Terminale L 2015-2016
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La tragédie antique

La tragédie est née dans l'Antiquité, en Grèce. Elle permet de divertir les spectateurs lors des fêtes organisées en l'honneur du dieu Dionysos, mais aussi de réfléchir à différents problèmes liés à la Cité. Sa naissance entraîne rapidement sa théorisation, notamment par Aristote dans le texte fondateur Poétique.

La représentation théâtrale est un spectacle qui répond à des critères précis (structure de la scène, jeu des acteurs). La tragédie répond également à des caractéristiques bien définies. Le thème de la fatalité y est essentiel. Sophocle, grand auteur dramatique grec, est l'un des plus célèbres représentants du genre.

I

La tragédie grecque

Aristote a écrit un texte fondateur pour le théâtre au IVe siècle avant Jésus-Christ, Poétique. Il y décrit ainsi la tragédie : c'est "l'imitation d'une action sérieuse et complète, elle a une juste grandeur, son langage est agréable... les événements y sont joués par des personnages et non racontés dans un récit ; enfin, elle provoque la pitié et la crainte, par là, elle effectue une véritable purgation de ces deux sortes de sentiments."

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Les origines et le développement de la tragédie

Le mot "tragédie" vient du grec tragoidia qui signifie "chant du bouc". On peut trouver une interprétation de cette origine dans les fêtes liées au culte de Dionysos. En effet, en hommage au dieu, les Grecs sacrifiaient des boucs sur fond de chants lyriques.
La tragédie se développe dans le cadre de ces cérémonies organisées pour célébrer Dionysos. Ce sont des fêtes nationales et religieuses, durant lesquelles un concours de théâtre avait lieu. Les Grandes Dionysies à Athènes étaient les fêtes les plus connues.
De nombreuses personnes assistaient aux représentations, car on pouvait y assister gratuitement. Aller au théâtre est donc un acte très important et lié à la vie de la Cité, à l'activité politique et civique. C'est un lieu où l'on discute de questions politiques et sociales.

Dans la pièce Œdipe roi, Sophocle se pose la question de l'importance des lois humaines et de la responsabilité du souverain.

B

L'organisation des dionysies

Les dionysies durent six jours. Elles s'organisent de la façon suivante :

  • Premier jour : procession
  • Deuxième et troisième jours : concours de dithyrambes
  • Quatrième, cinquième et sixième jours : concours de théâtre (le matin, tétralogie ou trilogie suivie d'un drame satyrique, mise en scène de satyres, créatures mythologiques grecques. L'après-midi, représentation d'une comédie).
C

La structure de la scène

Le théâtre comporte cinq parties :

  • Orchestra : zone circulaire réservée au chœur.
  • Proskénion : estrade où jouent les acteurs.
  • Skènè : bâtiment qui sert de loges.
  • Theatron : zone réservée aux spectateurs.
  • Parodos : couloirs empruntés par le public pour accéder au theatron, et par le chœur pour accéder à l'orchestra.
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Schéma d'un théâtre antique

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Les acteurs

Dans l'Antiquité, les femmes n'ont pas le droit de jouer. Au début, il n'y a qu'un seul acteur sur scène, on l'appelle "protagoniste". Ensuite, il y a deux acteurs (le deuxième s'appelle "deutéragoniste", il est inventé par Eschyle), puis trois (le troisième acteur est appelé "tritagoniste" et est inventé par Sophocle). Ces trois acteurs se partagent tous les rôles, ils portent des masques qui permettent d'identifier les personnages qu'ils incarnent.
Des acteurs forment aussi le chœur, qui représente la collectivité. Il est composé de quinze personnes. Parmi elles, deux sont plus particulièrement importantes : le représentant de la Cité et le médiateur (le "coryphée"), qui assurent le lien entre la Cité et les personnages, le public et les personnages, ou encore le public et les dieux.

Coryphée

Le "coryphée" est le représentant du chœur dans la tragédie antique. Il est souvent situé au milieu de la scène et prend la parole au nom du chœur. Il peut dialoguer avec le personnage principal.

II

Les caractéristiques de la tragédie dans l'Antiquité

A

La structure de la tragédie

La structure de la tragédie est toujours la même dans l'Antiquité. Elle suit le schéma suivant :

  • Prologue : exposition de la pièce.
  • Parados : le chœur entre sur scène et reste sur l'orchestra jusqu'à la fin de la tragédie.
  • Exodos : dénouement de l'action et sortie du chœur.

Au cours de la pièce, il y a alternance entre :

  • Episode : l'intrigue à proprement parler, avec les acteurs qui jouent les personnages.
  • Stasimon : correspond au moment où le chœur commente l'action. Il est souvent chanté.
B

Des scènes particulières

Aristote reconnaît d'autres moments singuliers à la tragédie :

  • Kommos : c'est le moment où les voix du chœur et du héros tragique se mêlent dans un échange lyrique.
  • Hyporchème : c'est le chant du chœur quand l'action devient particulièrement émouvante.
  • Agôn : c'est une scène d'affrontement entre deux personnages.
C

L'action tragique

Aristote divise l'action dramatique en trois éléments distincts :

  • La péripétie : c'est le renversement de situation, le "retournement de l'action".
  • La reconnaissance : Aristote la définit comme "le passage de l'état d'ignorance à la connaissance".
  • La catastrophe ou situation pathétique : c'est une action violente et douloureuse.

