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  4. Cours : Pot-Bouille, Émile Zola

Pot-Bouille, Émile Zola Cours

Sommaire

ILe parcoursIIL'auteur et le contexteAÉmile ZolaBLes Rougon-MacquartCDu réalisme au naturalismeIIIL'œuvre au programme : Pot-BouilleALe titre de l'œuvre et la publicationBLes personnages1Octave Mouret2Les personnages principaux3Arbre généalogique simplifiéCLes thèmes abordésDUne œuvre naturalisteELes grandes étapes du récit1La présentation de l'immeuble – chapitre 12L'entrée dans le monde bourgeois – chapitres 2 à 63Désillusions – chapitres 8 à 104Succession et adultère – chapitres 11 à 165Ellipse temporelle de 8 mois puis conquête – chapitres 17 et 18FUne structure protéiforme1Une structure en rayonnement2Le parcours d'Octave3Une structure cycliqueIVPot-Bouille : la mise au jour des fonctionnements de la bourgeoisieAUn tableau critique de la bourgeoisie1Un tableau complet2La façade : des revendications morales fortes3Les préoccupations bourgeoises réelles : l'argent et le mariageBLa dénonciation de la comédie sociale1La métaphore du théâtre2Un faux décor3L'art du dévoilement : de découverte en découverteCUne satire féroce1Des portraits qui tournent à la caricature2Une ironie mordante

Ce contenu a été rédigé par l'équipe éditoriale de Kartable.

Dernière modification : 02/09/2026 - Conforme au programme 2026-2027

I

Le parcours

Roman

Le roman est le genre le plus difficile à définir : contrairement au théâtre ou à la poésie, il n'obéit pas à des règles précises et s'est toujours développé en toute liberté. On a d'abord appelé « roman », au Moyen Âge, des textes écrits en langue romane, c'est-à-dire dans un ancien français tel qu'il était parlé – alors que le latin est resté longtemps la langue des textes écrits. Petit à petit, le roman est devenu un genre littéraire, défini comme un récit de fiction, en prose. Avant le XIXe siècle, qui lui a donné ses lettres de noblesse, le roman est resté en bas de la hiérarchie des genres littéraires, considéré comme une lecture futile ou critiqué pour ses invraisemblances.

Le parcours « Dévoiler les rouages de la société » invite à réfléchir sur un « dévoilement » : le roman aurait donc vocation à mettre en lumière ce qui est voilé, ce qui est caché. Ce processus fait d'autant plus sens au XIXe siècle, période où le réalisme s'attache à révéler la vie telle qu'elle est, dans son authenticité.

Les « rouages » évoquent des mécanismes, des types de fonctionnement sur lesquels repose la société. Il faut donc s'interroger sur les conventions sociales qui apparaissent dans le roman et surtout sur les dispositifs qui permettent de les préserver : dans quelle mesure le roman permet-il de mettre au jour, voire de dénoncer, le fonctionnement d'une certaine catégorie sociale ? On s'interrogera sur la fonction démystificatrice du roman et sur les procédés mis en œuvre pour faire apparaître les mécanismes sociaux.

II

L'auteur et le contexte

A

Émile Zola

Émile Zola naît en 1840 et passe le début de sa vie à Aix-en-Provence. La mort de son père plonge sa famille dans l'insécurité financière. Zola s'installe à Paris afin de devenir écrivain. Le journalisme sera sa première source de revenus et le point de départ de son travail d'observateur de la société.

De 1871 à 1893, il réalise une fresque romanesque retraçant le destin d'une famille sous le Second Empire, intitulée Les Rougon-Macquart, « Histoire naturelle et sociale d'une famille sous le Second Empire ».

Marqué par les injustices sociales, Zola considère que la plume peut être un outil de combat. Le 13 janvier 1898, il prend la défense du capitaine Dreyfus et rédige un article dans le journal L'Aurore. Il dénonce l'antisémitisme et la corruption de son époque.

B

Les Rougon-Macquart

Pot-Bouille se situe dans un vaste cycle, l'« histoire naturelle et sociale d'une famille sous le Second Empire », cycle qui a fini par prendre le nom des Rougon-Macquart. Le long titre formule exactement le projet de Zola : montrer l'évolution d'une famille sur plusieurs générations et plusieurs branches, à une période historique précise. La pensée de Zola est profondément marquée par les travaux contemporains sur l'hérédité et la physiologie, et le cycle des Rougon-Macquart est en quelque sorte un récit voué à illustrer les théories scientifiques de l'époque.

Le premier tome, La Fortune des Rougon, paru en 1871, donne les origines : Adélaïde Fouque, dite « tante Dide », est un cas typique d'hystérie. Selon la pensée de Zola, les tares originelles rejaillissent, d'une façon ou d'une autre, sur les descendants. Adélaïde Fouque donne naissance à différentes branches, chacune atteinte différemment par la névrose originelle. La branche des Rougon est celle de l'ascension sociale, celle des Macquart incarne la déchéance et la misère.

  • Adélaïde épouse d'abord Rougon, dont elle a un fils légitime. Ce sera la première branche, la lignée des Rougon, caractérisée par son appétit de pouvoir.
  • Devenue veuve, son concubinage avec Macquart, contrebandier alcoolique, donne naissance à deux fils : Antoine, qui donnera la lignée des Macquart, branche de la violence et de l'ivrognerie, et Ursule qui, mariée à un ouvrier chapelier, donnera la lignée des Mouret, branche de l'hystérie.

Chaque roman du cycle s'attache à un ou plusieurs personnages de la famille, et donc à une classe sociale, à un milieu professionnel, et à un certain type de tare ou de défaut. En fonction des différents milieux sociaux et des lois de l'hérédité, les tares originelles vont se retrouver avec plus ou moins de force.

Parmi les romans les plus connus du cycle, on peut citer :

  • L'Assommoir, dans lequel Gervaise Macquart ne peut échapper à l'alcoolisme. Son fils Jacques Lantier est dominé par des pulsions de meurtres dans La Bête humaine.
  • Dans Germinal, où l'on retrouve Étienne Lantier, le second fils de Gervaise, c'est le monde de la mine qui est représenté d'une façon extrêmement précise.
  • Dans Au Bonheur des Dames, on retrouvera Octave Mouret, en plein développement du modèle des grands magasins.
  • Nana, fille de Gervaise et Coupeau, orpheline à 12 ans, devient la plus grande prostituée de Paris, gravitant et gangrénant tous les milieux sociaux du Second Empire.
C

Du réalisme au naturalisme

Le roman se définissait d'abord comme une œuvre de fiction et il a été longtemps critiqué pour ses invraisemblances. À partir du XIXe siècle, les auteurs affichent leur volonté de faire du roman une peinture réaliste de la société.

Balzac conçoit les romans qui composent sa vaste fresque de la Comédie humaine comme une véritable « concurrence à l'état civil » : il s'agit de faire un tableau le plus précis possible de la société.

Flaubert et Maupassant développent largement le courant littéraire du réalisme, qui s'attache à traiter des sujets de la vie réelle.

Leurs romans, souvent inspirés de faits divers, s'appuient sur une importante recherche documentaire et même sur des enquêtes de terrain afin de se faire le reflet du monde réel.

