Terminale L 2015-2016
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Terminale L 2015-2016

Le projet d'une Europe politique depuis 1948

Les projets d'une union politique de l'Europe se développent dans un continent ravagé par la Seconde Guerre mondiale et confronté à l'émergence de la guerre froide. En 1948 se tient le Congrès de La Haye qui créé le Conseil de l'Europe, dont le rôle est cependant limité.

C'est grâce à l'économie que se construit l'Europe. La naissance de la CECA en 1951 permet de poser les jalons de la construction européenne. C'est encore par l'économie que les progrès se réalisent et permettent en 1957 d'instaurer la CEE.

Les débats sont vifs entre les fédéralistes et les souverainistes. Ainsi, la construction politique de l'Europe par le projet de création d'une armée européenne échoue en 1954.

En 1992, le traité de Maastricht permet la réalisation effective d'une union économique européenne qui aboutit à la mise en circulation de l'euro en 2002. L'Europe poursuit son élargissement après la chute du bloc de l'Est et le nombre des États membres augmente jusqu'à 28 en 2013.

Les traités de Nice et d'Amsterdam ne semblent pas suffisants pour gouverner une Europe qui s'agrandit et le traité sur la Constitution de l'Europe est repoussé en 2005. Il faut attendre le traité de Lisbonne en 2007 pour voir se mettre en place des changements dans la gouvernance européenne.

Malgré ces avancées, l'Europe rencontre des oppositions face aux élargissements et affronte des critiques.

I

Les débuts de la construction européenne (1948 − 1957)

A

Un contexte favorable

1

L'idée d'une union des pays européens

L'idée d'une union des pays européens ne date pas de la fin de la Seconde Guerre mondiale :

  • En 1849, Victor Hugo propose la création des "États-Unis d'Europe".
  • Dans l'entre-deux-guerres, de nombreux projets visant à créer une union européenne se développent.

En 1923, Richard Coudenhove-Kalergi crée l'Union paneuropéenne et en 1929, le Français Gaston Riou publie un livre intitulé S'unir ou mourir. Il crée la Ligue pour les États-Unis d'Europe en 1934. Ces projets ne débouchent cependant sur aucune application de grande envergure.

En 1945, les ravages de la Seconde Guerre mondiale poussent de nombreuses personnalités à réclamer une union des pays européens dans le but d'éviter un nouveau conflit. En effet, les deux guerres mondiales ont été causées par les tensions européennes.

En 1946, Winston Churchill prononce un discours à Zurich dans lequel il réclame la création des États-Unis d'Europe.

2

Le contexte de la guerre froide

Dès 1945, les blocs antagonistes de l'Est et de l'Ouest se mettent en place et 1947 est habituellement retenue comme le point de départ de la guerre froide. Les débuts du conflit accélèrent la construction européenne :

  • Le projet d'une union de l'Europe est désormais restreint à l'Europe de l'Ouest et soutenu par les États-Unis qui considèrent qu'une Europe occidentale unie et forte serait un excellent rempart contre les communistes.
  • Le plan Marshall qui consiste à verser une aide financière aux États européens afin de permettre leur reconstruction est conditionné par les États-Unis à la mise en place d'une organisation de coopération : l'Organisation Européenne de coopération économique (OECE) naît le 16 avril 1948.
  • En mars 1948, le pacte de Bruxelles prévoit une assistance militaire mutuelle entre la France, le Royaume-Uni, la Belgique, les Pays-Bas et le Luxembourg.
  • Suite au blocus de Berlin par les Soviétiques en 1948, l'organisation militaire de l'Atlantique Nord (OTAN) est créée en 1949. Cette organisation militaire est dominée par les Etats-Unis. Les pays de l'Europe de l'Ouest rentrent dans l'OTAN.

En mai 1948 se déroule le congrès de la Haye :

  • Ce "congrès de l'Europe", dont le président d'honneur est Churchill, a pour objectif la formation des "États-Unis d'Europe".
  • Il regroupe 750 délégués de toute l'Europe, dont certains viennent d'Europe de l'Est.
  • De nombreuses divergences apparaissent sur la forme que doit prendre la construction européenne.
  • Le congrès aboutit à la création du Conseil de l'Europe en mai 1949.

