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  4. Cours : Créer, recréer le monde : récit des origines

Créer, recréer le monde : récit des origines Cours

Sommaire

ILes récits de création dans les textes polythéistesALes différents textes polythéistes1L'Épopée de Gilgamesh2Les mythesBLes thèmes abordés dans les textes polythéistes1La création du monde2La création de l'homme et de la femme3Le Déluge4L'origine des phénomènes naturelsIILes récits de création dans les textes monothéistesALes textes monothéistes1La Torah et la Bible2Le CoranBLes thèmes abordés dans les récits monothéistes1La création du monde2L'origine de l'homme et de la femme3Le DélugeIIILes récits de création à travers le mondeALes récits de création, de re-créationBLes thèmes abordés dans les récits du monde1La création du monde2La création des êtres vivants3Recréer le monde

Ce contenu a été rédigé par l'équipe éditoriale de Kartable.

Dernière modification : 28/08/2025 - Conforme au programme 2025-2026

Plusieurs textes dans le patrimoine mondial culturel et littéraire rendent compte que l'homme s'est toujours interrogé sur l'origine du monde et sur l'humanité. Ces questionnements se retrouvent dans des récits de création du monde appelés encore « cosmogonies » en faisant référence à la naissance d'un ordre (cosmos) là où avant régnait le désordre (chaos). Ces récits de création sont présents dans les textes polythéistes, dans les textes monothéistes et dans les mythes et contes étiologiques (qui réfèrent aux origines du monde). Les thèmes abordés sont la création du monde, l'origine de l'homme et de la femme, le Déluge, le renouveau. Avec des points communs et des différences, tous ces récits de création abordent des questions fondamentales propres à l'homme comme l'origine du monde, la place de l'être humain dans la nature et dans l'Univers, le comportement des êtres humains.

I

Les récits de création dans les textes polythéistes

Les principaux textes polythéistes (religions dans lesquelles il y a plusieurs dieux) sont l'épopée de Gilgamesh et les mythes. Les thèmes abordés sont la création du monde, l'origine de l'homme et de la femme, le Déluge.

A

Les différents textes polythéistes

1

L'Épopée de Gilgamesh

L'Épopée de Gilgamesh est le plus ancien récit connu. C'est un long poème qui raconte les aventures et les exploits de Gilgamesh, le roi du pays de Sumer situé en Mésopotamie. Il est reconnu pour être le cinquième roi après le Déluge. Il aurait régné vers 2600 av. J.-C. sur Uruk, une ville fondée au Ve millénaire av. J.-C. C'est un roi divinisé.

L'Épopée de Gilgamesh a été découverte et déchiffrée à la fin du XIXe siècle. Les premiers épisodes ont été écrits en 2500 av. J.-C. L'écriture des récits de l'Épopée de Gilgamesh a connu des modifications et des ajouts jusqu'à environ 1000 av. J.-C. Les archéologues ont retrouvé environ deux tiers de la totalité du texte sur des tablettes d'argile en écriture cunéiforme, l'écriture qui était pratiquée en Babylonie (actuellement l'Irak).

L'histoire de Gilgamesh était très connue dans cette partie du monde : les auteurs de la Bible en ont eu certainement connaissance et ils l'ont reprise, avec des modifications, dans la Genèse. L'Épopée de Gilgamesh apparaît donc comme le texte source de tous les textes fondateurs. Il traverse les frontières et les siècles pour parvenir en Palestine et en Grèce, inspirant à la fois la mythologie gréco-romaine et la Bible.

2

Les mythes

Les mythes antiques du monde gréco-romain abordent également le récit de la création du monde et des hommes. Les dieux jouent un rôle très important. On retrouve des mythes partout dans le monde.

Mythe

Un mythe est un récit qui explique les phénomènes naturels comme l'origine de l'Univers ou les grands sentiments humains comme l'angoisse, le désir.

Les mythes illustrent et justifient les règles de conduite à suivre et à respecter pour assurer une bonne organisation de la vie collective.

