Les genres théâtrauxCours

Le genre théâtral comporte une grande diversité de sous-genres ou formes spécifiques.

I

La tragédie

A

Définition et caractéristiques

Tragédie

Une tragédie est une pièce suscitant la terreur et la pitié du spectateur et mettant en scène des conflits intérieurs douloureux et des événements funestes.

Le terme « tragédie » vient du grec tragôdia (de tragos signifiant « bouc » et de odia signifiant « chant »).

Plusieurs hypothèses sont avancées pour expliquer le sens de ce mot :

  • Celui qui chantait et dansait le mieux gagnait un prix (un bouc).
  • Le sacrifice du bouc évoque le sacrifice mis en scène dans le spectacle tragique.
B

Les principaux sous-genres de la tragédie

1

La tragédie baroque

  • La tragédie baroque propose la représentation d'un monde instable et inquiétant où les apparences sont trompeuses.
  • Elle met donc en scène des songes, des métamorphoses, des conflits violents et sanglants.
  • Les personnages de la tragédie baroque sont en proie au doute, à l'inconstance de l'amour, à la folie.

 

Sa forme est plus libre que celle de la tragédie classique à venir.

Dans la sanglante tragédie Médée (1635), Corneille propose une réflexion sur le mécanisme du sacrifice héroïque. Créon, le roi de Corinthe, a exilé la magicienne Médée qui a été répudiée par Jason, le père de ses deux enfants. Créon souhaite marier Jason à sa fille Créuse. Médée, folle de rage, assassine Créuse et ses deux enfants, devenant ainsi à la fois bourreau et victime.

2

La tragi-comédie

  • La tragi-comédie propose une intrigue complexe et de nombreuses actions secondaires.
  • Elle n'emprunte pas son sujet à l'Antiquité.
  • Son dénouement est heureux.

Le Cid de Corneille (1637) est une tragi-comédie qui reprend le schéma des amours contrariées. Elle met en scène deux jeunes héros, Rodrigue et Chimène. Ils s'aiment et doivent se marier mais une violente querelle entre leurs pères va imposer à Rodrigue un cruel dilemme : il doit venger son père en battant en duel le père de Chimène. Ce faisant, il perd sa fiancée. Mais Rodrigue est un héros généreux qui place l'honneur de sa famille au-dessus de son amour et de sa propre vie. Il part combattre les Maures et sa victoire lui vaut la reconnaissance du roi d'Espagne. Pour reconquérir Chimène, il doit mener un ultime duel contre l'un de ses prétendants.

La pièce contient plusieurs actions secondaires. Elle tient de la tragédie car son héros est en proie à un violent conflit intérieur mais sa fin est heureuse.

3

La tragédie classique

  • La tragédie classique met en scène des personnages illustres (princes, rois, dieux) qui vivent des événements exceptionnels mais vraisemblables.
  • Elle dénoue une crise dont l'issue est funeste et presque toujours sanglante car la fatalité des dieux ou des passions (l'hubris, en grec, désigne la démesure) conduit les personnages à leur perte.
  • Elle met en scène un héros confronté à un dilemme entre passion amoureuse et raison politique.
  • Elle a une finalité moralisatrice en inspirant terreur et pitié selon le principe de la catharsis.
  • Elle est composée de cinq actes, en alexandrins, dans un style noble.
  • Elle se fonde, selon Racine, sur les registres lyrique, épique et pathétique.
  • Elle respecte les règles classiques.
-

Dans Phèdre de Racine (1677), l'action se déroule dans la Grèce antique. L'héroïne éponyme est tombée amoureuse d'Hippolyte, le fils de son époux Thésée. Elle tente d'étouffer cet amour contre nature par tous les moyens. Ce projet est vain puisque Vénus en a décidé autrement. Quand son mari est donné pour mort, elle avoue à Hippolyte horrifié son terrible secret. Mais il en aime une autre et Thésée, qui n'est pas mort, revient. La fureur de la passion de Phèdre va alors engendrer de terribles événements.

4

La tragédie moderne

  • La tragédie moderne emprunte souvent son sujet à l'Antiquité et fait parfois allusion à l'histoire contemporaine.
  • Elle met en scène des personnages impuissants en proie à une profonde angoisse métaphysique, plongés dans un univers absurde.
  • Elle mélange les tons, utilise différents niveaux de langage afin de témoigner de la médiocrité de l'existence.

 

Son dénouement est funeste ou ambigu.

Dans La Machine infernale (1934), Cocteau revisite le mythe d'Œdipe avec humour et poésie : l'oracle a prédit qu'il tuerait son père et épouserait sa mère. Quand la peste s'abat sur Thèbes, Œdipe découvre son terrible secret et la machine infernale des dieux explose.

II

La comédie

A

Définition et caractéristiques

Une comédie est une pièce divertissante, suscitant des émotions plaisantes et mettant en scène des personnages de modeste condition. Son dénouement est le plus souvent heureux.