Bien que ce congrès soit considéré comme le premier "moment fédéral" de l'Europe, le Conseil de l'Europe qui en est issu est une victoire limitée pour la construction européenne :

  • Le Conseil a pour mission la promotion de la démocratie et le respect des Droits de l'Homme.
  • Le Conseil de l'Europe qui a des objectifs très ambitieux n'a cependant aucun pouvoir et ne peut rendre que des avis à des États qui sont libres de les appliquer ou de les rejeter.
B

Début de la construction économique, difficultés de la construction politique (1950 − 1954)

1

Les débats sur la construction européenne

Les principaux débats portent sur le rôle que doivent jouer les États dans la construction européenne. Deux tendances s'opposent :

  • Les "fédéralistes" sont partisans d'un abandon de pans entiers de la souveraineté des États qui doivent être rassemblés au sein d'institutions européennes supranationales. Ils sont donc pour une Europe forte qui puisse prendre des décisions s'imposant aux États.
  • À l'opposé, les "unionistes" ou "souverainistes" sont pour une simple union des pays européens. La souveraineté des États doit rester intacte et ils ne sont partisans que de la mise en place de politiques de coopération.
2

La construction européenne par l'économie : la CECA

Les "Pères de l'Europe" sont majoritairement des fédéralistes. Ils pensent que l'union de l'Europe doit débuter par la mise en place d'une solidarité économique. Monnet, responsable des plans quinquennaux français, parle d'une construction de l'Europe par "petits pas".

Pères de l'Europe

Les Pères de l'Europe sont des hauts fonctionnaires et des dirigeants des pays européens qui sont les promoteurs de la construction européenne dans les années 1950.

Konrad Adenauer (RFA), Alcide de Gasperi (Italie), Robert Schuman et Jean Monnet (France) ainsi que Paul-Henri Spaak (Belgique), Joseph Bech (Luxembourg) et Johan Willem Beyen (Pays-Bas) sont les Pères de l'Europe.

Le 9 mai 1950, Robert Schuman rend publique une idée de Jean Monnet de créer une Communauté européenne du charbon et de l'acier (CECA) entre la France et l'Allemagne :

  • On retrouve dans ce texte l'idée d'une Europe des "petits pas" : "L'Europe ne se fera pas d'un coup, ni dans une construction d'ensemble : elle se fera par des réalisations concrètes créant d'abord une solidarité de fait".
  • Le fait de mutualiser la production de charbon et d'acier est essentiel dans une Europe en pleine reconstruction. En effet, ces produits sont de première importance pour les économies européennes dont l'industrie a fortement été touchée par la guerre.
  • Cette réalisation comporte des éléments fédéralistes. Une "Haute autorité" est créée dans le but d'organiser la production. Il s'agit d'une institution supranationale.
  • En 1951, l'Italie et le Benelux (union douanière entre la Belgique, les Pays-Bas et le Luxembourg créée en 1944) rejoignent la CECA.
3

L'échec de la CED

La Communauté européenne de défense (CED) est un projet d'armée européenne. Il s'agit d'un projet résolument fédéraliste puisqu'il consiste pour les États nationaux à abandonner à des institutions européennes le contrôle de forces armées, un des aspects les plus importants de la souveraineté des États :

  • Avec le début de la guerre de Corée (1950 − 1953), les États-Unis font pression pour un réarmement de la RFA dans le cadre de l'OTAN.
  • Les Français sont opposés à ce réarmement.
  • Jean Monnet propose le projet de la CED en 1950. Ce projet est très influencé par la CECA et permet de construire l'Europe par des procédés de fédéralisme partiel.
  • L'objectif est de permettre la création d'un ministère européen de la Défense qui dirigerait une armée européenne supranationale composée de soldats européens, et non nationaux.
  • La réalisation de la CED permettrait ainsi que des soldats allemands puissent participer à l'armée européenne sans que l'Allemagne puisse constituer sa propre armée.

Cependant le projet se solde par un échec :

  • La France qui a proposé le projet est paradoxalement le pays où les oppositions à cette armée européenne sont les plus fortes.
  • Les communistes accusent la CED de constituer une armée "antisoviétique" et les gaullistes ne peuvent pas consentir à une telle perte de souveraineté.
  • Pierre Mendès France, qui est à la tête de l'exécutif français en 1954, concentre ses efforts sur le règlement de la question coloniale et il veut se débarrasser de la CED, qu'il nomme la "patate chaude" en raison du caractère très polémique du projet.
  • Le 30 août 1954, le projet est rejeté par l'Assemblée nationale sans réel débat de fond.

L'abandon de la CED marque un coup d'arrêt temporaire à la construction européenne.

