Première L 2015-2016
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Première L 2015-2016

Candide, La guerre (Chapitre 3)

Comment Candide se sauva d'entre les Bulgares et ce qu'il devint

Rien n'était si beau, si leste, si brillant, si bien ordonné que les deux armées. Les trompettes, les fifres, les hautbois, les tambours, les canons, formaient une harmonie telle qu'il n'y en eut jamais en enfer. Les canons renversèrent d'abord à peu près six mille hommes de chaque côté ; ensuite la mousqueterie ôta du meilleur des mondes environ neuf à dix mille coquins qui en infectaient la surface. La baïonnette fut aussi la raison suffisante de la mort de quelques milliers d'hommes. Le tout pouvait bien se monter à une trentaine de mille âmes. Candide, qui tremblait comme un philosophe, se cacha du mieux qu'il put pendant cette boucherie héroïque.

Enfin, tandis que les deux rois faisaient chanter des Te Deum chacun dans son camp, il prit le parti d'aller raisonner ailleurs des effets et des causes. Il passa par-dessus des tas de morts et de mourants, et gagna d'abord un village voisin ; il était en cendres : c'était un village abare que les Bulgares avaient brûlé, selon les lois du droit public. Ici des vieillards criblés de coups regardaient mourir leurs femmes égorgées, qui tenaient leurs enfants à leurs mamelles sanglantes ; là des filles éventrées après avoir assouvi les besoins naturels de quelques héros rendaient les derniers soupirs ; d'autres, à demi brûlées, criaient qu'on achevât de leur donner la mort. Des cervelles étaient répandues sur la terre à côté de bras et de jambes coupés.

Candide s'enfuit au plus vite dans un autre village : il appartenait à des Bulgares, et des héros abares l'avaient traité de même. Candide, toujours marchant sur des membres palpitants ou à travers des ruines, arriva enfin hors du théâtre de la guerre, portant quelques petites provisions dans son bissac, et n'oubliant jamais Mlle Cunégonde. Ses provisions lui manquèrent quand il fut en Hollande ; mais ayant entendu dire que tout le monde était riche dans ce pays-là, et qu'on y était chrétien, il ne douta pas qu'on ne le traitât aussi bien qu'il l'avait été dans le château de monsieur le baron avant qu'il en eût été chassé pour les beaux yeux de Mlle Cunégonde.

Voltaire

Candide

1759

I

Le spectacle de la guerre

  • La guerre est présentée comme un spectacle.
  • Les adjectifs sont élogieux et sont utilisés avec l'adverbe d'intensité "si" : "si beau", "si leste", "si brillant", "si bien ordonné". C'est une parade.
  • On assiste à un spectacle sonore : "les trompettes", "les fifres", "les hautbois", "les tambours", "les canons".
  • La guerre arrive avec la mention des "canons".
  • Il y a l'idée d'une armée qui vient de l'"enfer". C'est le contraire de l'harmonie.
II

La métaphore des soldats de plomb

  • Il y a une métaphore des soldats de plomb qui sont facilement "renversés".
  • Les soldats sont COD de la phrase et non pas sujet : "les canons renversèrent d'abord".
  • Les soldats sont tous les mêmes. Il y a une déshumanisation, leur nombre ne compte pas vraiment : "à peu près", "environ", "quelques milliers".
  • La mort de milliers de soldats se fait dans l'indifférence.
  • Les soldats ne comptent pas plus que des jouets.
III

La cruauté de la guerre

  • Le registre pathétique est utilisé pour énumérer les victimes de la guerre, qui sont des êtres sans défense, des vieillards, des femmes et des enfants. Ces victimes sont tuées de façon terrible : "criblés de coups", "égorgées", "éventrées", "à demi brûlées".
  • Les détails des corps servent à choquer le lecteur : "femmes égorgées", "mamelles sanglantes", "filles éventrées", "des cervelles étaient répandues", "de bras et de jambes coupés".
  • La cruauté de la guerre s'illustre déjà dans l'absurdité du combat. Les deux armées se ressemblent. Elles chantent toutes les "Te Deum".
  • L'armée devient un oxymore : "boucherie héroïque".
    C'est une dénonciation de la guerre, elle n'est pas héroïque.
IV

Une critique des philosophes

  • Voltaire livre ici une critique des philosophes qui défendent la guerre comme juste : "Les canons renversèrent d'abord à peu près six mille hommes de chaque côté ; ensuite la mousqueterie ôta du meilleur des mondes environ neuf à dix mille coquins qui en infectaient la surface". Association des victimes à des "coquins". Il y a l'idée qu'elles sont nuisibles : "infectaient".
  • Voltaire, avec ironie, fait semblant de justifier la guerre d'un point de vue philosophique : "ôta du meilleur des mondes". L'expression "meilleur des mondes" rappelle la philosophie optimiste du personnage de Pangloss et du philosophe Leibniz.
  • Il y a une moquerie ad hominen des philosophes avec une comparaison pour désigner la lâcheté : "Candide, qui tremblait comme un philosophe".
V

Une critique de la politique

  • Voltaire critique les rois qui règlent leurs conflits au prix de nombreuses vies humaines.
  • Il dénonce l'utilisation de la religion pour légitimer la guerre : "les deux rois faisaient chanter des te deum chacun dans son camp".
  • La religion est utilisée pour justifier la barbarie.
  • Voltaire critique les rois qui laissent leur peuple innocent se faire massacrer sans le protéger.
    Il fait une critique du droit : "c'était un village abare que les Bulgares avaient brûlé, selon les lois du droit public".

Comment la guerre est-elle perçue dans ce texte ?

I. Un spectacle
II. Un combat absurde
III. La cruauté de la guerre

Comment Voltaire dénonce-t-il la guerre ?

I. La comparaison aux soldats de plomb
II. L'ironie
III. La satire politique et religieuse

Pourquoi la guerre est-elle absurde ?

I. Les deux armées se ressemblent
II. Les victimes sont innocentes
III. La religion légitime la barbarie

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