Terminale ES 2016-2017
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Terminale ES 2016-2017

La conflictualité sociale : pathologie, facteur de cohésion ou moteur de changement social ?

Les conflits sociaux opposent des groupes animés par des revendications visant à transformer les structures économiques et sociales existantes. Leur rôle est ambivalent : ils sont à la fois une pathologie de l'intégration sociale et un facteur de cohésion, un moteur du changement et un frein à l'évolution sociale.
Les deux tendances s'opposent et se complètent, mais sont aussi une façon de faire correspondre la structure sociale et économique aux attentes et aspirations des membres de la communauté.
On assiste à une mutation des conflits du travail parallèlement à la montée en puissance des nouveaux mouvements sociaux.

I

Le conflit : un dysfonctionnement social ?

A

Définir le conflit

La notion de conflit fait l'objet de différentes approches parmi les sociologues du XIXe siècle.

  • Pour Marx, le conflit est au cœur des rapports de production et de la société capitaliste. Marx explique que le conflit est rendu nécessaire par la différence de position dans le processus de production. Les travailleurs possèdent la force de travail, et les capitalistes les moyens de production. Pour augmenter son revenu, chaque classe doit diminuer celle de l'autre (les travailleurs veulent une augmentation des salaires, la bourgeoisie leur diminution). Il y a donc un fondement économique objectif et nécessaire aux conflits. Le conflit est fonctionnel, c'est-à-dire qu'il tient une place centrale et normale dans la vie de la société.
  • Pour Durkheim, le conflit est pathologique. Il est une rupture de la cohésion sociale. Il n'est pas au cœur du fonctionnement des relations sociales, mais au contraire, il menace ce fonctionnement (on dit qu'il est dysfonctionnel).

Les conflits sociaux peuvent donner lieu à une action collective de la part d'un groupe social qui a des revendications. Cette action collective prend la forme d'un "mouvement social" lorsqu'elle a pour but d'imposer un changement dans la structure de pouvoir de la société.

Conflits sociaux

Les conflits sociaux sont des situations dans lesquelles des collectifs d'individus ont des intérêts divergents ou rivaux.

Le conflit étant défini comme une situation, il ne donne pas forcément lieu à une lutte concrète. Un conflit entre salariés et employeurs peut prendre la forme d'une grève ou d'un blocage d'une usine, mais la situation de conflit est présente dès lors que les intérêts des deux groupes divergent.

Mouvements sociaux

Les mouvements sociaux sont des actions collectives de durée et d'ampleur variables, visant à défendre une cause par d'autres moyens que le vote et cherchant à remettre globalement ou partiellement en cause l'ordre social ou à le transformer. Il s'agit donc d'une revendication par un groupe de la prise en compte de ses intérêts dans la structure sociale du pouvoir.

En 2013 est né un mouvements social contre l'augmentation de l'âge de la retraite. Il s'agissait d'un ensemble de salariés de différentes catégories qui ont fait grève et manifesté pour obtenir l'annulation d'une modification législative. En voulant influencer la loi, ce mouvement social revendiquait une influence sur les décisions politiques qui modifient l'ordre social.

Pour passer d'une situation de conflit à une action collective, il doit exister un groupe d'individus qui occupent une position analogue dans la structure sociale et ayant des intérêts communs. Il faut aussi que ces individus partagent un sentiment d'appartenance au groupe et la volonté d'une revendication. Enfin, il est nécessaire que ce groupe ait une certaine capacité d'organisation.

Pourtant pour Mancur Olson, il existe un "paradoxe de l'action collective" : bien que les individus aient des intérêts communs, et bien qu'ayant conscience de cet intérêt, les acteurs ne vont pas nécessairement participer à une action collective, alors qu'elle servirait leurs intérêts. C'est d'autant plus vrai que les groupes sont grands. Ce paradoxe s'explique par l'opportunisme des acteurs, qui ont intérêt à se comporter en "passagers clandestins", c'est-à-dire attendre que les autres membres du groupe se mobilisent pour profiter ensuite des avantages obtenus sans avoir eu à subir les coûts de l'action collective (qui demande du temps,de l'énergie, et éventuellement une participation financière). Des acteurs rationnels ne devraient donc pas se mobiliser pour la défense de leurs intérêts collectifs, ce qui constitue bien un paradoxe.