« Le romancier est fait d'un observateur et d'un expérimentateur. »

Émile Zola

Le Roman expérimental

1880

Zola développe largement le mouvement naturaliste, dont il précise la théorie. Il conçoit ses romans selon une démarche rigoureusement scientifique. De même que le physiologiste Claude Bernard développe la « médecine expérimentale » pour mieux comprendre le fonctionnement des corps, Zola élabore le « roman expérimental », dans le sens où le roman serait le lieu d'une expérience scientifique dont l'écrivain se contenterait de noter l'évolution et les résultats. Selon Zola, le roman doit refuser l'imagination et n'être qu'un « procès-verbal » : l'écrivain alors n'est plus qu'un « greffier », qui note tout, sans jugement. Le personnage naturaliste se caractérise par les déterminismes qu'il subit : le tempérament, le milieu et l'hérédité.

Pour écrire, Zola se livre à un travail documentaire colossal : recherches, mais aussi enquêtes minutieuses sur le terrain. Ses romans se veulent fidèles à la réalité, notamment par le langage.

  • Le vocabulaire de chaque milieu, de chaque univers, social ou professionnel, est extrêmement précis (le lexique de la mine dans Germinal, le processus de fabrication de l'alcool dans L'Assommoir).
  • Les personnages parlent la langue (et même l'argot) propre à leur condition sociale (par exemple le langage des domestiques dans Pot-Bouille).
III

L'œuvre au programme : Pot-Bouille

A

Le titre de l'œuvre et la publication

Comme beaucoup d'autres romans de l'époque, Pot-Bouille paraît d'abord en feuilleton dans le journal Le Gaulois, en 1882. Il s'agit du dixième volume des Rougon-Macquart, et il est consacré à l'étude de la bourgeoisie qui, depuis la publication de L'Assommoir et de Nana, s'acharne contre Zola au nom de la morale. L'écrivain va donc en profiter pour régler ici ses comptes avec l'hypocrisie des bien-pensants et dénoncer les contradictions de la morale bourgeoise.

Le titre n'apparaît nulle part dans l'œuvre ; c'est un terme familier qui désigne la cuisine habituelle : on dirait aujourd'hui la « popote » ou la « tambouille ». On remarquera que le mot « cuisine » possède aussi un sens familier et figuré, qui désigne « des manœuvres, des intrigues (généralement obscures et malhonnêtes) » (définition du Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales). Il faut donc voir dans ce titre une image de la « cuisine » peu reluisante à laquelle se livrent les habitants de l'immeuble, leurs arrangements et leurs compromis.

Aux bourgeois qui disent : Nous sommes l'honneur, la morale, la famille, [Zola] voulait répondre : Ce n'est pas vrai, vous êtes le mensonge de tout cela, votre pot-bouille est la marmite où mijotent toutes les pourritures de la famille et tous les relâchements de la morale.

Paul Alexis

Émile Zola, notes d'un ami

1882

Paul Alexis est un journaliste et romancier, très proche de Zola. Il écrit d'ailleurs des articles qu'il signe du nom de « Trublot ». Émile Zola, notes d'un ami, est la première biographie de Zola.

B

Les personnages

1

Octave Mouret

Octave est un personnage qui n'est pas vraiment « principal » dans l'œuvre mais qui rattache ce roman aux Rougon-Macquart. Ursule Macquart, fille d'Adélaïde, et devenue Mouret par son mariage, donne naissance à deux fils : François et Silvère. François Mouret épouse Marthe Rougon, fille de Pierre Rougon et elle aussi petite-fille d'Adélaïde. Octave naît de l'union de deux cousins, union qui réunifie en quelque sorte les branches Rougon et Macquart.

Octave est un séducteur. Son projet : séduire de façon méthodique toutes les femmes de l'immeuble. Opportuniste, il comprend que la morale est une façade avec laquelle il faut savoir composer pour trouver sa place dans la société.

2

Les personnages principaux

Les Campardon : Achille Campardon est un architecte conservateur qui se pense « artiste ». Sa femme Rose, femme au tempérament paresseux, accepte la cohabitation avec Gasparine, cousine et maîtresse de son époux. Leur fille Angèle observe le fonctionnement de ce ménage à trois et bénéficie de la complicité de leur femme de chambre.

Les Josserand : Mme Josserand veut à tout prix marier ses filles. L'amélioration de ses conditions de vie est au centre de ses préoccupations et elle ment sur sa condition sociale. Son époux se plie devant ses exigences, il est de nature bonne mais faible. Ils ont quatre enfants, Léon, Hortense, Berthe et Saturnin, le jeune frère handicapé. Seul ce dernier fait preuve de lucidité envers le règne de la cruauté au sein de cette famille.
Le frère de Mme Josserand, l'oncle Bachelard est un homme avaricieux.

La famille Vabre et la famille Duveyrier : le propriétaire de l'immeuble, le vieux Vabre, meurt en laissant des dettes en héritage à ses enfants. Auguste Vabre gère le magasin de soie au rez-de-chaussée de l'immeuble, il épouse Berthe, piégé par la faille Josserand
Théophile Vabre, homme jaloux, supposé impuissant, a une épouse Valérie, infidèle. Leur fils, Camille est le fruit d'amours adultères. Clotilde Vabre épouse un magistrat, Duveyrier, mais celui-ci est épris de Clarisse Bocquet, une demi-mondaine, relation qui provoque le scandale et dévoile les intrigues d'arrière-cours d'une société corrompue.

La famille Pichon : Marie et Jules incarnent l'échec du mariage bourgeois. Elle a une liaison avec Octave. Ils ont une fille, Lilitte.

Les domestiques : Françoise, Hippolyte, Clémence, Julie, Lisa, Victoire, Rachel, Louise et Adèle. Ils se livrent à des commérages sur le monde bourgeois dont ils observent les mécanismes.

M.et Mme Gourd aspirent à appartenir à ce monde bourgeois. Tantôt compréhensifs, tantôt vindicatifs, selon les catégories sociales, ils cherchent à appliquer une forme d'ordre moral.

Le docteur Juillerat et l'abbé Mauduit : ces deux personnages sont les observateurs de ce petit monde : entre constat du déclin et mensonges pour limiter les scandales, ils sont impuissants devant la dégradation morale de ce microcosme bourgeois.

Mme Hédouin : elle est un personnage à part, propriétaire du magasin Au Bonheur des Dames. Elle accepte d'épouser Octave par intérêt pour son magasin et non par amour.

3

Arbre généalogique simplifié

-
C

Les thèmes abordés

Chaque roman du cycle des Rougon-Macquart s'attache à une catégorie de la population, à une classe sociale, à un milieu, et/ou à un type de vice ou d'immoralité. Pot-Bouille s'intéresse tout particulièrement à la bourgeoisie (et de manière secondaire, à la domesticité), et met en avant un thème majeur, celui de l'adultère.

Selon Zola, il existe trois types d'adultère, et chacun est illustré ici :

  • l'adultère par éducation (Berthe, après l'éducation dévastatrice donnée par sa mère) ;
  • l'adultère par bêtise (Marie Pichon, qui souffre aussi de l'ignorance dans laquelle ses parents l'ont élevée) ;
  • l'adultère par détraquement nerveux (Valérie Vabre, dont les crises de nerfs soulignent la fragilité).