II

L'Europe communautaire de 1957 à 1992

A

Les traités de Rome instituent la CEE

1

La relance européenne dans le domaine économique

La conférence de Messine (1955) est une réunion interministérielle à l'initiative de l'Italie, regroupant les six pays membres de la CECA dont l'objectif est de relancer le processus de construction européenne après l'échec de la CED :

  • La construction européenne doit se faire dans le domaine économique.
  • Les ministres veulent poursuivre la création d'institutions communes.
  • Les économies européennes doivent fusionner par la création d'un marché commun et la mise en place de politiques sociales.

La conférence de Messine débouche, le 25 mars 1957, sur la signature des traités de Rome qui permettent la relance effective de la construction européenne :

  • Le premier traité institue la Communauté économique européenne (CEE).
  • L'objectif est de mettre en place un marché commun assurant la libre circulation des marchandises et des capitaux, de permettre la libre circulation des personnes et de développer des politiques communes.
  • Tous les secteurs économiques sont concernés.

La coopération dans le domaine agricole aboutit à la création de la Politique agricole commune (PAC) en 1962.

Le second traité concerne la mise en place de la Communauté européenne de l'énergie atomique (EURATOM) qui est un échec en raison des politiques nationales énergétiques divergentes.

2

Les institutions européennes

Les institutions européennes sont le résultat d'un compromis entre les unionistes et les fédéralistes :

  • Le Conseil des ministres rassemble les ministres des six pays membres. Lorsque les décisions sont importantes, il requiert l'unanimité alors que pour les décisions courantes, il faut une majorité qualifiée (majorité plus importante que la seule moitié des membres).
  • La Commission européenne propose des directives et exécute les décisions prises par le Conseil des ministres.
  • Un Parlement européen est constitué de députés européens.
  • La Cour de justice européenne est créée, pour veiller au respect des traités européens.
B

De Gaulle et l'Europe

1

La politique européenne de De Gaulle

De Gaulle est un souverainiste mais il accepte l'idée d'une construction européenne. À son arrivée au pouvoir en 1958, il ne remet pas en cause les aspects économiques des traités de Rome car il estime que le marché commun pourra dynamiser l'économie française.

Cependant, il n'hésite pas à imposer ses choix à la CEE quand il estime que cela sert les intérêts de la France.

Son attitude vis-à-vis des autres pays européens est ainsi guidée par ses ambitions pour la France :

  • Il signe avec le chancelier Adenauer le traité de l'Élysée en 1963. Ce traité scelle la réconciliation entre les deux pays et fait du couple franco-allemand un acteur essentiel de la construction européenne. Il donne ainsi à la France un rôle renforcé au sein de la CEE.
  • De Gaulle refuse par deux fois l'adhésion de la Grande-Bretagne au sein de la communauté européenne (1963 et 1967) car il estime que ce pays est trop proche des États-Unis.
2

La "politique de la chaise vide" (1965)

L'action de De Gaulle constitue un frein pour l'Europe :

  • De Gaulle est très opposé aux aspects fédéralistes de la construction européenne. Il veut préserver la souveraineté de la France.
  • En 1965, le président de la Commission européenne, Walter Hallstein, fédéraliste convaincu, souhaite mettre en place l'abandon de l'unanimité dans la prise de décisions au profit de la majorité qualifiée ; cette disposition étant prévue par les traités de Rome.
  • De Gaulle s'oppose fermement à cette modification car il ne souhaite pas que la France applique des décisions qu'elle n'aurait pas voulues mais qui auraient été prises à la majorité qualifiée.
  • Il quitte pendant six mois les institutions européennes et sa "politique de la chaise vide" bloque le fonctionnement de la CEE.
  • De Gaulle obtient satisfaction par le compromis de Luxembourg en 1966.
C

Les avancées de la construction européenne

1

L'Europe et les citoyens

Le processus de construction européenne permet la naissance d'une vie politique européenne :

  • Le Parlement européen, créé en 1957, est composé de députés européens élus au suffrage universel direct à partir de 1979.
  • Les partis européens sont nés mais les élections européennes sont souvent prisonnières des débats nationaux.

L'Europe s'est dotée de symboles qui participent au sentiment d'appartenance des peuples européens au même ensemble :

  • L'Europe possède un drapeau à douze étoiles.
  • L'Ode à la joie de Beethoven est l'hymne européen.
  • En souvenir de la déclaration Schuman en 1950, le 9 mai est la journée de l'Europe.

