Sommaire
ILe genre poétiqueALes formes poétiquesBLa versification1Les vers2Les strophes3Les rimesIIDécouvrir le mondeALa poésie et la natureBCapturer une sensation éphémèreCDécouvrir la magie des motsIIIRecréer le mondeAL'objet du quotidienBSe métamorphoserCLe calligrammeDLes associations d'idées Ce contenu a été rédigé par l'équipe éditoriale de Kartable.
Dernière modification : 28/08/2025 - Conforme au programme 2025-2026
Le mot « poésie » trouve son origine dans le grec ancien poien (ποίησις) qui signifie « action de faire, création ». Au sens large, les poètes, les créateurs, réalisaient des chants, des récits en vers ou en métrique. À force, la racine s'est associée à la création poétique.
La poésie est un genre littéraire qui se décline sous plusieurs formes.
Le genre poétique
Les formes poétiques
La poésie se décline sous différentes formes. Toutes ces formes sont régies par une versification et une définition strictes :
- le sonnet (2 quatrains + 2 tercets) ;
- l'épître (poème élogieux sous forme de lettre) ;
- le rondeau (poème médiéval avec refrain, structure en 3 strophes, rimes embrassées) ;
- la ballade (poème à forme fixe médiévale, 3 strophes + envoi, vers et rimes répétées) ;
- l'ode (poème lyrique célébrant un sujet noble ou héroïque, sans forme fixe) ;
- le poème en vers libres (retours à la ligne, pas de vers réguliers ni de rimes régulières) ;
- le poème en prose (poème sans versification) ;
- l'églogue (poème pastoral) ;
- l'épopée (long poème narratif en vers, célébrant les exploits d'un héros) ;
- l'hymne (chant ou poème solennel à la gloire d'un dieu, d'une idée, d'un héros) ;
- le pantoum (originaire de Malaisie, reprises de vers dans un ordre spécifique) ;
- le haïku (poème court japonais en 17 syllabes) ;
- le calligramme (la disposition graphique des mots forme une image).
La poésie prend plusieurs formes :
- la poésie en vers réguliers : retours à la ligne, majuscules en début de vers, versification stricte ;
- la poésie en vers libres : pas de régularité dans les rimes, majuscules en début de vers, retours à la ligne, peu voire pas de ponctuation ;
- la poésie en prose : pas de retours à la ligne, accumulation de figures de style, de rimes internes aux vers.
La versification
Versification
La versification est l'ensemble des règles que le poète doit respecter pour créer un poème selon la forme qu'il choisit.
Les vers
Il existe différents types de vers en fonction du nombre de syllabes (ou pieds).
Vers | Nombre de syllabes | Exemple |
---|---|---|
Hexasyllabe | Vers de 6 syllabes | « Il / pleu / re / dans / mon / cœur / » |
Heptasyllabe | Vers de 7 syllabes | « Dans / la / prai / rie / ver / tu / euse » |
Octosyllabe | Vers de 8 syllabes | « Mi / gnon /ne, al / lons /voir / si / la / rose » |
Décasyllabe | Vers de 10 syllabes | « Je / vis, / je / meurs, / je / me / brû / le et / me / noie » |
Alexandrin | Vers de 12 syllabes | « De/ main,/ dès / l'au/ be, à / l'heu / re où / blan / chit / la / cam / pagne » |
La lettre « e » ne se prononce pas toujours dans un vers (et le vers aura donc un nombre de syllabes différent) :
Le son [e] ne se prononce pas | Quand il est en fin de vers | « Mignonne, allons voir si la rose » |
Le son [e] ne se prononce pas | Quand il est suivi d'une voyelle | « Par terre et sur les toits » |
Le son [e] se prononce | Quand il est suivi d'une consonne | « Il pleure dans mon cœur » |
Les strophes
La strophe est un ensemble de vers.
