une firme transnationale, plutôt que de rester indépendantes et faire du commerce entre elles.

Par ailleurs, le commerce intra-firme présente l'avantage particulier de pouvoir utiliser les prix de transfert, c'est-à-dire les prix des biens et services faisant l'objet de transactions au sein de la FMN. Ces prix sont déterminés par la firme, et sont différents des prix du marché, permettant ainsi de modifier les prix de transfert selon les conditions fiscales ou réglementaires des pays où elle est présente.

3

Se rapprocher des consommateurs

Les FMN cherchent à alléger leurs coûts mais aussi à obtenir des débouchés. Elles peuvent ainsi s'implanter au plus près des consommateurs : cela permet de connaître le marché et de le conquérir plus rapidement. Elles peuvent également chercher à s'implanter au plus près des compétences ou des technologies dont elles ont besoin.
Les firmes doivent alors aussi tenir compte des coûts de transport. Si ceux-ci sont élevés, elles ont intérêt à développer des filiales au plus près des consommateurs.

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