Albert Hirschman poursuit dans la voie des travaux d'Olson qui affirmait que l'action collective n'était pas un processus automatique, et en 1970 établit une typologie des réactions. Pour Hirschman, l'action collective permet de faire connaître les dysfonctionnements. Il note trois réactions possibles au mécontentement :

  • La loyauté (loyalty) : les individus demeurent fidèles à l'institution ou l'entreprise, en dépit d'une insatisfaction.
  • La défection (exit) : c'est un abandon de la part du groupe insatisfait. Par mécontentement, celui-ci se retire de la relation qui le liait avec un autre groupe. Pour Hirschman, la défection est le principe fondamental de la concurrence : si un consommateur est mécontent de l'offre d'un producteur, il abandonne la relation commerciale pour aller voir un producteur concurrent. Par crainte de cette défection, les offreurs sont donc conduits à s'aligner sur celui qui satisfait le mieux les consommateurs, par exemple en proposant les prixles plus bas.
  • La prise de parole (voice) : c'est une expression explicite de la protestation, qui fait passer du conflit à l'action collective.

Si le prix d'un produit augmente brusquement, les consommateurs seront insatisfaits, et peuvent réagir des trois manières.

  • Loyalty : ils ne modifient pas leurs habitudes de consommation. Si le produit reste le moins cher du marché, ou s'il n'existe pas de produit substituable, les consommateurs continueront de consommer le produit sans protester.
  • Exit : les consommateurs peuvent cesser de consommer ce produit, par exemple en le remplaçant par un produit d'une autre marque.
  • Voice : les consommateurs peuvent faire connaître leur mécontentement, par exemple en écrivant à l'entreprise, en organisant une pétition pour protester, ou en contactant une association de consommateurs.
B

Le conflit : une pathologie du lien social

1

Le conflit résultant d'un manque d'intégration sociale

Le conflit peut être vu comme un dysfonctionnement social et la conséquence de l'anomie dans les sociétés contemporaines. C'est l'analyse que Durkheim fait du conflit, en s'intéressant tout particulièrement aux conflits entre groupes sociaux qui naissent de la division du travail dans la société (division du travail au sein d'une même entreprise, mais aussi entre les différents groupes sociaux dans la société, par exemple entre les dirigeants et ceux qui exécutent).

Durkheim établit une distinction entre le "normal" et le "pathologique". Il désigne comme "normal" un fait social qui a une certaine généralité dans la société et qui est bien adapté aux besoin des différents agents. Il est fonctionnel, car il assure la cohésion de la société et sa continuité dans le temps. Au contraire, un élément pathologique est dysfonctionnel, car il remet en cause le fonctionnement de la société et peut provoquer une modification de l'ordre social. Le conflit est pour Durkheim une forme pathologique de la division du travail dans la société.

Les conflits naissent pour Durkheim d'une situation d'anomie, elle-même issue d'une forme pathologique de la division du travail. L'anomie est une situation dans laquelle se trouvent les individus lorsque les règles sociales qui guident leurs conduites et leurs aspirations perdent leur pouvoir, sont incompatibles entre elles ou lorsque, minées par les changements sociaux, elles doivent céder la place à d'autres. Il distingue trois situations qui peuvent conduire à l'anomie dans une société où le travail se divise entre les agents .

