Terminale S 2016-2017
Kartable
Terminale S 2016-2017

Si l'on peut définir la vérité comme l'adéquation entre un jugement et la réalité dont il rend compte, cette adéquation peut être définie selon de multiples critères. Se pose donc le problème de la recherche de la vérité, et de la méthode à mettre en œuvre pour l'établir. En outre, il est possible de s'interroger sur la valeur de la vérité, en particulier du point de vue moral.

I

Comment définir le vrai ?

A

Définition générale de la vérité

Il est possible de produire une définition simple de la notion de vérité : il s'agit de l'adéquation entre ce qui est pensé et ce qui est. Autrement dit, la vérité est correspondance entre un discours sur un objet, ou une représentation de cet objet, et l'objet dont il s'agit de rendre compte. Le caractère vrai ou faux concerne toujours un jugement, jamais une réalité.

Par exemple, on ne dira pas d'un arbre existant qu'il est vrai, mais qu'il est réel. À l'inverse, on dit qu'il est vrai qu'il s'agit d'un chêne : dans ce cas, c'est bien le jugement sur l'arbre qui peut être vrai ou faux (qu'il s'agit d'un chêne). En ce sens, la vérité ne tolère pas d'écart entre ce qui est pensé et la réalité.

Vérité

La vérité est l'adéquation entre un jugement et la réalité dont il rend compte.

S'intéresser aux notions contraires de la vérité permet de montrer d'autres significations. Ainsi, si la vérité s'oppose au faux, comme ce qui ne correspond pas à ce qui est, elle s'oppose aussi au mensonge ou bien à l'inauthenticité. La notion de vérité possède aussi une dimension morale.

B

Les qualités qui accompagnent le vrai

L'une des qualités qui accompagnent le vrai est la certitude. La certitude peut être définie comme adhésion du sujet à ce qu'il pense : être certain, c'est tenir quelque chose pour vrai.

Mais il faut être attentif à l'ambiguïté de la notion de certitude : dire que la certitude accompagne la vérité, cela ne signifie pas que la certitude entraîne la vérité. Lorsque l'on tient quelque chose pour certain, on présuppose que cela est vrai : cela n'est pas toujours vérifié. La certitude est avant tout une forme de croyance.

La relation de la certitude à la vérité est inverse : c'est la découverte de la vérité qui entraîne la certitude. Il importe donc de s'interroger sur les critères qui permettent de distinguer la simple croyance de la connaissance.

Il faut donc distinguer l'opinion de la vérité. La vérité est ce qui s'oppose à la croyance, ou à l'opinion (la doxa), car croire que l'on sait, comme dans la croyance ou l'opinion, empêche de questionner ses certitudes, et donc de rechercher la vérité.

Platon, dans sa condamnation de l'opinion, insiste fortement sur le fait que les hommes, attachés à leurs opinions et croyant détenir la vérité, s'empêchent ainsi de la découvrir. L'opinion constitue un obstacle à la découverte de la vérité : en rester à l'opinion, c'est se satisfaire d'une apparence de savoir. Car l'opinion est relative, et dépend notamment des lieux et des hommes, ce qui n'est pas acceptable, puisque la vérité est universelle.

Mais il faut ajouter que l'opinion, même vraie, se distingue de la vérité. Détenir la vérité, ce n'est pas l'énoncer au hasard, mais savoir pourquoi ce que l'on dit est vrai. La justification est donc l'une des qualités qui accompagnent le vrai.

Platon souligne cela dans le Ménon. S'interrogeant sur ce qui différencie l'opinion correcte, ou vraie, de la connaissance, Socrate met en évidence que la connaissance, contrairement à l'opinion vraie, est assurée par un raisonnement. Ainsi, alors que l'opinion est changeante, jamais assurée d'elle-même, la connaissance sait pourquoi elle est vraie : on peut produire des raisons, des justifications à ce que l'on avance.

Une opinion vraie n'est pas un moins bon guide, pour la rectitude de l'action, que la raison. [...] Mais ces opinions ne consentent pas à rester longtemps en place, plutôt cherchent-elles à s'enfuir de l'âme humaine ; elles ne valent donc pas grand chose, tant qu'on ne les a pas reliées par un raisonnement qui en donne l'explication.

Platon

Ménon

IVe siècle avant J.-C.

Ce qui manque à l'opinion droite pour constituer un savoir, c'est une justification. Connaître, c'est pouvoir rendre raison de ce que l'on tient pour vrai.

