Des territoires traversés et remodelés par des mobilités complexesCours

Les territoires d'Afrique australe sont traversés par des flux migratoires complexes qui remodèlent le paysage. Ces flux sont mondiaux et régionaux, et concernent de plus en plus le tourisme. Ils engendrent des défis importants, comme la gestion des réfugiés et les problèmes causés sur l'environnement.

Quels sont les principaux flux migratoires et les principales mobilités en Afrique australe ? Quels sont les défis engendrés par ces flux ?

I

Des territoires traversés par des flux migratoires complexes

A

Des flux migratoires régionaux et internationaux

1

Les principaux flux migratoires régionaux

Les flux migratoires sont importants en Afrique australe. Dans leur majorité, ce sont des flux qui se font à l'intérieur de l'Afrique australe.

Les personnes qui se déplacent se dirigent prioritairement vers les pays voisins pour y exploiter soit les terres, soit les richesses minières ou pétrolières.

Ces flux migratoires se caractérisent par l'attractivité de certains territoires : les régions minières et les métropoles, en particulier celles qui sont littorales, polarisent les migrations. Les flux migratoires participent à la forte croissance démographique de certaines villes et au peuplement de leurs bidonvilles. Le pays qui attire le plus de nouveaux habitants est l'Afrique du Sud, pays le plus dynamique sur le plan économique.

Des migrants fuient l'instabilité politique, l'insécurité dont ils sont victimes dans leur pays. Les réfugiés du Mozambique ou d'Angola espèrent trouver asile dans les pays voisins, qui sont parfois la destination finale envisagée, ou parfois seulement une étape vers un pays plus lointain. L'Afrique du Sud est le principal pays d'accueil d'Afrique australe car c'est le plus développé de la région.

Les principaux flux migratoires
Les principaux flux migratoires
2

Des migrations plus nombreuses de la campagne vers la ville

Les migrations sont de plus en plus importantes de la campagne vers la ville, motivées surtout par la recherche d'un emploi. 

Les jeunes, qui font face à un sous-emploi et à un taux de chômage élevés, quittent les campagnes pour échapper à la pauvreté, à l'insécurité alimentaire ou au manque d'emploi. Pour certains, la ville est aussi le lieu pour faire des études. 

Nombreux sont ceux qui envoient de l'argent à leurs familles restées au village, ce qui leur permet de ne pas rompre le lien avec leurs familles ni avec les autres membres de la communauté villageoise. C'est ainsi que l'on observe l'essor d'une nouvelle forme de migration entre les campagnes et les villes. Il s'agit d'une migration qui n'est pas définitive mais circulaire et saisonnière. Elle se caractérise par un retour régulier de la ville vers la campagne.

En Afrique du Sud, les femmes représentent 48 % des migrations des campagnes vers les villes. Elles migrent pour des activités temporaires (emplois saisonniers) puis reviennent dans leur village. Environ 40 % des migrants sont des pères de familles. Ils vont en ville pour trouver un emploi qui leur rapporterait davantage de revenus. Ils en envoient une partie à leur famille restée au village, et ne reviennent parfois que quelques années plus tard.

3

Une ouverture progressive aux migrations internationales

Les migrations internationales concernent aussi l'Afrique australe. On dénombre environ 6 millions de migrants internationaux (4 fois plus que dans les années 2000) qui se sont installés en Afrique australe.

Parmi eux :

  • près de 500 000 réfugiés ou demandeurs d'asile ;
  • de plus en plus d'Européens ;
  • des retraités ;
  • des jeunes chômeurs à la recherche de nouvelles opportunités professionnelles ;
  • des investisseurs.

De nombreux Portugais s'installent au Mozambique ou en Angola.

Les migrants qui quittent l'Afrique australe ne sont plus seulement des personnes peu qualifiées qui fuient la misère et espèrent une vie matérielle meilleure dans un pays d'Europe. On trouve aussi :

  • des étudiants ;
  • des commerçants ; 
  • des travailleurs qualifiés. 

 

Le durcissement des politiques migratoires de l'Union européenne tend cependant à réduire l'émigration depuis l'Afrique australe. De nouveaux flux de migrants vont vers la Chine : en effet, les étudiants d'Afrique australe apprennent de plus en plus le chinois pour migrer vers la Chine et y développer des affaires.

B

Les défis posés par les flux migratoires

1

La multiplication des camps de réfugiés

Le flux des migrants pose un vrai défi, celui de loger ces personnes qui fuient leur pays. En Afrique australe, de nombreux camps de réfugiés se sont développés.

