Des trajectoires démographiques différenciées Cours

Sommaire

IUne population mondiale toujours plus nombreuseAL'explosion démographique depuis le milieu du XXe siècleBUn peuplement très inégalCVers une croissance démographique ralentie au XXIe siècleIIDes situations démographiques différentes sur la planèteALa transition démographique : un modèle théoriqueBDes situations démographiques diversesIIIDes défis démographiques différenciésAFaire face aux défis du nombreBLes défis du vieillissement de la population

\boldsymbol{\textcolor{dodgerblue}{\Rightarrow}}  À quels défis les États sont-ils confrontés en fonction de l'évolution de leur population ?

I

Une population mondiale toujours plus nombreuse

A

L'explosion démographique depuis le milieu du XXe siècle

Durant des milliers d'années, la population mondiale n'a augmenté que faiblement et lentement. Il faut attendre 1800 pour que l'humanité atteigne le premier milliard d'habitants. Cette lente augmentation s'explique par une alternance de phases de croissance puis de phases de déclin démographique. Une alimentation peu diversifiée, parfois insuffisante, des conditions d'hygiène médiocres et une médecine inefficace ont favorisé un taux de mortalité élevé, particulièrement chez les enfants. Même si la natalité était très élevée, la forte mortalité empêchait tout décollage démographique.

Natalité

La natalité est le nombre moyen de naissances au cours d'une année dans une population, ramenée à 1 000 habitants. On l'exprime donc sous la forme d'un taux pour mille habitants (‰).

Mortalité

La mortalité est le nombre moyen de décès au cours d'une année dans une population, ramenée à 1 000 habitants. On l'exprime donc sous la forme d'un taux pour mille habitants (‰).

Le XXe siècle voit une accélération brutale du rythme de croissance de la population mondiale. On parle même d'une explosion démographique car la population a été multipliée par trois depuis 1950 pour atteindre 7,7 milliards d'habitants en 2019. Chaque seconde, l'humanité compte 3 individus supplémentaires soit 260 000 humains de plus chaque jour. Ainsi, chaque année, la population mondiale augmente de 95 millions d'habitants soit quasiment la population de l'Égypte. La hausse des rendements agricoles et les progrès sanitaires ont contribué à faire baisser la mortalité ; la natalité est restée à un niveau élevé : la population mondiale a considérablement augmenté.

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La croissance de la population mondiale depuis l'Antiquité

B

Un peuplement très inégal

La répartition géographique de l'humanité est depuis toujours inégale. Il suffit de regarder un planisphère de la répartition des hommes pour constater qu'il y a des espaces densément peuplés, comparables à des « pleins », et des espaces faiblement peuplés comparables à des « vides ». Ainsi, plus de la moitié des humains se concentre dans trois foyers de peuplement majeurs :

  • l'Asie de l'Est avec 1,7 milliard d'humains ; 
  • l'Asie du Sud avec 1,6 milliard d'habitants ;
  • l'Europe, qui compte 750 millions d'habitants. 

Il existe des foyers de peuplement secondaires : l'Asie du Sud-Est, le Moyen-Orient, le golfe de Guinée, le Nord-Est de l'Amérique, etc.

La population mondiale devient de plus en plus urbaine puisque 55 % de la population vit en ville. Les êtres humains se concentrent sur les littoraux. Aujourd'hui, cinq États sont qualifiés de puissances démographiques car ils concentrent à eux seuls 46 % de la population mondiale : la Chine, l'Inde, les États-Unis, l'Indonésie et le Nigeria.

Foyer de peuplement

Un foyer de peuplement est une vaste région du monde présentant de fortes densités de population car elle concentre un très grand nombre d'habitants.

