Trois civilisations en Méditerranée au Moyen Âge Cours

Sommaire

IUne mer, trois espacesAÀ l'ouest : l'Occident chrétienBÀ l'est : l'Empire byzantinCAu sud : le monde musulmanIIUne mer, trois théocratiesALa domination du pouvoir religieux sur le pouvoir politique dans l'Occident chrétienBLa domination du pouvoir politique sur le pouvoir religieux dans l'Empire byzantinCPolitique et religion dans le monde musulmanIIILe « renouveau » de l'Occident chrétienAL'Occident chrétien, structuré par la féodalité1La « révolution agricole »2Une société hiérarchisée et inégalitaire3Une société féodaleBL'Occident chrétien, encadré par l'Église
  • Le Moyen Âge est la deuxième période historique. Elle dure environ 10 siècles puisqu'elle commence en 476 avec la chute de l'Empire romain d'Occident et s'achève en 1492 avec la découverte de l'Amérique.
  • Après avoir été dominé par l'impérialisme romain entre les Ier et IVe siècles, le monde méditerranéen se morcelle. Au Moyen Âge, trois civilisations se le partagent : l'Occident chrétien, l'Empire byzantin et le monde musulman.
  • Chaque civilisation développe ses caractéristiques politiques, religieuses et sociales qui laissent une empreinte sur cet espace marqué par les conflits mais aussi par les échanges commerciaux et culturels.

 

\textcolor{dodgerblue}{\Rightarrow} Quelles sont les caractéristiques des civilisations médiévales chrétienne, byzantine et musulmane ?

I

Une mer, trois espaces

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Le monde méditerranéen cartographié par le géographe musulman Al-Idrisi au XIIe siècle

By محمد الفلسطيني, CC BY-SA 4.0, © Wikimedia Commons

A

À l'ouest : l'Occident chrétien

Au Moyen Âge, on réunit sous l'appellation « Occident chrétien » l'ensemble des royaumes sous l'influence de l'Église chrétienne dirigée par le pape de Rome. Situés en Europe de l'Ouest, ces royaumes se sont formés par étapes et leurs frontières ont beaucoup et souvent changé.

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Au XIe siècle, trois entités dominent l'Occident chrétien :

  • À l'ouest, le royaume de France se consolide progressivement grâce aux rois Capétiens.
  • À l'est, le Saint-Empire romain germanique rassemble plusieurs royaumes sous l'autorité d'un empereur.
  • Les royaumes chrétiens d'Espagne et du Portugal doivent se contenter du nord de la péninsule ibérique dont la moitié sud est occupée par les musulmans.
  • La péninsule italienne est elle aussi partagée : au nord, les États de l'Église gouvernés par la papauté et au sud, le royaume normand de Sicile.

 

Le morcellement politique de l'Europe médiévale est compensé par un facteur d'unité qui lui vaut son surnom de « chrétienté » : la religion chrétienne catholique.

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L'Occident chrétien

B

À l'est : l'Empire byzantin

Par opposition à l'Occident chrétien qui occupe la partie occidentale du Bassin méditerranéen, l'Empire byzantin est situé dans sa partie orientale, c'est-à-dire à l'est. Son origine remonte à la division de l'Empire romain en deux par Théodose en 395. Après la chute de l'Empire romain d'Occident en 476, l'Empire romain d'Orient prend le nom d'Empire byzantin, en référence à sa capitale Byzance devenue Constantinople.

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Au XIe siècle, la crise économique et la pression des Normands à l'ouest et des Turcs à l'est fait décliner l'Empire byzantin : le territoire se recroqueville en Grèce et en Turquie actuelles autour de la capitale Constantinople.

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L'empire byzantin du IXe siècle au XVe siècle 

C

Au sud : le monde musulman

L'expression « monde musulman » désigne l'ensemble des territoires placés sous la domination politique et religieuse des musulmans. Ce vaste espace est le résultat de plusieurs siècles de conquêtes.

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Aux XIe et XIIe siècles, le monde musulman domine les rives sud du Bassin méditerranéen. Désaccords religieux et morcellement politique en califats et en émirats gouvernés par des dynasties rivales.