Les hommes sont tout autant concernés par l'adultère.

  • M. Campardon entretient une liaison avec Gasparine, la cousine de sa femme.
  • M. Duveyrier entretient une maîtresse, Clarisse.
  • Octave est un coureur de jupons qui essaie de séduire toutes les femmes, même mariées.
D

Une œuvre naturaliste

Le souci de réalisme se remarque d'abord à l'ancrage géographique et temporel : les références aux lieux réels de Paris, aux événements historiques et aux personnalités de l'époque donnent toutes les apparences du vrai au récit.

  • Le roman s'ouvre ainsi sur une localisation précise qui situe l'histoire à Paris : « rue Neuve-Saint-Augustin », puis « rue de Choiseul ».
  • Plus loin, on trouve une référence à une rue qui doit être construite (« la rue du Dix-Décembre, qui doit aller de l'Opéra à la Bourse », chapitre 9).
  • Il est parfois question de l'Empire, des élections à venir et des candidats qui se présentent, comme M. Thiers ou M. Dewinck.
  • Petit clin d'œil au réalisme, c'est un livre de Balzac que Marie Pichon rend à Octave, en affirmant que « c'est trop triste, il n'a que des choses désagréables à vous dire », et que « cela ressemble trop à la vie » (chapitre 11).

Zola exploite ses thèses naturalistes à travers toute la réflexion sur les influences du milieu social, du tempérament et de l'hérédité.

  • Réflexion sur l'éducation (catastrophique) donnée aux jeunes femmes bourgeoises, sur le côté quasiment médical des vices (tempérament de Duveyrier, soumis à ses « gros appétits de mâle, chapitre 7) ;
  • détraquement nerveux de Valérie, qui souffre d'hystérie, appétit féroce pour l'argent, etc. ;
  • analyse presque scientifique de la décomposition de la bourgeoisie. Le docteur Juillerat se fait d'ailleurs le porte-parole de la pensée zolienne au chapitre 17.
E

Les grandes étapes du récit

1

La présentation de l'immeuble – chapitre 1

Octave Mouret arrive à Paris avec l'intention de réussir. Un ami de la famille, M. Campardon, l'installe au 4e étage de l'immeuble. Il lui fait rencontrer Mme Hédouin qui lui offre un poste de commis dans son magasin Au Bonheur des Dames. Son apprentissage se fait vite dès lors qu'il surprend la liaison entre M. Campardon et Gasparine.

2

L'entrée dans le monde bourgeois – chapitres 2 à 6

Octave est invité tout d'abord chez Mme Josserand puis chez les Duveyrier. Il observe les mécanismes sociaux, découvre l'obssession de Mme Josserand pour marier ses filles. Il déduit que les femmes pourront être au service de son ascension sociale. Il projette de séduire Mme Hédouin sans négliger Valérie Vabre dont les « amours multiples » font d'elle, une femme facile à séduire. Néanmoins, Octave échoue auprès de Valérie et entame une relation avec Marie Pichon.

On assiste aux manœuvres de Berthe pour obtenir le mariage avec Auguste Vabre.

Octave surprend Trublot chez les bonnes avec lesquelles il a des relations occasionnelles. On entend les bonnes parler des habitants et médire sur leurs mœurs légères.

3

Désillusions – chapitres 8 à 10

Mariage entre Berthe et Auguste. Ce même jour, Octave est dénoncé par Théophile Viau, accusé d'être un séducteur.

Il cherche à séduire Mme Hédouin qui refuse ses avances. il démissionne de son poste chez Au Bonheur des Dames et entre au service d'Auguste dans le magasin de soieries. Il se détourne aussi de Marie Pichon qui attend un enfant de lui.

Octave poursuit ses tentatives de séduction, cette fois-ci auprès de Mme Juzeur, femme pieuse. Nouvelle déconvenue.

4

Succession et adultère – chapitres 11 à 16

Suite à l'attaque de M. Vabre, les enfants viennent chercher leur héritage. Ce sont en réalité des dettes qu'il leur laisse. Duveyrier manœuvre et rachète l'immeuble.

Octave se rapproche d'abord d'Auguste dont il devient le confident avec pour fin de surveiller Berthe. Il finit par se rapprocher de celle-ci. La relation adultère est surprise par la domestique qui la dénonce auprès d'Auguste. Berthe s'enfuit et trouve refuge chez Marie. Auguste veut un duel pour réparer son honneur. Des négociations se mettent en place. Une violente querelle entre M. Josserand et ses filles le fragilisent. Le scandale moral a eu raison de lui.

5

Ellipse temporelle de 8 mois puis conquête – chapitres 17 et 18

Octave réintègre le Bonheur des Dames. Mme Hédouin, devenue veuve, demande Octave en mariage afin qu'il l'aide dans la gestion des affaires.

Ruine d'Auguste. Octave réussit à faire accepter l'extension du magasin, il acquiert par le mariage une position sociale considérable.

M. Josserand meurt. Alphonse, tente de se suicider par désespoir, il se rate. L'abbé Mauduit, présent, se lamente sur la déchéance morale de la bourgeoisie.

De nouveau chez les Duveyrier, Octave retrouve ses voisins : l'immoralité a triomphé. La dernière réplique de la bonne vaut pour conclusion : « Mon Dieu mademoiselle, celle-ci ou celle-là, toutes les baraques se ressemblent. Au jour d'aujourd'hui, qui a fait l'une a fait l'autre. C'est cochon et compagnie ».

F

Une structure protéiforme

Pot-Bouille propose une organisation originale, qui multiplie les systèmes de structuration du récit.

1

Une structure en rayonnement

La première structure évidente est une structure qu'on pourrait dire en rayonnement, depuis un centre : c'est à partir d'un point central, l'immeuble de la rue Choiseul, que rayonnent plusieurs intrigues qui se multiplient et se croisent au long du récit.

Il suffira de montrer la pourriture d'une maison bourgeoise, des caves au grenier, avec une montée du drame et un summum final.

Émile Zola

Le roman promène le lecteur dans l'immeuble et chaque chapitre semble ouvrir une porte sur l'un des appartements. Pour reprendre les idées scientifiques de Zola, c'est aussi comme si l'écrivain réalisait une « coupe » de l'immeuble pour nous en montrer le fonctionnement et la composition.

Ce sont des histoires de familles qui composent avec leurs mensonges, leurs échecs, de petits arrangements. La morale est individuellement la mise en lumière des comportements et révèle cette « pourriture d'une maison bourgeoise ». Une façade luxueuse, qui cache les secrets des appartements bourgeois et, derrière, une cour où se déversent les déchets des cuisines. La maison devient un lieu dont la structure verticale reproduit la hiérarchie sociale du XIXe siècle.

Ce qui frappa surtout Octave, ce fut en entrant, une chaleur de serre, une haleine tiède qu'une bouche lui soufflait au visage.