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C

Vers une croissance démographique ralentie au XXIe siècle

Dans les années 1980, les études prévoyaient pour 2050 environ 12 milliards d'hommes sur terre. Les changements dans les comportements démographiques de la population ont amené à réévaluer ces prévisions à la baisse. Dans un rapport de 2019, l'ONU estime que l'humanité devrait atteindre 9,7 milliards de représentants en 2050, soit une hausse de 25 % à prévoir. Cela reflète un ralentissement de la vitesse de croissance de la population mondiale qui est passée de plus de 2 % par an en 1965 à moins de 1 % par an aujourd'hui. Les démographes s'accordent sur un point : d'ici à 2100, la population mondiale devrait finir par se stabiliser. En fonction de la fécondité, différentes prévisions sont proposées. Les plus hautes avancent le chiffre de 15 milliards d'habitants. Les plus basses envisagent un fléchissement de la population à la fin du siècle à 7,5 milliards. Dans un scénario moyen, la population mondiale devrait se stabiliser autour de 11 milliards d'humains en 2100.

Fécondité

La fécondité est le nombre moyen d'enfants que pourrait avoir une femme en âge de procréer, c'est-à-dire entre 15 et 49 ans du point de vue statistique. Elle est exprimée sous la forme d'un indice synthétique de fécondité.

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Plusieurs scénarios pour la croissance démographique mondiale au XXIe siècle

II

Des situations démographiques différentes sur la planète

A

La transition démographique : un modèle théorique

Pour expliquer le comportement démographique d'une population, on s'appuie sur le modèle théorique de la transition démographique. Ce schéma mesure l'évolution dans le temps de trois indicateurs démographiques : le taux de natalité, le taux de mortalité et l'accroissement naturel.

Accroissement naturel (ou solde naturel) 

L'accroissement naturel (ou solde naturel) dans une population est la différence entre le nombre de naissances vivantes et le nombre de décès. Lorsqu'il est exprimé en %, le taux mesure la hausse (ou la baisse) naturelle d'une population, c'est-à-dire sans tenir compte des phénomènes migratoires.

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Courbe théorique de la transition démographique

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Analyser et comprendre la transition démographique

B

Des situations démographiques diverses

Globalement, les situations démographiques sont très variées d'une région à l'autre. En Europe, la majorité des pays riches et développés ont achevé leur transition démographique depuis plusieurs décennies. Leur niveau bas de natalité devrait entraîner une croissance démographique négative. Les Européens seront moins nombreux d'ici la fin du siècle : le continent devrait perdre 100 millions d'habitants d'ici à 2100. À l'inverse, en Amérique, où la fécondité se maintient, la population devrait augmenter de 20 % d'ici la fin du siècle.

L'Asie est le continent de la diversité démographique. On y trouve des États où la natalité ne compense pas la mortalité, donc la population décroît. C'est aujourd'hui le cas du Japon et bientôt de la Chine. Par contre, les États d'Asie du Sud devraient voir leur population augmenter nettement. Par exemple, avec 1,4 milliard d'habitants, l'Inde deviendra dès 2022 le pays le plus peuplé du monde,  dépassant ainsi la Chine.

En Afrique, beaucoup de pays effectuent encore leur transition démographique. D'ici 2100, la population africaine devrait être multipliée par 3,5. En 2050, le Nigeria, approchant les 400 millions d'habitants, sera le troisième pays le plus peuplé, dépassant les États-Unis. Cette explosion démographique africaine est surtout due au comportement démographique des populations d'Afrique centrale. En effet, c'est dans ces États les plus pauvres et les moins développés que la natalité reste très élevée. Ainsi, même si la fécondité baisse, c'est-à-dire même si chaque femme africaine fait moins d'enfants, la croissance démographique restera forte. Cela s'explique par l'extrême jeunesse de la population qui représente un réservoir de naissances à venir. À la fin du siècle, 4 humains sur 10 devraient être Africains. Parmi les 7 États qui assureront la moitié de la croissance de la population vers 2050, deux seront asiatiques (Inde et Pakistan) et 5 seront africains : Nigeria, République démocratique du Congo (RDC), Tanzanie, Éthiopie et Ouganda.

