Terminale ES 2015-2016
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Terminale ES 2015-2016

Quelles sont les sources de la croissance économique ?

La croissance économique est l'augmentation soutenue et durable de la production pendant une longue période. Elle est mesurée par le PIB, mais cet indicateur présente des lacunes, qui sont comblées par d'autres indicateurs comme l'IDH. La croissance économique se base sur l'augmentation des facteurs de production et de la productivité globale des facteurs. L'investissement est au fondement de la croissance, car il permet une accumulation de capital. Ce capital peut être physique, mais aussi humain, technologique et public, ainsi que l'expliquent les théories de la croissance endogène.

I

Comment définir et mesurer la croissance économique ?

A

La croissance et le Produit intérieur brut (PIB)

1

La croissance économique

Croissance économique

La croissance économique correspond à l'accroissement durable de la production globale d'une économie. C'est un phénomène quantitatif de longue période.

[La croissance économique est] l'augmentation soutenue durant une ou plusieurs périodes longues d'un indicateur de dimension : pour une nation, le produit global brut ou net, en termes réels.

François Perroux

On mesure la croissance à l'aide du taux de croissance sur une période donnée.

Taux de croissance annuel

Le taux de croissance (g) entre l'année n1 et l'année n est donné par la formule :

g=RnRn1Rn1×100

Avec :

  • Rn1 la valeur de départ (le revenu national le 1er janvier de l'année n1 )
  • Rn la valeur d'arrivée (le revenu national le 1er janvier de l'année n)

Par exemple, si le PIB d'un pays était le 1er janvier 2014 de 1500 milliards d'euros, et le 1er janvier 2015 de 1550 milliards d'euros, le taux de croissance de ce pays en 2014 a été de :

g=R1 550R1 500R1 500×100=3,33 %

La croissance économique n'est qu'une phase particulière du cycle de l'activité économique. Celui-ci comporte plusieurs phases possibles.

  • Une phase d'expansion économique : le taux de croissance augmente (la croissance "accélère"), donc le volume de production croît de plus en plus vite.
  • Une phase de ralentissement : le taux de croissance reste positif mais diminue (la croissance "ralentit"), donc le volume de production continue à augmenter, mais de moins en moins vite.
  • Un moment de crise : retournement brutal de la conjoncture
  • Une phase de récession : la croissance ralentit fortement, éventuellement jusqu'à devenir négative. Si le taux de croissance devient négatif, cela signifie que le volume de production diminue. On dit que l'économie entre en récession si le taux de croissance est négatif pendant au moins deux trimestres consécutifs. Cela a par exemple été le cas en France en 1974, 1993 et 2009.
  • Une phase de dépression : diminution importante et durable de la production. Ce phénomène s'accompagne souvent d'une déflation (baisse des prix et des salaires). C'est le cas de la crise mondiale de 1929.
  • Une phase de reprise : le taux de croissance redevient positif, donc le volume de production ré-augmente après avoir diminué.
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Les phases du cycle de croissance

Au sommet du cycle, on parle parfois de "surchauffe" pour caractériser l'économie qui s'emballe, par exemple, avec un fort taux d'inflation.

2

Le PIB

La croissance est un phénomène quantitatif que l'on peut mesurer. On retient en général le Produit intérieur brut (PIB) comme agrégat pour mesurer les quantités produites.

Produit intérieur brut (PIB)

Le Produit intérieur brut (PIB) est un agrégat de la comptabilité nationale représentant toutes les valeurs ajoutées créées par les différentes branches d'une économie en une année.

Il existe trois "approches" du PIB, c'est-à-dire trois façons de calculer et de comprendre cette même grandeur.

  • Approche par la production (ou l'activité) : le PIB est la somme de toutes les valeurs ajoutées, donc une somme de tout ce qui a été produit en un an sur un territoire donné.
  • Approche par la demande : tout ce qui a été produit (et offert) a été demandé, c'est-à-dire consommé ou investi (ou stocké, mais on peut l'inclure dans la consommation). Donc, on doit retrouver la même grandeur en additionnant toute la consommation et l'investissement en capital.
  • Approche par les revenus : toute demande se fait en échange d'une rémunération. L'agent qui produit de la valeur ajoutée reçoit une rémunération en échange de sa participation à la production. Donc, en additionnant tous les revenus de tous les agents, on doit trouver la même grandeur qu'en additionnant toutes les valeurs ajoutées.

