De la naissance du cinéma à Tavernier Cours

Pour comprendre à quel point il a marqué son temps, il convient de revenir sur la naissance du cinéma et ses grands courants, des frères Lumière à la Nouvelle Vague française, en passant par les différentes innovations entreprises surtout aux États-Unis.

I

La naissance du cinéma

Le cinéma est un média relativement récent. Toutefois, il a connu un incroyable succès et, en un peu plus d'un siècle, s'est imposé dans la société. Aujourd'hui, le nombre de films produits dans le monde chaque année est impressionnant.

A

Les frères Lumière et le début du cinéma

C'est à la fin du XIXe siècle que le cinéma se développe. Les premières projections comprennent en général dix vues animées qui ne dépassent pas une minute. Ce ne sont pas vraiment des films narratifs, mais des images illustratives qui présentent par exemple des ouvriers sortant de l'usine.

On date en général le début du cinéma au 28 février 1895, avec le petit film L'Arroseur arrosé des frères Lumière. Les premières projections publiques ont lieu dans le sous-sol d'un café parisien. C'est la première fois que la notion de film peut être utilisée, car il y a une histoire, une structure, et le but est de divertir le public (un homme qui arrose se fait arroser). C'est la représentation d'une farce. La séance est payante.

L'Arrivée d'un train en gare de la Ciotat est un film symbolique, entouré d'une aura mythique. Sorti en 1896, il choque le public, qui se serait couché au sol, persuadé que le train allait vraiment les écraser. Ce petit documentaire est considéré comme la première grande émotion cinématographique.

B

Georges Méliès : les premiers effets spéciaux

C'est avec Georges Méliès que naissent les premiers effets spéciaux. Il utilise différentes techniques, comme la pyrotechnie (différentes utilisations du feu), la surimpression, les fondus, les arrêts sur image. Il utilise également des techniques théâtrales pour créer l'illusion. Il filme dans un théâtre qu'il a acheté spécialement à cet effet. Si son univers est encore beaucoup marqué par l'esprit farcesque des frères Lumière, il se dirige aussi vers la science-fiction.

Le film qui reste le plus emblématique de George Méliès est celui de 1902, Le Voyage dans la Lune.

C

Le cinéma, un art

Encore aujourd'hui, certains débattent de la notion d'art pour parler du cinéma. C'est en 1908 que le cinéma devient autre chose qu'un divertissement surtout burlesque. C'est l'année où est créée la société du Film d'art. Ce n'est plus que le public populaire qui est diverti par le cinéma, les sujets commencent à évoluer. La Comédie-Française et l'Académie française se lient aussi au cinéma. Le potentiel artistique de ce nouveau média émerge.

Le premier film considéré comme "sérieux" sort en 1908. Il s'agit de L'Assassinat du duc de Guise de Charles Le Bargy et André Calmettes.

Le premier grand film est américain. C'est un long métrage de 170 minutes, La Naissance d'une nation de David Wark Griffith, sorti en 1915. Il raconte la guerre de Sécession aux États-Unis. Considéré comme un chef-d'œuvre du genre, il remporte un incroyable succès à sa sortie.
C'est la première fois qu'on peut parler de réelle mise en scène, réfléchie et maîtrisée. Plusieurs mouvements de caméra, plusieurs plans (rapproché, panoramique) sont utilisés. Griffith utilise également un montage alterné et multiplie les points de vue. Le cinéma n'est plus du "théâtre filmé", il devient un genre à part entière.

La Naissance d'une nation est très controversé, car il fait l'apologie du racisme.

II

Les grands courants du cinéma

A

L'expressionnisme allemand

L'expressionnisme allemand se développe dès le début du XXe siècle. Il est marqué par des films en noir et blanc qui présentent un univers de cauchemar, très angoissant. Les décors sont inquiétants, il y a un travail très important sur la lumière.
Ce cinéma inspire encore aujourd'hui les films à suspense, les films dits gothiques, et de façon plus générale tous les films où les décors et la lumière sont particulièrement travaillés pour créer une atmosphère fantastique.

Les films emblématiques de l'expressionnisme allemand sont Le Cabinet du docteur Caligari de Robert Wiene sorti en 1919, Nosferatu le vampire de Friedrich Wilhelm Murnau sorti en 1922, ou encore Métropolis de Fritz Lang sorti en 1927.

B

Le cinéma parlant

Le grand tournant de l'histoire du cinéma a lieu avec les premiers films parlants. C'est la première fois que l'on parvient à enregistrer le son directement sur la pellicule. Dès 1896, diverses méthodes de synchronisation du son et de l'image ont été inventées. Mais c'est la société de production Warner Bros, alors au bord de la faillite, qui parvient à mettre au point les premiers films sonores. Les codes du cinéma sont bouleversés. En effet, les acteurs qui avaient auparavant un jeu très expressif pour transmettre au public ce qu'ils ne peuvent pas dire ajoutent désormais la parole à la gestuelle. Le cinéma parlant arrive en Europe en 1929.