Type de strophe | Nombre de vers | Exemple |
---|---|---|
Distique | Strophe de 2 vers | « Dans le vieux parc solitaire et glacé, Deux formes ont tout à l'heure passé. » |
Tercet | Strophe de 3 vers | « Quel bonheur ! quelle victoire ! Quel triomphe ! quelle gloire ! Les Amours sont désarmés. » |
Quatrain | Strophe de 4 vers | « J'ai prié le glaive rapide De conquérir ma liberté Et j'ai dit au poison perfide De secourir ma lâcheté. » |
Quintil | Strophe de 5 vers | « Repose‑toi, jeune maîtresse. Fais grâce au troupeau qui me suit. Je te fais sultane et princesse : Laisse en paix les compagnes, cesse D'implorer leur mort chaque nuit. » |
Sizain | Strophe de 6 vers | « Chastes buveuses de rosée, Qui, pareilles à l'épousée, Visitez le lys du coteau, Ô sœurs des corolles vermeilles, Filles de la lumière, abeilles, Envolez‑vous de ce manteau ! » |
Le poème « Heureux qui comme Ulysse », écrit par Joachim Du Bellay en 1558, est un sonnet : c'est un poème composé de deux quatrains et de deux tercets.
Les rimes
Rimes
Les rimes sont les jeux de sonorités que l'on perçoit à la fin des vers.
« Souvent, pour s'amuser, les hommes d'équipage
Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,
Qui suivent, indolents compagnons de voyage,
Le navire glissant sur les gouffres amers. »
Il existe trois types de rimes en fonction du nombre de sonorités communes :
Type de rime | Sonorités | Exemple |
---|---|---|
Rimes pauvres | 1 sonorité commune | beau / oiseau |
Rimes suffisantes | 2 sonorités communes | voyage / usage |
Rimes riches | 3 sonorités communes ou plus | partition / scansion |
Selon la disposition des rimes dans les strophes, il existe trois formes d'enchaînements de rimes.
Enchaînement de rimes | Schéma | Exemple |
---|---|---|
Rimes plates/suivies | AABB | « Le soleil est toujours riant, (A) |
Rimes croisées | ABAB | « Par les soirs bleus d'été, j'irai dans les sentiers, (A) |
Rimes embrassées | ABBA | « À l'ombre des oiseaux c'est l'océan troublé (A) Puis le beau temps soudain se lève et tes yeux changent (B) L'été taille la nue au tablier des anges (B) Le ciel n'est jamais bleu comme il l'est sur les blés (A) » |
Découvrir le monde
Le genre poétique permet de découvrir la magie du langage poétique. L'assemblage de mots, de sons et d'idées donnent un pouvoir à la poésie : celui de découvrir le monde de manière poétique.
La poésie et la nature
Le poète emploie le champ lexical de la nature pour créer un paysage poétique.
Dans mon poème
il y a une jungle
des fleuves
des volcans impétueux
et un chapelet d'îles minuscules
pareilles à des trouées de lumière
dans la nuit verte des étoiles
Il y a une petite communauté humaine
dans mon poème
des peintre naïfs
quelques statues précolombiennes
et le bruissement des langues
chuchotées sous la canopée
Il y a des oiseaux de jour
et des oiseaux de nuit
une pierre tombée d'on ne sait où
et une jeune femme qui traverse
l'archipel en pirogue
Ne me demandez pas
si le jaguar est présent dans mon poème
Il en est sorti d'un bond
quand il a su qu'on parlerait de lui.
Bruno Doucey
La vie est belle
2019
Dans ce poème en vers libres, le poète invite le lecteur à le suivre non seulement dans le poème mais aussi à travers un paysage truffé d'insectes, de végétation luxuriante, de flore et de faune. Le poème est une invitation au voyage. Le lecteur découvre une façon poétique de décrire le monde qui l'entoure.
Capturer une sensation éphémère
Les haïkus, poèmes très courts, sont apparus aux XVIIIe siècle au Japon et se sont ensuite diffusés ensuite dans de nombreux pays admirateurs de la culture japonaise.