Les mythes antiques sont écrits par des auteurs comme Virgile et Tite-Live ou encore Ovide qui en a repris plusieurs dans les Métamorphoses. Les Métamorphoses, écrites en vers et en latin par le poète Ovide au Ier siècle apr. J.-C., sont un vaste recueil de plus de deux cents récits mythologiques. Chaque mythe est fondé sur une métamorphose.

Métamorphose

Le mot « métamorphose » vient du préfixe grec méta- qui indique un changement, et du nom morphê qui signifie « forme ». La métamorphose est donc le passage d'une forme à une autre.

Chaque civilisation humaine a créé ses mythes. On distingue ainsi :

  • Les mythes des habitants de l'Europe du Nord : ils sont réunis dans l'Edda poétique qui constitue la plus importante source des connaissances sur la mythologie de l'Europe du Nord. Le plus célèbre de ces poèmes s'intitule « Völuspá ».
  • Les textes des premiers habitants d'Australie : les Aborigènes proposent des récits de création. Le « temps du rêve » explique les origines de leur monde, de l'Australie et de tous ses habitants.
B

Les thèmes abordés dans les textes polythéistes

1

La création du monde

Les différents textes polythéistes, l'Épopée de Gilgamesh et les mythes de diverses civilisations abordent la question de la création du monde. C'est une question essentielle qui permet d'expliquer pourquoi les êtres humains existent.

Un dieu, si ce n'est la bienfaisante Nature elle-même, mit fin à cette lutte, en séparant la terre du ciel, l'eau de la terre, et l'air le plus pur de l'air le plus épais. Quand il eut débrouillé ce chaos et séparé les éléments en indiquant à chacun d'eux la place qu'il devait occuper, il établit entre eux une éternelle harmonie. Puis il façonna d'abord la terre encore inégale par certains côtés, et l'arrondit en un globe immense.

Le dieu crée ensuite les vents, les cours d'eau, les montagnes, une région brûlante au milieu du globe, des régions éternellement enneigées aux pôles et entre elles des régions tempérées.

Ovide

Métamorphoses

Ier siècle apr. J.-C.

La création du monde suit un ordre logique et précis : une mise en ordre générale pour sortir la Terre du chaos, la séparation de chaque partie, la création des éléments et des régions avec des climats différents. La création se fait en plusieurs étapes qui sont toutes liées et qui permettent d'obtenir un résultat harmonieux.

2

La création de l'homme et de la femme

Les différents textes polythéistes, l'Épopée de Gilgamesh et les mythes de diverses civilisations, abordent la question de la création de l'homme et de la femme par les dieux.

Un animal plus noble, doté d'une intelligence plus élevée, et fait pour commander aux autres, manquait encore. L'homme naquit : soit que l'ouvrier sublime, qui a créé l'Univers à partir du chaos, l'ait formé à partir d'une semence divine ; soit que le fils de Japet ; détrempant avec de l'eau l'argile de la terre, l'ait façonné à l'image des dieux. Tandis que les autres animaux courbent la tête et regardent la terre, l'homme porta ses regards vers les cieux. Ainsi la terre, qui n'était auparavant qu'une masse informe et grossière, donna naissance au premier des humains.

Ovide

Métamorphoses, livre I

Ier siècle apr. J.-C

À la suite de la création du monde vient la création de l'homme. L'homme est supérieur à toutes les autres créatures, comme le suggèrent le comparatif de supériorité « d'une intelligence plus élevée » et la locution conjonctive de comparaison « tandis que ». Ovide propose deux hypothèses à l'origine de l'homme sans pour autant évoquer la naissance de la femme :

  • L'homme est créé par le dieu tout-puissant, « l'ouvrier céleste », à l'aide d'une « semence divine ».
  • L'homme est créé par le fils de Japet, c'est-à-dire Prométhée, à l'aide de l'eau et de la terre.

Dans les deux cas, l'homme est créé à l'image des dieux et en tire ainsi une idée de perfection.

3

Le Déluge

Le thème du Déluge est un thème fondateur dans de nombreuses civilisations. Il apparaît dans l'Épopée de Gilgamesh et dans les mythes. Le Déluge est décidé par les dieux pour punir le mauvais comportement des hommes, leur orgueil démesuré, leur désobéissance.