  • Une absence de règles collectives fortes engage les acteurs sociaux dans une concurrence entre eux et dans des conflits sociaux. C'est par exemple le cas où les employeurs et les salariés ont peu de relations entre eux, et où les premiers prennent ainsi sans discuter avec les travailleurs des décisions dont ceux-ci ne veulent pas.
  • Cependant, Durkheim souligne que les conflits peuvent aussi naître d'un excès de règles, notamment dans la division du travail. S'il y a trop de régulation, le travail est trop divisé et perd son sens pour le travailleur, qui entre en conflit avec les décideurs de cette division du travail.
  • La perception comme injuste des règles est un troisième facteur de conflit dans la division du travail. Au niveau de la société toute entière, ce conflit peut par exemple porter sur l'absence d'égalité des chances, qui impose toujours aux mêmes groupes une place dévalorisée dans la stratification sociale, de génération en génération.

Ainsi, pour Durkheim, le travail ne réalise pas toujours sa fonction d'intégration : la division du travail peut ne pas produire de la solidarité organique, mais au contraire du conflit, lorsque cette division est pathologique. Le conflit est un indicateur du manque de cohésion de la société, car une augmentation du nombre et de l'intensité des conflits signale un défaut d'intégration de la société.

Les conflits ne se déroulent pas forcément dans les structures où les écarts de ressources entre différentes parties de la population sont les plus grands. Alexis de Tocqueville a ainsi énoncé que la Révolution française et le renversement du pouvoir de la noblesse n'ont été rendus possibles que parce que le niveau de vie de la population française s'était élevé au cours des décennies précédentes. C'est cette élévation qui a rendu possible pour les individus qui n'étaient pas nobles (notamment les bourgeois) de s'imaginer prendre le pouvoir et renverser les structures de la société. Dans une société de type féodal, pour Tocqueville, une telle révolution est rendue presque impossible du fait du trop grand écart entre les dominants et les dominés, les seconds ne pouvant même pas concevoir devenir dominants. C'est ce que l'on a appelé la théorie de la frustration relative : les individus ne sont pas tant révoltés de leur situation dans l'absolu que par l'écart avec d'autres groupes sociaux, qui leur semble injuste.

2

Le conflit résultant d'un déséquilibre dans la structure sociale

Robert K. Merton désigne aussi le conflit comme une conséquence possible de l'anomie, mais dans un sens différent de Durkheim. Dans les travaux de Merton, l'anomie désigne l'écart structurel entre les buts valorisés dans la société et les moyens disponibles pour les réaliser. Lorsqu'un groupe n'a pas à sa disposition les moyens légitimes pour accéder aux buts légitimes (considérés comme souhaitables dans la société), ce groupe est en situation d'anomie. L'un des moyens de le résoudre est le conflit, par lequel ce groupe essaie d'avoir accès aux ressources légitimes.

Les émeutes des banlieues de 2005 en France ont pu être interprétées comme un moyen pour les émeutiers de se faire entendre et de revendiquer leur droit à la réussite sociale indépendamment de leur origine sociale. En effet, les émeutiers avaient conscience que leur origine sociale et ethnique augmente leur probabilité de rester longtemps au chômage, de ne pas avoir accès aux mêmes services que d'autres (les prêts bancaires par exemple), etc. Ils n'ont donc pas accès aux même moyens que le reste de la société pour obtenir un emploi ou une position sociale élevée, deux éléments valorisés dans la société. Le conflit déclenché vise à dénoncer et réclamer des solutions pour résoudre cet écart. Il est donc bien la conséquence d'une anomie au sens de Merton.

Ce type d'analyse a été mobilisé dès les années 1960 par le sociologue américain Anthony Oberschall pour décrire les émeutes des banlieues de Los Angeles en 1965. Oberschall souligne que ces émeutes n'ont pas été, comme on le croit souvent et comme les médias le présentent, un mouvement insurrectionnel d'une multitude désordonnée d'individus. Ces émeutes ont été le fait d'une partie de la population, les Noirs des quartiers pauvres, qui avaient en commun de vivre au quotidien des actes de ségrégation et une exclusion raciste de la part du reste de la population. Les émeutiers ont agi comme un mouvement collectif de revendication contre la ségrégation raciale.