Émile Zola

Pot-Bouille

1882

Dès le premier chapitre, Zola personnifie la maison à partir de l'entrée et de l'escalier. Cet escalier permet de faire évoluer des habitants qui se montrent tandis que l'escalier de service fait évoluer les domestiques, qui révèlent la corruption morale de l'immeuble.

2

Le parcours d'Octave

S'il n'y a pas vraiment d'intrigue principale, en revanche le parcours d'Octave constitue un axe dominant du roman :

  • c'est avec son arrivée que s'ouvre le récit ;
  • c'est aussi lorsqu'il quitte le dernier la soirée chez les Duveyrier, accompagné de sa femme, que se clôt une part importante du récit, avant l'épilogue final autour des domestiques.

Octave est le seul à connaître un parcours ascendant : jeune provincial arrivé à Paris, il a acquis à la fin du roman, malgré ses premiers échecs, une position sociale confortable, par son mariage avec Mme Hédouin et par ses facultés commerciales à l'œuvre au Bonheur des Dames : « il avait fait son affaire, Paris était conquis » (chapitre18).

En étant centré sur le destin d'Octave, le roman est apparenté au genre du roman d'apprentissage. Les rencontres et les choix d'Octave le « construisent » socialement. Le statut des femmes qu'il séduit est de plus en plus prestigieux car elles occupent, à ses yeux, des places socialement plus marquées.

3

Une structure cyclique

Le roman offre aussi une structure cyclique, soulignée par le retour des mêmes scènes.

  • Les conversations des domestiques côté cour, la première dès l'arrivée d'Octave et la dernière qui clôt le roman ;
  • les soirées chez les Duveyrier (chapitres 5 et 18) ;
  • les dîners d'Octave chez les Campardon ou chez les Pichon ;
  • Clarisse perdue, puis retrouvée, qui disparaît à nouveau ;
  • Bachelard qui veut montrer Fifi à ses compagnons ;
  • départ de Saturnin pour l'asile, puis retour, puis nouveau départ et nouveau retour ;
  • ruptures et réconciliations de Léon et Mme Dambreville ;
  • obsession de Trublot pour les bonnes ;
  • multiplications des adultères.

Ces répétitions semblent fonctionner comme la « romance lointaine et mourante de Marie », que le narrateur mentionne à plusieurs reprises (chapitres 4, 5, 13, 18 et encore une fois à la fin du chapitre).

Le récit est un éternel recommencement, comme le remarque Octave lors de la dernière soirée chez les Duveyrier : « Octave eut une singulière sensation de recommencement », « aujourd'hui répétait hier, il n'y avait ni arrêt ni dénouement ». Toutes les actions de la famille Josserand sont centrées sur l'obsession du mariage, les Vabre-Duveyrier s'attachent à tromper les apparences, les Campardon trouvent un équilibre dans un ménage à trois, et les Pichon-Guillaume sont obnubilés par le fait de protéger la moralité de Marie.

Cette structure cyclique semble destinée à dénoncer une certaine incapacité de la classe bourgeoise à évoluer de manière positive, prise au piège d'une perpétuelle reproduction du même schéma.

IV

Pot-Bouille : la mise au jour des fonctionnements de la bourgeoisie

Le roman offre, grâce à la richesse de ses moyens, un espace idéal pour dévoiler les rouages de la société bourgeoise. Certes, Zola force le trait pour mieux dénoncer les travers de la bourgeoisie et il n'est pas étonnant que la réception du roman ait été houleuse. Outre les thèmes, la critique a souvent reproché à Zola le côté trop mécanique et trop répétitif de Pot-Bouille, dans la reprise inlassable de certains motifs (l'égout de la cour, l'image des lieux honnêtes et de l'escalier solennel, le manteau de la religion, etc.). La force des attaques subies par Zola, accusé de porter atteinte à la morale, explique probablement l'implacabilité de la réplique.

A

Un tableau critique de la bourgeoisie

1

Un tableau complet

La démarche répétitive de Zola dans Pot-Bouille rappelle celle d'un journaliste rédigeant une chronique : observations, enquêtes, le travail minutieux des catégories sociales procède comme une radiographie de la société et rappelle celle dont use Honoré de Balzac dans son projet de Comédie humaine.

Zola offre une galerie de personnages qui représentent la variété de la bourgeoisie :

  • M. Vabre, ancien notaire et propriétaire de l'immeuble ;
  • son fils Auguste qui s'est lancé dans le commerce de soieries ;
  • son gendre Duveyrier, conseiller à la Cour ;
  • Campardon, architecte ;
  • Josserand, caissier dans une cristallerie ;
  • les employés plus modestes, comme les Pichon ou Octave.

Ce sont les employés, les petits commerçants, les petits rentiers, tous ceux qui s'agitent dans des situations médiocres et qui se battent furieusement pour la maigre satisfaction de leurs appétits.

Émile Zola

« L'adultère dans la bourgeoisie », Le Figaro

23 février 1881

Son roman met en scène des personnages qui illustrent chaque catégorie, mais aussi ce furieux appétit d'argent ou de pouvoir.

Par ailleurs, selon Zola, l'adultère est une conséquence à peu près inévitable du mariage bourgeois, en raison du milieu et de l'éducation : le thème de l'adultère sera donc dominant ici.

2

La façade : des revendications morales fortes

Cette société se définit par des préoccupations bourgeoises officielles, « en façade », pourrait-on dire, et se pose régulièrement en garante de la vertu et de l'honnêteté.

Les discours des personnages concernant la morale sont nombreux.

  • Dès le début du roman, M. Campardon affirme l'immense vertu des habitants de l'immeuble, par cette exclamation elliptique : « Tous bourgeois, et d'une moralité ! » Il recommande vivement à Octave de ne pas emmener de femme, ce qui nuirait à l'honnêteté de l'immeuble, et s'efforce de modérer ses propos devant sa fille, qu'il accepte de confier à Marie Pichon, parce que son éducation est exemplaire.
  • Duveyrier affecte un air « d'une sévérité d'implacable morale » (chapitre 14) et multiplie les recommandations vertueuses.
  • Tous s'offusquent de la vie menée par les gens du peuple : le menuisier qui veut recevoir une femme chez lui, la piqueuse de bottines qui est enceinte. Le ventre de cette dernière devient même l'image du mal qui se serait introduit dans la maison et en aurait perverti l'honnêteté profonde, selon le regard presque halluciné du concierge : « C'était lui qui s'enflait, qui emplissait l'immeuble d'une chose déshonnête, dont les murs gardaient un malaise. À mesure qu'il avait poussé, il s'était produit comme une perturbation dans la moralité des étages » (chapitre 13). Or cette respectabilité n'existe qu'en façade, la maison représente cette façade de manière métonymique. Les mariages reposent sur des contrats, des bassesses financières mais de manière hypocrite, sauvent les apparences.

Cette posture d'affirmation morale est très largement signifiée également par la solennité de l'immeuble, plusieurs fois comparé à un lieu de culte.

  • « l'escalier retrouvait son recueillement de chapelle bourgeoise » (chapitre 12) ;
  • « l'on eût dit une église : un recueillement montait du vestibule aux chambres de bonne » (chapitre 14).