Le terme « comédie » vient du grec komos qui désignait une troupe, un cortège, paradant lors de fêtes données en l'honneur du dieu Dionysos.

Une même comédie peut relever de plusieurs « sous-genres », car ces catégories ne sont pas étanches.

B

Les principaux sous-genres de la comédie

Les sous-genres de la comédie sont présentés chronologiquement en fonction de la période à laquelle ils sont apparus. Ils peuvent s'épanouir à différentes époques.

1

La farce

  • La farce repose sur une intrigue simple.
  • Elle met en scène des personnages stéréotypés (le jaloux, le mari trompé, etc.).

 

Elle a pour but de provoquer le rire par les moyens les plus simples, voire les plus grossiers, sans souci de la morale.

Dans Le Médecin malgré lui (1666) de Molière, l'ivrogne Sganarelle bat sa femme Martine. Le vieux Géronte a besoin d'un médecin pour sa fille. Martine décide alors de se venger de son mari, elle fait croire aux domestiques de Géronte qu'il est médecin mais qu'il faut lui asséner des coups de bâtons pour qu'il accepte de travailler. Roué de coups, Sganarelle accepte de les suivre et de prodiguer des soins dont il ignore tout.

2

La comédie d'intrigue

Comédie d'intrigue
  • La comédie d'intrigue est centrée sur les aspects sentimentaux ou comiques de la vie de ses personnages.
  • Elle contient de multiples rebondissements.

 

Elle est écrite dans un style courant.

Dans Le Barbier de Séville (1775) Beaumarchais met en scène un jeune seigneur espagnol, le comte Almaviva. Il est tombé amoureux de Rosine mais la jeune fille est retenue prisonnière par son tuteur, le vieux Bartholo qui veut l'épouser. Il demande à Figaro, le barbier de Bartholo, de lui prêter main forte pour délivrer la belle.

3

La comédie classique

  • La comédie classique met en scène des personnages stéréotypés (valet débrouillard, jeune ingénue, servante insolente, père tyrannique, etc.) issus de la petite noblesse, des bourgeois et des valets.
  • Elle est écrite soit dans un style courant et utilise la prose, soit dans un style noble et en alexandrins.
  • Elle emprunte ses sujets à la vie ordinaire et traite principalement le thème du mariage contrarié quand les pères font passer leurs intérêts avant le bonheur de leurs enfants.
  • Elle respecte la règle des trois unités (de façon moins systématique que la tragédie).
  • Elle a une finalité moralisatrice : elle montre les travers de la société ou d'un trait de caractère en les ridiculisant.
  • Son dénouement est le plus souvent heureux et les obstacles sont surmontés.

Dans Tartuffe (1664) de Molière, Orgon s'est laissé berner par Tartuffe, il lui a ouvert les portes de sa maison et il veut lui donner sa fille en mariage. Quand le faux dévot entreprend de séduire sa femme Elmire, tous les membres de sa famille unissent leurs forces pour le démasquer. Cette comédie est l'occasion pour Molière de dénoncer la fausse piété et les excès de la religion.

4

La comédie de mœurs

  • La comédie de mœurs entend dénoncer les travers d'une époque, d'une classe sociale d'une profession.
  • Elle s'attaque aux valeurs figées et aux idées préconçues.

Dans “Art” (1994) de Yasmina Reza, Serge a dépensé une fortune pour acheter un tableau monochrome blanc. Quand son ami Marc vient le voir, une querelle éclate entre les deux amis car Marc ne comprend pas cet achat qu'il juge absurde. Il n'y voit qu'une forme de snobisme. Le thème de l'art n'est au fond qu'un prétexte pour interroger la complexité des rapports humains et les valeurs de la société contemporaine.

5

La comédie de caractère

La comédie de caractère entend montrer les travers et les ridicules d'un type humain qui a un défaut particulier qu'il fait subir à son entourage.

Dans L'Avare (1668) de Molière, Harpagon est un vieil avare tyrannique. Il fait passer ses intérêts financiers avant le bonheur de ses enfants. Il veut épouser la jeune Mariane qui est tombée amoureuse de son fils Cléante. Quant à sa fille Élise, il veut la marier à Anselme plutôt qu'à celui qu'elle aime.

6

La comédie satirique

  • La comédie satirique dénonce la tyrannie des puissants.
  • Elle utilise fréquemment le travestissement.

 

Elle propose une intrigue centrée sur les désordres amoureux qui sont liés au fait que les amants n'appartiennent pas à la même classe sociale.

Le Mariage de Figaro (1781) de Beaumarchais est le second volet de la trilogie de l'auteur (dont le premier volet est Le Barbier de Séville). On retrouve les protagonistes trois ans plus tard : le comte Almaviva a épousé Rosine et Figaro doit épouser Suzanne. Mais le premier délaisse sa femme et veut exercer son droit de cuissage sur la fiancée de son valet. L'ingénieux Figaro, qui est le premier homme du peuple à être le héros d'une pièce, va tout faire pour dénoncer les agissements du comte et déjouer ses plans. Ses propos révolutionnaires donnent à la comédie une portée satirique.