« Voici ce que tu vas faire. Commence par démolir ton palais et récupères-en le bois. […] Utilise-le pour construire ton refuge : une Arche, en forme de cubes, de soixante mètres d'arête. Répartis sa hauteur sur sept étages, autour d'un mât central qui servira de support. Aménage neuf chambres par niveau où tu entreposeras tout ce qu'il te faut pour vivre, à ta femme et à toi. Ensuite, attends mon signal. […] La fin du monde est proche. »
Tu imagines mon trouble, après une telle révélation ! ajoute Outa-naphisti. […]
Le compte à rebours était lancé. Nous attendions le grand commencement.
Tout se figea soudain. Les bêtes et les choses savaient et se taisaient.
Alors un choc sourd, au fin fond de l'espace, fracassa les digues du ciel et toutes ses réserves d'eau douce roulèrent en grondant, déchiquetèrent la voûte céleste et s'abattirent sur la terre.
Les villes furent balayées d'un coup et les hommes, hachés comme de la paille. Rien ne résista. Tout fut broyé, battu, liquéfié.

Jacques Cassabois

Le Premier Roi du monde : l'épopée de Gilgamesh, Paris, © Le Livre de poche jeunesse

2008

Commandé par les dieux, le Déluge ressemble à un gigantesque tsunami qui engloutit tout sur son passage : nature, animaux, villes et hommes. Comme dans les religions monothéistes, un homme est sauvé parce qu'il est bon et juste : il s'appelle Outa-naphisti. Ce dernier aidera, par sa bonté, sa générosité, sa franchise, son calme, sa confiance, à reconstruire une civilisation humaine pour faire comprendre aux hommes le bon comportement à adopter pour vivre heureux.

4

L'origine des phénomènes naturels

Dans les récits de création datant de l'Antiquité, on trouve de nombreux textes expliquant l'origine de phénomènes naturels comme la pluie, le tonnerre, les tempêtes, les éclairs, les tremblements de terre, etc. Les récits expliquent leur origine. Ces phénomènes sont l'œuvre des dieux tout-puissants, créateurs du monde. Par ces phénomènes, les dieux cherchent également à punir les hommes de leurs défauts comme l'orgueil, la jalousie, la coquetterie, l'avarice.

Jupiter enferma l'Aquilon, le vent capable d'écarter les nuages, et libéra le Notus, le vent du sud qui amène la pluie. Le Notus lève son visage effrayant, aussi sombre que la poix. Il déploie ses ailes, il secoue sa barbe blanche, ses cheveux ruisselants. D'une main, il presse le ventre des nues, et des cataractes se déversent. Aussitôt Iris, la messagère des dieux à la robe d'arc-en-ciel, aspire l'eau pour en nourrir les nuages.

Françoise Rachmül (adaptation), Ovide

16 Métamorphoses d'Ovide, © Flammarion Jeunesse

2010

Le dieu des dieux, Jupiter, convoque d'autres dieux afin de créer une tempête. L'auteur nous donne ainsi les détails et les différentes étapes de cette création : le vent apparaît, le Notus, l'eau abondante est délivrée et retourne aux nuages grâce à Iris. La pluie, soutenue par le vent, peut ainsi s'abattre sur le monde.

II

Les récits de création dans les textes monothéistes

Les textes monothéistes sont les textes de religions monothéistes, donc de religions dans lesquelles il n'y a qu'un seul dieu. Les thèmes abordés sont les mêmes que ceux des textes polythéistes : la création du monde, l'origine de l'homme et de la femme et le Déluge.

A

Les textes monothéistes

1

La Torah et la Bible

La Torah est composée de 39 livres, c'est le texte sacré des juifs. La Bible rassemble 73 livres, c'est le texte sacré des chrétiens.

Le texte sacré des juifs, la Torah, comprend 39 livres. Torah signifie « la Loi » en hébreu. Ce texte raconte la création du monde et la vie des Hébreux. On y trouve les épisodes comme la chute d'Adam et Ève, le Déluge, et les vies de divers saints comme Noé, Abraham, Moïse et Salomon.