Zola va plus loin encore en procédant à une véritable personnification de la maison : dans l'ensemble du roman, c'est la maison qui est vouée à représenter la morale et la vertu. On remarquera la récurrence des adjectifs ou des substantifs associant des qualités morales à des choses ou des lieux, et non aux êtres vivants.

  • « pas un souffle ne sortait des portes d'acajou, toujours closes sur la profonde honnêteté des appartements » (chapitre 12) ;
  • « jamais la maison n'avait exhalé une sévérité de principes plus rigides » (chapitre 12) ;
  • « […] dans l'honnêteté des zincs dorés et des faux marbres. Derrière les hautes portes d'acajou, la dignité conjugale des alcôves exhalait un reproche. Jamais la maison n'avait respiré d'une haleine si vertueuse » (chapitre 14) ;
  • « D'ailleurs la maison avait retrouvé le train de son honnêteté bourgeoise. » (chapitre 17) ;
  • « la maison souffrait cruellement dans sa dignité » (chapitre 17) ;
  • « la maison retombait au recueillement de son honnêteté », « il ne venait des appartements clos qu'un silence plein de dignité » (chapitre 17) ;
  • « La maison, une fois de plus, avait son grand air de dignité bourgeoise. […] l'escalier désert s'endormait dans une chaleur lourde, avec ses portes chastes, fermées sur des alcôves honnêtes. […] Alors la maison tomba à la solennité des ténèbres, comme anéantie dans la décence de son sommeil. » (chapitre 18)

Dans ce roman, ce sont les portes qui sont chastes, les appartements et les matériaux qui sont honnêtes, la maison qui est digne et vertueuse – et non les êtres : cette personnification lancinante tout au long du récit nous invite évidemment à considérer tout ce que les habitants ne sont pas. Zola fait de la maison l'incarnation de la morale bourgeoise ; ainsi les habitants peuvent-ils se livrer à leurs vices, protégés par le sérieux de la façade. L'immeuble est un « pot-bouille », sorte de faitout où mijotent les vices des habitants.

3

Les préoccupations bourgeoises réelles : l'argent et le mariage

À la façade, à la devanture, à l'apparence, s'opposent évidemment les intérieurs, les préoccupations réelles, les désirs authentiques. Deux inquiétudes bourgeoises reviennent de façon récurrente : l'argent et le mariage.

Ce sont notamment les discours rapportés qui offrent de nombreuses occasions de découvrir les obsessions des personnages.

Discours rapportés

Il existe trois types de discours rapporté :

  • le discours direct : dialogue, phrases rapportées directement, comme elles sont prononcées ;
  • le discours indirect : le discours est introduit par un verbe de parole (« Il déclara que… ») ;
  • le discours indirect libre, très utilisé par Zola : discours rapporté de manière indirecte, mais sans le verbe de parole. Aussi souple que la narration, il n'introduit pas la rupture du dialogue.

Le contexte sociétal est celui du Paris du baron Haussmann qui modernise et transforme la ville, l'argent y règne partout et détermine les carrières, les mariages et la place que l'on occupe dans cette société. La recherche du profit, la course aux biens gangrène les structures, avilit les individus, et ce jusqu'à un bas asservissement.

La cupidité dominante de la bourgeoisie apparaît à de multiples reprises dans la narration des événements.

  • les efforts renouvelés des Josserand pour obtenir la dot de Berthe auprès de l'oncle Bachelard ;
  • les éternelles manœuvres de la part de ce dernier pour ne pas payer ;
  • l'obsession des personnages pour l'héritage de M. Vabre, alors qu'il n'est pas encore mort (« la maison ne s'occupait pas du malade : elle ouvrait la succession », chapitre 11) ;
  • les promesses et les manigances de tous ceux qui organisent des mariages et attendent une dot sans vouloir donner celle qu'ils doivent (les Josserand, M. Vabre) ;
  • la spoliation de Saturnin ;
  • le goût de Berthe, qui a grandi « dans le désir enragé de l'argent » (chapitre 12), pour le luxe coûteux (« son appétit d'argent, de toilette, de luxe gâché », chapitre 13) ;
  • l'habile stratégie de Duveyrier pour récupérer l'immeuble à un prix dérisoire.

La préoccupation financière apparaît de manière encore plus vive lorsqu'elle est perçue directement, à travers le discours direct. Dans des scènes qui appartiennent à un cadre intime, les dialogues affichent les priorités financières.

  • C'est surtout le personnage de Mme Josserand qui incarne l'obsession de l'argent et qui déclare à sa fille : « Tu sais bien qu'on fait tout pour de l'argent » (chapitre 11), et à son mari : « Ayez de l'argent et vous serez considéré, monsieur » (chapitre 16) ;
  • elle brille aussi par sa mauvaise foi, puisqu'elle reproche à M. Vabre d'avoir promis l'argent qu'il n'avait pas, or c'est exactement ce qu'elle a fait de son côté. Cette mauvaise foi confine au ridicule lorsqu'elle prononce ce paradoxe : « M. Vabre, puisqu'il est mort, il faut qu'il paie » ;
  • mais Berthe a hérité de la même cupidité et, déçue par le châle en lama offert par Octave, ne peut retenir ce cri du cœur : « Enfin, ça coûte cent francs, tandis que l'autre en aurait coûté trois cents » (chapitre 14) ;
  • quant à l'oncle Bachelard, il utilise des ruses pour éviter d'avoir à payer quand on lui demande de l'argent : il fait semblant de bégayer ou exagère son ivresse, et produit des discours incomplets : « Hein ? quoi ? bégaya-t-il » (chapitres 3, 7). Octave l'a d'ailleurs démasqué, voyant en lui « l'oncle qui exagérait son ivresse bégayante, pour échapper aux entreprises de la famille » (chapitre 7).

On traita le vieux de filou. C'était indigne, de gâcher ainsi son argent, en sournois qui se fiche du monde et qui joue une infâme comédie, pour continuer à se faire dorloter.

Émile Zola

Pot-Bouille

1882

Très souvent, Zola utilise le discours indirect libre, qui donne l'impression au lecteur d'être plongé dans les paroles ou les pensées des personnages, comme lors de cette découverte de la ruine de M. Vabre.

Ça faisait toujours dix mille francs, répondait avec violence Théophile, qui en était encore à toucher un sou des cinquante mille, promis lors de son mariage. Mais Auguste, à son tour, se plaignait plus âprement, reprochait à son frère d'être au moins parvenu à empocher les intérêts de cette somme pendant trois mois ; tandis que lui n'aurait jamais rien des cinquante mille francs, également portés sur son contrat. Et Berthe, montée par sa mère, lâchait des paroles blessantes, l'air indigné d'être entrée dans une famille malhonnête. Et Valérie, déblatérant sur les loyers qu'elle avait eu si longtemps la bêtise de payer au vieux, par peur d'être déshéritée, ne pouvait digérer cela, regrettait cet argent comme de l'argent immoral, employé à entretenir la débauche.

Émile Zola

Pot-Bouille, chapitre 11

1882

Il faut noter la souplesse avec laquelle Zola enchaîne les différents types de discours rapportés, dans une longue accumulation, ménageant ainsi la vivacité du récit et donnant l'impression de faire entendre toutes les voix, pour un discours similaire où le lexique de l'argent est récurrent.