Cependant la CEE doit aussi affronter des critiques :

  • À partir de la crise économique des années 1970, l'euroscepticisme est de plus en plus répandu.
  • Le Royaume-Uni de Margaret Thatcher réclame que les contributions britanniques à la CEE soient égales aux bénéfices qu'il en retire.
  • Les institutions de la CEE sont perçues comme des institutions dirigées par des technocrates imposant leurs volontés sans tenir compte des aspirations des peuples européens.
2

L'élargissement de l'Europe

Dans les années 1970, de nouveaux pays rejoignent la CEE :

  • Suite au départ de De Gaulle en 1969, Pompidou lève le veto français sur l'adhésion de la Grande-Bretagne.
  • En 1973, la Grande-Bretagne, le Danemark et l'Irlande adhèrent à la communauté européenne.

L'Europe continue de s'élargir dans les années 1980 aux pays du sud de l'Europe qui se libèrent des dictatures :

  • La Grèce adhère en 1981.
  • L'Espagne et le Portugal rejoignent la CEE en 1986.
3

L'approfondissement de l'Europe

Malgré la crise économique à partir de 1973 et la montée de l'euroscepticisme, le processus de construction de l'Europe se poursuit :

  • Le couple franco-allemand continue de jouer un rôle moteur (Helmut Schmidt/Valéry Giscard d'Estaing et Helmut Kohl/François Mitterrand).
  • Le Conseil européen (composé des chefs d'État et de gouvernements des pays européens) est institué et se réunit de manière régulière à partir de 1974.
  • Le système monétaire européen, SME, adopté en 1979 permet d'établir une plus grande parité entre les monnaies européennes et assure ainsi une stabilité monétaire.
  • Le rôle du président de la Commission européenne Jacques Delors est déterminant et permet la signature de l'Acte unique en 1986.

L'Acte unique constitue la plus grande avancée depuis les traités de Rome de 1957. Il entre en vigueur en 1987 et marque une nouvelle étape dans l'approfondissement de la construction européenne :

  • Il renforce le pouvoir des institutions européennes (Conseil européen et Parlement européen).
  • Il décide de mettre en place la réalisation effective du marché commun (décidé en 1957) pour 1992.
  • Les compétences de la CEE sont élargies à la recherche, à la politique étrangère et à l'environnement.
III

L'Europe depuis 1992

A

Approfondissement et élargissement

1

Le traité de Maastricht (1992)

La chute du mur de Berlin en 1989 et la fin de l'URSS en 1991 marquent la fin de la guerre froide. L'Allemagne est réunifiée. Le président français, François Mitterrand, inquiet de cette situation, demande aux Allemands d'abandonner le Mark (la monnaie allemande) au profit d'une monnaie commune aux États membres de la CEE.

Le traité de Maastricht en 1992 est le deuxième acte fondamental de la construction européenne après le traité de Rome en 1957. Il institue l'Union européenne et crée une citoyenneté européenne. Il comporte des aspects politiques et économiques. En effet, le traité comporte trois piliers :

  • La mise en place de politiques économiques communes aux États membres.
  • Une politique étrangère et de sécurité commune (PESC).
  • Une politique de coopération pour la justice et les affaires judiciaires (JAI).

Alors que les deux derniers piliers mettent en place une coopération intergouvernementale, le pilier économique poursuit les politiques visant à doter les institutions européennes de compétences appartenant jusqu'alors aux États :

  • Il crée l'Union économique et monétaire (UEM) et la Banque centrale européenne (BCE), dont l'objectif est de permettre la mise en circulation d'une monnaie commune, l'euro. Cette monnaie est mise en circulation en 2002.
  • Des critères de convergence sont définis pour les États qui souhaitent utiliser cette monnaie commune.
Critères de convergence

Les critères de convergence sont des critères économiques que doivent respecter les pays européens souhaitant rentrer dans l'union économique et monétaire (UEM).

Les deux principaux critères de convergence sont le maintien d'un déficit public inférieur à 3% du PIB et un taux d'inflation inférieur à 1,5% par an.

Suite au traité de Maastricht, les pouvoirs du Parlement et de la Commission européenne sont renforcés.

Cependant, confronté à une vague d'euroscepticisme, le traité de Maastricht est difficilement ratifié par les populations consultées par référendum.

Les Français acceptent le traité à seulement 51,04% et le Danemark le refuse une première fois avant de l'accepter lors d'un second vote.