L'INSEE calcule tous les ans le PIB selon ces trois approches, et aux erreurs de mesure et approximations près, on trouve bien le même montant.

PIB

On mesure souvent le PIB à l'aide de la formule suivante :

PIB=Somme des Valeurs ajoutées+TVA+Droits de douaneSubventions produits

On peut également utiliser l'équilibre emploi-ressource :

PIB=C+G+FBCF+VS+XM

Avec :

  • C et G respectivement la consommation finale des ménages et des administrations
  • FBCF la Formation brute de capital fixe, qui mesure l'investissement
  • X les exportations et M les importations
  • VS les variations de stocks

Comme le PIB est mesuré à partir du prix des produits échangés, si les prix augmentent, on pourrait croire que le PIB augmente, alors que le volume de production est resté le même. Le PIB doit donc être calculé en volume ou à prix constants, afin d'éliminer l'effet de la hausse des prix courants et pouvoir évaluer les quantités produites avec les mêmes prix de référence (les prix constants). Le PIB réel est donc le PIB déflaté (auquel on a enlevé les effets de l'inflation).

Pour mesurer le niveau de vie dans un PIB, on rapporte souvent le PIB au nombre d'habitants. Cela permet de comparer entre eux des pays de tailles différentes (sinon, mécaniquement, un petit pays aura tendance à avoir un PIB plus petit). C'est le PIB par habitant (PIB/hab), ou PIB par tête. Puisque le PIB est aussi la somme des revenus dans un pays, le PIB par tête est le revenu moyen d'un acteur dans un pays. Cependant, encore une fois, le PIB étant mesuré grâce aux prix, il est difficile de comparer entre eux les revenus par tête de pays où les prix sont très différents. Un revenu annuel de 10 000 $ n'a pas la même signification, en termes de niveaux de vie, pour un individu vivant dans un pays pauvre d'Afrique centrale et pour un individu vivant dans un pays d'Europe occidentale. Pour les comparaisons internationales, on utilise donc le PIB en parité de pouvoir d'achat (PIB PPA), exprimé en dollars. Le PIB en PPA se fonde sur une parité entre monnaie qui compense la différence en pouvoir d'achat.

Le PIB est dit brut car il inclut l'amortissement économique (remplacement des équipements usés ou détruits), le Produit intérieur net (PIN) est le PIB sans les amortissements.
Le PIB est dit intérieur car il ne retient que les VA (Valeur ajoutée) des unités résidentes quelle que soit leur nationalité. Un résident est un agent économique qui réside au moins un an sur le territoire.
On peut donc calculer le PNB (Produit national brut) qui prend en compte la contribution des facteurs de production fournis par les résidents (VA réalisées sur le territoire national et étranger). Le PNB correspond au PIB auquel sont ajoutés les revenus en provenance de l'extérieur et auquel on retranche les revenus versés à l'extérieur. Il tient ainsi compte de la VA créée par une entreprise française à l'étranger et ne considère pas la VA créée par les entreprises étrangères en France.

3

Mesurer la croissance

Pour mesurer la croissance du PIB sur une longue période, on utilise le Taux de croissance annuel moyen (TCAM).
L'analyse de la croissance permet d'établir des tendances, appelées "trend de croissance".

Taux de croissance annuel moyen (TCAM)

TCAM=(RnR1n1)×100

Avec :

  • Rn la valeur d'arrivée
  • R1 la valeur de départ
  • n le nombre d'années
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Taux de croissance annuel moyen

Sur cet exemple, on voit que le taux de croissance annuel a fluctué entre 2000 et 2010. Le taux de croissance annuel moyen mesure le taux de croissance constant qui aurait permis d'obtenir entre 2000 et 2010 la même évolution globale. On voit ici que cette évolution est positive : c'est le trend positif de croissance.