En ce sens, le conflit est bien un produit de la structure sociale qui ne donne pas à tous les groupes sociaux les mêmes moyens pour accéder aux objectifs que tous les agents considèrent comme souhaitables.

C

Le conflit : facteur de cohésion sociale

1

Les effets du conflit sur le lien social

Les conflits peuvent contribuer à renforcer le lien social et la solidarité mécanique au sens de Durkheim. En effet, pour mettre en place une action collective, les individus se regroupent autour d'une cause commune, définissent leurs buts et les moyens d'y parvenir, et mettent en place des règles communes qui leur permettent se coordonner et de décider comment poursuivre la lutte.

À partir d'intérêts communs, les individus sont donc conduits à lutter pour le même objectif et constituer un collectif. C'est ainsi que dans la théorie de Marx, le passage d'une classe en soi (ensemble d'individu ayant en commun une certaine position dans la division du processus de production) à une classe pour soi (acquisition par le groupe de la conscience d'une appartenance commune) peut notamment se faire par l'action collective, dans laquelle une conscience de l'appartenance commune se met en place.

Le fait de militer, ou d'adhérer à un groupe de pression, une organisation syndicale etc, permet de générer de l'intégration sociale : le partage d'objectifs, de moyens communs pour défendre une cause permet de créer de la cohésion.

2

La création de nouvelles relations sociales

Le sociologue allemand Georg Simmel s'est intéressé au conflit entant que relation sociale dans un texte paru en 1908. Pour Simmel, le conflit n'est pas le contraire d'une relation sociale mais bien un type particulier de relation. Le conflit est vu comme une relation sociale positive, c'est-à-dire créatrice de liens et de solidarité.

Simmel entend démontrer que le conflit opère un mouvement de rapprochement entre les individus, un équilibre de la mise en tension. Le conflit favorise ainsi la formation du groupe. Contrairement aux apparences, le conflit n'apparaît pas comme une désocialisation, mais comme une relation sociale particulière, un élément organisant la vie sociale et individuelle. Il est socialisant dans la mesure où "pour lutter il faut s'associer". Le conflit social rend par ailleurs nécessaire l'instauration d'un dialogue avec les adversaires (il y a ainsi pour Simmel, solidarité contre et avec l'adversaire car il y a partage de l'enjeu du conflit).

Ainsi, pour Simmel, les conflits sont porteurs de relations sociales et ne sont pas liés à une quelconque pathologie sociale.

II

Le conflit : un vecteur de changement social ?

A

Le conflit comme moteur du changement social

1

Les conflits sociaux révèlent les tensions sociales

Les conflits sociaux sont générateurs de changement social car ils permettent avant tout de révéler les tensions sociales dans la société ou entre certains groupes. Le conflit souligne les blocages et incite les décideurs politiques à prendre conscience de ces problèmes. C'est donc une façon de faire remonter les informations. Ainsi :

  • Les conflits du travail ont permis d'aboutir à l'élaboration de grandes lois sociales. Les conflits du XIX et XXe sont majoritairement ouvriers et ont permis l'élaboration de droits relatifs au travail mais aussi aux conditions d'existence. Cela a également favorisé une redéfinition des rapports entre employés et employeurs.
  • Les conflits sociétaux permettent des changements dans les valeurs et normes de la société. Certains mouvements écologistes, féministes ou encore homosexuels ont conduit à mieux prendre en compte les revendications et à faire évoluer les mentalités.

Le mouvement féministe a par exemple permis progressivement la création d'organisation et d'association défendant des intérêts communs. Progressivement, de nouveaux droits ont été instauré (le droit à l'avortement en 1974, mais aussi le droit de travailler sans autorisation préalable de l'époux en 1966, ou encore le droit à transmettre son nom en 1985 et 2003). Les politiques publiques se sont progressivement modifiées pour permettre l'activité professionnelle des femmes, des mesures pour la parité en politique ou encore un renforcement de la lutte contre les violences faites aux femmes, etc.

