Terminale S 2016-2017
Kartable
Terminale S 2016-2017

Le concept d'inconscient a un sens déterminé : il s'agit d'un concept forgé par la psychanalyse pour rendre compte du fonctionnement du psychisme humain. Cependant, le travail philosophique sur cette notion implique d'interroger plus largement les sens de l'inconscient. On peut ainsi parler d'inconscience pour désigner une conduite irresponsable, mais aussi pour désigner ce dont une personne ne se rend pas compte (par exemple lorsqu'elle dort). Quel que soit le sens retenu pour parler de l'inconscient, cette notion renvoie au problème de la connaissance de soi et de la liberté du sujet agissant.

I

L'inconscient avant Freud : ce qui n'est pas conscient

A

Les perceptions qui nous échappent

On pense souvent que le sujet est transparent à lui-même : il aurait conscience de tout ce qu'il sent, de tout ce qu'il perçoit, et de tous ses désirs. Pourtant, l'expérience commune nous apprend que nombre de ces choses peuvent nous échapper : c'est ce qu'illustrent les actions réflexes, comme éteindre son réveil ou éviter un projectile. Il y a donc un certain nombre d'actions que nous faisons sans même y réfléchir.

Leibniz, dans ses Nouveaux essais sur l'entendement humain, s'intéresse de près à ces choses qui échappent à un sujet, et remarque notamment qu'un grand nombre de perceptions ne sont pas conscientes.

Perception

La perception correspond, pour un sujet, au fait de saisir par l'esprit la réalité à travers les informations que lui donnent les sens.

Ce que remarque Leibniz, c'est qu'il y a un certain nombre de petites perceptions dont nous n'avons pas conscience : trop petites pour être perçues isolément, elles ne sont perçues que lorsqu'elles forment un tout. C'est par exemple le cas du bruit d'une vague : le sujet ne perçoit pas le bruit de chacune des gouttes d'eau qui composent la vague, en revanche, il perçoit, comme un tout, le bruit que fait la vague.

Il y a à tout moment une infinité de perceptions en nous, mais sans aperception et sans réflexion, c'est-à-dire des changements dans l'âme même dont nous ne nous apercevons pas, parce que les impressions sont ou trop petites, ou en trop grand nombre ou trop unies, en sorte qu'elles n'ont rien d'assez distinguant à part, mais jointes à d'autres, elles ne laissent pas de faire leur effet et de se faire sentir, au moins confusément dans l'assemblage.

Leibniz

Nouveaux essais sur l'entendement humain

1765

Ces perceptions sont donc trop petites, ou en trop grand nombre, ou bien encore trop unies les unes aux autres pour que le sujet parvienne à les percevoir séparément. En revanche, bien qu'on ne saisisse que le tout de ces perceptions, chacune produit bien un effet sur nous.

B

L'inconscient comme envers de la conscience

Il y aurait une différence de degré entre les perceptions conscientes et les perceptions inconscientes. Poser une différence de degré entre le conscient et l'inconscient présuppose donc une continuité de l'un à l'autre : contrairement à l'idée d'un sujet pleinement conscient de lui-même, il semblerait alors que l'inconscient puisse être compris comme fondement de la vie psychique. Le philosophe Schopenhauer propose de concevoir le psychisme sur le modèle d'une opposition entre d'une part les pensées conscientes, et d'autre part toutes nos pensées inconscientes.

Comparons notre conscience à une eau de quelque profondeur ; les pensées nettement conscientes n'en sont que la surface ; la masse, au contraire, ce sont les pensées confuses, les sentiments vagues, l'écho des intuitions et de notre expérience en général, etc.

Schopenhauer

Le Monde comme volonté et comme représentation

1818

Alors que les pensées inconscientes sont extrêmement nombreuses, les pensées conscientes ne représentent qu'une infime partie de ce à quoi le sujet a accès.

Il y aurait donc une opposition entre d'un côté les pensées conscientes, celles auxquelles le sujet a accès, et, d'un autre côté, la masse de ses pensées inconscientes, qui constituent la matrice, le fondement de toutes ses pensées connues.