B

Un phénomène inégal dans le temps et dans l'espace

Angus Maddison, économiste et historien britannique (1926 − 2010), a étudié la croissance économique sur le très long terme. Il a réalisé de très nombreux travaux de recherche dans le cadre de l'OCDE. Ses travaux permettent de constater que la croissance est un phénomène irrégulier, à la fois dans le temps et dans l'espace. Pendant tout le premier millénaire, la croissance mondiale a été à peu près nulle. Elle n'a véritablement pris son essor, au niveau mondial, que lors de la première révolution industrielle (1820 − 1870), où elle a atteint 0,93% par an, en moyenne. Cependant, elle était inégalement répartie : l'Europe de l'Ouest a connu une croissance annuelle moyenne de 1,65% et l'Afrique de 0,52%. Pendant la seconde révolution industrielle (1870 − 1913), la croissance mondiale a été 2,5 fois plus élevée. Encore une fois, elle est restée très largement confinée à l'Europe et ses dépendances (colonies et anciennes colonies, notamment les États-Unis).

La croissance mondiale a ralenti d'une guerre mondiale à l'autre, mais l'Afrique et les Amériques ont connu une croissance plus élevée que la moyenne entre 1913 et 1950. La croissance mondiale a ensuite repris à des niveaux sans précédent pendant les "Trente Glorieuses", où elle a atteint 4.91% de moyenne annuelle entre 1950 et 1973. Elle a été particulièrement forte au Japon (9,29% de moyenne annuelle). Elle a ralenti à partir de 1973, notamment dans les pays soviétiques dont le système s'est effondré au tournant des années 1990 : entre 1973 et 1998, l'URSS et les pays qui l'ont suivi ont connu une croissance annuelle moyenne négative, de −1,15%.

Par ailleurs, les pays qui ont connu une croissance forte le plus tôt sont aujourd'hui les plus riches : les pays anglo-saxons par exemple ont multiplié leur PIB par 25 depuis 1820, et ont les PIB par habitant les plus élevés de la planète, alors que les pays d'Afrique, dont la richesse n'a été multipliée que par quatre en deux siècles, sont les plus pauvres aujourd'hui. La différence de croissance économique dans l'histoire explique donc en partie les écarts de richesses actuels.

C

Le PIB : une mesure efficace ?

1

Intérêts et limites du PIB

Le PIB est l'indicateur de richesse le plus largement utilisé aujourd'hui. Cependant, il est aussi critiqué car il présente un certain nombre de limites.

Le PIB permet de mesurer la richesse produite pendant une certaine période sur un territoire donné. Cependant, il ne prend pas exactement en compte toute la richesse produite. D'une part, il ne prend souvent en compte que les productions légales. La production de drogue ou les services de prostitution, qui sont une forme de création de richesse, ne sont pas comptés. L'institut de statistique européen a demandé à ce que ces productions soit inclues dans le PIB, mais elles posent des problèmes moraux (les pays sont réticent à comptabiliser comme une "richesse" les pratiques malhonnêtes) et statistiques (puisque ces activités sont illégales, il est très difficile de les comptabiliser). D'autre part, le PIB estime mal la production non marchande. Puisque celle-ci, par définition, n'est pas vendue, elle ne peut être évaluée par son prix. Elle est donc évaluée par son coût de production pour le producteur, mais cela ne permet pas d'évaluer la valeur ajoutée créée à sa juste valeur. Enfin, le PIB mesure la richesse produite, mais non la richesse détruite, notamment l'épuisement des stocks de ressources épuisables ou la pollution.

Une seconde critique faite à l'encontre du PIB est qu'il mesure une richesse monétaire qui est souvent assimilée au bien-être matériel alors qu'elle ne le devrait pas. Le PIB par habitant, notamment, ne mesure qu'une moyenne. Il ne permet pas de rendre compte des écarts de richesse au sein d'un pays. Or, la richesse est toujours inégalement distribuée, et dans certains pays plus que d'autres, car les immenses richesses naturelles peuvent être accaparée par une toute petite fraction de la population. De plus, le PIB ne permet pas de mesurer le bien-être réel et la qualité de vie dans un pays, car il ne tient pas compte d'autres facteurs que la richesse. Or, le bien-être passe aussi par la santé ou l'éducation, par exemple.

2

D'autres indicateurs

Les limites du PIB ont conduit le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) à mettre en place en 1990 un nouvel indicateur prenant en compte la dimension qualitative du progrès socio-économique : l'Indice de développement humain (IDH).