Les deux plus grands en 2019 sont :

  • celui de Dzaleka au Malawi (plus de 30 000 personnes) ;
  • celui de Tongogara au Zimbabwe (ancien camp établi en 1984 pour recueillir les réfugiés du Mozambique victimes d'une guerre civile, qui accueille aujourd'hui environ 10 000 personnes).

Quand les gens ont afflué au Malawi, ils se sont installés là où ils pouvaient, se construisant des abris de fortune à base d'herbe et de bois. En tout, ce sont des centaines de petits abris qui s'entassent les uns sur les autres [...].

La moitié des consultations dans le centre de santé de MSF sont liées à des cas de paludisme : rien que la semaine dernière, nous avons soigné 388 patients atteints de palu. Les réfugiés sont dans un état d'extrême vulnérabilité, mais jusque-là, nous avons au moins eu la chance de ne pas avoir de maladies contagieuses dans le camp. La surpopulation et le manque de sanitaires constituent deux risques majeurs. Par exemple, pour respecter les conditions humanitaires minimales, il nous faudrait au moins 225 latrines pour les 5 500 occupants actuels, mais en réalité, il n'y en a que quinze en état de fonctionnement. Mais, malgré le besoin urgent de nouvelles installations, le manque d'espace nous empêche d'en aménager un nombre suffisant.

[...] Nous avons depuis longtemps dépassé la capacité d'accueil du camp pour pouvoir héberger autant de gens. Par exemple, le seul cours d'eau régulier s'est asséché et les réfugiés, généralement les femmes, doivent maintenant attendre en moyenne 2 h 30 pour pouvoir remplir leurs jerricans. Chaque personne dispose d'environ 8 litres d'eau par jour, c'est à peine assez pour boire et cuisiner, et bien en dessous des 15 à 20 litres minimum recommandés par les normes humanitaires au sein d'installations d'urgence. [...]

De plus, la frontière avec le Mozambique n'est qu'à 300 mètres à peine, une distance bien inférieure à celle recommandée dans ce type de situations où une population fuit la violence dans son pays.

Au Malawi, un camp de réfugiés aux capacités d'accueil dépassées

D'après un article paru sur le site https://www.msf.fr

17 février 2016

2

Les réactions xénophobes

Ancien pays de l'apartheid, l'Afrique du Sud est particulièrement touchée par les réactions xénophobes de ses habitants face à l'arrivée des migrants.

En mai 2018, dans trois bidonvilles de Durban, une association de businessmen sud-africains pose un ultimatum aux commerçants étrangers, majoritairement somaliens et éthiopiens. Ces derniers sont forcés de fermer boutique sous peine de représailles physiques. 

L'année 2019 a encore été marquée par une flambée de violences xénophobes.

À Johannesburg, les populations nigérianes ont été accusées d'être responsables de la montée du chômage. Des actes de pillage de commerces tenus par des migrants ont entraîné plusieurs décès. En 2008, 62 personnes immigrées avaient déjà perdu la vie. 7 autres personnes sont décédées en 2015 suite à des manifestations de violence.

Dans les villes où s'installent les migrants, ces nouveaux habitants peuplent souvent les quartiers les plus pauvres, les bidonvilles. Les violences à leur encontre se nourrissent de cette pauvreté, du manque de travail, de la pénurie de logements, difficultés dont on attribue la responsabilité aux étrangers.

II

L'augmentation des mobilités touristiques

A

Des territoires touristiques variés

1

Les principaux sites naturels

Les principaux sites touristiques en Afrique australe sont des sites naturels. En Afrique du Sud, on compte plus de 200 réserves et parcs animaliers, dont 17 sont des parcs nationaux parmi les plus vastes d'Afrique.

-

Cape Point (Afrique du Sud) est une réserve naturelle célèbre pour ses falaises et la vue depuis le phare. C'est le lieu où se rejoignent les océans Indien et Atlantique.

-

© Wikimedia Commons

Table Mountain (Afrique du Sud) fait partie des 7 nouvelles merveilles de la nature nommées en 2011. C'est une montagne qui surplombe la ville du Cap.

-

© Wikimedia Commons

Les chutes Victoria (Zambie et Zimbabwe) sont inscrites au patrimoine mondial de l'Unesco. Elles mesurent plus de 100 mètres de hauteur et figurent ainsi parmi les chutes d'eau les plus spectaculaires du monde.

-

© Wikimedia Commons

Le désert du Namib (en Namibie) se caractérise par des dunes qui sont parmi les plus hautes du monde, au milieu desquelles se trouvent des lacs asséchés, dans l'une des régions les plus arides du monde.

-

© Wikimedia Commons

Le delta de l'Okavango (au Bostwana) est également inscrit au patrimoine mondial de l'humanité par l'Unesco. C'est le second plus grand delta intérieur du monde (après le delta intérieur du Niger), qui abrite une grande diversité d'animaux.

