Gérer et prévenir les risquesCours

\boldsymbol{\textcolor{dodgerblue}{\Rightarrow}}   Comment les sociétés humaines font-elles face aux risques ?

I

Des sociétés inégalement vulnérables

A

La vulnérabilité des populations

Vulnérabilité

La vulnérabilité désigne la sensibilité d'une société face à un risque, c'est-à-dire sa préparation à prévenir un aléa et surtout sa capacité à gérer une catastrophe éventuelle. 

Mesurer la vulnérabilité implique de prendre en compte plusieurs facteurs : géographiques, démographiques, techniques, économiques, sociaux et culturels.

La vulnérabilité varie selon : 

  • les densités de populations ;
  • le niveau de développement du pays ;
  • le lieu de vie : le nombre de victimes est plus élevé sur les littoraux ou dans les espaces urbanisés ;
  • la présence de systèmes d'alerte et d'équipements de protection, les normes de construction pour les bâtiments, l'organisation des secours, etc. ;
  • la conscience du risque et de la perception des dangers : des habitants vont s'installer en zone inondable ou sur les pentes d'un volcan à la recherche de terres fertiles pour un intérêt économique ou paysager ou encore sur les littoraux pour développer l'activité touristique. 

L'Asie concentre environ 60 % des victimes de catastrophes naturelles. 

600 000 habitants vivent à moins de 10 km du Vésuve, considéré comme l'un des volcans les plus dangereux au monde.

La faible récurrence de certains aléas conduit les populations à en sous-estimer les risques.

B

Des sociétés de plus en plus vulnérables

À l'échelle mondiale, le nombre de victimes des catastrophes augmente. Les aléas sont de plus en plus fréquents, notamment les aléas climatiques. 

Le nombre de réfugiés suite à un aléa naturel a doublé depuis les années 1970 : 20 millions chaque année fuient une inondation, une sécheresse ou une incendie. Selon la Banque mondiale, ce chiffre pourrait atteindre 143 millions de personnes à l'horizon 2050.

Le coût financier des catastrophes est en forte augmentation. Selon l'ONU, il s'élève à 2 900 milliards de $ sur la période 1998−2017. Ce coût a été multiplié par deux par rapport à la période 1978−1997. C'est dans les pays du Nord que les impacts financiers sont les plus lourds en raison d'infrastructures plus nombreuses.

Les actions humaines aggravent la vulnérabilité des populations :

  • Le déboisement et l'arrachage des haies favorisent le ruissellement des eaux de pluie augmentant le risque d'inondation. 
  • Les constructions sur les pentes accroissent les risques de glissement de terrain. 
  • La croissance des émissions de gaz à effet de serre liées aux rejets industriels et aux transports favorise le changement climatique avec des conséquences globales : augmentation de la fréquence des aléas exceptionnels (cyclone, tempête, sécheresse), hausse du niveau de la mer, etc.
C

Une vulnérabilité inégale dans le monde

La vulnérabilité des populations est très inégale dans le monde. Plus de 80 % des victimes humaines habitent un pays en développement. La pauvreté accroît la vulnérabilité. Les infrastructures de protection sont rares faute d'investissements suffisants. Les systèmes éducatifs défaillants rendent la prévention des risques peu efficace.

Un séisme sera plus meurtrier en Haïti ou aux Philippines qu'au Japon. 

Ces inégalités sont perceptibles à d'autres échelles, y compris dans les pays riches.

En 2005, trois quarts des victimes de l'ouragan Katrina étaient des Afro-américains issus de quartiers défavorisés alors qu'ils ne représentaient que le tiers de la population de La Nouvelle-Orléans.