Dans cette perspective, les mariages ne sont conclus que comme des affaires d'argent : quel mari pourra entretenir sa femme, et quelle dot sera versée, voilà les questions qui aboutissent au mariage.

Cette conception du mariage est transmise par Mme Josserand à Berthe, qui traite son mari « en monsieur simplement chargé de payer » (chapitre 12). Dès lors, trouver un mari devient pour Mme Josserand et ses filles une véritable traque à l'homme, qu'elles abordent en termes de chasse ou de pêche : « sans en avoir l'air, on pêche un mari » (chapitre 2), « si l'on voulait en pêcher un » (chapitre 12), « et elle en tenait un enfin, et comme le chasseur qui achève d'un coup de poing brutal le lièvre qu'il s'est essoufflé à poursuivre, elle se montrait sans douceur pour Auguste, elle le traitait en vaincu » (chapitre 12).

Les filles ainsi ne sont plus données en mariage, mais littéralement vendues, et c'est pourquoi les manœuvres de séduction ont tout d'une véritable prostitution. C'est en ces termes que Berthe récapitule les années à chercher un époux convenable :

Les trois hivers de chasse à l'homme… les insuccès de cette offre de son corps, sur les trottoirs autorisés des salons bourgeois ; puis, ce que les mères enseignent aux filles sans fortune, tout un cours de prostitution décente et permise.

Émile Zola

Pot-Bouille, chapitre 16

1882

Il s'agit de dénoncer les abus liés à la condition féminine et cela touche toutes les classes sociales : Adèle, domestique, doit subir les abus des maîtres. Les bourgeoises sont souvent laissées dans l'ignorance, ne trouvant de raison d'exister socialement que par la dot qu'elles apportent ou la beauté qui leur permet de se montrer en société, comme des objets.

B

La dénonciation de la comédie sociale

1

La métaphore du théâtre

Puisque le discours en société et le discours en famille est très différent, c'est une véritable comédie sociale qui semble se jouer ici. Dans Pot-Bouille, chacun est acteur et joue son propre rôle, dans une représentation permanente.

  • Madame Josserand ainsi, s'improvise metteur en scène pour donner une véritable leçon de comédie de séduction à sa fille, au chapitre 2 : « Tu souris, tu laisses tomber ton éventail… », « Renverse donc la tête, dégage ton cou », « ne sois pas raide, aie la taille souple », l'entraîne à produire « un rire perlé ».
  • Elle fait de sa fille une marionnette, la manipulant comme « une poupée de carton » (ch. 2) et multiplie les recommandations : « elle distribua les rôles » (chapitre 5).
  • En élève docile, Berthe suit les instructions de sa mère : « Elle récita joliment son bout de rôle » (chapitre 3), et surtout avec Octave : « Maintenant, elle souriait tendrement, elle avait la taille souple, se rappelant que les hommes détestent les planches. On ne faisait pas la niaise, on permettait les enfantillages, sans en avoir l'air, si l'on voulait en pêcher un. » (chapitre 12. On retrouve ici, dans la deuxième phrase, l'utilisation du discours indirect libre, qui montre à quel point Berthe a intégré les discours de sa mère.)
  • Octave d'ailleurs n'est pas en reste et lui aussi joue son rôle de séducteur avec chaque femme qu'il croise : il « prit sa voix de séduction, une voix d'acteur, douce et charmante » (chapitre 9).

Tout n'est que mensonge : il faut paraître, et dissimuler la réalité.

Mme Josserand explique, au chapitre 2, préférer se priver dans l'intimité de la famille pour pouvoir afficher un peu plus de luxe lors des mondanités : « Mangez des pommes de terre, mais ayez un poulet, quand vous avez du monde à dîner… ».

La duplicité et la dissimulation sont tout particulièrement dénoncées à travers la répétition d'un véritable discours de promotion du mensonge par Mme Josserand, puis par sa fille.

  • « Moi, lorsque j'ai eu vingt sous, j'ai toujours dit que j'en avais quarante ; car toute la sagesse est là, il vaut mieux faire envie que pitié… » (Mme Josserand, chapitre 2).
  • « J'aime mieux faire envie que pitié… l'argent est l'argent, et lorsque j'ai eu vingt sous, j'ai toujours dit que j'en avais quarante » (Berthe, chapitre 12).
  • « Moi, lorsque j'ai eu vingt sous, j'ai toujours dit que j'en avais quarante, car il vaut mieux faire envie que pitié » (Berthe, chapitre 14).
  • « Il vaut mieux faire envie que pitié. Quand j'ai eu vingt sous, j'ai toujours dit que j'en avais quarante… » (Mme Josserand, chapitre 16).

Cette répétition révèle à la fois l'obsession financière, la revendication du mensonge et de la mise en scène, mais aussi la puissance de l'éducation, qui transmet cette idée fixe de la mère à la fille.

Tout le monde est d'accord pour jouer cette comédie sociale, tellement évidente qu'elle se met en place naturellement, de façon consensuelle. Après la découverte par Auguste de Berthe chez Octave, c'est sans concertation que l'adultère est maquillé en « simple querelle d'argent : c'était beaucoup plus propre » (chapitre 17). Comme au théâtre, les personnages peuvent être repérés par des comportements répétitifs, presque caricaturaux ou archétypaux. Mme Josserand dit à qui veut l'entendre que « l'argent est l'argent ». Les obsessions déterminent des caractères et des types d'individus, comme ce que l'on trouve chez les personnages de Molière.

Enfin, la religion est également souvent évoquée comme un déguisement, un « manteau » permettant de cacher les réalités et de donner des airs d'honnêteté à tous les vices.

  • L'abbé Mauduit est réduit au rôle de garant : « il avait dû finir par ne plus veiller qu'aux apparences, en maître de cérémonie jetant sur cette bourgeoisie gâtée le manteau de la religion » (chapitre 5).
  • Il discute avec Berthe pour la réhabiliter après ses entreprises de séduction auprès d'Auguste : « il causa une minute avec elle pour couvrir de son caractère sacré le scandale de la fenêtre » (chapitre 5).
  • À la fin du récit, sa présence chez les Duveyrier est encore une fois l'occasion d'offrir la garantie de l'Église à cette bourgeoisie corrompue : « il jetait une fois encore le manteau de la religion sur cette bourgeoisie gâtée, en maître de cérémonie qui drapait le chancre » (chapitre 18).
  • L'extrême-onction est demandée pour M. Vabre uniquement dans le souci de ne choquer personne et de préserver les apparences : « quand ce ne serait que pour le quartier, répétait Clotilde », soutenue par l'abbé Mauduit : « un homme dans la situation de votre père doit le bon exemple ». D'ailleurs l'extrême-onction arrive trop tard, mais le faire-part de décès précise cependant que M. Vabre était « muni des sacrements de l'Eglise » (chapitre 11), nouveau mensonge destiné uniquement à servir les codes officiels de la société.
2

Un faux décor

Dans l'ensemble du roman, l'image récurrente du faux décor vient contribuer à la dénonciation de la duplicité bourgeoise.