-

© Wikimedia Commons

Le Fish River Canyon (Namibie) est le second plus grand canyon du monde, après le Grand Canyon américain.

-

© Wikimedia Commons

2

Les autres sites touristiques attractifs

Le tourisme urbain concerne essentiellement Johannesburg et Le Cap, qui sont les deux villes d'Afrique les plus visitées. Le tourisme existe également sur les littoraux.

En 2016, 4,57 millions de visiteurs sont passés par Johannesburg et 1,52 million de visiteurs sont passés au Cap.

Le tourisme sur les littoraux, permis par la construction de stations balnéaires, est développé pour l'essentiel en Afrique du Sud, au Mozambique et à Madagascar.

Le tourisme culturel se concentre pour l'essentiel en Afrique du Sud, dont la particularité est la valorisation des sites dédiés à la lutte contre le régime de l'apartheid.

La prison où fut détenu Nelson Mandela à Robben Island ou sa maison à Soweto sont très visitées.

B

Un tourisme de masse émergent

On parle de tourisme de masse lorsqu'un site touristique est très fréquenté (plusieurs millions de visiteurs). Ce tourisme émerge en Afrique australe, particulièrement en Afrique du Sud. Face aux soucis que posent ce tourisme de masse, l'écotourisme se développe.

1

L'Afrique du Sud, une destination privilégiée

L'Afrique du Sud est une destination privilégiée en Afrique australe.

Elle a accueilli 15 millions de visiteurs étrangers en 2017 :

  • Les vacanciers représentent  \dfrac{2}{3} de ces visiteurs, dont  \dfrac{1}{3}  dans le cadre de voyages d'affaires. 
  • L'activité touristique génère 1,5 million d'emplois et représente 8,6 % de l'activité économique du pays. 

 

Le développement des dessertes aériennes et les ouvertures de lignes contribuent à l'augmentation de l'offre.

Le tourisme en Afrique du Sud
Le tourisme en Afrique du Sud
Le Golden Mile de Durban
Le Golden Mile de Durban

© Wikimedia Commons

Le Golden Mile de Durban symbolise ce que peut être le tourisme balnéaire de masse. De vastes plages sont destinées aux sports nautiques et à la baignade. Elles sont longées par de nombreux immeubles.

2

Des destinations nouvelles

De nouvelles destinations sont gagnées par le tourisme de masse, comme le Mozambique ou le Zimbabwe.

Le Mozambique est l'une des nouvelles destinations favorites des chaînes hôtelières internationales. L'attractivité de ce pays repose non seulement sur ses sites naturels, ses parcs et ses plages, mais aussi sur une politique de visa très ouverte. En effet, il n'est pas nécessaire d'obtenir un visa pour les touristes venus de plusieurs pays étrangers.

Le Mozambique a ainsi accueilli environ 2,5 millions de visiteurs en 2018. Plus de 3,5 millions sont envisagés dans les prévisions pour 2028.

Les autres pays très visités sont :

  • le Zimbabwe avec plus de 2 millions de touristes accueillis chaque année ; 
  • la Namibie et le Botswana, avec plus de 1,5 million de touristes chaque année, essentiellement grâce à leurs sites naturels ; 
  • la Zambie qui a atteint le seuil du million de touristes en 2016 (plus de 900 000 dès 2015).
3

Valorisation de l'écotourisme face aux risques du tourisme de masse

Le tourisme de masse représentant des risques importants pour l'environnement et les populations locales, l'écotourisme est de plus en plus valorisé en Afrique australe.

En Namibie, le gouvernement a développé le concept des « conservancies ». Ce sont des territoires où les communautés locales gardent la responsabilité de protéger l'environnement naturel et veillent au respect des règles imposées aux entreprises touristiques. Celles-ci ont l'obligation d'embaucher les villageois et de leur verser une part des bénéfices pour construire des écoles, des dispensaires, ou installer des réseaux électriques. 

En Afrique du Sud, l'écotourisme a contribué à la préservation de la biodiversité de nombreux parcs naturels. Les parcs nationaux attirent chaque année plusieurs millions de visiteurs. Les mesures de protection des espèces animales au sein de ces parcs ont permis de sauver certaines espèces menacées d'extinction. L'écotourisme se préoccupe également de l'impact de l'activité touristique sur les populations locales.

Dans le parc Hluhluwe-Imfolozi, plus d'une centaine de personnes sont recrutées dans les villages environnants. Des marchés permettent aux villageois de vendre leurs produits agricoles ou artisanaux, et une partie de l'argent généré par l'activité touristique est réinvestie dans des équipements pour améliorer la vie quotidienne dans les villages.