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Le monde musulman au XIIe siècle 

© Mediavalesite

II

Une mer, trois théocraties

A

La domination du pouvoir religieux sur le pouvoir politique dans l'Occident chrétien

Dans l'Occident chrétien médiéval, un lien fort se tisse progressivement entre le pouvoir religieux, détenu par l'Église chrétienne, et le pouvoir politique aux mains des seigneurs, des rois et des empereurs. L'Église a besoin des seigneurs pour contrôler la société et les seigneurs ne peuvent pas se passer de l'Église pour légitimer leur pouvoir. Cette relation réciproque est la base d'un type de régime politique appelée la « théocratie », du grec théos − « Dieu » − et kratein − « pouvoir ». Concrètement, tous ceux qui gouvernent en Europe de l'Ouest affirment avoir reçu leurs pouvoirs de Dieu, et puisqu'ils l'exercent en son nom, ils exigent d'être obéis par tous. Ce lien, qui fait du politique et de la religion un tandem inséparable, se noue au cours de la cérémonie du sacre.

Dans le royaume de France, le sacre marque le point de départ du règne du monarque. Il prend la forme d'une cérémonie codifiée et jalonnée de symboles. À partir du IXe siècle, elle se déroule dans un lieu sacré, la cathédrale de Reims. Elle est dirigée par un représentant de l'Église chrétienne, l'archevêque. Elle fait du roi un personnage sacré qui tient sa légitimité de Dieu. Conservés dans la basilique de Saint-Denis, près de Paris, les insignes du pouvoir monarchique sont apportés à Reims. Entourés par les grands seigneurs et les membres du clergé, l'archevêque dessine à neuf reprises avec de l'huile sainte une croix sur le corps du roi : c'est l'onction. Le roi reçoit ensuite le sceptre qui lui donne l'autorité sur le royaume, les éperons et l'épée qui font de lui le défenseur de l'Église et la main de justice. Enfin, il est revêtu du manteau bleu à fleurs de lys et de la couronne. Désormais au-dessus des simples mortels, le roi est intouchable. On lui prête même le pouvoir de guérir les malades en les touchant.

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Le sacre de Philippe V de France 

Par Grandes Chroniques de France (Maître de Fauvel) — http://visualiseur.bnf.fr/Visualiseur?Destination=Mandragore&O=07805500&E=1&I=41844&M=imageseule, Domaine public, © Wikimedia Commons

Les relations entre le pouvoir religieux et le pouvoir politique se compliquent à partir du XIe siècle lorsque, à l'initiative du pape de Rome Grégoire VII, l'Église met en œuvre la « réforme grégorienne ». Grâce à elle, l'Église impose progressivement son autorité aux seigneurs et aux rois.

Vers 1075, une querelle oppose le pape Grégoire VII à l'empereur germanique Henri IV à propos de la nomination des membres du clergé. Pour rappeler son autorité, le pape rédige une liste d'affirmations appelée les Dictatus papae.

« L'Église de Rome est la seule fondée par Dieu et seul le pape peut porter le titre d'universel. Il est aussi le seul dont tous les princes doivent baiser les pieds et lui seul peut nommer les évêques. Puisque l'Église et le pape ne se sont jamais trompés et ne se tromperont jamais, le pape ne peut être jugé par personne et personne ne peut casser ses décisions. »

Grégoire VII

Dictatus papae

XIe siècle

Interprétation

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L'original des dictatus papae et le pape Grégoire VII

Domaine public, © Wikimedia Commons

En 1077, le pape Grégoire VII contraint l'empereur germanique Henri IV à venir s'agenouiller devant lui à Canossa. En 1095, le pape Urbain II excommunie le roi de France Philippe Ier pour cause d'adultère, car il a trompé la reine. Du XIe siècle au XIIIe siècle, l'Église acquière donc le statut d'arbitre reconnu et craint par tous les rois d'Occident. À l'apogée de sa puissance religieuse, économique et politique, elle est même comparée à une « monarchie pontificale ».

« L'empire nous vient de Dieu seul et quiconque déclare que nous devons notre couronne impériale au pape contredit Dieu lui-même. »

Frédéric Ier

Fin du XIIe siècle

Frédéric Ier est l'empereur du Saint-Empire romain germanique à la fin du XIIe siècle.