L'herbe des champs
Libère sous mes semelles
Son parfum.
Shiki Masaoka
XIXe siècle
Le jeu du soleil
Sur le tronc du chêne,
Le temps d'un bonheur.
Guillevic
XXe siècle
Pétale après pétale
Tombent les roses jaunes
Le bruit du torrent.
Bascho
XVIIe siècle
Nées de dégel
Pour mon pinceau recueillies
Quelques gouttes d'eau pure.
Bascho
XVIIe siècle
Manger du raisin
Une grappe après l'autre
Comme une grappe de mots.
Nakamura Kusatao
XXe siècle
Ces petits poèmes évoquent avec simplicité la nature, les saisons, des sensations. Ils s'efforcent de capturer un moment instantané ou des images en peu de mots, en ménageant souvent un effet de surprise au dernier vers.
Les figures de style (comme la comparaison au haïku 5) rendent poétiques ces petits écrits.
Découvrir la magie des mots
Le monde sert d'inspiration aux poètes et poétesses. C'est en observant le monde et en le transcrivant sous la forme poétique que l'auteur invite le lecteur à découvrir les mots sous toutes ses formes.
Je te blatte
Je te cétoine
Je te cicindèle
Je te grillonne
Je te piéride
Je te scorpionne
Je te bombyxe la ronce et le mûrier
Je te frelonne et refrelonne
Je te coccinelle
Je t'éphémère.
Joëlle Brière
« Insectomania », Pinpanicaille
1999
Dans ce poème, la poétesse crée un jeu de langage original et amusant en transformant les noms d'insectes. En effet, le nom commun de l'insecte est transformé en verbe conjugué. Chaque verbe conjugué correspond à un insecte donc, à une action de l'insecte. L'imaginaire du lecteur est sollicité pour inventer l'action véhiculée par le verbe. De fait, la poésie permet de rendre poétique les vies minuscules, ici les insectes.
Recréer le monde
Le genre poétique permet également de recréer le monde. La poésie a donc un pouvoir d'évocation : elle permet de rendre poétique un objet, un animal, une notion, qui n'est pas poétique de prime abord.
L'objet du quotidien
La poésie permet de donner un aspect poétique à des objets triviaux, banals, des objets du quotidien. Le poète nous invite à considérer des objets familiers comme s'ils étaient extraordinaires.
La surface du pain est merveilleuse d'abord à cause de cette impression quasi panoramique qu'elle donne : comme si l'on avait à sa disposition sous la main les Alpes, le Taurus ou la Cordillère des Andes.
Ainsi donc une masse amorphe en train d'éructer fut glissée pour nous dans le four stellaire, où durcissant elle s'est façonnée en vallées, crêtes, ondulations, crevasses... Et tous ces plans dès lors si nettement articulés, ces dalles minces où la lumière avec application couche ses feux, - sans un regard pour la mollesse ignoble sous-jacente.
Ce lâche et froid sous-sol que l'on nomme la mie a son tissu pareil à celui des éponges : feuilles ou fleurs y sont comme des sœurs siamoises soudées par tous les coudes à la fois. Lorsque le pain rassit ces fleurs fanent et se rétrécissent : elles se détachent alors les unes des autres, et la masse en devient friable...
Mais brisons-la : car le pain doit être dans notre bouche moins objet de respect que de consommation.
Francis Ponge
Le Parti pris des choses
1942
Dans ce poème en prose, Francis Ponge prend un objet très ordinaire – le pain – et le transforme en un petit univers. Il parle de la croûte comme on parlerait de montagnes : « vallées, crêtes, ondulations, crevasses… » : c'est comme s'il regardait une planète sous ses yeux. Puis, il décrit l'intérieur du pain (la mie) comme un sous-sol froid et mou, avec des textures comparées à une éponge, des « feuilles ou fleurs » collées ensemble. Ponge va encore plus loin : il fait de la cuisson du pain une mini-genèse – la création d'un monde, en parlant d'une « masse amorphe » qu'on met dans un « four stellaire » pour façonner ce paysage. Et puis, à la fin, il nous rappelle que le pain ne doit pas rester une image ou un symbole : « brisons‑la ! […] moins objet de respect que de consommation. » Il transforme l'objet du quotidien en poème, puis nous invite à le manger avec plaisir.