C

Le mode d'existence des pensées inconscientes

Si l'Homme n'a accès qu'à ses pensées conscientes, lesquelles ne sont que le reflet de pensées inconscientes beaucoup plus nombreuses, il importe de préciser le mode d'existence de ces pensées inconscientes.

Bergson s'est intéressé à cette question de l'existence de ces pensées inconscientes. Généralement, on considère que les états psychologiques passés, tels que les souvenirs ou les rêves, n'existent pas ou plus, car ils ne sont pas conscients. Contrairement à cette idée répandue, Bergson tente de mettre en évidence que le fait de n'avoir pas conscience de ces états psychologiques ne signifie pas qu'ils n'existent pas, et qu'ils n'ont pas d'effet sur le sujet. Pour expliquer cette idée, il procède par analogie, c'est-à-dire par comparaison, avec l'existence des objets matériels : ce n'est pas parce que je n'ai pas conscience de l'existence de la ville autour de moi en un instant précis que celle-ci n'existe pas. De la même façon, ce n'est pas parce que je n'ai pas une représentation consciente de mes souvenirs à un instant précis que ceux-ci n'ont pas d'existence.

C'est ainsi que Bergson distingue deux types de mémoires :

  • La mémoire habitude : il s'agit d'une utilisation du passé tournée vers l'action et l'utile. L'usage de la mémoire nous permet alors d'agir dans le présent.
  • La mémoire pure : il s'agit de ces souvenirs qui restent comme endormis dans les profondeurs de notre conscience. Ces souvenirs, qui ne sont pas utiles à l'action, ne sont pas présents pour notre conscience, ce qui ne signifie pas qu'ils n'existent plus.

Les souvenirs que ma mémoire conserve ainsi dans ses plus obscures profondeurs y sont à l'état de fantômes invisibles.

Bergson

L'Énergie spirituelle

1919

Les souvenirs continuent donc d'exister dans le sujet malgré le fait qu'il n'en ait pas à tout moment une représentation consciente.

Il est donc possible de parler de représentations inconscientes, dès lors que l'on comprend sous cette idée le fait qu'il existe un certain nombre de contenus mentaux qui, tout en n'étant pas conscients à un moment précis, n'en continuent pas moins d'exister et d'avoir un effet sur le sujet. Ainsi, si seuls les souvenirs momentanément utiles à l'action arrivent à notre conscience, alors tout souvenir peut remonter à la conscience, dès lors qu'il présente un intérêt pour une action à réaliser.

II

L'inconscient psychanalytique

A

La révolution psychanalytique

1

L'invention de la psychanalyse

A l'origine, Freud est un médecin qui se spécialise dans l'étude du système neurologique. Les travaux qu'il présente sont donc d'abord conçus comme des hypothèses scientifiques, et plus particulièrement comme des outils cliniques destinés à soigner les névroses.

Névrose

Selon Freud, la névrose est le résultat d'un conflit entre les pulsions inconscientes et les exigences morales de la conscience. Elle est différente de la psychose, dont le malade n'a pas conscience et qui est plus grave.

Si Freud est considéré comme le père de la psychanalyse, c'est parce qu'au cours de ses travaux sur les névroses, il en vient à forger l'hypothèse de l'existence, dans le psychisme humain, d'un inconscient. Formuler l'hypothèse de l'inconscient est donc pour lui à la fois une nécessité théorique, pour comprendre comment fonctionne le psychisme, mais aussi pratique, puisqu'elle doit permettre de guérir des malades ne présentant pas de symptômes physiques expliquant leurs névroses.

La psychanalyse est donc une méthode d'investigation psychologique visant à élucider la signification inconsciente des conduites, et dont le fondement se trouve dans la théorie de la vie psychique formulée par Freud.