« Dieu a créé deux grands astres pour éclairer le monde : le soleil règne sur le jour et la lune sur la nuit. Il a fait de même avec l'Église universelle puisque le pape règne sur les âmes et le roi domine les corps. Mais le pape, établi par Dieu au-dessus des peuples et des royaumes, est très supérieur au roi car comme la lune reçoit sa lumière du soleil, le pouvoir royal tire son éclat du pouvoir pontifical. »

Innocent II

XIIIe siècle

Réponse du pape Innocent III à Frédéric Ierau début du XIIIe siècle.

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La pape Innocent III et l'empereur Frédéric Ier

Par Inconnu — Fresco at the cloister Sacro Speco, Domaine public, © Wikimedia Commons / © Emeraudechretienne.blogspot

B

La domination du pouvoir politique sur le pouvoir religieux dans l'Empire byzantin

L'Empire byzantin est une théocratie. Les pouvoirs politique et religieux sont réunis entre les mains de l'empereur. Héritier des empereurs romains, l'empereur byzantin porte le titre de basileus - grand roi en grec. Il est désigné par l'armée qui le porte en triomphe sur un bouclier. Il est ensuite acclamé par le sénat et le peuple de Constantinople avant de recevoir l'onction du patriarche au cours de la cérémonie du sacre dans l'église Sainte-Sophie. Considéré comme l'élu de Dieu, c'est-à-dire son représentant sur terre, l'empereur concentre tous les pouvoirs. Ainsi, il fait seul les lois, rend seul la justice et commande seul l'armée : son pouvoir est donc absolu. La source divine de son autorité fait de l'empereur un personnage sacré. Vêtus de vêtements de couleurs pourpre et or, symboles de sa puissance et de sa richesse, il règne depuis son palais où toutes ses apparitions sont théâtralisées de façon à entretenir un mystère autour de sa personne. Ainsi, chaque visiteur est tenu de se prosterner devant lui en signe de respect. La légitimité divine du pouvoir impérial est également représentée dans l'art puisque les mosaïques dorées de l'église Sainte-Sophie de Constantinople montrent les empereurs, leurs épouses et leurs descendants auréolés et couronnés par le Christ.  

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Couronnement de l'empereur Michel Ier au IXe siècle 

Par Anonyme — The Madrid Skylitzes; Vasiliki Tsamakda, The Illustrated Chronicle of Ionnes Skylitzes in Madrid, (Leiden, 2002), Domaine public, © Wikimedia Commons

À la fin du IXe siècle, l'empereur byzantin Basile Ier rédige une loi qui définit le rôle de l'empereur et du patriarche :

« L'empereur est l'autorité légitime et son but est de sauvegarder les biens de l'empire et d'acquérir ceux qui lui manquent. L'empereur a pour obligation de défendre les Saintes Écritures. Il a le devoir d'être excellent dans la pratique du dogme orthodoxe. Le patriarche a pour devoir d'enseigner, de juger et de s'exprimer sans peur devant l'empereur pour parler de la religion. »

Basile Ier

IXe siècle

Interprétation

Dans le domaine religieux, l'empereur byzantin est le chef de l'Église chrétienne orthodoxe. À ce titre, c'est lui qui nomme le patriarche de Constantinople dont la mission est de faire en sorte que les chrétiens d'Orient respectent le bon dogme et les véritables rites chrétiens : c'est ce qu'ils appellent « l'orthodoxie ». Depuis le XIe siècle, les chrétiens d'Orient revendiquent d'être les seuls à respecter la « doctrine droite » – orthodoxe en grec – par opposition aux chrétiens d'Occident qui, selon eux, pratiquent le christianisme de travers. Cette séparation entre les chrétiens catholiques et les chrétiens orthodoxes a lieu en 1054 et s'appelle le « schisme ». Concrètement, les orthodoxes ont des croyances et des pratiques religieuses différentes et ils refusent d'obéir au pape de Rome. L'Église chrétienne d'Occident se fait alors appeler « l'Église catholique » – universel en grec – car elle se considère comme la seule vraie Église.

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C

Politique et religion dans le monde musulman

Le monde musulman médiéval applique le principe de la théocratie puisque le pouvoir politique a une source divine. C'est d'abord le prophète Mohammed qui le détient puis, après sa disparition au VIIe siècle, des « califes » – remplaçants en arabe – sont élus par l'armée à la tête de l'empire musulman. Concentrant tous les pouvoirs, les califes sont considérés comme les représentants d'Allah sur terre. À ce titre, ils assument aussi la fonction de guide religieux de « l'Umma », la communauté musulmane.  