7

Le vaudeville

  • Le vaudeville repose sur une intrigue riche en quiproquo et en coups de théâtre.
  • Elle met en scène des personnages issus de la bourgeoisie aux valeurs matérialistes et médiocres.
  • Elle propose une situation d'équilibre instable jusqu'au dénouement heureux.

Dans On purge bébé (1940) de Feydeau, Follavoine fabrique des pots de chambre et compte faire fortune en les vendant au ministère de la Guerre. Il organise donc un dîner d'affaires chez lui pour convaincre un de ses responsables de lui confier ce marché lucratif. Les choses se compliquent quand son fils Toto, qui est constipé, refuse de prendre son traitement.

Les principaux procédés comiques sont :

Comique de caractère
  • Manies d'un personnage
  • Obsessions
  • Contradictions
Comique de situation
  • Situation surprenante
  • Inattendue
  • Quiproquo
Comique de gestes
  • Mimiques
  • Mouvements
  • Attitudes ridicules d'un personnage
  • Grimaces
  • Chutes
Comique de mots (ou de langage)
  • Jeux de mots
  • Façons de parler inconvenantes
  • Confusions
  • Répétitions mécaniques
III

Le drame

A

Définition et caractéristiques

Drame

Le drame est une pièce au caractère grave, suscitant des sentiments pathétiques et mettant en scène des conflits sociaux ou psychologiques.

Dans une acception plus spécifiquement théâtrale, le drame désigne une pièce de ton moins élevé que la tragédie, représentant une action violente ou douloureuse où le comique peut se mêler au tragique.

Le drame, du latin drama emprunté au grec ancien, signifie « action théâtrale » et étymologiquement « toute action scénique ». Il peut donc désigner, au sens large, toute œuvre dramatique.

B

Les principaux sous-genres

1

Le drame bourgeois

  • Le drame bourgeois met en scène un univers bourgeois.
  • Les personnages, mis en scène de façon réaliste, s'opposent autour d'un conflit familial.
  • Sa finalité est moralisatrice.

 

Il respecte la règle des unités mais mélange de multiples tonalités et utilise le langage de la vraie vie.

La Mère coupable de Beaumarchais (1792) est le troisième volet de sa trilogie. Le ton de la pièce est pathétique : Rosine a eu un fils, Léon, avec Chérubin. Il veut épouser Florestine, la fille naturelle du comte Almaviva. Un intriguant, Bégearss, profite des dissensions au sein de la famille pour tenter de voler la fortune du comte. Figaro réussit, encore une fois, à démasquer le coupable. Sur le thème de l'adultère coupable, ce drame dénonce l'hypocrisie.

2

Le drame romantique

  • Le drame romantique se caractérise par son refus des règles classiques (sauf l'unité d'action) et le fait qu'il mélange de multiples tonalités (pathétique, épique, lyrique et comique).
  • L'élément perturbateur de l'intrigue est le héros lui-même (un marginal, un être maudit).
  • Le but est de saisir le personnage dans son évolution et dans ses contradictions (beauté-laideur/sublime-grotesque).
  • Le dénouement est funeste.

Dans Ruy Blas (1838) de Victor Hugo, Ruy Blas, un simple valet, est amoureux de la reine d'Espagne. Don Salluste, son maître, veut se venger d'elle car elle l'a disgracié. Quand il découvre les sentiments de Ruy Blas, il le manipule pour orchestrer sa terrible vengeance. Il l'introduit à la cour sous l'identité de son cousin Don César. Ruy Blas gravit en quelques mois toutes les marches du pouvoir jusqu'au poste de Premier ministre. La reine lui avoue alors qu'elle l'aime en secret et qu'elle a favorisé son ascension. Mais Don Salluste revient sur le devant de la scène pour confondre les amants. Ruy Blas n'a d'autre choix que de se sacrifier pour sauver la femme qu'il aime.

3

Le drame spirituel

  • Le drame spirituel propose une intrigue centrée sur un dilemme opposant la nature pécheresse et corrompue de l'homme à son aspiration à la pureté.
  • Ses personnages sont en proie au péché et aux tourments avant d'être guidés par le renoncement vers la grâce et le spirituel.

L'intrigue très complexe du Soulier de satin (1943) de Claudel a lieu au temps de la Renaissance et dure une vingtaine d'années. Don Rodrigue est un jeune capitaine qui souhaite imposer au monde entier la domination espagnole. Il brûle de passion pour Doña Prouhèze, l'épouse d'un vieux juge, dont il est aimé en retour. Contraints de s'éloigner l'un de l'autre, les deux héros trouvent refuge dans la foi.