2

La rupture introduite par Freud

La formulation du concept d'inconscient est décisive pour la pensée philosophique du sujet. En effet, ce concept introduit l'idée que l'Homme n'est pas transparent à lui-même. L'idée d'un homme ou d'une femme au moins en partie gouverné par son inconscient psychique que développe Freud s'oppose en effet à l'idée d'une suprématie de la conscience. En induisant la vision d'un sujet décentré par rapport à lui-même à cause de ses pulsions inconscientes, lesquelles représenteraient les neuf dixièmes de l'appareil psychique, Freud fait de la conscience une partie infime du psychisme humain.

Le moi n'est pas maître dans sa propre maison.

Freud

Essai de psychanalyse appliquée

1920

Freud introduit une vraie révolution en s'attaquant à la vision classique du sujet conçu comme entièrement conscient de lui-même et pouvant avoir une totale maîtrise de ses passions .

C'est pourquoi Freud affirme que la théorie de l'inconscient est la troisième des trois grandes "blessures narcissiques" de l'humanité :

  • La première a été introduite par Copernic, qui nous a appris que la Terre n'était pas le centre de l'univers.
  • La seconde par Darwin qui a démontré que l'Homme n'était pas le centre de la création.
  • Finalement, Freud et la psychanalyse introduisent l'idée que l'Homme n'est pas maître de sa propre conscience.
B

Le concept d'inconscient freudien

1

La structure de l'appareil psychique

L'inconscient freudien comprend d'abord tout ce à quoi nous ne pensons pas. Par exemple, nous avons sans cesse des automatismes, dans les gestes, les pensées et les paroles.

Qu'une chose se passe dans ton âme ou que tu en sois de plus averti, voilà qui n'est pas la même chose.

Freud

Essai de psychanalyse appliquée

1920

Ce n'est pas parce que nous ne percevons pas ce qui se passe en nous, que des choses n'existent pas à l'intérieur de nous.

Mais la définition freudienne de l'inconscient n'inclut pas seulement ces choses auxquelles nous ne pensons pas. En effet, l'inconscient comprend aussi des pensées volontairement refoulées par l'esprit. Il s'agit en fait de désirs et de pulsions refoulés dans l'inconscient en raison de leur incompatibilité avec les exigences morales et sociales intériorisées par le sujet.

Pour rendre plus claire sa conception du psychisme humain, Freud propose une première division de l'appareil psychique, qu'il décrit comme une maison à trois étages :

  • Le conscient est ce qui permet l'adaptation du sujet au réel.
  • Le préconscient regroupe tout ce dont nous n'avons momentanément pas conscience.
  • L'inconscient, qui représente la plus grande part de l'appareil psychique, regroupe l'ensemble des désirs qui cherchent à rejoindre le préconscient mais qui sont refoulés, sous l'effet d'une censure morale interne au sujet.

Toutefois, à partir des résultats de ses nouveaux travaux, Freud décide de proposer une nouvelle division de l'appareil psychique :

  • Le "ça" est le réseau désordonné et inconscient des pulsions, entièrement régi par le principe de plaisir.
  • Le "surmoi" est l'instance morale, également inconsciente, qui regroupe les normes sociales et familiales intériorisées par le sujet.
  • Le "moi" (qui représente la plus petite part de l'appareil psychique) est un médiateur, qui cherche à concilier les pulsions du "ça" avec les interdits du "surmoi". De cette instance dépend l'équilibre psychique de la personne.
Refoulement

Le refoulement est un mécanisme psychique de défense consistant à mettre à distance, à reléguer dans l'inconscient, un souvenir, un désir, une émotion qui entre en conflit avec la conscience. Le refoulement est un mécanisme inconscient : le sujet conscient ne sait pas qu'il refoule une pensée, celle-ci lui est donc inaccessible en dehors des diverses manifestations de son inconscient.

2

Les manifestations de l'inconscient

Si le concept d'inconscient est forgé afin de guérir des patients atteints de troubles du comportement importants, les handicapant dans leur vie quotidienne, la structure de l'appareil psychique mise en évidence par Freud concerne tous les êtres humains. Ainsi, même chez les patients sains, les pulsions inconscientes sont actives et tentent en permanence de se satisfaire.