Au début du XIe siècle, le juriste irakien Al-Mawardi précise les devoirs du calife :

« Le calife, successeur de l'Apôtre de Dieu, doit maintenir la religion selon les principes fixés par les plus anciens musulmans. Il doit faire partout régner la justice. Il doit protéger les pays d'Islam et combattre ceux qui, après y avoir été invités, refusent d'embrasser l'Islam, jusqu' à ce qu'ils se convertissent ou payent le tribut. Il doit appliquer les peines légales contre les musulmans qui ne respectent pas les interdits dictés par Allah. »

Al-Mawardi, juriste irakien

XIe siècle

Interprétation

Les musulmans se divisent sur une question centrale : qui est légitime pour gouverner le monde musulman à la suite de Mohammed ?

  • Pour certains musulmans appelés les « chiites », la légitimé vient de l'hérédité. Mais Mohammed n'ayant pas eu de fils, les chiites réclament que le pouvoir revienne aux descendants de son cousin et gendre Alî.
  • À l'inverse, pour les musulmans « sunnites », le titre de calife peut être attribué par l'élection ou être conservé par la dynastie qui parvient à s'imposer à condition que le Coran et la « sunna », c'est-à-dire les traditions musulmanes, soient respectées.

Ce désaccord entre chiites et sunnites est à l'origine du morcellement politique du monde musulman. Ainsi, plusieurs califats indépendants règnent sur ce vaste espace, chacun dirigé par des dynasties rivales.

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Mohammed et les trois premiers califes

Par Inconnu — http://www.letemps.ch/Page/Uuid/10cc27e6-c135−11e0−9500−036bb0d1be84/Linvicible_%C3%A9lan_de_la_foi#.USC9ROiqTMg, Domaine public, © Wikimedia Commons

À l'ouest du Bassin méditerranéen, le califat de Cordoue s'étend sur la moitié sud de l'Espagne et le Maghreb. Entre les VIIIe et XIIIe siècles, il est successivement dominé par les dynasties sunnites omeyyades, almoravides et almohades. À l'est, de l'Égypte jusqu'aux frontières de l'Empire byzantin, le califat du Caire et gouverné par la dynastie chiite fatimide. Au Moyen-Orient, le califat de Bagdad est dominé par la dynastie chiite abbasside. À partir du IXe siècle, la domination des dynasties arabes sur le monde musulman est remise en cause par les Turcs seldjoukides.

III

Le « renouveau » de l'Occident chrétien

A

L'Occident chrétien, structuré par la féodalité

Entre les XIe et XIIIe siècles, l'Occident chrétien connaît une période que les historiens qualifient de « renouveau ». Ce terme positif désigne d'abord un processus de croissance économique qui s'explique surtout par le dynamisme des campagnes.

1

La « révolution agricole »

Vers l'an 1000, les paysans d'Europe de l'Ouest changent de mode de vie. Auparavant isolés et dispersés, ils se regroupent pour former des villages. Cette initiative est souvent impulsée par les seigneurs qui, puisqu'ils sont des chevaliers, ont besoin de main-d'œuvre pour travailler les terres de la seigneurie. Réunis autour de l'église du prêtre ou du château du seigneur, ces villages forment des communautés rurales dont la production agricole augmente nettement grâce à une « révolution agricole » :

  • Les Européens cultivent plus grâce à l'extension des surfaces cultivées permise par les défrichements et l'assèchement des marais.
  • Les Européens cultivent mieux grâce à des progrès techniques comme le collier d'épaule qui améliore la traction animale, le développement des outils en fer comme la charrue et une rotation des cultures plus performante. 
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La seigneurie de Wismes dans le Nord de la France

Par Inconnu — Robert Delort, « 3 − Ceux qui travaillent : les paysans », dans Robert Delort (dir.), La Vie au Moyen Âge., Paris, Le Seuil, 1982, p 124 (Taken from Armel de Wismes personal archives) (https://www.cairn.info/loadimg.php?FILE=LS_POHIS/LS_DELOR_1982_01/LS_DELOR_1982_01_0124/LS_DELOR_1982_01_0124_0001.jpg), Domaine public, © Wikimedia Commons

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Un paysan laboure à la charrue

Par Paul Limbourg, Hermann Limbourg and Jean Limbourg — Detail of Image:Les Très Riches Heures du duc de Berry mars.jpg, Domaine public, © Wikimedia Commons

Ces progrès quantitatifs et qualitatifs entraînent l'augmentation des rendements agricoles et une forte croissance démographique. Mieux nourrie, la population européenne double : elle passe de 43 à 86 millions entre l'an 1000 et 1300.