Platon ne condamne pas l'opinion droite, c'est-à-dire l'opinion qui est dans le vrai : dans le domaine de l'action, elle se révèle très utile. Néanmoins, elle n'a pas la même valeur que la connaissance, car celui qui a une opinion vraie ne la possède pas comme il possède un savoir. La question qui se pose alors est de déterminer la façon dont on peut produire cette justification.

C

Rôle de la démonstration

Pour s'assurer de la vérité de ce que l'on pense, il importe de pouvoir justifier ce que l'on dit. En ce sens, la démonstration peut jouer le rôle de modèle dans l'élaboration de la vérité. Au sens large, la notion de démonstration se rapporte à tout type de preuve qu'une personne peut fournir pour appuyer ce qu'elle avance. Elle peut donc avoir le sens de justification.

Mais cette notion connaît aussi un usage plus restreint : il s'agit de la démonstration telle qu'elle est pratiquée dans les mathématiques. La démonstration est une forme de raisonnement caractérisée par le fait qu'elle se présente comme un système dont toutes les propositions sont démontrées et cohérentes entre elles.

Plus précisément, la démonstration est une forme de raisonnement qui tire des conclusions à partir de prémisses (points de départ du raisonnement) selon des modalités strictes. Les résultats de la démonstration sont nécessaires : ils ont été prouvés à l'intérieur du système.

On pourra se demander si la démonstration, telle qu'elle se pratique dans les mathématiques, peut servir de modèle pour l'établissement de la vérité dans tous les domaines du savoir et de l'action. Autrement dit, se demander si le raisonnement démonstratif est le seul moyen de garantir la vérité des connaissances, ou bien si d'autres sources de connaissance sont acceptables.

II

La recherche de la vérité

A

Le raisonnement déductif

1

Induction et déduction

Si la démonstration doit être le modèle de l'établissement de la vérité, il importe de s'intéresser plus avant à son mode d'établissement des propositions vraies.

La démonstration s'appuie sur un type de raisonnement particulier : le raisonnement déductif. Celui-ci doit être distingué d'un autre type de raisonnement : l'induction. Ces deux formes de raisonnement se différencient en fonction du lien établi entre les prémisses et la conclusion.

Prémisse

Une prémisse est une proposition, considérée comme évidente par elle-même ou démontrée dans un autre raisonnement, sur laquelle on base un raisonnement et une conclusion.

Dans un raisonnement inductif, c'est-à-dire dans une induction, on part d'observations pour établir une conclusion dont la vérité est probable. Je dis par exemple que tous les corbeaux observés jusqu'à présent sont noirs, et j'en tire la conclusion que tous les corbeaux sont noirs. Cette conclusion n'est que probable : il se peut qu'un jour on rencontre un corbeau blanc. L'induction part de la répétition de phénomènes particuliers pour en tirer une loi générale, mais pas nécessaire.

La déduction suit le cheminement inverse : partant de prémisses générales, elle les applique à un cas particulier. Ainsi, dans une déduction, si les prémisses sont vraies, alors la conclusion est nécessairement vraie. Aristote a défini le syllogisme comme le modèle du raisonnement démonstratif.

Syllogisme

Le syllogisme est un raisonnement formel qui établit une conclusion nécessaire déduite à partir des prémisses.

La phrase suivante est un syllogisme classique : tous les hommes sont mortels (prémisse majeure) ; or Socrate est un Homme (prémisse mineure) ; donc Socrate est mortel (conclusion).

Un syllogisme se fait en trois étapes : une prémisse majeure, une prémisse mineure, et une conclusion qui se déduit des deux prémisses. Pour qu'il soit valide, il faut :

  • Un terme moyen qui est sujet de la prémisse majeure et objet de la prémisse mineure (hommes).
  • Un terme majeur qui est objet de la prémisse majeure et objet de la conclusion (mortels).
  • Un terme mineur qui est sujet de la prémisse mineure et sujet de la conclusion (Socrate).
2

Les limites du raisonnement déductif

Le syllogisme peut être détourné pour constituer des faux raisonnements, les sophismes et les paralogismes. Ce sont des raisonnements qui ont l'apparence de la validité mais qui ne sont en fait pas valides logiquement. Les prémisses sont vraies, mais la conclusion ne l'est pas.

Sophisme

Un sophisme est un raisonnement qui, partant de prémisses vraies et obéissant aux règles de la logique, aboutit à une conclusion inadmissible.