Elles se manifestent donc sous des formes déguisées, afin de tromper la vigilance de la conscience. Les actes manqués (erreurs, oublis, lapsus), les rêves, ainsi que certains symptômes pathologiques tels que les phobies ou troubles de la parole, sont autant de manifestations de l'inconscient. Freud recense d'ailleurs ces manifestations dans Psychopathologie de la vie quotidienne.

Parmi ces différentes manifestations de l'inconscient, les rêves jouent un rôle majeur : remplis de symboles qui doivent être interprétés, leur analyse constitue pour Freud "la voie d'accès royale à l'inconscient". Pour la psychanalyse, le rêve est en effet la réalisation imaginaire de désirs refoulés, et il doit être analysé en fonction de son double contenu :

  • Le contenu "manifeste" : c'est le récit que l'on peut en faire consciemment.
  • Le contenu "latent" : c'est la signification réelle du rêve du point de vue de l'inconscient.

L'interprétation du rêve consiste donc, à partir du contenu manifeste, d'essayer de remonter au contenu latent, qui est au départ indéchiffrable. L'interprétation des rêves est une activité très difficile, dans la mesure où les significations dépendent de chaque individu, de son histoire et de ses désirs. C'est la raison pour laquelle il n'existe pas une méthode valant absolument pour expliquer les rêves : le rêve ne peut se comprendre que rapporté par celui qui l'a fait et interprété selon son histoire personnelle.

3

Sublimation et cure psychanalytique

L'hypothèse de l'inconscient semble donc mettre en évidence le fait que l'Homme n'est pas entièrement maître de lui-même, de ses pensées et de ses actions. Néanmoins, cette réduction du pouvoir qu'il a sur lui-même ne doit pas être pensée comme une fatalité : l'inconscient et ses manifestations peuvent aussi faire l'objet d'une appropriation positive par le sujet. C'est notamment l'enjeu de la cure analytique : lorsqu'un patient entame avec un psychanalyste un travail sur lui-même, les manifestations de l'inconscient dans le quotidien du patient seront étudiées, en même temps que le passé de l'individu.

Là où était le Ça, le Moi doit advenir.

Freud

Leçon

1933

Le but de la cure psychanalytique pour le patient est d'être à nouveau capable de vivre normalement, en faisant advenir à la conscience les mécanismes inconscients qui jouent comme autant de blocages.

La cure psychanalytique a pour but, grâce à un travail que les diverses manifestations de l'inconscient d'un patient éclairé par son histoire personnelle, d'aider celui-ci à vaincre ses troubles du comportement. Cette cure repose largement sur l'usage de la parole, et notamment sur la libre association d'idées. Il s'agit pour le sujet de conquérir un pouvoir sur cette partie de son psychisme qui lui échappe.

Parallèlement à la cure psychanalytique, Freud évoque aussi le mécanisme de sublimation, mécanisme par lequel un individu parvient, seul, à exprimer positivement ses pulsions, empêchant ainsi qu'elles soient à l'origine de pathologies. C'est en particulier ce qui se passe dans l'exercice d'activités telles que l'art, la littérature ou bien encore la recherche scientifique.

III

Les critiques adressées au concept d'inconscient

A

Critique théorique

Pour Freud, la psychanalyse, bien qu'encore en construction, constitue une science à part entière : elle est donc supposée avoir le même degré de scientificité que les autres sciences de la nature. Ainsi les observations et analyses des cas cliniques viennent-elles selon lui prouver son hypothèse de l'existence de l'inconscient. Or c'est justement ce critère de scientificité de la psychanalyse que le philosophe des sciences Popper remet en question.

En effet, selon lui, une théorie n'est scientifique que s'il est possible d'énoncer les conditions dans lesquelles elle serait fausse : c'est le critère de falsifiabilité. Autrement dit, une théorie n'est scientifique que dans la mesure où l'observation ou l'expérience peuvent théoriquement la réfuter. Or il est impossible de tester expérimentalement la psychanalyse. Aucun type d'expérience ne permet de penser une réfutation possible.