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Trois situations démographiques différenciées

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L'hétérogénéité démographique mondiale

III

Des défis démographiques différenciés

A

Faire face aux défis du nombre

Dans les prochaines décennies, on estime que 98 % de la croissance démographique mondiale concernera les pays actuellement en développement. Ce constat implique différents enjeux pour faire face au défi du nombre :

  • Les besoins de l'humanité en nourriture, en eau, en énergie et en espace vont mécaniquement augmenter. 
  • Les fortes inégalités dans le domaine alimentaire constatées aujourd'hui vont s'accentuer. 
  • D'ici 2050, il faudra augmenter et surtout mieux répartir les productions agricoles afin de permettre aux pays du Sud de nourrir correctement leur population. 
  • En matière d'énergies, le principal défi consistera à répondre à la forte demande des pays en développement tout en luttant contre le réchauffement climatique. 

L'urbanisation touche toutes les régions. Ainsi, à l'échelle mondiale, les villes attirent, gonflent et s'étalent. Dans les régions les moins développées, la croissance démographique couplée à l'exode rural entraîne la multiplication des mégapoles et des bidonvilles. Si, pendant des millénaires, l'humanité a été rare et les ressources abondantes, la situation s'inverse puisque les hommes sont nombreux et les ressources se font rares. 

Le contrôle de la terre pour en exploiter les ressources reste une source de tensions majeure entre les populations.

Au Mali, les rivalités ethniques entre les Dogons et les Peuls s'expliquent, en partie, par un conflit d'usage sur la terre. Les Dogons, agriculteurs sédentaires, accusent les Peuls, éleveurs semi-nomades, de dévaster leurs champs en y faisant paître leurs troupeaux.

Mégapole

Une mégapole, littéralement « ville géante », est une très grande ville. Selon l'ONU, il s'agit d'une agglomération de plus de 10 millions d'habitants. En 2019, on compte une quarantaine de mégapoles dans le monde.

Bidonville

Un bidonville est un quartier pauvre construit souvent de manière illégale et anarchique par les habitants eux-mêmes, en partie grâce à des matériaux de récupération. On parle aussi de quartier informel.

Conflit d'usage

Un conflit d'usage correspond aux concurrences et rivalités entre plusieurs acteurs pour le contrôle et l'utilisation d'un espace ou d'une ressource.

Certains médias véhiculent des discours alarmistes sur la démographie mondiale. Selon eux, la croissance incontrôlée de la population qu'ils comparent à une « bombe P » menace la survie de l'humanité. Ce discours doit être relativisé. Si à l'échelle locale, une population explose sans disposer de moyens suffisants pour vivre, il y a bien risque de surpopulation. Pourtant, à l'échelle mondiale, ce n'est pas la quantité de ressources qui pose problème mais leur inégale répartition. Par exemple, en 2018, 821 millions d'humains souffraient de la faim alors même que la production agricole mondiale est en capacité de nourrir 9 milliards d'habitants. Quoiqu'il en soit, pour une population, la question du nombre ne peut pas être séparée du développement. Dans un pays développé l'augmentation de la population peut être un avantage économique. À l'inverse, dans un pays pauvre, une croissance démographique non maîtrisée peut être un frein au développement.

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Répondre au défi d'une forte croissance démographique

Parmi ces solutions, certaines ont montré leurs limites. Les politiques de régulation des naissances contraignantes, expérimentées en Inde ou en Chine, ont eu des conséquences néfastes pour leur population :

  • un déséquilibre des sexes avec une surreprésentation des hommes puisque les familles ont privilégié les garçons au détriment des petites filles ; 
  • un vieillissement précoce des populations en raison d'une natalité plus faible.

Pour ces raisons, la Chine a abandonné la politique de l'enfant unique depuis 2016 afin de relancer sa natalité.