Aristote note aussi que l'action tragique doit répondre à deux éléments importants :

  • L'imitation, qu'il nomme la mimesis. La tragédie représente la vie.
  • La catharsis, c'est-à-dire la purgation des passions. La tragédie doit permettre aux spectateurs de se libérer.
III

La fatalité dans la tragédie antique

A

Le héros tragique

Dans la tragédie grecque, les héros sont souvent empruntés à la mythologie et aux légendes grecques. Cela signifie que le public connaît leur histoire. Le héros tragique ne peut être ni complètement bon ni complètement mauvais (on retrouvera cette conception du héros tragique à l'époque classique, avec Racine, qui met en scène des personnages "ni tout à fait coupables, ni tout à fait innocents").

Phèdre dans la tragédie éponyme de Racine est un personnage ni bon ni mauvais. Elle agit de façon mauvaise en n'admettant pas tout de suite sa faute, mais elle avoue finalement son amour. Elle n'est pas vraiment coupable puisqu'elle n'a rien entrepris.

Le héros tragique subit son destin. C'est un personnage souvent aveugle dans le sens où il ne réalise pas ce qu'il a sous les yeux. Il est souvent coupable d'hybris, c'est-à-dire de démesure. Cela signifie qu'il veut dépasser sa condition d'homme mortel. Mais le héros tragique est un jouet pour les dieux, il est soumis à leurs caprices, leur volonté.

Oedipe dans la tragédie de Sophocle Oedipe roi subit son destin. Quand la pièce commence, il est déjà coupable de parricide et d'inceste mais ne le sait pas encore. Le destin s'est accompli.

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L'ironie tragique et l'ironie dramatique

De nombreuses tragédies antiques reposent sur l'ironie tragique ou dramatique. L'histoire devient grinçante, car un personnage prononce des paroles ou fait des actions contre lui-même, sans le réaliser.

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L'ironie tragique

Ironie tragique

L'ironie tragique repose sur l'ignorance d'un personnage. Il prononce des paroles qui vont se retourner contre lui ou contre ceux qu'il croit défendre.

Lorsqu'Œdipe lance une malédiction contre lui-même au début d'Œdipe roi, promettant au tueur de Laïos la mort ou l'exil, il s'agit d'ironie tragique. En effet, il se maudit lui-même, puisqu'il est le tueur de Laïos.

L'ironie tragique implique le divin, dans le sens où ce sont les dieux qui semblent se moquer des hommes.

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L'ironie dramatique

Ironie dramatique

L'ironie dramatique est l'ignorance d'un personnage contre le savoir d'un autre ou du public.

Dès le début d'Œdipe roi, le spectateur sait qu'Œdipe est coupable, alors que lui-même l'ignore. C'est un cas d'ironie dramatique.

C

L'irrésistible avancée du destin

La fatalité est régie par une puissance supérieure aux hommes, celle des dieux. Ils contrôlent le destin des humains. Dans l'œuvre d'Homère, les dieux sont responsables des actions humaines. Ils choisissent d'en aider certains, d'en perdre d'autres. La tragédie est le genre qui reprend cette idée et la met en scène. La fatalité est l'avancée de l'immuable destinée. Elle devient une sorte de personnage invisible, qui tire les ficelles du destin et déclenche les péripéties de la pièce.

Dans Œdipe roi, les dieux sont mentionnés plusieurs fois, particulièrement le dieu Apollon.

IV

Sophocle et la tragédie grecque

Sophocle a écrit de très nombreuses pièces, vraisemblablement plus de cent, mais la grande majorité a disparu. Il est difficile de dater ses œuvres. On sait qu'il a été admiré de son vivant et qu'il a gagné vingt-quatre fois les concours des Grandes Dionysies. Lorsqu'il n'a pas remporté le premier prix, il est arrivé second. C'est lui qui introduit un troisième acteur sur scène, mais aussi qui utilise pour la première fois des décors peints. Avec Eschyle et Euripide, Sophocle est l'un des plus grands auteurs tragiques de l'Antiquité grecque.

A

Le cycle thébain

Le cycle thébain comprend les légendes liées à la ville de Thèbes. Les histoires se déroulent vraisemblablement avant la guerre de Troie. Sophocle est un des auteurs qui a participé à rendre célèbre ce cycle. Les pièces qu'il a écrites sur le sujet sont :

  • Le cycle d'Œdipe, qui comprend Œdipe roi, Œdipe à Colone et Antigone.
  • La geste d'Héraklès, qui comprend Les Trachiniennes, Amphitryon, L'Enfance d'Héraklès, Héraklès, Héraklès au Ténare et Cerbère.
  • Diverses légendes thébaines : Niobé, Tantale, Oiclès, Amphiaraos, Les Épigones et Alcméon.

Le cycle d'Œdipe reste la partie la plus célèbre de Sophocle. C'est aussi celle qui est entièrement restée. Autrement, seules Les Trachiniennes ont subsisté.

B

Les autres pièces

Sophocle a aussi travaillé sur d'autres sujets. Plusieurs pièces sur la légende des Argonautes ont été écrites, mais aucune n'est restée. Il a également écrit des pièces classées dans le cycle troyen, découpé en trois parties :

  • Préparatifs de la guerre
  • Le siège de Troie
  • Le retour des héros de Troie

Seules subsistent Philoctète, Electre et Ajax.

Sophocle s'est également penché sur la légende d'Athènes, la légende de Persée, les légendes crétoises, et d'autres légendes comme celles des Limiers, mais aucune trace n'a pu en être conservée.

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