Dès l'entrée d'Octave dans l'immeuble, l'accent est mis sur l'ornementation factice : « une sorte de Napolitaine », « faux marbre », la rampe « imitait le vieil argent ».

Ces maisons-là, c'est bâti pour faire de l'effet… Seulement, il ne faudrait pas trop fouiller les murs. Ça n'a pas douze ans et ça part déjà… On met la façade en belle pierre, avec des machines sculptées ; on vernit l'escalier à trois couches ; on dore et on peinturlure les appartements ; et ça flatte le monde, ça inspire de la considération…

Émile Zola

Pot-Bouille

1882

Campardon, en architecte avisé, pose un regard juste sur les lieux.

Plus tard, en écoutant les bonnes mettre à nu les comportements de leurs maîtres, Octave regarde les murs, « comme vexé de ne pas avoir lu tout de suite au travers, derrière les faux marbres et le carton-pâte luisant de dorure » (chapitre 6).

Le faux luxe de l'immeuble est ainsi à décoder comme une image du vernis brillant de la bourgeoisie dissimulant ses vices.

La maison l'effarait un peu ; après s'être laissé prendre d'un respect de provincial, devant la gravité riche de l'escalier, il glissait à un mépris exagéré, pour ce qu'il croyait deviner derrière les hautes portes d'acajou. Il ne savait plus : ces bourgeoises, dont la vertu le glaçait d'abord, lui semblaient maintenant devoir céder sur un signe.

Émile Zola

Pot-Bouille, chapitre 6

1882

Les antithèses d'Octave qui découvre rapidement la vérité des êtres.

3

L'art du dévoilement : de découverte en découverte

Parfois les apparences se fissurent d'elles-mêmes, et laissent voir la réalité des personnages. C'est notamment le cas dans l'opposition entre les scènes mondaines et les scènes intimes, où se révèlent les vrais visages.

Les discours de Mme Josserand chez elle, en famille, n'ont plus rien à voir avec les civilités dont elle fait preuve en société. On perçoit ainsi sa haine féroce envers son mari, à qui elle reproche de ne pas pouvoir financer un train de vie satisfaisant et de l'avoir trahie en l'épousant alors qu'il n'était pas en mesure de gagner suffisamment sa vie :

  • « un homme qui m'a trompée sur ses capacités […] en voilà un que je n'épouserais pas, si c'était à refaire ! » (chapitre 2) ;
  • « Vous m'avez trompée, monsieur, ignoblement trompée. On n'épouse pas une femme, quand on est décidé à la laisser manquer de tout » ;
  • sa méchanceté éclate dans le privé : son mari est un « empoté », Hortense est « joliment godiche » ; elle traite ses filles de « cruches » (chapitre 2), ce qui contraste avec le « mon amour » qu'elle donne à Berthe lors de la soirée du chapitre 3.

Il faut noter dans les prises de parole de Mme Josserand les mots familiers, souvent insultants, le vocabulaire de reproches, les exclamations qui disent sa colère, les vérités générales employées pour mieux accuser.

Quelquefois ce sont les circonstances qui conduisent à l'aveu de la vérité.

Après avoir produit tout un discours pour justifier par le travail l'absence de son mari (« elle parlait toujours de son mari avec gravité, contait de son grand air honnête des histoires extraordinaires, où elle expliquait pourquoi on ne le trouvait jamais au domicile conjugal »), Clotilde, pressée par l'attaque de son père, demande à Octave d'aller chercher Duveyrier chez sa maîtresse : « Vous savez, rue de la Cerisaie… Tous nos amis le savent. » (chapitre 10)

Ces scènes permettent d'opposer de façon flagrante le vernis bourgeois, le souci des conventions sociales, et la réalité des comportements et des caractères. Mais cette révélation est surtout mise en avant dans Pot-Bouille par la mise en scène des domestiques.

Si Pot-Bouille est consacré à la bourgeoisie, la domesticité occupe néanmoins une place importante. Son rôle est en grande partie de dénoncer les vrais comportements sous les fausses apparences : « ces filles savaient tout, sans que personne eût parlé (chapitre 13). Les scènes récurrentes côté cour permettent aux bonnes de témoigner de ce qu'il se passe, aux chapitres 1, 6, 13 et 18. Ces épisodes sont évoqués à travers le retour de l'image de « l'égout », qui « charrie les hontes » de la maison, et qui contraste fortement avec l'escalier majestueux.

Cette image de l'égout permet aussi d'assimiler tous les comportements douteux des maîtres aux ordures ; dans une association du concret et du figuré, cette cour devient le lieu où se déversent les déchets de la maison, déchets des repas comme déchets des attitudes.

  • « Tous les fonds de casserole, toutes les vidures de terrine y passèrent, pendant que Lisa s'acharnait sur Berthe et sur Octave, arrachant les mensonges dont ils couvraient la nudité malpropre de l'adultère » (chapitre 13) ;
  • « toutes les décompositions cachées des étages semblaient fondre et s'exhaler par cet égout de la maison » (chapitre 18).

Dans sa perspective naturaliste, Zola utilise un langage familier, voire vulgaire ou argotique, pour rapporter les conversations des bonnes. Les agissements des maîtres sont rendus dans un langage cru, sans fard, avec des images souvent scabreuses.

  • Berthe « a tout fait à Auguste, à part de le déculotter » ;
  • Campardon « débouche la cousine » ;
  • Valérie est partie pour « un drôle de déjeuner, la tête en bas et les jambes en l'air ! » ;
  • Berthe « se fait donner un coup de plumeau par le commis de son homme » ;
  • Auguste « aurait dû se faire poser un autre œil quelque part », etc.

La violence de cette mise à nu est sensible à travers les réactions des personnages qui surprennent ces propos ; la relation de Berthe et Octave en particulier s'en trouve altérée et ils sont pris d'un « dégoût d'eux-mêmes ».

Fait significatif, c'est une nouvelle scène côté cour qui clôt le roman. Et c'est à Julie qu'il revient de formuler la morale du roman, dans une ultime dénonciation.

Au rôle des bonnes, il faut rattacher le passage éclair du menuisier. Non seulement l'injustice dont il est victime (puisque, au nom de la morale, il ne peut pas rentrer chez lui avec sa femme, quand les adultères se multiplient à tous les étages) met en lumière l'hypocrisie des habitants, mais de surcroît ses paroles rapportées au discours direct permettent, là aussi, la virulence de la critique à travers le langage vulgaire.

« Il s'y passe de propres choses, on y rencontre du joli fumier. Ça ne veut pas de femmes chez soi, lorsque ça tolère, à chaque étage, des salopes bien mises qui mènent des vies de chien, derrière les portes !... Tas de mufles, tas de bourgeois ! » (noter l'antiphrase « de propres choses » et l'oxymore ironique « joli fumier »)

« Hein ? c'est drôle tout de même qu'on vous empêche de coucher avec votre femme !... Pas de femme dans ta maison, bougre de ramolli ! Va donc en ce moment mettre un peu le nez sous les draps, pour voir ! » (chapitre 6)

C

Une satire féroce

1

Des portraits qui tournent à la caricature

Pour dénoncer l'hypocrisie de la bourgeoisie, Zola ne craint pas de forcer le trait, au risque d'exagérer. La plupart des personnages ne sont ainsi que des caricatures où chacun incarne un type d'immoralité. Pour les uns et les autres, la dimension caricaturale est perceptible à la répétition des mêmes situations et aux discours rapportés.