Indice de développement humain (IDH)

L'IDH est un indicateur synthétique du niveau de développement des pays. L'intérêt de l'IDH a été de proposer une autre évaluation du niveau de développement ou de "bien-être" des populations que la seule richesse nationale, mesurée par le PIB. En plus de la richesse monétaire, l'IDH prend en effet en compte deux autres aspects essentiels du développement humain : la santé et l'éducation.

L'IDH incorpore trois éléments :

  • La santé (mesurée par l'espérance de vie à la naissance)
  • L'éducation (mesurée à travers deux indicateurs : l'indice de scolarisation, qui compte pour 1/3, et l'alphabétisme des adultes, qui compte pour 2/3)
  • Le niveau de vie (mesuré par le PIB par habitant exprimé en PPA)

L'IDH est compris entre 0 et 1.

  • Plus il est proche de 1, meilleur est le développement.
  • Au-delà de 0,77, on parle de développement humain très élevé.
  • S'il est inférieur à 0,47 on parle de développement humain faible.

Il existe d'autres indicateurs complémentaires :

  • L'Indicateur de développement humain ajusté aux inégalités (IDHI) prend en compte les inégalités dans la distribution de la santé, de l'éducation et du revenu.
  • L'Indice d'inégalité de genre (IIG) mesure les inégalités entre les femmes et les hommes.
  • L'Indice de pauvreté humaine (IPH), en 1997, tient compte des conditions de vie en mesurant le niveau de développement des plus pauvres.
  • L'Indice de bien-être économique (IBEE) est une moyenne de quatre indicateurs portant sur les flux de consommation, les stocks de richesses, les inégalités et la pauvreté, et l'insécurité économique.
  • Le PIB vert ou l'indice de progrès véritable prend en compte les effets de la production sur l'environnement.
II

Quels sont les facteurs qui contribuent à la croissance économique ?

A

La production, les facteurs de production et la productivité

1

Les facteurs de production

L'augmentation de la production résulte notamment de la hausse de la quantité de facteurs de production utilisés. On distingue :

  • Le facteur travail
  • Le facteur capital
Facteur travail

Le facteur travail est un facteur de production constitué des ressources en main-d'œuvre mobilisées par les unités de production pour produire. Le facteur travail a deux aspects :

  • Un aspect quantitatif : le volume d'heures de travail.
  • Un aspect qualitatif : le facteur travail n'est pas homogène. Il existe notamment du travail qualifié (qui demande des savoir-faire et des compétences spécifiques, par exemple le travail du médecin) et du travail non-qualifié (qui ne demande que de la force de travail).
Facteur capital

Le facteur capital est un facteur de production constitué des éléments matériels mobilisés par les unités de production pour produire. Il se décompose en deux parties : le capital circulant, qui correspond aux consommations intermédiaires (les biens détruits ou transformés pendant le processus de production), et le capital fixe (ensemble des biens qui ne sont pas détruits pendant le processus de production, par exemple les machines).

L'utilisation conjointe du facteur travail et du facteur capital forme la combinaison productive. On dit qu'une production est faiblement capitalistique (ou "faiblement intensive en capital") lorsque la proportion de facteur capital est faible par rapport à la proportion de travail nécessaire.

Par exemple, un spectacle de danse est faiblement capitalistique puisqu'il y a peu de capital (les décors, la salle, les costumes) et beaucoup de main-d'œuvre (les danseurs, les chorégraphes, maquilleurs, éclairagistes, etc.).

On peut schématiquement représenter cette relation par l'expression de la fonction de production, qui associe la quantité maximale produite à diverses quantités de travail et de capital utilisées.

Fonction de production

Le niveau de production Y s'exprime comme une fonction des facteurs de production, travail L et capital K :

Y=f(K,L)

2

La productivité

On peut mesurer la productivité de chaque facteur individuellement :

Productivité du travail

Productivité du travail = Valeur ajoutéeQuantité de travail nécessaire

La quantité de travail nécessaire est évaluée soit par l'effectif soit par le nombre d'heures nécessaires à la production.