B

Les défis du vieillissement de la population

Si au XXe siècle le principal enjeu démographique était la forte croissance de la population mondiale, au XXIe siècle, ce sera son vieillissement. Aujourd'hui, l'âge médian de la population mondiale est de 31 ans. Concrètement, cela signifie qu'il y a autant d'humains qui ont plus de 31 ans que d'humains qui ont moins de 31 ans. Cet âge médian était de 23 ans en 1975 et devrait être de 39 ans en 2050. L'ONU estime qu'en 2050, 1 humain sur 6 aura plus de 65 ans contre 1 sur 11 aujourd'hui.

Cela reflète l'allongement de l'espérance de vie moyenne qui est passée de 61 ans en 1975 à 72 ans aujourd'hui dans le monde. Cette moyenne cache toutefois de fortes disparités. 

On peut espérer vivre 84 ans au Japon en 2017 contre 53 ans au Tchad.

Le vieillissement de la population concerne principalement les pays riches et développés ainsi que la Chine. Il s'explique par une surreprésentation des personnes âgées qui bénéficient d'un accès efficace aux soins : on parle parfois de papy-boom. Il peut aussi s'expliquer par une natalité très insuffisante : on parle de « baby krach » lorsque l'indice de fécondité est inférieur au seuil de renouvellement des générations. Lorsqu'il n'y a pas d'apport migratoire suffisant, il provoque même une baisse de la population.

Le Japon connaît une croissance négative de sa population, il a perdu 1,7 million d'habitants depuis 2010. La Chine devrait connaître le même scénario à partir de 2030.

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Conséquences du vieillissement démographique et réponses envisageables  

Âge médian

L'âge médian est l'âge qui divise une population en deux groupes numériquement identiques. La moitié de la population étant plus jeune, l'autre étant plus âgée.

Espérance de vie

L'espérance de vie est le nombre moyen d'années que peut espérer atteindre une génération d'individus, souvent exprimé à la naissance.

Seuil de renouvellement des générations 

Le seuil de renouvellement des générations est le niveau moyen minimum de fécondité pour maintenir naturellement une population à un effectif stable. Ce seuil varie selon les conditions de vie dans le pays. À l'échelle mondiale, il doit être d'au moins 2,3 enfants en moyenne par femme pour assurer le renouvellement.

  • Après avoir augmenté très lentement depuis l'Antiquité, la population mondiale a connu sa plus forte croissance au cours de la seconde moitié du XXe siècle.
  • La population est inégalement répartie sur Terre. Elle se localise dans quelques foyers de peuplement, devient de plus en plus urbaine, et se concentre de plus en plus sur les littoraux.
  • Le pic de croissance de la population mondiale est aujourd'hui derrière nous. Celle-ci ralentit et devrait se stabiliser à la fin du XXIe siècle. D'ici 2050, elle devrait toutefois encore augmenter de 2 milliards d'habitants.
  • La plupart des pays du monde suit le modèle de la transition démographique, avec des durées et des intensités variables. Il en résulte aujourd'hui une diversité des situations démographiques. Les pays qui débutent leur transition démographique ont une croissance forte de leur population, tandis que ceux qui l'ont achevée voient leur population se stabiliser et vieillir.
  • Beaucoup de pays en développement doivent répondre aux besoins de leur population toujours plus nombreuse en matière de nourriture, d'accès à l'eau et à l'énergie et d'espace. Cela implique donc de lourds investissements en infrastructures de santé, d'éducation, de logements afin de ne pas compromettre leur développement.
  • Certains États choisissent de réguler les naissances. Les expériences de régulation par la contrainte, menées dans différents pays comme l'Inde ou la Chine, ont montré leurs limites : vieillissement plus précoce et sur-masculinité.
  • Le vieillissement des populations est un phénomène qui va toucher l'ensemble des pays. Il est déjà perceptible dans les pays riches et développés ainsi qu'en Chine avec des conséquences sociales et économiques liées à une part toujours plus grande des seniors.