2

Les élargissements

À la suite de la chute de l'URSS et du bloc de l'Est, l'Allemagne de l'Est, absorbée par l'Allemagne de l'Ouest, est intégrée dans la CEE qui devient l'UE en 1992.

Les Pays d'Europe centrale et orientale (PECO) sont alors accueillis au sein du Conseil de l'Europe et ils bénéficient de programmes européens d'aide à la reconversion de leurs économies.

La question de leur intégration au sein de l'Union européenne est posée lors du sommet de Copenhague en juin 1993, au cours duquel sont définis les critères d'adhésion de ces pays :

  • Le premier critère est politique : ces pays, pour rentrer dans l'Union européenne, doivent respecter les principes de la démocratie.
  • Le second critère est économique : ces pays doivent devenir des économies de marché.
  • Le troisième critère d'adhésion est juridique, il stipule que les PECO doivent accepter les acquis communautaires, c'est-à-dire l'ensemble des règles prises au sein de l'UE avant leur adhésion.

En 1995, certains des pays qui étaient neutres durant la guerre froide (Autriche, Suède, Finlande) adhèrent à l'Union européenne. Leur situation économique ne pose aucun problème puisqu'ils respectent largement les critères d'adhésion.

En 2004, huit PECO (Pologne, Estonie, Lettonie, Lituanie, République Tchèque, Slovaquie, Slovénie, Hongrie) ainsi que Chypre et Malte rejoignent l'UE. L'arrivée de ces nouveaux pays pose cependant de nombreux défis à l'UE. En effet, il existe de nombreuses régions pauvres au sein de ces États et ils sont en reconversion politique.

En 2007, la Roumanie et la Bulgarie adhèrent à l'Union européenne, rejointe enfin en 2013 par la Croatie.

En 2016, l'Union européenne est composée de 28 membres, compte 510 millions d'habitants et 19 de ses pays utilisent l'euro.

B

Mettre en place la gouvernance d'une Europe élargie

1

Les insuffisances des traités d'Amsterdam et de Nice

L'objectif des traités d'Amsterdam et de Nice est de permettre de gouverner une Europe qui accueille de nouveaux membres. Les modalités de la gouvernance au sein de l'Union posent de nombreuses questions aux États membres et le traité d'Amsterdam puis de Nice ne permettent pas de les régler.

Le traité d'Amsterdam (1997) permet quelques avancées qui restent cependant limitées :

  • Il établit une possibilité de coopération renforcée entre deux États dans des domaines qui ne relèvent pas des compétences de l'Union européenne.
  • Il intègre au sein des traités européens la convention de Schengen de 1985 qui met en place la libre circulation des personnes au sein de l'Union européenne à l'exception du Royaume-Uni, de l'Irlande et du Danemark qui bénéficient de mesures particulières.
  • Cependant, l'objectif principal qui est l'abandon de l'unanimité dans la prise de décision est un échec.

Le traité de Nice, signé en 2001, comporte des avancées mais reste considéré comme insuffisant :

  • La majorité qualifiée est étendue à 27 nouveaux domaines.
  • Il détermine le nombre de voix de chaque État afin de déterminer la majorité qualifiée.
2

L'échec du traité sur la Constitution pour l'Europe

Pour permettre de pallier les insuffisances de la gouvernance européenne, une "Convention sur l'avenir de l'Europe", présidée par l'ancien président français Valéry Giscard d'Estaing, est constituée afin d'écrire une Constitution européenne. Ce projet, défendu par le président libéral de la Commission européenne José Manuel Barroso, comporte plusieurs dispositions pour la gouvernance européenne :

  • Il dote l'Union européenne d'une personnalité juridique propre, lui permettant ainsi de signer des traités internationaux en son nom.
  • Il a pour projet de créer un ministre des Affaires étrangères et un président européen.
  • Il a pour but d'élargir les compétences du Parlement européen et d'augmenter le recours à la majorité qualifiée.

Ce projet a été refusé par la France en 2005 suite à un référendum qui a obtenu 55% de "non" et aux Pays-Bas qui l'a refusé à 61%. Dans les nombreuses critiques émises contre ce référendum figuraient notamment des craintes face à un traité jugé économiquement trop libéral.

3

Le traité de Lisbonne, une solution ?