2

La vision de Marx

Pour Marx, le conflit est une réalité économique et sociale objective. La bourgeoisie (la classe dominante) et les prolétaires (la classe dominée) ont des intérêts opposés, ce qui crée nécessairement une situation conflictuelle. Les classes s'opposent dans une compétition pour la richesse et le pouvoir, et c'est cette lutte qui engendre les changements historiques des structures sociales. La société est le produit des luttes de classes, car la forme de la stratification sociale dépend des conflits entre groupes sociaux.

Marx a ainsi mis en lumière la permanence des conflits dans la société, fruit de l'opposition entre deux groupes : l'un qui a intérêt à maintenir une situation, et le second qui pense à avoir un intérêt à ce que cela change. Pour Marx, ce conflit est le moteur principal de l'histoire sociale : c'est le conflit qui aurait fait passer du mode de production esclavagiste (où des hommes exploitent et possèdent d'autres hommes) au mode de production féodal (les serfs ont un peu plus d'indépendance, tout en étant exploités par les seigneurs) puis au mode de production capitaliste (les ouvriers sont exploités par les bourgeois mais bénéficient d'une liberté formelle). Le conflit amène ainsi des transformations sans pour autant faire cesser l'exploitation. Ces analyses ont été très débattues, notamment dans leur dimension historiques, mais permettent d'attirer l'attention sur le fait que le conflit social peut être facteur de changement mais aussi d'une certaine continuité dans la forme des rapports sociaux.

B

Le conflit : un frein au changement social

1

Les conflits peuvent s'opposer au changement

Des actions collectives peuvent aussi avoir pour but de résister à un changement social. Les individus peuvent s'opposer au changement parce qu'il menace leurs intérêts, ou simplement par peur de l'inconnu et par les coûts (économiques ou psychologiques) que provoque un changement dans l'environnement social (il faut s'acclimater à une nouvelle situation, modifier ses habitudes, etc.). Ainsi, tout changement social peut créer une situation de conflit qui vise à le retarder ou le contrarier.

Les conflits qui cherchent à éviter le changement sont des conflits conservateurs. Il s'agit de défendre des intérêts particuliers mais également de lutter contre ce qui est perçu comme une déviance de la société (c'est notamment le cas lors d'opposition à des mesures dites "sociétales", c'est-à-dire qui touchent aux structures de la société).

Ainsi, l'ouverture du mariage aux homosexuels en 2012 a donné lieu à de nombreuses manifestations, car il a été perçu par certains comme un bouleversement profond des structures de la société.

2

Protéger des situations acquises

Certains conflits visent à maintenir les choses en l'état, non pas seulement pour s'opposer à une évolution de la société, mais pour préserver les acquis sociaux d'un certain groupe. Cependant, il faut noter que ces conflits ne cherchent pas à maintenir à strict statu quo, mais à faire changer la perspective de décideurs réformistes.

La réforme des retraites par exemple, est un mouvement à la fois conservateur (ne pas reculer l'âge de la retraite) mais également un mouvement qui vise à mettre en évidence l'importance de la solidarité intergénérationnelle sur laquelle elle repose.

III

Les mutations contemporaines des conflits sociaux

A

Les conflits du travail

1

Le rôle des syndicats

Syndicat

Un syndicat est une organisation chargée de défendre les intérêts d'un groupe professionnel. Avec les représentants de l'entreprise et ceux de l'État, les syndicats font partie des partenaires sociaux qui négocient les conventions collectives s'appliquant aux branches professionnelles ou aux salariés d'une entreprise.

Le MEDEF est un syndicat d'employeur (ou patronal). La CGT est un syndicat de salariés.

Les syndicats ont été interdits en France à la Révolution par la loi Le Chapelier et le décret d'Allarde, mais suite aux mouvements ouvriers de la seconde moitié du XIXe siècle, ils ont été autorisés par la loi Waldeck-Rousseau de 1884.

