Terminale L 2016-2017
Kartable
Terminale L 2016-2017

L'art et la technique

I

La technique, propre de l'Homme

Car [ces connaissances] m'ont fait voir qu'il est possible de parvenir à des connaissances qui soient fort utiles à la vie, et qu'au lieu de cette philosophie spéculative, qu'on enseigne dans les écoles, on peut en trouver une pratique, par laquelle connaissant la force et les actions du feu, de l'eau, de l'air, des astres, des cieux et de tous les autres corps qui nous environnent, aussi distinctement que nous connaissons les divers métiers de nos artisans, nous les pourrions employer en même façon à tous les usages auxquels ils sont propres et ainsi nous rendre comme maîtres et possesseurs de la nature. Ce qui n'est pas seulement à désirer pour l'invention d'une infinité d'artifices, qui feraient qu'on jouirait, sans aucune peine, des fruits de la terre et de toutes les commodités qui s'y trouvent, mais principalement aussi pour la conservation de la santé, laquelle est sans doute le premier bien et le fondement de tous les autres biens de cette vie.

Descartes

Discours de la méthode

1637

Pour Descartes, les progrès techniques sont le propre de l'Homme. Ils vont lui permettre de mieux vivre. Il insiste particulièrement sur le fait que la technique va permettre à l'Homme de préserver sa santé, qu'il conçoit comme le premier bien de la vie, permettant de jouir des autres biens de la vie.

La main semble bien être non pas un outil, mais plusieurs. Car elle est pour ainsi dire un outil qui tient lieu de tous les autres. […] Car la main devient griffe, serre, corne, ou lance ou épée ou tout autre arme ou outil. Elle peut être tout cela parce qu'elle est capable de tout saisir et de tout tenir.

Aristote

Parties des animaux

IVe siècle avant J.-C.

Pour Aristote, la main est le premier outil de l'Homme. En effet, par sa fonction de préhension, c'est-à-dire sa capacité de se saisir d'objets, elle permet à la main de manier toutes sortes d'objets techniques. Couplée à l'intelligence de l'Homme, la main est ce qui rend possible la technique.

En définitive, l'intelligence, envisagée dans ce qui en paraît être la démarche originelle, est la faculté de fabriquer les objets artificiels, en particulier des outils à faire des outils, et d'en varier indéfiniment la fabrication.

Bergson

L'Évolution créatrice

1907

Pour Bergson, l'Homme n'est pas seulement homo sapiens, c'est-à-dire être de connaissances, mais aussi, et peut-être premièrement homo faber, c'est-à-dire être de technique. L'intelligence de l'Homme est donc d'abord pratique, tournée vers l'action, et s'incarne dans la fabrication d'outils.

II

La différence entre l'art et la technique

L'Art est ce qui révèle à la conscience la vérité sous forme sensible.

Hegel

Esthétique

1818 − 1829

Pour Hegel, l'art permet de rendre visible notre existence. L'art est un langage basé sur le visuel, qui stimule les sentiments humains mais peut mener aussi à des réflexions. L'émotion ressentie devant une œuvre permet d'accéder à la vérité, comme si seule une œuvre "vraie" pouvait émouvoir. C'est donc la différence entre l'art et la technique.

[À] proprement parler, [les œuvres d'art] ne sont pas fabriquées pour les hommes, mais pour le monde, qui est destiné à survivre à la vie limitée des mortels, au va-et-vient des générations. Non seulement elles ne sont pas consommées comme des biens de consommation, ni usées comme des objets d'usage: mais elles sont délibérément écartées des procès de consommation et d'utilisation, et isolées loin de la sphère des nécessités de la vie humaine.

Arendt

La Crise de la culture

1961

Dans cette citation, Arendt met en évidence la distinction entre l'œuvre d'art et l'objet technique : les objets techniques sont plus éphémères que les œuvres d'art. En effet, les oeuvres d'art, contrairement aux objets techniques, ne s'inscrivent pas dans la vie ordinaire : elles n'ont aucune fonction dans la société (ce qui les soustrait à la consommation et à l'usure). Les œuvres d'art existent pour le monde, c'est-à-dire qu'elles sont destinées à survivre aux générations.

Il reste à dire en quoi l'artiste diffère de l'artisan. Toutes les fois que l'idée précède et règle l'exécution, c'est industrie. […]Pensons maintenant au travail du peintre de portrait ; il est clair qu'il ne peut avoir le projet de toutes les couleurs qu'il emploiera à l'œuvre qu'il commence ; l'idée lui vient à mesure qu'il fait ; il serait même rigoureux de dire que l'idée lui vient ensuite, comme au spectateur, et qu'il est spectateur aussi de son œuvre en train de naître. Et c'est là le propre de l'artiste.

Alain

Système des Beaux-Arts

1920

Pour Alain, le propre de l'artiste est qu'il ne possède pas une idée déterminée de l'œuvre qu'il réalise avant de l'avoir réalisée. C'est en réalisant son œuvre que la règle qui la détermine est rendue manifeste.

À l'époque de la reproductibilité technique, ce qui dépérit dans l'œuvre d'art, c'est son aura.

Benjamin

L'Œuvre d'art à l'époque de sa reproductibilité technique

Pour Benjamin, ce qui a toujours caractérisé l'œuvre d'art est son "authenticité", c'est-à-dire son statut d'œuvre originale. Or la reproduction technique des oeuvres d'art ruine l'idée même d'authenticité de l'œuvre d'art : pouvant être reproduite à l'infini, l'œuvre d'art s'intégre à la culture de masse et est ainsi désacralisée.

III

Le jugement de goût

Lorsqu'il s'agit de ce qui est agréable, chacun consent à ce que son jugement, qu'il fonde sur un sentiment personnel et en fonction duquel il affirme qu'un objet lui plaît, soit restreint à sa seule personne. […] le principe “à chacun son goût (s'agissant des sens) est un principe valable pour ce qui est agréable.

Kant

Critique de la faculté de juger

1790

Pour Kant, le jugement qui se rapporte à l'agréable, c'est-à-dire à la façon dont un objet affecte les sens d'un individu, est un relatif et subjectif.

Lorsqu'il dit qu'une chose est belle, il attribue aux autres la même satisfaction ; il ne juge pas seulement pour lui, mais pour autrui et parle alors de la beauté comme si elle était une qualité de la chose.

Kant

Critique de la faculté de juger

1790

Pour Kant, le jugement de goût doit être distingué du jugement esthétique, qui s'exprime dans l'exclamation "c'est beau". Dans ce jugement, le sujet n'exprime pas seulement un avis personnel, mais se prononce sur une qualité de la chose même. Et il attend de tout homme qu'il reconnaisse comme belle la chose désignée.

L'œil est un produit de l'histoire reproduit par l'éducation.

Bourdieu

La Distinction. Critique sociale du jugement

1979

Si Bourdieu dit que l'œil est le produit d'une histoire et d'une éducation, c'est que pour lui, l'idée d'une catégorie esthétique du beau valant universellement est le fruit de l'histoire. Ainsi, le regard à porter sur une œuvre d'art pour en apprécier la beauté suppose un apprentissage.

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