L'interrogation Cours

Sommaire

IL'interrogation : définition et distinctionAL'interrogation totaleBL'interrogation partielleIILa syntaxe de l'interrogationAL'interrogation directeBL'interrogation indirecteIIILes cas particuliers
I

L'interrogation : définition et distinction

Interrogation

Une interrogation est une proposition qui permet de poser une question, afin d'obtenir une information.

A

L'interrogation totale

Interrogation totale

L'interrogation totale est une interrogation qui porte sur l'ensemble de la phrase. La réponse attendue est nécessairement oui ou non.

Tu es venu ; nous sommes-nous jetés sur ta personne ? avons-nous pillé ton vaisseau ? t'avons-nous saisi et exposé aux flèches de nos ennemis ? t'avons-nous associé dans nos champs au travail de nos animaux ?

Denis Diderot, Supplément au voyage de Bougainville, 1772

Ces questions attendent une réponse qui soit « oui » ou « non ». Pour chacune d'entre elles, c'est l'ensemble de la phrase qui fait l'objet de l'interrogation.

Lorsque l'interrogation totale est indirecte, c'est-à-dire formulée dans une proposition subordonnée, elle est introduite par la conjonction de subordination « si ».

Il a détourné les yeux et, toujours sans changer de position, m'a demandé si je ne parlais pas ainsi par excès de désespoir. 

Albert Camus, L'Étranger, 1942

B

L'interrogation partielle

Interrogation partielle

L'interrogation partielle est une interrogation qui ne porte que sur un élément particulier de la phrase. La réponse attendue n'est pas oui ou non.

Eh ! mon dieu ! lui dit Candide en hollandais, que fais-tu là, mon ami, dans l'état horrible où je te vois ?

Voltaire, Candide, 1759

On ne peut pas répondre à cette question par « oui » ou par « non ». L'interrogation ne porte que sur la situation de l'interlocuteur.

L'interrogation partielle est introduite par un mot interrogatif qui peut être :

  • Un pronom : qui, que, quoi, lequel (et ses composés), ce qui (interrogative indirecte uniquement)

Que répondre à un homme qui vous dit qu'il aime mieux obéir à Dieu qu'aux hommes, et qui en conséquence est sûr de mériter le ciel en vous égorgeant ? 

Voltaire, Dictionnaire philosophique, 1764

  • Un adverbe : où, quand, comment, pourquoi, combien, etc.

Pourquoi donc donner au diable son prochain ?

Denis Diderot, Jacques le Fataliste, 1778−1780

  • Un déterminant : quel, quelle, quels, quelles

Quel transport me saisit ? Quel chagrin me dévore ? 

Jean Racine, Andromaque, 1667

II

La syntaxe de l'interrogation

A

L'interrogation directe

L'interrogation directe est une proposition indépendante. Elle se caractérise par la présence d'un point d'interrogation final et une inversion sujet-verbe.

Éternité, néant, passé, sombres abîmes,
Que faites-vous des jours que vous engloutissez ?

Alphonse de Lamartine, « Le Lac », Méditations poétiques, 1820

Selon les cas, l'inversion sujet-verbe est :

  • Soit une inversion simple : le verbe est placé avant le sujet.

Est-elle brune, blonde ou rousse ?

Paul Verlaine, Poèmes saturniens, 1866

  • Soit une inversion complexe : le sujet est placé avant le verbe, mais il est repris après le verbe par un pronom personnel.

Tchen tenterait-il de lever la moustiquaire ? 

André Malraux, La Condition humaine, 1933

Dans le langage courant, l'inversion sujet-verbe est souvent remplacée par « est-ce que » en début de phrase. 

Est-ce que vous vous tairez ?

Jean-Paul Sartre, Huis clos, 1944

B

L'interrogation indirecte

L'interrogation indirecte s'inscrit dans une proposition subordonnée interrogative indirecte, dépendant d'une proposition principale. Dans la mesure où elle est intégrée à une phrase affirmative, elle ne comporte ni point d'interrogation ni inversion sujet-verbe.

Je lui demandai ce qui l'amenait à Amiens et si elle y avait quelques personnes de connaissance.

L'abbé Prévost, Manon Lescaut, 1731

III

Les cas particuliers

L'interrogation peut être utilisée pour formuler un ordre ou une demande implicite.

Pourriez-vous fermer la fenêtre ?

L'interrogation peut être utilisée pour formuler une affirmation implicite. Elle est alors appelée question rhétorique (ou oratoire).

Ah ! ce oui se peut-il supporter ?
Et sans un mal de cœur saurait-on l'écouter ?

Molière, Les Femmes savantes, 1672