Le traité de Lisbonne est signé en 2007 et entre en vigueur en 2009. Afin d'éviter de nouveaux refus, le traité est validé par les parlements des États membres à l'exception de l'Irlande qui le repousse par un premier référendum et l'accepte par un second. Ce texte a pour but de permettre la mise en place de dispositions présentes au sein du traité sur la Constitution européenne :

  • Le traité met en place l'extension du vote à la majorité qualifiée.
  • Il prévoit l'élection d'un président du Conseil européen et d'un haut représentant de l'Union européenne pour les Affaires étrangères, postes occupés respectivement à leur création par Herman Von Rompuy et Catherine Ashton.
  • Il renforce le pouvoir législatif du Parlement européen.

Ce traité provoque de nombreuses critiques, dont la plus importante est celle d'avoir été institué sans consultation directe des peuples européens (sans référendum).

C

L'Union européenne critiquée

1

Les débats sur les élargissements de l'Union européenne

Plusieurs pays sont candidats à l'adhésion à l'Union européenne :

  • Six candidats officiels sont reconnus, il s'agit de la Turquie, de l'Albanie, du Monténégro, de la Serbie, de la République de Macédoine et de l'Islande.
  • La Bosnie-Herzégovine et le Kosovo ont le statut de candidat potentiel.

Les derniers élargissements ainsi que les potentiels prochains élargissements créent de nombreux débats au sein des pays membres :

  • Le débat sur les institutions n'est toujours pas clos. La question reste de mettre en place une gouvernance européenne efficace permettant de gérer une Europe aux frontières élargies.
  • Certaines régions aidées par l'Union européenne le sont moins depuis l'intégration des PECO et ces régions craignent que l'intégration de nouveaux membres ne réduise encore ces aides.
  • Les plus petits pays de l'Union européenne, comme le Luxembourg ou les Pays-Bas, s'inquiètent de la diminution de leur poids relatif au sein des institutions européennes avec l'arrivée de nouveaux membres.
  • Enfin, des citoyens européens et des groupes politiques mettent en avant les dangers que constituent les élargissements de l'Union pour "l'identité européenne".

L'adhésion de la Turquie à l'Union européenne suscite de nombreuses controverses. La Turquie a formulé sa demande d'adhésion à la CEE en 1987. Sa candidature a été acceptée en 1999 et les négociations sont en cours depuis 2005. Des sondages ont estimé que la majorité des Européens serait opposée à l'adhésion de la Turquie.

Les discussions sur l'adhésion de la Turquie sont encore en cours. Plusieurs éléments bloquent les discussions, tels que le respect des Droits de l'Homme ou encore le fait que certaines régions ont de faibles niveaux de développement. Certains citoyens européens sont aussi opposés à l'idée d'intégrer un pays de 74 millions de personnes dont la majorité est musulmane.

2

Les critiques contre l'UE

De nombreuses critiques sont formulées contre l'Union européenne et ses critiques augmentent depuis la crise économique de 2007 :

  • L'Union européenne a été critiquée dans sa manière de gérer la crise. Malgré la mise en place du Mécanisme européen de stabilité, celui-ci n'a pas permis à certains pays particulièrement touchés, comme la Grèce, de voir leur situation s'améliorer.
  • La crise a aussi encouragé les mouvements souverainistes critiquant l'Union et appelant à des replis nationalistes. Plusieurs groupes politiques proposent la sortie de l'Union économique monétaire et de l'espace Schengen afin de permettre une amélioration de la situation économique et sociale.
  • Enfin, l'Union européenne est critiquée pour son "déficit démocratique". La Commission européenne, dont les compétences se sont élargies, est composée de commissaires non élus et beaucoup de citoyens considèrent que les membres des institutions européennes sont des technocrates éloignés des réalités quotidiennes des Européens.
3

Les faiblesses de l'Union européenne

Une des principales difficultés de l'Union européenne est son incapacité à parler d'une seule et même voix lors des crises internationales.

  • 22 des 28 États qui la composent sont membres de l'OTAN, ce qui rend difficile la définition d'une politique militaire commune, autonome et indépendante de la position des États-Unis.
  • La Politique étrangère de sécurité commune (PESC) est fragile, car elle dépend de la coopération entre les États et non d'un domaine propre à l'Union. Ainsi, lors de la guerre en Irak de 2003, certains pays, tels que la Pologne et le Royaume-Uni ont soutenu l'intervention américaine alors que d'autres pays, comme la France, l'Allemagne et la Belgique s'y sont fermement opposés.
  • L'absence d'une réelle politique sociale fragilise l'UE.
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