Se métamorphoser
La métamorphose est une transformation d'un état à un autre. Elle a été introduite en littérature par Ovide, grâce à son œuvre Métamorphoses (Ier siècle après J.-C). Le poète adopte le point de vue d'un élément pour lui donner vie et le personnifier.
La personnification est une figure de style permettant d'attribuer des traits humains à des objets, des animaux ou des éléments cosmiques.
Si j'étais un nuage
j'observerais les trains
ces chenilles dodues
avec leur nez pointu
je prendrais les forêts
pour mes lointains cousins
verts sombres moutonnants
et je m'inquièterais
de les voir déplumées
dès que l'hiver s'installe
je compterais les carrés
dessinés par les champs
je chercherais les haies
rasées coupées absentes
Je serais chagriné
de survoler autant
de zones commerciales
pas assez d'herbes folles
je me sauverais vite
emporté par le vent
pour aller chatouiller
le sommet des montagnes
et terminer ma course
en larmes dans la mer
Marie Pavlenko
« Si j'étais un nuage », La Main rivière
2024
Dans ce poème, la poétesse personnifie le nuage ou elle se métamorphose en nuage et lui donne la parole. La poétesse montre au lecteur le voyage d'un nuage qui observe les paysages de la Terre. En adoptant le point de vue d'un nuage, la poétesse donne la voix à des éléments muets et permet au lecteur de re-découvrir le monde grâce à la vision d'un autre élément. Ce poème est aussi engagé (« Je serai chagriné / de survoler autant / de zones commerciales / pas assez d'herbes folles ») car la poétesse dénonce la disparition de la nature au profit de la constructions de bâtiments non naturels. Par ce biais, elle entend chanter le monde pour le protéger.
Le calligramme
Calligramme
Le calligramme est un poème dont la forme est un dessin. Ce dessin est représentatif du thème évoqué. Il a été théorisé par Guillaume Apollinaire au début du XXe siècle.

« La Cravate et la montre »
Calligrammes, Guillaume Apollinaire, 1918
Les associations d'idées
En poésie, un mot en amène un autre, puis un autre. L'association d'idées permet de coucher une idée et de cette idée découle une autre idée. À l'issue de cet effet domino littéraire, un poème se crée.
Il était une feuille avec ses lignes -
Ligne de vie
Ligne de chance
Ligne de cœur -
Il était une branche au bout de la feuille -
Ligne fourchue signe de vie
Signe de chance
Signe de cœur -
Il était un arbre au bout de la branche -
Un arbre digne de vie
Digne de chance
Digne de cœur -
Cœur gravé, percé, transpercé,
Un arbre que nul jamais ne vit.
Il était des racines au bout de l'arbre -
Racines vignes de vie
Vignes de chance
Vignes de cœur -
Au bout des racines il était la terre -
La terre tout court
La terre toute ronde
La terre toute seule au travers du ciel
La terre.
Robert Desnos
« Il était une feuille », Les Portes battantes
1936
Dans ce poème, chaque mot en amène un autre. Par l'emploi des paronomases (figure de style qui consiste à rapprocher deux mots dont la sonorité est proche, comme dans « digne »/« vigne »), des rimes, des mots concrets et abstraits, le poète nous invite à nous interroger sur la métaphore entre la feuille de papier et la feuille d'un arbre : toutes deux donnent la vie, une vie poétique et une vie biologique. La feuille, dans les deux cas, est source de vie.