Par exemple, on trouve dans la pièce Rhinocéros de Ionesco un sophisme célèbre. Le logicien dit en effet au vieux monsieur : "tous les chats sont mortels. Socrate est mortel. Donc Socrate est un chat." On peut voir que le raisonnement n'est pas valide (il ne s'agit pas d'un syllogisme), car le terme moyen et le terme majeur ne sont pas à leurs places habituelles.

Paralogisme

Un paralogisme est un raisonnement faux qui apparaît comme rigoureux. Contrairement au sophisme, dans lequel le locuteur a une volonté de tromper, dans le paralogisme le locuteur est de bonne foi.

Par exemple, le syllogisme suivant : "Tous les chats ont cinq pattes. Gros minou est un chat. Donc Gros minou a cinq pattes." Ce raisonnement est valide du point de vue de la logique, mais il s'appuie sur des prémisses fausses.

Le terme "sophisme" est issu des sophistes qui, dans la Grèce antique, enseignaient l'éloquence et l'art de la persuasion (généralement sans souci de la vérité). C'est précisément pour démasquer leur rhétorique parfois fallacieuse que les philosophes comme Aristote et Platon ont posé les bases de la logique.

Le raisonnement déductif est le type de raisonnement logique qui caractérise la démonstration. Mais il reste à déterminer comment fonctionne la démonstration mathématique.

B

Le modèle démonstratif mathématique

La démonstration, comme système qui produit des propositions vraies grâce à des conclusions nécessaires, permet d'établir la vérité. Elle constitue un modèle dans la recherche de la vérité.

C'est pourquoi Descartes a l'idée de faire une "mathématique universelle" : le raisonnement logique est applicable quels que soient les objets de connaissance, il permet donc à l'esprit d'accéder à toutes les vérités. Le modèle mathématique ne se cantonne plus aux connaissances mathématiques : il devient un modèle universel de la connaissance. Descartes va ainsi appuyer sa méthode de recherche de la vérité sur la méthode des mathématiques, ce qui produit le caractère certain des propositions qu'il avance.

Mais il reste à éclaircir un point du fonctionnement de la démonstration : si celle-ci permet d'établir de façon certaine la vérité à partir d'axiomes, ces axiomes eux-mêmes peuvent-ils être démontrés ?

La difficulté est la suivante : si l'on tente de démontrer les théorèmes utilisés, on est alors conduit à remonter de principes en principes jusqu'aux premiers fondements d'une théorie, ses premiers principes (ses axiomes).

En fait, au sein des mathématiques, il y a un certain nombre de propositions qui sont avancées sans être démontrées : la démonstration ne peut pas remonter à l'infini, il faut qu'elle ait un point de départ. Ce sont les axiomes : il s'agit de propositions dont aucun esprit sain ne peut douter. Hormis ces premiers principes, chaque terme introduit doit être rigoureusement défini, et chaque proposition avancée doit être démontrée.

Chaque théorème se trouve ainsi relié, par un rapport nécessaire, aux propositions dont il se déduit comme conséquence, de sorte que, de proche en proche, se constitue un réseau serré où, directement ou indirectement, toutes les propositions communiquent entre elles. L'ensemble forme un système dont on ne pourrait distraire ou modifier une partie sans compromettre le tout.

Blanché

L'Axiomatique

1955

Blanché met ici en évidence le fait que la démonstration permet de bâtir un système de connaissances au sein duquel les propositions, toutes démontrées, sont liées les unes aux autres.

C

Les limites de la démonstration

1

Le statut des axiomes

Un axiome désigne une vérité indémontrable qui doit être admise comme vraie. Les axiomes constituent donc la limite de la démonstration : ils ne peuvent pas être démontrés. Descartes souligne ainsi que ces propositions premières indémontrables sont immédiatement connues par l'esprit : leur vérité se voit d'elle-même. Ce sont donc des évidences, des "intuitions".

Les premiers principes ne peuvent être connus que par intuition ; et au contraire les conséquences éloignées ne peuvent l'être que par déduction.

Descartes

Règles pour la direction de l'esprit

1628

Descartes souligne donc que les premiers principes, c'est-à-dire ceux sur lesquels va être bâtie une théorie, ne peuvent être démontrés : ils font l'objet d'une saisie immédiate.

Ici, l'intuition ne désigne pas l'intuition sensible, c'est-à-dire le fait d'appréhender le monde extérieur grâce aux cinq sens (car celle-ci peut nous induire en erreur), mais l'intuition intellectuelle, c'est-à-dire l'acte par lequel l'esprit saisit immédiatement, sans intermédiaire, le vrai. Comme saisie immédiate du vrai, l'intuition n'a besoin ni d'être démontrée, ni d'être prouvée par l'expérience.