2

Une société hiérarchisée et inégalitaire

La société de l'Occident chrétien médiéval se structure en trois catégories dont chacune occupe un rôle social défini :

  • Les clercs : professionnels de la religion, les membres du clergé comme les prêtres, les évêques et les moines, ont la charge du Salut des croyants.
  • Les seigneurs chevaliers : professionnels de la guerre, ils assurent la défense de la société.
  • Les paysans des campagnes et les artisans des villes : professionnels du travail, ils satisfont les besoins alimentaires et matériels de tous.

 

Cette société hiérarchisée et inégalitaire est appelée la société d'ordres. Clergé et noblesse sont très minoritaires mais concentrent les pouvoirs et les richesses.

L'évêque Adalbéron de Laon décrit et justifie l'organisation de la société d'ordres dans ce Poème au roi Robert du XIe siècle :

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La société d'ordres

« Aux clercs, Dieu ordonne de garder la vraie foi, de l'enseigner aux fidèles et de prier sans cesse pour les misères du peuple. Les nobles sont les guerriers. Ils protègent les églises et défendent le peuple. L'autre groupe est celui des paysans. Pas un homme libre ne pourrait subsister sans eux puisqu'ils fournissent tout à tout le monde : argent, vêtement, nourriture. La maison de Dieu, que l'on croit une, est donc divisée en trois : les uns prient (les oratores en latin), les autres combattent (les bellatores), les autres travaillent (les laboratores). »

Adalbéron de Laon

Poème au roi Robert 

XIe siècle 

Interprétation

3

Une société féodale

La société de l'Occident chrétien médiéval est qualifiée de féodale. Ce terme vient du mot « fief » qui désigne la parcelle de terre que le vassal reçoit du suzerain au cours de la cérémonie de l'hommage par laquelle les seigneurs se lient les uns aux autres. Ainsi, les seigneurs les plus faibles se placent sous la protection des seigneurs plus puissants. Le seigneur dominé devient le vassal du seigneur dominant qui devient son suzerain. Liés par un contrat impliquant des obligations réciproques, les seigneurs forment des réseaux de solidarité.

Le découpage territorial en seigneuries ainsi que le système féodal structurent la société médiévale. Possesseurs de la terre, détenteurs des pouvoirs économiques, politiques et militaires, les seigneurs dominent la société et sont liés les uns aux autres.

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La cérémonie de l'hommage sur une enluminure du XIIIe siècle

Par Inconnu — http://www.mcu.es/archivos/MC/ACA/Miniaturas/miniaturas/llibre04/006a.jpg, Domaine public, © Wikimedia Commons

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Les relations entre seigneurs, paysans, suzerains et vassaux

Entre les XIe et XIIe siècles, le pouvoir royal se renforce dans l'Occident chrétien. Concrètement, cela signifie que les rois parviennent progressivement à se hisser en haut de la société féodale pour en devenir les suzerains suprêmes. Puisqu'ils concentrent la puissance et l'autorité, ils sont qualifiés de « monarques » - du grec monos, « un seul », et arkhê, « le pouvoir ».

En France, la période qui s'étend du XIe siècle au XIIIe siècle est marquée par la montée en puissance du roi et l'affirmation de l'État monarchique.

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Monnaie du roi Philippe Auguste

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Le règne des capétiens du XIe au XIIIe siècle
B

L'Occident chrétien, encadré par l'Église

Entre les XIe et XIIIe siècles, l'Église chrétienne catholique impose sa marque sur l'Europe occidentale. Cette institution hiérarchisée et puissante encadre la société médiévale :

  • le pape de Rome : à la tête de l'Eglise ;
  • les évêques : dirigent les diocèses et siègent dans les cathédrales ;
  • les prêtres : dirigent les paroisses et officient dans les églises.