Productivité du capital

Productivité du capital = Valeur ajoutéeCapital fixe

Une entreprise, pour augmenter sa production, a deux solutions :

  • Elle peut augmenter la quantité utilisée d'un facteur ou des deux. C'est ce que l'on appelle la croissance extensive.
  • Elle peut aussi améliorer la productivité d'un facteur : c'est alors ce que l'on appelle la croissance intensive.

Une entreprise de pizza emploie un travailleur qui produit 20 pizzas par heure. Pour produire 40 pizzas par heure, elle peut :

  • Employer un second travailleur : elle augmente alors la quantité de facteur travail. C'est une croissance extensive de la production.
  • Faire suivre une formation au travailleur pour qu'il devienne plus rapide : elle augmente alors la productivité du travailleur. C'est une croissance intensive de la production.

L'entreprise obtient des gains de productivité lorsqu'elle peut produire en employant la même quantité (voire moins) de facteurs. Les gains de productivité peuvent être liés à l'amélioration de la productivité d'un facteur, mais aussi à l'amélioration de la combinaison productive. Souvent, calculer la productivité partielle, c'est-à-dire celle d'un seul facteur, est un calcul peu réaliste, car toute production est issue d'une combinaison de facteurs. On préfère donc utiliser la mesure suivante : dès lors qu'en utilisant une même quantité de facteurs, on parvient à augmenter le volume de production, on parle d'une amélioration de la "productivité globale des facteurs".

Productivité globale des facteurs (PGF)

La Productivité globale des facteurs mesure l'accroissement de la production qui n'est pas dû à un accroissement de la quantité d'un facteur utilisé. Elle est utilisée comme une mesure approximative du progrès technique, car il constitue la principale explication d'une amélioration de la productivité globale des facteurs.

Plusieurs processus peuvent expliquer les gains de production :

  • La division du travail : une nouvelle organisation du travail suscite des innovations dans le processus de production. Avec l'introduction des chaînes d'assemblage, par exemple, on a pu mieux combiner les facteur capital et travail, ce qui a augmenté la productivité globale des facteurs.
  • Le progrès technique : il est à l'origine des nouvelles machines ou des nouveaux procédés de fabrication. Il constitue l'explication principale de la productivité globale des facteurs.
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B

Le résidu : le rôle du progrès technique

1

Le résidu : la part inexpliquée de la croissance

Robert Solow (né en 1924) est un économiste américain qui a travaillé sur le processus de la croissance et sa mesure. Il nomme le "résidu" ce qui, dans la hausse de la quantité produite, n'est explicable ni par l'augmentation de la quantité de travail utilisé, ni par l'augmentation de la quantité de capital utilisé. Le résidu mesure donc l'accroissement de la productivité globale des facteurs, attribuable avant tout au progrès technique.

En améliorant les machines et les procédés de fabrication ainsi qu'en améliorant les compétences des travailleurs, le progrès technique contribue à augmenter la productivité du travail et, ce faisant, à éviter les rendements décroissants.

Progrès technique

Le progrès technique est l'ensemble des éléments entraînant une amélioration dans le processus de production et permettant d'augmenter la productivité. Le progrès technique peut consister en une amélioration des facteurs de production ou des méthodes de production et d'organisation du travail.

Le progrès technique a notamment été analysé comme ce qui permet de contrecarrer la loi des rendements décroissants. Celle-ci, énoncée pour la première fois par David Ricardo en 1817, stipule que la productivité marginale des facteurs est décroissante. Plus on utilise d'un facteur, et moins ils permettent d'augmenter la production. Le progrès technique s'oppose à cet effet, puisqu'il améliore la productivité des facteurs et du processus de production au cours du temps.

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Les innovations

Innovation

En économie, le terme d'innovation désigne l'introduction d'une nouveauté dans la sphère économique.

Le progrès technique consiste en un ensemble d'innovations dans le processus de production, qui permettent d'en améliorer la productivité.