Le premier film parlant est Le Chanteur de jazz d'Alan Crosland sorti en 1927.

C

Le classicisme américain

La grande période du classicisme hollywoodien va de 1925 à 1955. C'est le genre de cinéma qui a défini la façon dont on fait des films. Deux points sont essentiels :

  • La logique narrative est primordiale, le récit est linéaire.
  • Il s'agit de raconter une histoire, il y a des péripéties, un nœud, un dénouement.

Le cinéma se divise en plusieurs genres :

  • Western
  • Policier
  • Fantastique
  • Historique
  • Péplum
  • Comédie musicale
  • Mélodrame
  • Films de gangsters
  • Films de cape et d'épée
  • Films de science-fiction
  • Films biographiques
  • Comédie

Chaque genre a ses propres codes.

Les westerns connaissent un très grand succès. Le réalisateur John Ford est le plus emblématique de ce genre, avec notamment La Chevauchée fantastique sorti en 1939.

Dans le genre film à suspense ou film policier, Alfred Hitchcock règne en maître, avec notamment Fenêtre sur cour sorti en 1955.

Un autre grand nom du cinéma américain est Orson Welles, dont le film Citizen Kane, sorti en 1941, est considéré comme un chef-d'œuvre.

C'est avant la Seconde Guerre mondiale que se développe le cinéma en couleurs.

Même s'il y en a eu d'autres avant lui, Autant en emporte le vent, sorti en 1939, est souvent cité comme le premier film en Technicolor car il a connu un immense succès public.

III

Bertrand Tavernier, une œuvre multiple

[Bertrand Tavernier est] un romancier russe, un peintre hollandais, un dramaturge irlandais, un chanteur de blues Noir, un survivant de la famine.

Théodore Zeldin

Titre

La description que Théodore Zeldin donne de Bertrand Tavernier souligne le caractère insaisissable du cinéaste et l'impossibilité de clairement définir son œuvre.

Bertrand Tavernier, en plus de 35 ans de carrière, a réalisé plus de 29 films sans compter ses courts métrages. Il est difficile de le faire entrer dans un style ou un genre précis du cinéma. Sa carrière, bien remplie, n'est pas linéaire et se constitue d'une quantité de films très différents. Pourtant, il y a une cohérence profonde à cette œuvre animée par le désir et la curiosité d'un homme qui a soif de connaissances et de découvertes.

Depuis la Nouvelle Vague, en France, le cinéma d'auteur se concentre moins sur la narration et plutôt sur la forme. Bertrand Tavernier préfère la narration, il aime raconter des histoires. Il travaille beaucoup sur le scénario et les dialogues. D'ailleurs, La Princesse de Montpensier a été particulièrement remarqué pour la langue épurée des échanges entre les personnages, les comédiens assurant lors de plusieurs interviews qu'ils avaient eu plaisir à apprendre et dire de tels textes. La caractéristique essentielle du cinéma de Tavernier est donc son goût pour les histoires.

Il faut noter que Bertrand Tavernier a d'abord été scénariste pour des cinéastes comme Riccardo Freda et Jean Leduc.

Le cinéma de Bertrand Tavernier est également particulièrement marqué par son engagement social. En effet, il est très touché par toutes les formes d'injustices et les a souvent dénoncées ou mises en scène.

Je filme ce qui me fait mal, me choque, me bouleverse.

Bertrand Tavernier

De l'autre côté du périph' est un film sorti en 1998. Bertrand Tavernier y traite de la vie des habitants de quartiers défavorisés dans les cités françaises.

En 1999, Tavernier réalise Ça commence aujourd'hui, un documentaire sur une école maternelle dans le nord de la France en ZEP (Zone d'éducation prioritaire).

En 2001 sort Histoires de vies brisées, un documentaire tourné par Tavernier sur les grévistes de la faim à Lyon.

On constate ainsi que Bertrand Tavernier ne fait non seulement des films de fiction mais également des documentaires. Le plus célèbre est sans nul doute La Guerre sans nom dans lequel il filme des soldats ayant participé à la guerre d'Algérie, à une époque où il est encore très tabou d'en parler (le film sort en 1991).

Si le cinéma de Bertrand Tavernier est difficile à définir, c'est parce qu'il réalise des films de fiction et des documentaires, mais également parce qu'il choisit différents styles. Ainsi on trouve dans sa filmographie :

  • De la science-fiction avec La Mort en direct datant de 1980
  • Des films de guerre comme Capitaine Conan sorti en 1996
  • Des films historiques comme La Passion Béatrice datant de 1987

Par ailleurs, l'inspiration de Bertrand Tavernier est très souvent littéraire. Il a adapté plusieurs romans de Georges Simenon dont L'Horloger d'Everton qui devient L'Horloger de Saint-Paul et paraît en 1974. Il s'agit de son premier long métrage.