Les syndicats ont exclusivement pour objet la défense des intérêts de leurs membres. Ce sont des groupes de pression au sens des politologues, donc des forces de mobilisation sociale. Ils jouent un rôle majeur dans les conflits du travail, mais ils permettent plus souvent leur essor qu'ils n'en sont à l'origine.
Ils concourent ainsi à l'institutionnalisation des conflits, c'est-à-dire l'inscription des conflits dans des formes pacifiques et cadrées d'interaction. Cette institutionnalisation permet d'éviter les actes de violence et de privilégier les négociations aux affrontements physiques entre des groupes aux intérêts antagoniques. Cette institutionnalisation des conflits sociaux est passée en France par une reconnaissance des syndicats par l'État. Celui les a reconnus comme des interlocuteurs légitimes afin de limiter les risques de remise en cause de l'entreprise et du pouvoir politique, et d'empêcher les actions politiques violentes.

Les syndicats sont aussi un vecteur de régulation des conflits car ils sont un relais entre les agents sociaux et les institutions (institutions de l'entreprise et de l'État). Les syndicats permettent un certain consensus social en défendant les intérêts des salariés dans les différentes instances de négociation. À ce titre, ils négocient les conventions collectives avec les partenaires sociaux afin de déterminer notamment les grilles salariales et de qualifications.

Régulation des conflits

La régulation des conflits correspond à la mise en place de normes, d'organisations, de procédures et d'institutions ayant pour fonction d'assurer l'expression des mouvements sociaux dans des cadres clairement délimités.

2

Mutations des conflits du travail

Après les grèves de mai-juin 1936, puis la Seconde Guerre mondiale, les conflits du travail ont occupé une place prépondérante en France, et les syndicats ont été puissants. Le taux de syndicalisation était ainsi de plus de 25% en 1949. Cependant, il a décru jusqu'à la fin des années 1980 pour se stabiliser autour de 8% aujourd'hui. Le nombre de conflits du travail diminue, notamment depuis les années 1970, après la crise de mai 1968 (où jusqu'à 10 millions de personnes seront en grève ou empêchés de travailler par les grévistes). La France est l'un des pays industrialisés où les syndicats sont les plus faibles. Les conflits changent surtout de forme : les grévistes sont de plus en plus des salariés du secteur public. Les conflits sociaux peuvent prendre une forme spectaculaire à travers les mouvements de blocage, plus que les grèves (blocage des autoroutes, arrêt du trafic ferroviaire, etc.).

Plusieurs phénomènes expliquent ce déclin :

  • Des explications structurelles : la transformation de la structure des emplois, joue en la défaveur du taux de syndicalisation. La désindustrialisation provoque une diminution de la part des ouvriers dans la population active, or le syndicalisme trouve son origine dans les mouvements ouvriers.
  • Des éléments conjoncturels : l'augmentation du chômage et le développement des formes atypiques d'emplois sont moins favorables au conflit, les salariés craignant pour les emplois. La précarité et l'existence d'un parcours dans l'emploi plus instable favorisent également l'effritement du collectif du travail. Cela peut également expliquer que les grèves soient désormais surtout le fait des salariés du secteur public, qui sont dans une situation souvent moins précaire que les salariés du secteur privé.
  • Remise en cause des syndicats eux-mêmes : les syndicats apparaissent progressivement comme des organisations bureaucratiques, coupées des militants. Ils peuvent ainsi apparaître comme des organisations défendant les intérêts de salariés privilégiés, et en particulier ceux qui sont embauchés avec un contrat à durée indéterminée plutôt que les précaires. Cela peut notamment être relié à l'institutionnalisation progressive des syndicats. Depuis 1945, l'État a progressivement reconnu les syndicats et a imposé qu'ils soient consultés par les entreprises et présents dans les négociations, à conditions qu'ils soient représentatifs (c'est-à-dire que leurs représentants soient élus par les salariés). De ce fait, les syndicats ont pu avant tout chercher à gagner des voix auprès des salariés, mais pas à augmenter le nombre de syndiqués.