Le texte sacré des chrétiens est la Bible. Le mot « Bible » vient du grec biblia qui signifie « livres ». La Bible est un ensemble de livres écrits par plusieurs auteurs, connus ou anonymes. La plupart des récits bibliques sont transmis oralement avant d'être rapportés par écrit : les plus anciens datent d'environ 1800 av. J.-C. et n'ont été écrits que bien plus tard. La Bible est composée de 73 livres divisés en deux parties :

  • L'Ancien Testament raconte ce qui s'est passé avant la naissance de Jésus-Christ. Ce texte reprend en grande partie la Torah. Il comprend 46 livres.
  • Le Nouveau Testament concerne les événements de la vie de Jésus-Christ, les récits des Apôtres, les quatre Évangiles (ceux de Matthieu, Marc, Luc et Jean) ainsi que des lettres de Paul.

La Torah et la Bible sont des livres très anciens qui s'interrogent sur la création du monde et de l'humanité. Ces histoires peuvent être lues et découvertes en dehors de toute croyance religieuse. Elles invitent à la réflexion et au questionnement et ont inspiré de nombreux artistes en Occident : peintres, musiciens, écrivains, etc.

2

Le Coran

Le Coran est le texte sacré de l'islam. Il a été rédigé au VIIe siècle apr. J.-C. Il est composé de différentes sourates.

Le mot « coran » signifie « récitation » en arabe. Les musulmans considèrent que le Coran a été dicté au prophète Mahomet (ou Mohammed) par Dieu afin qu'il le transmette aux hommes. Ne voulant transmettre la parole sacrée qu'oralement, le prophète Mahomet l'a récitée entre 610 et 632, c'est-à-dire jusqu'à sa mort. Le Coran a été fixé à l'écrit quelques années plus tard.

Le Coran forme un seul livre. Il est écrit en arabe poétique. On retrouve dans le Coran de nombreuses allusions aux passages de la Bible : cela prouve que le prophète Mahomet connaissait ces textes.

Les chapitres du Coran sont divisés en « sourates ». Chaque sourate est elle-même divisée en versets, qui ressemblent à de petits paragraphes dans un récit ou à des strophes dans un poème.

Comme la Torah ou la Bible, le Coran est un texte fondamental qui a inspiré de nombreux artistes, notamment en Orient dans le monde musulman. La culture orientale repose en grande partie sur ce texte et le Coran influence différentes formes artistiques : peintures, architectures, livres, etc.

B

Les thèmes abordés dans les récits monothéistes

1

La création du monde

Dans la Bible, le récit de la création du monde se situe dans la Genèse, dans l'Ancien Testament. Le mot « genèse » vient du grec genesis et signifie « naissance, origine ».

Au commencement, Dieu créa les cieux et la terre. […] Dieu dit : « Que la lumière soit ! »Et la lumière fut. […] Dieu dit : « Qu'il y ait une étendue entre les eaux, et qu'elle sépare les eaux d'avec les eaux. »[…] Dieu dit : « Que les eaux qui sont au-dessous du ciel se rassemblent en un seul lieu, et que le sec apparaisse. » Et cela fut ainsi. […] Puis Dieu dit : « Que la terre produise de la verdure, de l'herbe et des arbres fruitiers et qu'ils aient en eux leur semence pour se reproduire. » Et cela fut ainsi. […] Dieu dit : « Que la terre produise des animaux vivants selon leur espèce, du bétail, des reptiles et des animaux terrestres, selon leur espèce. » Et cela fut ainsi. Puis Dieu dit : « Faisons l'homme à notre image, selon notre ressemblance, et qu'il commande les poissons de la mer, les oiseaux du ciel et tous les reptiles qui rampent sur la terre. »

La Bible, Genèse

Pour créer les éléments et les êtres vivants, Dieu se sert de sa parole. La puissance du Verbe permet la création, comme le suggère la répétition de formules utilisant l'expression de l'ordre avec le subjonctif.

Dans le Coran, la création du monde est évoquée dans différentes sourates.

Votre Seigneur est ce Dieu qui créa les cieux et la terre en six jours ; puis il s'assit en majesté sur le trône.
Il enveloppe le jour avec la nuit, et la nuit poursuit le jour sans arrêt.
Il créa le soleil et la lune et les étoiles, soumis par son ordre à certaines lois.
La création et le gouvernement de toutes choses ne lui appartiennent-ils pas ?
Béni soit Dieu, maître de l'Univers.