Quant aux deux théories psychanalytiques, elles relèvent d'une tout autre catégorie. Elles sont purement et simplement impossibles à tester comme à réfuter. Il n'existe aucun comportement humain qui puisse les contredire. […] Certes, les théories psychanalytiques étudient certains faits, mais elles le font à la manière des mythes. Elles contiennent des indications psychologiques fort intéressantes, mais sous une forme qui ne permet pas de les tester.

Karl Popper

Conjectures et réfutations

1963

Certes, le concept d'inconscient a une valeur explicative non négligeable, mais il ne s'agit pas d'une explication de type scientifique.

Popper ne rejette donc pas la psychanalyse en tant que telle, puisqu'il reconnaît sa forte valeur explicative des comportements humains. Néanmoins, il refuse qu'on lui octroie le statut de science en raison de son caractère non falsifiable.

B

Critiques morales

La contestation la plus directe des théories de l'inconscient de Freud vient probablement du philosophe Alain. En effet, celui-ci adresse deux reproches majeurs à la théorie de l'inconscient, et notamment aux dérives auxquelles donne lieu cette théorie. D'une part, il semble absurde d'affirmer l'existence de pensées auxquelles on ne pense pas : toute pensée requiert un sujet qui les pense. De ce point de vue, l'inconscient n'est pour lui pas une découverte, mais une invention, à la manière d'un personnage mythique. D'autre part, Alain souligne que dire du sujet qu'il n'est pas la source de ses pensées, qu'un autre pense en lui (l'inconscient), c'est lui ôter toute responsabilité quant à ses actes. C'est ce qui pour Alain est inacceptable.

Il faut éviter ici plusieurs erreurs que fonde le terme d’inconscient. La plus grave de ces erreurs est de croire que l'inconscient est un autre Moi ; un Moi qui a ses préjugés, ses passions et ses ruses ; une sorte de mauvais ange, diabolique conseiller. Contre quoi il faut comprendre qu'il n'y a point de pensées en nous sinon par l'unique sujet, Je ; cette remarque est d'ordre moral.

Alain

Éléments de philosophie

1916

Accepter l'hypothèse de l'inconscient, compris comme l'existence dans un sujet d'une instance qui lui est étrangère et prend des décisions à sa place, constitue une faute morale. En effet, cela revient à se dégager de la responsabilité de ses actions et de ses pensées.

Sartre reprendra cette critique morale de l'inconscient tout en la radicalisant. Pour comprendre cette critique, il faut prendre en compte l'idée majeure de Sartre selon laquelle l'Homme est condamné à être libre.

Pour lui, ce qui définit l'homme, c'est d'abord le fait d'exister. Il n'y a donc pas d'autre nature humaine que le fait d'exister et de pouvoir librement choisir sa vie. L'existence est donc première par rapport à l'essence, c'est-à-dire à la nature de l'Homme, qui n'est que le résultat de ce qu'il fait de sa vie. De ce point de vue, la liberté humaine est totale et inaliénable, mais elle comprend des conséquences inévitables, à commencer par la responsabilité. C'est cette idée qu'exprime Sartre lorsqu'il dit que l'Homme est "condamné à être libre". En effet, c'est parce que sa liberté est entière que l'Homme ne peut justifier ses manquements à la morale.

C'est en raison de cette entière liberté de l'Homme que l'hypothèse d'un inconscient psychique ne peut être acceptée : l'Homme ne se définit pas par son essence, ni par un inconscient, ni par des déterminismes, ni par un destin ou une volonté divine, mais uniquement par son existence. L'Homme est donc responsable de chacun de ses actes et de chacune de ses pensées : il ne peut pas invoquer, à titre d'excuse, un inconscient qui déciderait à sa place. Affirmer l'existence de l'inconscient est faire preuve de ce qu'il nomme "mauvaise foi", car cela permet de se dédouaner de sa responsabilité morale. L'individu qui invoque l'inconscient tente ainsi de se cacher derrière quelque chose d'autre, afin de ne pas assumer les conséquences de ses choix. En réalité, la liberté totale de l'Homme lui confère également une responsabilité pleine et entière de ses actes. C'est pourquoi l'Homme est "condamné à être libre".

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