La précarisation des emplois et le déclin des syndicats qui structuraient la protestation entraîne une diminution apparente des conflits liés au travail. Les difficultés à trouver un emploi freinent la mobilisation de salariés qui ont peur pour le leur.

B

Nouveaux mouvements sociaux

1

Les caractéristiques des Nouveaux mouvements sociaux

Les Nouveaux mouvements sociaux (NMS) ont mis en scène de nouveaux acteurs, de nouvelles formes d'action et de nouveaux objets de conflit. Ils ont pris leur essor au début des années 1960 − 1970 :

  • De nouveaux acteurs : les NMS sont moins des mouvements de "classe", liés à une position socio-économique (les mouvements ouvriers par exemple), que des mouvements identitaires liés à une identité particulière et revendiquée. Les nouveaux acteurs se réunissent sur la base d'un rejet commun d'une situation qu'ils jugent préjudiciable soit à leurs propres intérêts (mouvements féministes, régionalistes par exemple), soit aux intérêts des générations futures (mouvements écologistes par exemple).
  • Des valeurs nouvelles, repérables par les objets de conflits : les conflits ont pour objet des intérêts qui sont post-matérialistes selon le sociologue français Alain Touraine. En effet, ces conflits n'ont pas uniquement un objectif matériel (richesse, pouvoir) mais aussi un objectif symbolique (reconnaissance sociale). Les revendications ont aussi un caractère d'universalité, car les militants se mobilisent au nom d'une certaine idée de l'intérêt collectif, par exemple en défendant les minorités, ou en revendiquant l'égalité des droits (comme les mouvements des "sans", sans-papiers, sans-logement, etc.).
  • Des formes d'action nouvelles et variées : l'expression du conflit prend des formes différentes comme le boycott, les marches de protestation, les barrages routiers, occupations de locaux, destructions matérielles, grèves de la faim, sit-in, pétitions, etc. Le registre est varié mais vise souvent à occuper l'espace public de manière à être visible. Ces actions permettent de développer la conscience collective et sont destinées à faire pression sur les autorités politiques, seules habilitées à transformer les règles et à prendre à témoin le plus de citoyens possible.

La plupart de ces nouveaux mouvements sociaux sont marqués par une méfiance vis-à-vis des organisations traditionnelles (syndicats, partis politiques) et de leurs méthodes, souvent dénoncées comme étant centralisatrices et étant des freins à la spontanéité et à l'initiative individuelle.

Pour Touraine, ces nouveaux mouvements sociaux sont définis par le modèle "identité, opposition, totalité" :

  • Principe d'identité ("qui entre en conflit ?") : il énonce que les NMS sont le fait d'un groupe clairement identifié, qui a conscience de son existence et de ses spécificités.
  • Principe d'opposition ("contre qui entre-t-on en conflit ?") : les NMS naissent d'une opposition aux valeurs dominantes de la société à un moment donné.
  • Principe de totalité ("quel est le projet porté par le mouvement social ?") : les NMS sont toujours porteurs d'un nouveau projet de société, c'est-à-dire qu'ils veulent un changement profond dans la structure de la société. Les revendications des NMS ont une portée universaliste, elles visent à améliorer le bien-être collectif en changeant de façon définitive un élément constitutif de l'organisation de la société.
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Les limites des nouveaux mouvements sociaux

Il existe plusieurs limites à l'importance que l'on accorde aux nouveaux mouvements sociaux.

  • Certains mouvements existaient déjà et ne sont pas si novateurs en matière de revendications et de modalités d'actions (mouvements féministes et écologiques par exemple).
  • On observe une permanence des préoccupations économiques et sociales liée aux difficultés économiques et financières. Les questions de salaire, de pouvoir d'achat, de pauvreté, etc., ont repris, avec la crise, une place déterminante, plus que l'épanouissement personnel. Ce point est notamment dénoncé par les écologistes pour qui la défense de l'environnement ne devrait pas passer après ces préoccupations mais au contraire être vu comme un moyen d'y répondre.
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