Le Coran, sourates 7 et 25

La place de Dieu est primordiale : comme dans la Bible, il est maître et responsable de la création. Il la fait de manière juste et ordonnée en six jours comme dans la Genèse pour dédier le septième jour au repos et contempler son œuvre. Cependant, la force de la parole créatrice est moins mise en évidence.

2

L'origine de l'homme et de la femme

L'origine de l'homme et de la femme est centrale dans les récits monothéistes. Dans ces récits, la création des humains est liée à un seul dieu. Le ton y est souvent plus solennel que dans les récits polythéistes. L'être humain est fait à l'image de Dieu. Les notions du bien et du mal apparaissent dès la création d'Adam et Ève (présents dans la Bible et dans le Coran), les deux premiers humains : la faute qu'ils ont commise justifie les souffrances actuelles de la race humaine.

Yahvé Dieu prit l'homme et le plaça dans le jardin d'Éden pour qu'il le cultive et le garde. Yahvé Dieu donna cet ordre à l'homme : « Tu pourras manger de tous les arbres du jardin ; mais tu ne mangeras pas de l'arbre de la connaissance du bien et du mal, car le jour où tu en mangeras, tu mourras. »

Yahvé Dieu dit : « Il n'est pas bon que l'homme soit seul ; je lui ferai une aide semblable à lui. » Yahvé Dieu forma de la terre tous les animaux des champs et tous les oiseaux du ciel et il les fit venir vers l'homme pour voir comment il les appellerait, et afin que tout être vivant portât le nom que lui donnerait l'homme. Et l'homme donna des noms à tout le bétail, aux oiseaux du ciel et à tous les animaux des champs ; mais, il ne trouva pas d'être semblable à lui. Alors Yahvé Dieu fit tomber un profond sommeil sur l'homme, qui s'endormit ; il prit une de ses côtes, et referma la chair à sa place. Yahvé Dieu, avec la côte qu'il avait prise à l'homme, forma une femme qu'il amena vers l'homme. Et l'homme dit : « Voici cette fois celle qui est os de mes os et chair de ma chair ! On l'appellera "femme", parce qu'elle a été prise de l'homme. » C'est pourquoi l'homme quittera son père et sa mère, s'attachera à sa femme et ils deviendront une seule chair.

La Bible, Genèse, 2

Dieu se soucie du bonheur et du bien-être de l'homme. Il le recommande afin qu'il se comporte bien et qu'il ne mange pas de fruit de l'arbre de la connaissance. Dieu sait que la solitude n'est pas épanouissante pour l'homme et ne permet pas de peupler la terre. Il lui donne donc une femme pour partager sa vie, pour l'accompagner et pour procréer.

Contrairement aux dieux des textes polythéistes, le dieu des textes monothéistes établit, avec les hommes, une relation précise fondée sur les notions de bien et de mal. Dès la création du monde et des êtres vivants, Dieu les prévient de ne pas commettre le mal s'ils ne veulent pas souffrir et être chassés du Paradis. Ainsi, le texte sur l'origine de l'être humain répond à une question fondamentale que se pose l'homme sur sa propre condition : pourquoi souffre-t-il ? Comment doit-il se comporter ? C'est la désobéissance d'Adam et d'Ève qui explique les souffrances des êtres humains et leur condition de mortels.

Le Coran raconte la création d'Adam et d'Ève et, immédiatement, il raconte leur châtiment. Ils ont commis une faute, celle d'avoir goûté au fruit défendu de l'arbre de la connaissance. Ils sont donc immédiatement chassés du Jardin d'Éden. (Le Coran, sourate 7, v. 28-38)

3

Le Déluge

Le thème du Déluge apparaît également dans les textes monothéistes. Comme dans les textes polythéistes, il sert de punition : Dieu se rend compte que les hommes sont mauvais et choisit de les faire disparaître avec le Déluge. Toutefois, contrairement aux récits polythéistes, Dieu décide de sauver un homme bon, Noé, et sa famille. Noé va ainsi sauver non seulement l'humanité mais également les animaux en les transportant dans son bateau, l'Arche de Noé.