On ne voit pas comment on pourrait démontrer les axiomes eux-mêmes, étant donné que les axiomes sont les principes les plus élémentaires d'une théorie. Qu'est-ce qui permet alors d'affirmer la vérité des axiomes si on ne peut pas les démontrer ?

En tant que principes les plus élémentaires d'une théorie, les axiomes n'ont pas à être démontrés. Il importe alors de déterminer ce qui permet d'en affirmer la vérité. Pour cela, il est possible, comme le fait Pascal, de distinguer deux ordres de connaissance : celle de la raison et celle du cœur, qui donne accès à des vérités évidentes par elles-mêmes.

Les principes se sentent, les propositions se concluent et le tout avec certitude quoique par différentes voies et il est aussi inutile et aussi ridicule que la raison demande au cœur des preuves de ses premiers principes pour vouloir y consentir, qu'il serait ridicule que le cœur demandât à la raison un sentiment de toutes les propositions qu'elle démontre pour vouloir les recevoir.

Pascal

Pensées

1669

Il y a donc deux voies distinctes d'accès à une vérité certaine : le cœur fournit les premiers principes, et la raison démontre par la suite des propositions à partir d'eux. Ces deux modes d'accès au vrai garantissent la certitude.

L'intuition des premiers principes, évidents et certains, garantirait donc la vérité des connaissances mathématiques. Pourtant, les mathématiques modernes ont montré que l'intuition sensible joue un rôle déterminant dans la production des axiomes : ceux-ci ne seraient pas des idées évidentes en elles-mêmes, mais des idées tirées de l'intuition sensible.

2

Relativité des modèles logiques et mathématiques

L'histoire des mathématiques montre que ces premiers principes qui semblaient évidents en eux-mêmes se sont révélés partiellement faux. Par exemple l'idée que “le tout est plus grand que la partie” semble évidente. En réalité, dans le cas d'une partie infinie d'un ensemble infini, cela n'est pas vrai.

De la même manière, les axiomes de la géométrie euclidienne ne sont plus absolus. La géométrie euclidienne part du postulat que "par un point extérieur à une droite on peut faire passer une unique parallèle à cette droite". Or Riemann et Lobatchevski partent de postulats inverses :

  • Selon la géométrie de Riemann, par un point extérieur à une droite on ne peut faire passer aucune parallèle à cette droite.
  • Selon la géométrie de Lobatchevski, par un point extérieur à une droite on peut faire passer une infinité de parallèles à cette droite.

À partir de ces postulats, on peut enchaîner de façon rigoureuse la démonstration de théorèmes et mettre en place un système géométrique valide. On voit donc bien qu'un système déductif ne tient qu'à sa forme, indépendamment de l'évidence intuitive de ses propositions premières.

La notion d'évidence est ainsi remise en cause rapidement. Il semble qu'on ne puisse pas dire d'une proposition mathématique qu'elle est absolument "vraie" ou "fausse" car, à l'origine du raisonnement, se trouve toujours des axiomes posés intuitivement. En conséquence, on dira que la proposition est "vraie" ou "fausse" relativement à un ensemble d'axiomes donnés. C'est une des grandes limites de la démonstration mathématique.

Cette découverte de la dépendance des vérités mathématiques à leur cadre théorique donne lieu au développement de divers systèmes axiomatiques. Ainsi, on considère qu'une vérité démontrée ne l'est qu'à l'intérieur du système théorique particulier au sein duquel elle est insérée. Le choix du cadre théorique ne dépendra plus dès lors de son caractère vrai ou faux, mais de sa pertinence ou de son utilité quant à ce qui est à démontrer. C'est ce que souligne le mathématicien Poincaré.

Une géométrie ne peut pas être plus vraie qu'une autre ; elle peut seulement être plus commode.

Poincaré

La Science et l'Hypothèse

1902

Ce qui explique que l'on retienne un cadre théorique valide plutôt qu'un autre n'est pas qu'il est plus vrai, mais qu'il est plus commode − c'est-à-dire plus pertinent, plus efficace.