Joseph Schumpeter (1883 − 1950), un économiste autrichien, distingue cinq grands types d'innovations, selon la nature de la nouveauté introduire :

  • Innovation de procédés (ou process) : nouvelles techniques, méthodes de fabrication ou de distribution (par exemple, l'introduction des supermarchés, où les consommateurs peuvent déambuler, à la place des épiceries où ils se font servir).
  • Innovation de produits : nouveaux produits, ou produits incorporant une nouveauté (par exemple, les écrans tactiles)
  • Innovation organisationnelle : nouvelle organisation du travail dans le processus de production (par exemple, le travail à chaîne dans les usines de Taylor)
  • Innovation de débouchés : nouveaux partenaires commerciaux (par exemple, l'ouverture des frontières avec la fin de l'isolement commercial de l'URSS depuis 1989)
  • Innovation de matières premières (par exemple, les carburants à base de végétaux)

Les nouveautés à la source d'innovations sont souvent issues du processus de recherche scientifique, qui vise à produire de nouvelles connaissances (recherche fondamentale) ou de nouvelles utilisations de connaissances préexistantes (recherche appliquée). L'innovation en elle-même, c'est-à-dire l'introduction de ces nouveautés dans la sphère économique, est selon Schumpeter le fait des entrepreneurs. Ce sont eux qui introduisent des nouveautés, en adoptant de nouveaux procédés et organisations, en produisant des objets inédits, en utilisant de nouvelles matières premières ou exploitant de nouveaux débouchés. Pour Schumpeter, innover est même le rôle propre à l'entrepreneur dans la sphère économique ; c'est en innovant que l'on devient entrepreneur.

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Progrès technique et croissance

Les innovations génèrent une hausse de la productivité aboutissant à une accélération de la croissance. Les innovations organisationnelles, par exemple, favorisent l'apparition de gains de productivité, puisqu'elles permettent une amélioration de la production sans utiliser plus de facteurs.
Les innovations (notamment de produits) permettent également de susciter une nouvelle demande, ce qui est bénéfique pour la croissance économique.

Lorsque l'électricité fut introduite autour des années 1900, elle donna lieu à de nombreuses innovations. Innovations de produits (les nouvelles ampoules électriques), de procédés (les machines de production fonctionnant à l'électricité), organisationnelles (les usines pouvaient désormais fonctionner 24h sur 24), mais aussi de débouchés (dans les foyers ou les zones d'habitation mieux éclairés la nuit, des consommations nocturnes se sont développées).

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Les effets d'une innovation de procédé ou organisationnelle
C

L'accumulation du capital

1

Les différents types d'investissement et leur rôle dans la croissance

Investissement

L'investissement consiste, pour une entreprise, à augmenter ou améliorer son stock de moyens de production.

On peut distinguer :

  • L'investissement matériel permet d'augmenter le stock de capital fixe (notamment les machines)
  • L'investissement immatériel permet d'augmenter le stock de capital immatériel, qui est aussi un moyen de production (dépenses en logiciels, recherche et développement, marketing, formation des travailleurs).

Les investissements ont différentes fonctions :

  • L'investissement de capacité vise à augmenter les quantités produites. Il correspond à une croissance extensive (basée sur l'augmentation des facteurs de production).
  • L'investissement de renouvellement ou de remplacement vise à remplacer le capital usé ou obsolète et correspond à la notion d'amortissement (montant que l'entreprise met de côté chaque année afin de remplacer son capital usé ou obsolète).
  • L'investissement de rationalisation ou de modernisation ou de productivité vise à acquérir du capital plus performant et plus efficace, afin d'obtenir des gains de productivité. Il correspond à une croissance intensive (la croissance de la production est plus rapide que l'augmentation des facteurs de production), qui est plus durable que la croissance extensive.
Formation brute de capital fixe

L'INSEE mesure l'investissement à travers la FBCF. Elle est calculée en prenant les acquisitions de capital fixe (matériel et immatériel) des producteurs résidents, moins les cessions d'actifs de ces mêmes entrepreneurs.

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Le mécanisme de l'accélérateur et du multiplicateur

L'investissement est au fondement de la croissance, puisqu'il faut un accroissement ou une amélioration des moyens de production pour pouvoir produire plus. L'investissement dépend cependant d'un certain nombre de variables, à commencer par la demande.
Le mécanisme de l'accélérateur énonce que toute variation de la demande entraîne des variations amplifiées de l'investissement.

Clark, en 1917, énonce le principe de l'accélérateur à partir de l'observation de compagnies de chemin de fer aux États-Unis. Il montre qu'une petite diminution de la demande suffit à faire beaucoup diminuer l'investissement qu'effectuent les compagnies de chemins de fer. C'est le mécanisme de l'accélérateur.