Yahvé dit : « J'exterminerai de la surface de la terre l'homme que j'ai créé, ainsi que le bétail, les reptiles et les oiseaux du ciel, car je regrette de les avoir faits. » Mais Noé, un homme juste et honnête, trouva grâce à ses yeux.

La Bible, Genèse

La colère de Dieu est très grande comme le suggère le verbe « exterminerai ». Les qualités de Noé sont mises en évidence par le groupe nominal « un homme juste et honnête ». Noé est le sauveur de l'humanité.

III

Les récits de création à travers le monde

A

Les récits de création, de re-création

Les récits des origines proposent des explications symboliques de la naissance du monde, de l'origine des langues ou de phénomènes naturels. Ce sont des contes, des mythes ou encore des légendes.

La science ne permettait pas encore de comprendre ces phénomènes alors ces textes ont offert aux êtres humains une manière d'expliquer le monde. Cela permettait d'apaiser leurs craintes face à l'inconnu.

Chaque culture, chaque pays, chaque continent a ses propres récits de création. Qu'il s'agisse de la naissance du monde, des êtres vivants ou des langues, les récits du monde proposent une vision de la création, ou de la re-création du monde, qui leur est propre.

Le conte, le mythe et la légende sont des récits fictifs.

  • Le conte plonge le lecteur dans un univers merveilleux.
  • Le mythe met en scène des divinités, des héros et des demi-dieux.
  • La légende relate, quant à elle, des faits plus ou moins historiques, déformés ou amplifiés par l'imagination.
B

Les thèmes abordés dans les récits du monde

1

La création du monde

En Égypte ancienne coexistaient plusieurs systèmes de croyance. « Le récit d'Hermopolis », issu du recueil Récits de création, s'inspire de l'une des deux grandes traditions égyptiennes, la tradition d'Hermopolis. Cette tradition évoque la naissance du monde à partir du chaos (le désordre).

Ces textes ont été écrits en hiéroglyphes, mot qui signifie « écriture sacrée ».

Au commencement était le Noun, une immense masse d'eau qui contenait en elle les germes de la création. Seule une île émergeait des eaux. […] Un jour, alors que le monde était encore plongé dans les Ténèbres de curieux êtres sortirent du Noun pour se poser sur l'île, car ils souhaitaient faire apparaître la lumière. Ils étaient huit, quatre couples composés chacun d'un dieu et d'une déesse.

[…] Pour pouvoir créer le monde, les quatre couples se transformèrent en taureaux et en vaches, et s'unirent.

Mais ils fécondèrent par accident un bouton de lotus qui se trouvait dans le Noun. En s'ouvrant, les pétales bleus de la fleur donnèrent naissance à un enfant […]. Cet enfant parfait était Rê, le jeune soleil. Lorsque le petit garçon s'éveilla et ouvrit les yeux, il illumina la terre et sépara la nuit et le jour. Il créa les dieux par sa bouche et les hommes par ses yeux.

Certains disent que Rê naquit d'un œuf et pas d'un lotus, d'autres pensent que c'est un grand oiseau – une oie du Nil – appelé le Grand Jargonneur, qui par ses cris sortit le monde du silence et pondit l'œuf contenant le dieu-soleil. Peu importe, la lumière était née, les dieux, les hommes, et toutes les choses du monde. Et grâce à cette lumière, la vie pouvait exister sur terre.

Dominique Borne, La Documentation française

« Le récit d'Hermopolis », Récits de création

2008

Dans « Le récit d'Hermopolis », on assiste à la naissance du dieu-soleil Rê, par accident. Par cette naissance, c'est le monde qui va se créer. Les récits des origines ne tiennent pas une seule vérité générale, comme le prouve ce texte puisque plusieurs hypothèses sont possibles. Ces différentes hypothèses, ces hésitations quant à la naissance de Rê sont finalement vaines puisque de cette naissance, « la vie pouvait exister sur la terre ».