L'un des plus célèbres films de Bertrand Tavernier, Coup de torchon, qui sort en 1981, est adapté d'un récit de Jim Thompson.

En plus de son intérêt pour divers genres, Bertrand Tavernier s'inspire de différentes époques :

  • La Régence (La Princesse de Montpensier)
  • Le Moyen Âge (La Passion Béatrice)
  • L'Occupation (Laissez-passer)

Il a également filmé dans différents lieux :

  • L'Amérique (De la brume électrique)
  • Le Nord de la France (Ça commence aujourd'hui)
  • Le Cambodge (Holy Lola)

Autre trait caractéristique du cinéma de Bertrand Tavernier, il s'inspire beaucoup du cinéma nord-américain. On le remarque dès son premier long métrage L'Horloger de Saint-Paul, mais on le retrouve dans tous ses films. Son goût pour la narration en est une éclatante preuve. Il n'hésite d'ailleurs pas à citer les films de western comme une inspiration à certaines scènes de La Princesse de Montpensier. En 2007, il réalise son premier film américain avec le célèbre acteur Tommy Lee Jone, Dans la brume électrique, œuvre encensée par la critique.

La Princesse de Montpensier s'inscrit dans la lignée des films d'époque ou historiques de Bertrand Tavernier. Même si ce dernier prend appui sur la nouvelle, c'est une lecture moderne et personnelle qu'il en propose, donnant une nouvelle dimension au personnage de Marie, plus combative, luttant pour sa liberté (tout comme le compte de Chabannes). La fin du film est à ce titre emblématique de la relecture de Tavernier qui refuse de faire mourir son héroïne, jugeant le dénouement de Madame de Lafayette trop moralisateur, empreint des codes d'écriture du XVIIe siècle.

IV

Le vocabulaire du cinéma

A

Le plan

Plan

Un plan est une prise de vues sans interruption. Un plan dure généralement quelques secondes. C'est l'unité de base du langage cinématographique.

Il existe différents plans :

  • Plan général (ou grand ensemble) : plan descriptif très large d'un paysage.
  • Plan d'ensemble : plan large cadrant un personnage ou un groupe dans un décor.
  • Plan de demi-ensemble ou plan moyen : cadrage d'un personnage ou d'un groupe en pied au premier plan.
  • Plan italien : cadrage d'un personnage ou d'un groupe aux genoux.
  • Plan américain ou demi rapproché : cadrage d'un personnage ou d'un groupe au niveau des poches des pantalons.
  • Plan rapproché/taille : cadrage d'un personnage ou d'un groupe au niveau de la taille, le décor n'est presque plus visible.
  • Gros plan : cadrage du visage d'un personnage.
  • Très gros plan (ou insert) : détail isolé qui apparaît très grossi à l'écran.

Tout ce qui n'est pas dans le plan est appelé "hors-champ" : c'est l'espace imaginaire suggéré par l'image et le son, qu'on ne voit pas à l'écran mais que l'on devine.

Les plans peuvent être en mouvement ou fixes. On parle ainsi de :

  • Plan fixe : la caméra ne bouge pas.
  • Plan panoramique : la caméra se déplace en tournant sur elle-même.
  • Travelling : la caméra se déplace sur des rails. On distingue le travelling avant, arrière, latéral, vertical, ou d'accompagnement.
B

L'angle de vue

Angle de vue

L'angle de vue est la position de la caméra par rapport à l'objet filmé.

L'angle de vue prend différents noms en fonction de la position prise par la caméra pour filmer l'objet :

  • Plongée : la caméra est placée en hauteur.
  • Contre-plongée : la caméra est placée en dessous de l'objet filmé.
  • Caméra subjective : la caméra adopte le champ de vision d'un personnage.
C

Le montage

Montage

Le montage désigne l'opération d'assemblage des images et des sons.

Il existe différentes types de montages. Les deux plus importants sont :

  • Montage alterné : succession de plans qui présentent deux actions simultanées qui souvent se rejoignent.
  • Montage parallèle : juxtaposition de plans appartenant à des temporalités différentes mais rapprochés par le montage.
D

La transition

Transition

La transition est la façon dont les plans sont enchaînés les uns aux autres.

Il existe différentes types de transitions :

  • Cut : les deux plans sont juxtaposés sans effet.
  • Fondu au noir : l'image disparaît peu à peu pour laisser place au noir.
  • Fondu enchaîné : surimpression momentanée des deux plans successifs.
  • Ouverture/fermeture à l'iris : apparition/disparition de l'image dans un cercle qui s'ouvre/se ferme.