Les conséquences humaines et matérielles d'un séisme peuvent varier en fonction du niveau de développement d'un pays, comme le montre le tableau suivant, une comparaison des conséquences humaines et matérielles de deux séismes :

Date du séisme

12 janvier 2010

11 mars 2011

Lieu

Haïti (Caraïbes)

Japon (Pacifique)

Puissance (magnitude)

7,3

9,1

Bilan humain

230 000 morts

220 000 blessés

1 300 000 réfugiés

18 500 morts

6 200 blessés

139 000 réfugiés

Coût financier direct

8 milliards $

210 milliards $

Part du PIB de l'année qui a précédé le séisme

123 % du PIB

3,8 % du PIB

Dans les pays en développement, les catastrophes peuvent être un frein au développement économique. La résilience est souvent plus faible dans les pays du Sud que dans les pays du Nord où les États ainsi que les compagnies d'assurance permettent de dédommager les victimes et facilitent la reconstruction.

Résilience

La résilience est la capacité d'une société à se relever d'une catastrophe et à en gérer les conséquences négatives.

-

L'indice de risque évalue en pourcentage le degré de vulnérabilité d'une population face aux catastrophes naturelles. Il est basé sur plusieurs critères :

  • le niveau d'exposition aux aléas naturels ;
  • les dommages potentiels sur la société et ses infrastructures ;
  • la capacité à prévoir et prévenir le risque ;
  • les stratégies pour faire face aux conséquences des catastrophes.
II

Faire face aux risques

A

Prévoir, prévenir et protéger

1

Prévoir les aléas

Faire face aux risques commence par la prévision des aléas. À l'échelle mondiale, les dispositifs de surveillance des aléas naturels se sont multipliés et deviennent plus performants :

  • des satellites météorologiques permettent de prévoir les tempêtes et les cyclones ; 
  • des observatoires surveillent l'activité des volcans. 

 

Ces dispositifs permettent d'évaluer le risque en étudiant les mécanismes de l'aléa. Couplés à des systèmes d'alerte, ils permettent aussi d'envisager l'évacuation des populations concernées.

Le National Hurricane Center, basé à Miami en Floride, assure la surveillance des cyclones et des tempêtes tropicales à l'aide de satellites, de radars et d'avions de reconnaissance.

Surveillance de l'ouragan Irene par le National Hurricane Center, août 2011
Surveillance de l'ouragan Irene par le National Hurricane Center, août 2011

National Weather Service, 28 août 2011, © Wikipédia

En 2018, les autorités japonaises ont installé une sonde à 3 600 mètres de profondeur pour surveiller les séismes sous la plaque Philippine au large de Tokyo.

2

Prévenir les risques

Des mesures de prévention sont mises en œuvre pour limiter la réalisation du risque. En effet, il est essentiel de sensibiliser les populations en développant une « culture du risque ». Il s'agit de garder la mémoire du risque pour rappeler aux habitants son existence.

En Bretagne, dans le bassin fluvial de la Vilaine, on pose des repères de crues dans les villes et les villages pour rappeler à la population les niveaux de montée des eaux lors des récentes inondations.

On informe les populations sur les dangers et les conduites à tenir en cas de catastrophes. Des centaines de milliers de Japonais participent à des exercices annuels pour se préparer aux séismes ou aux éruptions volcaniques. Ces plans de prévention s'appuient sur un zonage précis des espaces soumis aux risques naturels.

En France, depuis 1995 environ 2 communes sur 3 se sont dotées d'un Plan de prévention des risques (PPR) qui a pour but de définir des zones à risque et d'y réglementer l'usage des sols. Les zones trop exposées deviennent ainsi inconstructibles.

Dans les pays industrialisés, la prise en compte des risques technologiques ne cesse de se renforcer. En Europe, les directives Seveso permettent d'identifier les sites industriels dangereux afin d'informer les populations, de maîtriser l'urbanisation et de mettre en place des plans d'urgence en cas d'accident majeur : organisation des secours, mesures de confinement, plans d'évacuation. À l'échelle de l'Europe, on compte environ 10 000 sites industriels Seveso dont 1 200 en France.

Site pétrochimique de Mardyck près de Dunkerque classé Seveso
Site pétrochimique de Mardyck près de Dunkerque classé Seveso

Bloody-libu, 2008 © Wikipédia

En France, après la catastrophe de l'usine AZF de Toulouse, les communes exposées à des risques semblables ont dû se doter d'un Plan de prévention des risques technologiques depuis 2003.