  • Appétit d'argent pour Mme Josserand et Berthe ;
  • séduction pour Octave ;
  • désir sexuel pour Duveyrier ;
  • désir tourné vers les bonnes pour Trublot ;
  • Mme Josserand apparaît en véritable matrone ;
  • Mme Juzeur apparaît en fausse prude ;
  • Théophile apparaît en mari perpétuellement trompé ;
  • M. Vabre apparaît en vieux gâteux.

Peu de personnages échappent à ce ridicule. Seul M. Josserand peut attirer la compassion du lecteur, dans son dévouement pour ses enfants (il travaille la nuit pour gagner un peu plus d'argent, il est le seul à regretter le départ de Saturnin, il s'inquiète pour Berthe, il est dévasté par les fautes de sa fille, il meurt étouffé par son honnêteté au chapitre 17). L'abbé Mauduit semble en partie racheté par sa tristesse quant à l'utilisation de la religion pour dissimuler les travers de la bourgeoisie et par sa crise quasiment mystique à la fin du chapitre 17, où il apparaît dévasté par les nécessités de la compromission mondaine. Le Dr Juillerat quant à lui se fait par moments le porte-parole des théories de Zola.

Pour conforter les personnages dans leur dimension caricaturale, il faut aussi noter la constante entreprise de démolition qu'ils subissent. Ils font en effet l'objet d'une désacralisation permanente : il n'y a jamais rien de grand ou de noble dans ce récit. Bien au contraire, tout est toujours déconstruit, détruit, ruiné.

  • L'exemple le plus flagrant est peut-être celui du mariage d'Auguste et de Berthe, constamment entrecoupé par l'affrontement entre Théophile et Octave, au point que Berthe elle-même est davantage préoccupée par cette dispute que par la cérémonie.
  • Les obsèques de M. Vabre sont parasitées par des discussions politiques, et même les employés des pompes funèbres sont ivres.
  • Auguste semble un moment pris d'une tentation héroïque en réclamant un duel contre l'amant de sa femme, mais sa volonté et son courage s'effritent ridiculement tout au long de longues et inutiles pérégrinations dans Paris.
  • Duveyrier tente de se suicider dans les lieux d'aisance…
2

Une ironie mordante

Zola met en œuvre une ironie cinglante par le jeu des contrastes, qui libèrent la force des sous-entendus. Il associe très souvent les discours moralisateurs de ses personnages à des comportements contradictoires, sans transition : c'est le lecteur qui est invité à percevoir ce violent contraste et à en tirer les conclusions – méthode plus efficace qu'une simple dénonciation des agissements contestables.

  • La cérémonie du mariage de Berthe et Auguste, maintes fois entrecoupée par les préoccupations de Théophile quant aux tromperies de sa femme : l'adultère est au cœur de la célébration du mariage.
  • Duveyrier est conseiller à la Cour d'appel, futur président de chambre, officier de la Légion d'honneur : mais sous ces apparences honorables, il entretient une maîtresse, il met au point une malversation pour récupérer l'immeuble à bas prix, et il est probablement le père de l'enfant qu'Adèle met au monde au moment où lui-même déclare « Il est temps d'opposer une digue à la débauche qui menace de submerger Paris » (chapitre 18).
  • Campardon est architecte diocésain, qui multiplie les images pieuses chez lui mais installe sa maîtresse sous son toit, avec sa femme, et sous les yeux d'Angèle, elle-même pervertie par la bonne. Il confie sa fille à Marie Pichon, certain de la bonne moralité de sa voisine, alors que celle-ci trompe son mari jusque dans son propre lit.
  • L'agonie de M. Vabre est entrecoupée de disputes autour de l'héritage.

Parfois, le contraste est d'autant plus saisissant qu'il n'y a pas de transition dans le passage entre les affirmations morales et les mauvais comportements ; pratiquant l'asyndète avec virtuosité, Zola n'utilise pas de coordination pour formuler les rapports d'opposition, mais profite des silences de la ponctuation et de la juxtaposition (point, point-virgule) pour obliger le lecteur à formuler lui-même ces contradictions.

  • Au chapitre 4, Campardon déclare : « Nous ne voulons ici que des honnêtes gens… Parole d'honneur ! je donnerais congé, le jour où ma fille serait exposée à rencontrer des créatures dans l'escalier. » Et le récit enchaîne aussitôt sur l'escapade avec sa maîtresse : « Ce soir-là, il conduisait secrètement la cousine Gasparine à l'Opéra-Comique ».
  • « Moralisons le mariage, messieurs, moralisons le mariage, répétait Duveyrier de son air rigide, avec son visage enflammé, où Octave voyait maintenant le sang âcre des vices secrets » (chapitre 5).
  • Duveyrier contemple son beau-père mourant mais ne pense qu'à sa maîtresse : « et, les yeux vagues, fixés sur le moribond, il la revoyait ainsi, il aurait tout donné pour la posséder encore, rien qu'une fois ». Même chose quand il réclame l'extrême-onction pour son beau-père : « Duveyrier, tiré de ses souvenirs sur Clarisse, dont il se rappelait justement la façon d'enfiler ses bas, une cuisse en l'air, réclama les sacrements avec violence » (chapitre 11).
  • passage du pervertissement d'Angèle par la bonne et de Campardon et Gasparine « dans leur lit trop étroit » à : « la nuit chaste jetait son ombre sur l'honnêteté de la famille » (chapitre 14).
  • « Derrière les portes d'acajou, de nouveaux abîmes de vertu se creusaient ; le monsieur du troisième venait travailler une nuit par semaine, l'autre Mme Campardon passait avec la rigidité de ses principes, les bonnes étalaient des tabliers éclatants de blancheur » (chapitre 17). Notons le contraste entre le vocabulaire de l'honnêteté et de la vertu, et les sous-entendus de la deuxième proposition : le monsieur qui « travaille » une nuit par semaine, la maîtresse de Campardon qui s'est installée dans le ménage.
  • « la maison retombait à son recueillement, à ce silence religieux qui semblait sortir des chastes alcôves. Octave avait rejoint Marie dans la chambre, au bord du lit conjugal, dont elle apprêtait les oreillers. » (et Trublot attend dans le lit d'Adèle) (chapitre 6).

Les descriptions prennent aussi une dimension ironique, c'est à travers l'usage d'un vocabulaire subjectif qu'on le perçoit. Le romancier livre des commentaires ironiques qui ont pour fonction de souligner le regard moqueur qu'il porte sur la société qu'il peint.

Toutes, brusquement, avaient replongé dans leur cuisine ; et il ne montait plus, du boyau noir de l'étroite cour, que la puanteur d'évier mal tenu, comme l'exhalaison même des ordures cachées des familles, remuées là par la rancune de la domesticité.

Émile Zola

Pot-Bouille, chapitre 6

1882

Zola décrit ainsi le monde de la cour.

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