III

La valeur de la vérité

A

Vérité, croyance, opinion

1

Jugement objectif et jugement subjectif

Si les mathématiques proposent un modèle d'accès au vrai dans l'ordre de la connaissance, elles ne permettent pas d'appréhender la façon dont un sujet se rapporte à ce qu'il tient pour vrai. Il faudrait pour cela procéder à des distinctions afin de préciser les différentes manières dont un sujet se rapporte à ces jugements. Kant propose ainsi de distinguer entre l'opinion, la foi et le savoir.

L'opinion est une croyance qui a conscience d'être insuffisante subjectivement aussi bien qu'objectivement. Quand la croyance n'est suffisante que subjectivement, et qu'en même temps, elle est tenue pour objectivement insuffisante, elle s'appelle foi. Enfin celle qui est suffisante objectivement s'appelle savoir.

Kant

Critique de la raison pure

1781

Dans cet extrait, Kant distingue trois façons qu'a le sujet de tenir pour vrai quelque chose :

  • L'opinion : dans ce cas, le sujet sait que son jugement est insuffisant objectivement et subjectivement.
  • La foi : dans ce cas, le sujet sait que son jugement est insuffisant objectivement mais suffisant subjectivement.
  • Le savoir : dans ce cas, le sujet sait que son jugement est suffisant objectivement et subjectivement.

La différence majeure entre ces trois manières de tenir quelque chose pour vrai passe entre l'objectif et le subjectif : d'un côté des certitudes non justifiées objectivement (l'opinion et la foi), de l'autre une certitude justifiée objectivement et subjectivement (le savoir).

Il est donc possible de tenir pour vrais des jugements de différentes manières, bien que seule la certitude justifiée objectivement et subjectivement puisse prétendre être une connaissance.

2

Les différents types de vérités

Il est aussi possible de distinguer différents types de vérités, selon ce à quoi elles se rapportent. Leibniz propose ainsi une distinction entre les vérités de raison et les vérités de faits :

  • Dans les "vérités de raison", la vérité se dit d'un énoncé qui est vrai en lui-même, par les relations logiques entre ses termes. On y accède donc par la démonstration. Les vérités de raison sont nécessaires : leur opposé est impossible.
  • Dans les "vérités de fait", la vérité se dit d'un énoncé qui est vrai car il correspond au réel qu'il décrit. On y accède donc par l'expérience. Les vérités de faits sont contingentes : leur opposé est possible.
Contingent

Est contingent ce qui pourrait ne pas être, ou être autrement. Ce qui est contingent s'oppose à ce qui est nécessaire, c'est-à-dire qui ne peut pas ne pas être.

Cette distinction entre vérité de raison et vérité de fait met en évidence un autre mode d'accès à la vérité : l'observation et l'expérience. L'empirisme se fonde sur cette idée que l'expérience est au fondement de toute connaissance. Cette philosophie est théorisée par John Locke dans son Essai sur l'entendement humain (1690). Elle peut être résumée par le principe "il n'existe rien dans l'entendement qui n'ait auparavant été dans les sens".

Empirisme

L'empirisme est une doctrine philosophique qui fait de l'expérience sensible l'origine de toute connaissance.

L'expérience est le fondement de toutes nos connaissances, et c'est de là qu'elles tirent leur première origine.

Locke

Essais sur l'entendement humain

1690

L'expérience est la première étape de la connaissance. Avant elle, l'esprit est comme une page blanche : il n'y a donc pas de connaissances innées.

3

Le vrai comme efficacité

Il serait possible d'envisager une autre façon de rendre compte de la vérité d'un énoncé, en s'intéressant à son utilité. C'est ainsi que, pour le philosophe pragmatique William James, la vérité n'est pas une valeur en soi, mais dépend de la réussite de l'énoncé.

Pour lui, l'efficacité sur le monde de l'action permise par une idée ou discours vrai suffit à prouver leur vérité. Le vrai correspond alors à une adéquation réelle entre la pensée ou le discours et l'action efficace. Est donc vraie l'idée qui rend possible une action efficace.

B

La valorisation du vrai : une illusion ?

1

La position sceptique

La recherche de la vérité constitue une sorte d'exigence, d'idéal que toute entreprise philosophique devrait poursuivre. Néanmoins, est-il si certain qu'il soit possible d'accéder à une vérité certaine, absolue ? Cette recherche de la vérité n'est-elle pas vaine, parce qu'infinie ? C'est en tout cas ce que soutiennent les sceptiques.

Scepticisme

Le scepticisme (du grec skepsis, "examen") est une doctrine philosophique selon laquelle la pensée humaine ne peut déterminer aucune vérité avec certitude.