Selon la mythologie chinoise, le monde a été créé par Pangu, qui a ouvert le ciel et la terre, créant un environnement propice à la vie des êtres humains. Il y a plus de 3 millions d'années, la terre et le ciel n'étaient pas encore formés et le monde entier ressemblait à un œuf avec un noyau au milieu. Pangu, l'ancêtre des humains, a été conçu au cœur de cet œuf. Il a fallu 18 000 ans de gestation pour que Pangu prenne vie. L'œuf s'est brisé et divisé en deux parties : l'une claire et légère, l'autre trouble et lourde. La partie claire et légère continuait à s'élever et est devenue le ciel, tandis que la partie trouble et lourde continuait à tomber et est devenue la terre. Ainsi, Pangu est né la tête contre le ciel et les pieds sur terre : un être entre ciel et terre.

Tout a commencé à cause de Corbeau. […] Corbeau, donc, commençait à en avoir assez de devoir chercher sa nourriture dans l'obscurité. […] Par la seule force magique de son cri, il donna naissance à la lumière. […] Pour ne pas être en reste et pouvoir continuer sa vie comme il l'entendant, Renard décida de faire revenir l'obscurité. Il y alla lui aussi de son cri magique et l'obscurité réapparut aussitôt.

Les choses n'en restèrent pas là. L'honneur de Corbeau était en jeu. Commença alors le combat le plus étrange qu'on puisse imaginer. Corbeau et Renard se lancèrent dans un duel terrible et plutôt étourdissant. Chacun y alla de son cri magique pour appeler sa création. La lumière et l'obscurité se succédaient à une allure folle. […] Heureusement, Corbeau et Renard, au bout d'un long moment trop fatigués pour poursuivre leur absurde querelle, décidèrent d'une entent à l'amiable. Chacun garderait un morceau de sa création. C'est ainsi que naquit l'alternance du jour et de la nuit qui dure encore aujourd'hui.

Jacques Pasquet

Contes inuit de la banquise

2008

Les animaux Corbeau et Renard sont célèbres par leur rivalité. Dans ce conte inuit, le narrateur la met au jour pour expliquer la création de la lumière et de l'obscurité à travers une querelle universelle. Cette mésentente amorce la naissance poétique de la création de la lumière et des ténèbres, le Corbeau symbolisant la lumière et le Renard l'obscurité. Ce texte rend compte également du caractère épique d'une étape de la création du monde (« allure folle », « querelle », « se succédaient »). Mais cette querelle prend sa fin grâce à une alliance, un compromis « qui dure encore aujourd'hui ». Le présent de l'indicatif à valeur de vérité générale évoque l'universalité de ce récit.

2

La création des êtres vivants

En Afrique subsaharienne, le conte « Le Guéla d'en haut et le Guéla d'en bas » imagine l'origine des êtres vivants.

Il y avait avant que toutes les choses soient, sur la Terre et dans le Ciel, deux créatures très puissantes : le Guéla d'en haut et le Guéla d'en bas. Un jour, un jour de silence, un jour de longue paix dans l'univers, le Guéla d'en bas s'ennuya, et se mit à bâiller. Alors une motte d'argile sortit de sa bouche. Voyant cela, le Guéla d'en bas dit :
– Oh, je vais faire des hommes, des femmes, des poissons, des animaux et des plates avec cette argile.
[…] Or, voici que le Guéla d'en haut se penchant au bord du ciel vit que le Guéla d'en bas avait de beaux jouets d'argile. Il lui dit :
– Hé, Guéla d'en bas, donne-moi quelques uns de tes hommes, de tes femmes, de tes poissons, de tes animaux, de tes plantes d'argile. J'allumerai la vie en eux, et à toi, je te donnerai la lumière de mon soleil.
Le Guéla d'en bas répondit :
– D'accord, mais donne la vie d'abord.
Le Guéla d'en haut souffla la vie dans le corps des hommes, des femmes, des poissons, des animaux, des plantes et fit descendre sur Terre la lumière du soleil.

Henri Gougaud

« Le Guéla d'en haut et le Guéla d'en bas », L'Arbre à soleils

1979

Ici, ce n'est pas une querelle qui provoqua la création des êtres vivants, mais bien une alliance entre le Guéla d'en bas et le Guéla d'en haut. L'univers merveilleux s'immisce dans le conte (éléments relevant de la magie) pour amorcer la création des êtres vivants. Le discours direct entre le Guéla d'en bas et le Guéla d'en haut rythme l'action et donne une dimension épique au récit. Ce récit est aussi rythmé par les différentes étapes de la création des êtres vivants : l'ennui, le bâillement, le compromis, l'alliance et finalement la vie donnée aux êtres vivants.