3

Protéger les populations

Des mesures de protection sont prises en matière d'aménagement pour limiter les impacts d'une catastrophe éventuelle :

  • On édifie des digues pour faire face aux inondations. 
  • On reboise pour lutter contre la désertification. 
  • Face aux séismes ou aux cyclones, on adopte des normes parasismiques ou paracycloniques pour la construction des bâtiments. 

 

Cependant, ces aménagements souvent coûteux concernent surtout les pays riches.

B

Des mesures de prévention inégales

À l'échelle mondiale, les politiques de préventions des risques naturels ou technologiques progressent. Toutefois, des inégalités entre les pays du Nord et les pays en développement demeurent. Ces inégalités peuvent s'expliquer par :

  • les carences de certains systèmes éducatifs qui empêchent une information suffisante des populations ;
  • les normes de sécurité dans l'industrie des pays du Sud, dont les constructions sont souvent plus limitées ;
  • le coût très élevé de certains aménagements destinés à protéger les populations.

 

La diversité des modes de gestion des risques ne s'explique pas uniquement par des inégalités de richesses. Elle dépend également de leur perception par les autorités politiques et de la culture du risque des populations.

En France et au Japon, deux pays développés, les modes de prévention des risques sont différents. En France, on s'attache surtout à définir les zones à risques, tandis qu'au Japon, on insiste beaucoup plus sur l'éducation des populations par des exercices de simulation.

C

Vers une coopération internationale pour prévenir les risques

La gestion des risques s'effectue encore principalement aux échelles locales et nationales :

  • L'État élabore les législations nationales.
  • Les administrations publiques (préfets, communes) assurent localement la prévention et gèrent les crises en organisant les services de secours et de santé. 
  • Les médias jouent un rôle essentiel en matière d'information des populations. 
  • Les assureurs interviennent pour indemniser les victimes suite aux catastrophes.

 

Les acteurs se multiplient en matière de prévention et de gestion des risques :

  • À l'échelle internationale, l'Union européenne cherche à harmoniser les politiques de prévention à l'image des directives Seveso pour les risques technologiques. 
  • À l'échelle mondiale, l'ONU et ses différentes agences ainsi que les ONG essaient de mobiliser l'aide internationale, financière et technique pour soutenir les pays en développement, victimes de catastrophes.

Après le séisme et le tsunami qui ont ravagé l'Indonésie en septembre 2018, une vingtaine de pays ont décidé d'offrir leur assistance et l'ONU a débloqué un fonds d'urgence de 15 millions de dollars.

Les institutions internationales essaient de coordonner les actions des États et des ONG en cas de crise, notamment dans le domaine sanitaire.

En 2014, en raison des difficultés des États ouest-africains pour faire face à la crise sanitaire du virus Ebola en 2014, l'OMS déclare l'épidémie « urgence de santé publique de portée mondiale ». Des États apportent une aide financière et les ONG comme Médecins sans frontières interviennent sur le terrain. L'épidémie est ainsi contenue au printemps 2015.

Dans le domaine climatique, la prévention des risques liés au changement global se renforce. Depuis 1995, les représentants des États se réunissent presque chaque année dans le cadre de COP (Conférence des Parties) afin de fixer des objectifs pour lutter contre le réchauffement climatique. Ces négociations s'appuient sur les travaux d'experts internationaux comme ceux du GIEC, groupe intergouvernemental chargé d'étudier les causes et d'évaluer les conséquences de l'évolution du climat. Leur rôle est devenu fondamental pour alerter à la fois les décideurs politiques et les citoyens dans le monde.

  • La vulnérabilité des populations dépend du niveau de développement mais surtout de leur préparation aux risques et de leur capacité à faire face à un aléa.
  • La vulnérabilité des sociétés s'accroît à l'échelle mondiale mais elle demeure inégale à toutes les échelles.
  • Une meilleure gestion des risques implique des mesures de prévention et de protection des populations.
  • Les acteurs se multiplient à l'échelle internationale pour prévenir et gérer les risques sanitaires ou climatiques.