Ce mécanisme est repris et prolongé dans la théorie keynésienne de la demande anticipée. Pour Keynes, les entrepreneurs fixent un niveau d'investissement en fonction de la demande effective (ou anticipée). Les entreprises investissent si elles prévoient des débouchés nouveaux pour leur production. L'accroissement de l'investissement est plus que proportionnel à l'accroissement de la demande. Un climat économique stable est ainsi favorable : si les prévisions laissent entrevoir une hausse durable de la demande, l'entreprise va probablement chercher à répondre à cette demande et investir (si ses capacités de production sont pleinement utilisées). Au contraire, dans un climat économique instable, les entrepreneurs auront des craintes vis-à-vis de l'avenir, et n'oseront pas se lancer dans des investissements s'ils ne sont pas certains que la demande sera élevée lorsque les investissements auront permis de produire plus. La demande anticipée dépend donc de la confiance en l'avenir des entrepreneurs (optimisme ou pessimisme) et de leur goût du risque. Ainsi, l'investissement dépend aussi de variables psychologiques des entrepreneurs.

La théorie de l'investissement de Keynes se fonde surtout sur la définition et l'étude du mécanisme du multiplicateur. Pour Keynes, une hausse de l'investissement initial d'une entreprise entraîne des vagues successives de revenus qui stimulent la demande et incitent les entreprises à accroître leur production ; celles-ci reçoivent donc plus de revenus, et peuvent de nouveau accroître leur investissement, et ainsi de suite. C'est le mécanisme du multiplicateur keynésien : une hausse de l'investissement entraîne une hausse de l'activité économique bien supérieure. Keynes appuiera notamment sa démonstration sur l'investissement public pour justifier une politique budgétaire expansive.

Mécanisme du multiplicateur

I représente l'investissement, Y représente la production nationale, k représente le coefficient multiplicateur et c représente la propension marginale à consommer (c'est-à-dire la part d'une augmentation de revenu des ménages qui est consacrée à la consommation). On a :

ΔY=kΔI

La variation de la demande (ΔY) est proportionnelle à la variation de l'investissement (ΔI).

Le multiplicateur correspond à :

k=11c

Puisque la propension à consommer est comprise entre 0 et 1, on a k>1. Donc, lorsque l'investissement varie, la demande varie dans le même sens, plus que proportionnellement.

En supposant que la propension marginale à consommer soit de 0,8, un investissement initial de 100 millions d'euros entraîne une augmentation de la production de 500 millions d'euros, soit :

k=110,8=5

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Les effets de l'investissement : l'effet multiplicateur

Le schéma montre comment une hausse initiale de l'investissement de 100 entraîne, au fil du temps, une croissance de la production bien supérieure (100+80+64+51+).

Schématiquement, on peut retenir que :

  • L'effet accélérateur fait le lien entre la variation de la demande et le niveau d'investissement. Il prédit qu'une variation de la demande globale entraîne une variation plus que proportionnelle de l'investissement dans le même sens.
  • L'effet multiplicateur, théorisé par Keynes, fait le lien une variation du niveau d'investissement et une variation de la demande globale, via la demande anticipée. Il énonce qu'une variation de l'investissement entraîne une variation plus que proportionnelle de la demande globale dans le même sens.
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La croissance endogène

Croissance endogène

La croissance endogène est une théorie développée dans les années 1980 qui vise à expliquer la croissance économique par des facteurs internes au processus de production, et non par des apports extérieurs. Elle vise à expliquer que la croissance au sein d'une économie peut être auto-entretenue. Les explications de la croissance endogène se concentrent notamment sur l'accumulation du capital au fil du temps, ainsi que sur le progrès technique conçu comme un produit du processus de production (et non plus un phénomène extérieur à l'économie).

Dans les années 1980, Paul Romer, Robert E. Lucas et Robert Barro permettent une avancée importante dans la compréhension de la croissance économique. Robert Solow avait mis en évidence le rôle du progrès technique dans la croissance, mais celui-ci était une variable exogène, extérieure à l'économie ("une manne tombée du ciel" selon l'expression consacrée, c'est-à-dire une ressource qui était apparue sans être expliquée par un processus économique).