 

L'Église est omniprésente dans le quotidien des chrétiens. La puissance de l'Église se manifeste sous plusieurs formes :

  • Sa puissance économique provient des dons des fidèles, des terres qu'elles possèdent et de la dîme, c'est-à-dire l'impôt qu'elle perçoit tous les ans : 10 % des récoltes des paysans et des bénéfices des artisans.
  • Sa puissance sociale repose sur l'aide qu'elle fournit aux plus démunis et aux soins qu'elle apporte aux malades dans les hôtels-Dieu.
  • Sa puissance culturelle s'explique par son rôle essentiel dans la conservation et la diffusion des savoirs : ce sont les moines copistes qui dupliquent les manuscrits antiques et les clercs qui enseignent dans les écoles et les universités fondées par l'Église à partir du XIIe siècle.
  • Sa puissance religieuse est due au fait qu'elle a le monopole puisqu'elle assume seule la charge de guider les fidèles vers le Salut.

 

L'Église chrétienne impose sa foi aux laïques. Plus de 90 % des Européens sont analphabètes : l'Église martèle son dogme par la voix des clercs et par l'intermédiaire des lieux de culte. Dans les églises comme dans les cathédrales, les sculptures, les vitraux et les reliques jouent le rôle de « médias » en rappelant aux chrétiens la conduite à tenir pour être sauvés, c'est-à-dire obtenir la vie éternelle au Paradis après le Jugement dernier de Dieu. À l'inverse, les fidèles sont avertis des fautes à ne pas commettre au risque d'être damnés, c'est-à-dire de souffrir éternellement en Enfer.

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La cathédrale de Notre Dame de Paris

By Zuffe y Louis HG − https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Notre_Dame_dalla_Senna_crop.jpg https://commons.wikimedia.org/wiki/File:DnDTLGQdQA5avUpapDgeyQ.jpg, CC BY-SA 4.0, © Wikimedia Commons

Commencée au XIIsiècle, la construction de la cathédrale Notre-Dame de Paris s'étend sur plus de deux siècles.

Seuls intermédiaires entre Dieu et les croyants, les clercs exercent leur autorité morale sur les fidèles. Dans les villages et les villes, le prêtre est le seul qui peut délivrer les sept sacrements indispensables au Salut comme par exemple le baptême, la communion ou le mariage. Le prêtre dispose aussi des secrets que les fidèles lui confient lors de la confession rendue obligatoire par le concile de Latran en 1215.

Entre les XIe et XIIIe siècles, l'Église chrétienne catholique défend son monopole religieux en Europe de l'Ouest. Ainsi, tous ceux qui remettent en cause l'autorité du pape prennent le risque d'être excommuniés, c'est-à-dire exclus de la communauté chrétienne donc condamnés à l'Enfer. L'Église réprime aussi les croyances divergentes qu'elle qualifie « d'hérésies », c'est-à-dire non conformes. 

Au XIIIe siècle, dans le Sud-Ouest de la France, les Cathares sont traqués et condamnés à mort par le tribunal de l'Inquisition. Ils sont finalement exterminés par des chevaliers au cours d'une croisade voulue par le pape. 

Accusés par les chrétiens d'être responsables de la mort du Christ, les communautés juives sont discriminées. Le travail manuel est interdit aux juifs qui doivent aussi porter un signe distinctif sur leurs vêtements, c'est-à-dire un morceau de tissu jaune en forme de roue appelé la « rouelle ». Les juifs sont aussi persécutés et victimes de bûchers.

  • La période médiévale voit se développer trois puissances qui se partagent le Bassin méditerranéen : à l'ouest, l'Occident chrétien, à l'est, l'Empire byzantin et au sud le monde musulman. C'est la concurrence entre ces trois civilisations qui façonne et rythme l'espace méditerranéen.  
  • Partout dans le Bassin méditerranéen médiéval, le pouvoir de gouverner repose sur le monothéismeRois chrétiens catholiquesempereurs chrétiens orthodoxes, califes musulmans, tous légitiment leur domination politique au nom de Dieu.
  • À partir du XIe siècle, la société chrétienne occidentale connaît une période de « renouveau » économique, social et religieux. Plus riche, structuré par le système féodal et contrôlé par l'Église, l'Occident chrétien lance un processus d'expansion qui bouleverse le Bassin méditerranéen entre les XIe et XIIIe siècles.