Chez les Mayas, on retrouve la même origine des êtres vivants : ils ont été fabriqués à partir de terre glaise. La tribu quiché, une des nombreuses tribus mayas, s'est transmis à l'oral et au fil des générations ce mythe de la création, intitulé le Popol Vuh, « le libre de la natte ». Un prêtre espagnol l'a recueilli puis traduit au XVIIIe siècle. Il a été publié en version bilingue (quiché/français) au XIXe siècle. Ce texte présente l'assemblée des dieux mayas à l'aube du monde et leurs multiples tentatives pour créer des humains qui leur conviennent.

Essayons de faire des hommes obéissants et respectueux qui soient nos soutiens et nos nourriciers.

Alors la création et la formation de l'homme eurent lieu. De terre glaise ils firent sa chair. Ils virent que ce n'était pas bien car l'être créé était sans cohésion, sans consistance, sans mouvements, sans force. […] Alors les dieux défirent et détruisirent une fois encore leur œuvre et leur création.

trad. Du quiché par l'abbé Brasseur de Bourbourg, adaptée par Marie-Astrid Clair

Le Popol Vuh

1861

3

Recréer le monde

Dans les mythes et légende, à la manière du Déluge, la destruction permet une re-création du monde. Dans la mythologie nordique, le Ragnarök désigne la bataille finale qui marque la fin du monde et son renouveau. Après ce combat, un nouveau monde émerge des eaux. Lif et Lifthrasir, seuls survivants cachés dans les branches de l'arbre sacré Yggdrasil, repeuplent la Terre.

Alors, Surt enverra du feu dans toutes les direction. Asgard, Midgard, Jotunheim et Niflheim deviendront des fournaises – des foyers de flammes dévorantes, de fumée tournoyante, de cendres, plus rien que des cendres. Les neuf mondes brûleront, les dieux mourront. […] La terre s'effondrera dans la mer. […]

Vidar et Vali auront survécu : ils survivront au feu, à l'inondation, et reviendront vers la plaine où s'élevaient autrefois des palais. Les fils de Thor les y rejoindront, et ils hériteront du marteau de leur père, Mjollnir. […]

Lif et Lifthrasir auront des enfants. Leurs enfants porteront des enfants. Il y aura la vie, une vie nouvelle, de la vie partout sur Terre. C'était la fin et voici le commencement.

Kevin Crossley-Holland, traduit par Philippe Morgaut

La Bataille de Thor et autres légendes vikings

2011

La re-création du monde passe nécessairement par le chaos, le désordre : effacer, détruire, pour mieux recommencer.

De l'autre coté du monde, dans l'hémisphère Sud, un conte aborigène (Australie) donne une explication de l'origine des langues : les hommes parlaient tous la même langue, jusqu'au jour où ils décidèrent de faire un festin de la méchante sorcière Wuriri qui venait de mourir.

Mais au fur et à mesure qu'ils mangeaient un morceau de sorcière, les hommes se mirent à parler un langage différent. Ils se regardèrent, ils répétèrent ce qu'ils venaient de dire. Rien à faire : ils ne se comprenaient plus, mais plus du tout. […] Et c'en fut fini de leur belle humeur et de leur bonne entente. Ils commencèrent à se disputer, ils finirent par se battre. Cela dure encore aujourd'hui. La sorcière s'est bien vengée.

Françoise Rachmuhl

« La sorcière Wuriri », 18 contes de la naissance du monde

2020

Les hommes, menés par leur ambition de manger, ont été punis par la sorcière Wuriri. Cette punition les empêchera de se comprendre (négation « ne plus »/« plus du tout »). Le vice des hommes les mènera également à la discorde, la mésentente. Une mésaventure aux origines du monde mènera à la vengeance. Et cette vengeance se perpétue aujourd'hui, d'où l'emploi du présent de l'indicatif dans la dernière phrase de l'extrait.

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