Le scepticisme est fondé par Pyrrhon d'Élis au IVe siècle avant J.-C. Son objectif n'est pas de nous faire éviter l'erreur, mais d'obtenir la quiétude de l'âme (ataraxie). En effet, admettre qu'il est impossible d'établir la vérité permet d'éviter les conflits de dogmes et la douleur que l'on peut ressentir en découvrant de l'incohérence dans ses certitudes.

Les sceptiques proposent deux arguments majeurs :

  • Le premier argument affirme que l'Homme n'a affaire qu'à des apparences, c'est-à-dire des phénomènes sensibles. Il est donc impossible de connaître les choses elles-mêmes, c'est-à-dire ce qu'elles sont au-delà de l'apparence sous laquelle elles apparaissent. La conséquence est qu'on ne peut affirmer de vérité ou de fausseté concernant les choses, mais seulement décrire la façon dont elles apparaissent ou dont elles nous affectent.
  • Le second argument affirme qu'à chaque thèse il est possible d'opposer une thèse contraire équivalente, sans posséder les moyens de trancher en faveur de l'une ou de l'autre. La conséquence est qu'il est impossible de ne rien affirmer avec certitude.

Le but n'est pas de dire que les choses n'existent pas, ou que l'Homme doit abandonner l'action, mais de souligner qu'il ne peut rien affirmer de certain ni de vrai. Le scepticisme invite à la suspension du jugement (apoché) : on ne doit pas se prononcer sur la vérité ou la fausseté des choses.

2

Le vrai comme consolation

On peut également penser que la vérité n'est qu'une illusion, inventée dans le but de se consoler. Ce reproche concerne surtout la vérité religieuse : croire en une vérité transcendante (un dieu ou un esprit) est une manière de se consoler des désillusions causées par la réalité, souvent source de déception. Nietzsche propose ainsi de concevoir la vérité comme une consolation nécessaire. En fait, la vérité ne serait qu'une invention de la métaphysique et de la religion. Les hommes, las de souffrir et incapables d'agir, se réfugieraient dans une croyance rassurante : celle d'un monde immuable permanent, qui correspond au monde des Idées chez Platon ou à "l'autre monde" de la religion. La vérité serait donc une "nécessité vitale".

Nietzsche critique cette vérité qui rassure mais qui maintient en quelque sorte dans l'illusion. Il ne faut pas vouloir la vérité, il faut au contraire assumer l'absence de vérité (car il n'y a ni vérité ni mensonge). Il y a uniquement la vie. Ce n'est pas parce que la vérité "sauve" qu'elle est vraie.

C

Faut-il toujours dire la vérité ?

Il s'agit alors de s'interroger sur le statut du mensonge. Car si la vérité revêt une valeur morale (l'exigence de ne pas occulter ou transformer la vérité, au risque d'abuser de la confiance d'autrui), on peut se demander s'il s'agit d'un devoir inconditionnel.

Le proverbe "toute vérité n'est pas bonne à dire" indique que certaines choses doivent être tues : on ne peut pas dire toujours la vérité, n'importe quand et à n'importe qui. La vérité peut en effet avoir des conséquences importantes : elle peut blesser et faire souffrir. L'occultation de la vérité peut ainsi être plus bénéfique : c'est le cas du domaine du secret d'État.

C'est notamment ce que défend Benjamin Constant, qui s'oppose à Kant au sujet "d'un prétendu droit de mentir par humanité".

Le principe moral que dire la vérité est un devoir, s'il était pris d'une manière absolue et isolée, rendrait toute société impossible. Nous en avons la preuve dans les conséquences directes qu'a tirées de ce premier principe un philosophe allemand, qui va jusqu'à prétendre qu'envers des assassins qui vous demanderaient si votre ami qu'ils poursuivent n'est pas réfugié dans votre maison, le mensonge serait un crime.

Benjamin Constant

Des réactions politiques

1797

Pour Constant, la vérité est certes un devoir, mais celui-ci ne doit pas être appliqué sans considération pour les circonstances particulières dans lesquelles on se trouve. Ici, puisqu'il s'agit de nuire à un individu, Constant souligne que l'on n'a pas de devoir de vérité envers la personne qui veut nuire à autrui.

Si la vérité est une exigence morale, elle peut parfois exiger qu'on la dévoile avec toutes les précautions nécessaires à la situation particulière dans laquelle on se trouve. Il ne s'agit pas de faire du mensonge une exigence, mais de souligner que la vérité ne doit pas toujours être dévoilée sans intelligence de la situation.

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