Ces théoriciens apportent un élément essentiel qui constitue la théorie de la croissance endogène : le progrès technique est permis par des investissements en formation et en recherche et développement (notamment en améliorant l'éducation au sein d'une économie). La formation de la population permet à l'économie d'avoir une main-d'œuvre plus productive, ce qui est bénéfique pour la croissance économique. Cette formation de la population est bien un "investissement", car elle permet d'augmenter le stock de capital immatériel (les connaissances et savoir-faire), et elle est le résultat d'un calcul économique de la part des entreprises (qui peuvent financer des chercheurs) ou de l'État (qui peut augmenter les dépenses en éducation).

Cette théorie permet de mettre l'accent sur d'autres formes de capital que le capital fixe productif ou le travail entendu en termes quantitatifs :

  • Le capital immatériel, comme les brevets qui assurent à une entreprise d'être la seule à produire un objet.
  • Le capital humain, représente l'ensemble des qualifications de la main-d'œuvre.
  • Le capital public, représente l'ensemble des infrastructures économiques et sociales, mises gratuitement ou à coûts réduits à la portée de tous.
Capital humain

Le capital humain désigne les capacités intellectuelles et professionnelles d'un individu qui lui assurent des revenus monétaires futurs. Cette expression est due à Gary Becker.

Ces capitaux participent à l'entretien de la croissance. Ils font l'objet d'investissements qui permettent de contrecarrer les effets des rendements décroissants, et ces investissements sont bien endogènes au processus économique. En effet, c'est grâce à sa croissance qu'une entreprise ou une économie nationale peut dégager des capacités d'investissements lui permettant de financer, par exemple, des chercheurs qui vont inventer de nouveaux processus de production et améliorer la productivité de l'économie.

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Le rôle des institutions

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Les externalités positives

Dans un certain nombre de ces investissements, il existe des externalités positives qui justifient que l'État et les administrations publiques les prennent en charge. En effet, ces investissements ont un coût trop élevé pour que l'entreprise puisse les financer, et ils ont un bénéfice social supérieur au bénéfice privé des entreprises.

Le rôle de l'État est fondamental dans la constitution du capital humain. Il met en place la politique éducative nationale, assure une formation minimale pour tous et permet d'augmenter le stock de connaissances du pays. L'État favorise également le bon état de santé de la population (protection sociale notamment), ce qui a un impact direct sur la productivité de la main-d'œuvre. Il y a des externalités positives à l'investissement dans l'éducation de la population, car des individus bien formés et en bonne santé sont productifs dans leur entreprise, mais peuvent aussi réfléchir avec d'autres individus, inspirer des innovations dans d'autres entreprises, etc. L'existence de grappes d'innovations est un exemple des externalités positives de l'innovation permise par l'investissement en capital humain, dont toute l'économie d'un pays bénéficie.

L'État est à l'origine du capital public : il finance le développement des infrastructures de communication et de transport (routes, chemins de fer, ports, services de communication) indispensables à l'activité économique et au commerce national et international. Ces investissements collectifs ne pourraient être pris en charge par une seule entreprise, car elle n'aurait pas intérêt à construire une infrastructure dont tous les agents peuvent bénéficier sans payer, et n'aurait pas les fonds pour investir de telles sommes à long terme. Au contraire, l'État est immortel, et peut donc s'endetter à très long terme pour financer des tels investissements.

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L'environnement institutionnel

Les institutions peuvent favoriser le développement économique de long terme ; elles sont des institutions "créatrices de marché", selon le terme de Rodrik et Subramanian (2003). Ces institutions favorisent le développement économique de long terme. Elles consistent par exemple en un cadre réglementaire et un système judiciaire qui permettent le respect du droit de la concurrence et des droits de propriété. Ces droits de propriété peuvent offrir un avantage aux inventeurs, par exemple via les brevets, qui assurent aux entrepreneurs efficaces qu'ils conserveront pendant un certain temps le profit exclusif découlant d'une innovation. Cela les incite donc à innover.

Les institutions permettent par ailleurs de stabiliser les marchés. L'État émet la monnaie nationale, et la politique monétaire de la banque centrale permet de limiter les effets de l'inflation et de conserver une monnaie stable, afin de donner confiance aux investisseurs.

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