Métropolisation, littoralisation de la production et accroissement des fluxCours

\boldsymbol{\textcolor{dodgerblue}{\Rightarrow}}  Comment la mondialisation favorise-t-elle la concentration des espaces de production dans les métropoles et sur les littoraux ?

I

Un accroissement des flux

A

Des flux de natures variées en forte progression

Les échanges commerciaux dans le monde se sont élevés à 23 000 milliards de $ en 2017. Ils connaissent une forte progression, quel que soit le type de flux considéré :

  • Les flux de marchandises (produits primaires ou produits manufacturés) représentent 77 % des échanges mondiaux. Leur volume a été multiplié par 8 depuis les années 1980, surtout pour les produits manufacturés. La progression des échanges est globale, mais n'est pas linéaire en cas de crise. Après la crise de 2008, les échanges mondiaux se sont contractés entre 2011 et 2016.
  • Les flux immatériels, flux de services (finances, transports, services aux entreprises) représentent 23 % des échanges mondiaux. Ils connaissent une forte croissance, notamment pour les flux de capitaux : on parle de financiarisation du monde.
  • Les flux d'information explosent grâce au réseau Internet. On compte 4 milliards d'internautes dans le monde.
B

Les facteurs de l'accroissement des flux

Plusieurs facteurs expliquent cette croissance exceptionnelle des échanges à l'échelle mondiale :

  • De nombreux États ont accepté de réduire leurs tarifs douaniers dans le cadre des accords du GATT depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale jusqu'en 1995, puis de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) jusqu'à nos jours. Les pays négocient la baisse des tarifs douaniers dans le cadre d'organisations régionales (Union européenne (UE), Mercosur, ALENA) et par le biais de traités bilatéraux à l'image du CETA signé entre l'UE et le Canada.
  • Le processus de mondialisation s'est accéléré grâce aux politiques néolibérales depuis les années 1980. 
  • Les progrès dans les transports facilitent les échanges. Pour les passagers et les produits à forte valeur ajoutée, le transport aérien s'est fortement développé : il permet une mise en relation rapide de divers espaces de la planète. Le transport maritime assure 90 % des échanges de marchandises dans le monde. Son coût a fortement diminué en raison de différents progrès : les navires se sont spécialisés (méthanier, vraquier, porte-conteneurs), la conteneurisation s'est généralisée à l'ensemble de la planète, la taille des navires et des installations portuaires a augmenté. Le rapport coût-distance-temps s'est nettement amélioré depuis une trentaine d'années. Pour les matières premières, en plus des navires, les réseaux de tubes (oléoducs, gazoducs) se sont fortement étendus.
  • Les réseaux de télécommunication se sont densifiés avec le déploiement de câbles sous-marins en fibre optique et de data centers, permettant des échanges de données toujours plus rapides et volumineux. Ils facilitent les transactions financières en quelques secondes.

Conteneurisation

La conteneurisation est la diffusion à l'échelle mondiale du conteneur comme outil de transport des marchandises depuis les années 1980. Grâce à ses tailles standardisées, il facilite les échanges dans le monde et permet l'usage de plusieurs modes de transport : maritime, fluvial, ferroviaire, routier.

L'accroissement des échanges s'explique par l'émergence de certains pays qui se sont positionnés comme des « ateliers du monde » ce qui a poussé à la mise en place de nouveaux systèmes productifs à l'échelle mondiale dans le cadre d'une Division internationale des processus productifs.

Division internationale des processus productifs (DIPP) 

La Division internationale des processus productifs (DIPP) désigne la décomposition d'un processus de production en plusieurs tâches (ou étapes) effectuées par une FTN, ses filiales et/ou des entreprises sous-traitantes, dans différents lieux sur la planète.

La distance et le coût du transport ne constituent pas des obstacles aux implantations des firmes transnationales dans des pays étrangers. Cela renforce la concurrence entre les espaces productifs, même entre ceux qui sont très éloignés les uns des autres. Certains États s'en inquiètent et n'hésitent pas à retomber dans des réflexes protectionnistes. 

Depuis 2017, la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine, où chacun des pays augmente ses droits de douanes pour réduire les importations, montre les réflexes protectionnistes de certains États.

C

La polarisation des flux dans le monde

La distribution géographique des flux d'échanges est fortement polarisée à l'échelle mondiale. Trois pôles concentrent plus de la moitié de ces échanges :

  • l'Union européenne, premier pôle commercial de la planète ;
  • l'Asie orientale : Chine, Corée du Sud, Japon ;
  • l'Amérique du Nord. 

 

Dans le domaine financier : 

  • Près de 29 % des IDE sont captés par deux pays : les États-Unis et la Chine. Les dix premières bourses mondiales, dont New York (NYSE et NASDAQ), Tokyo, Shanghai, Hong-Kong, Londres, Euronext (Paris-Amsterdam), Shenzhen, Toronto et Francfort, assurent 80 % de la capitalisation boursière mondiale.
  • Les autres pays du monde peinent à se faire une place dans le commerce mondial. Certains pays émergent, mais leur poids dans le commerce mondial reste modeste : l'Inde, pourtant 6e économie mondiale, pèse moins de 3 % du commerce mondial. Les 47 pays les moins avancés pèsent moins de 1 % du commerce mondial.

La part des flux intra-régionaux (ou intra-zone) majoritaires à 52 % diminue. Les pays de l'Union européenne privilégient les échanges à l'intérieur de leur zone économique. Dans cet espace, les deux tiers des échanges sont intra-zone.

Les flux contribuent à la spécialisation des territoires en fonction des types d'échanges :

  • Le Moyen-Orient polarise les échanges d'hydrocarbures dans le monde. 
  • Les ports du littoral chinois polarisent les échanges de produits manufacturés. 
  • Les paradis fiscaux captent les flux financiers. 
  • Certains espaces sont parcourus par les flux illégaux : drogues, armes, médicaments.
La polarisation des flux d'échanges dans le monde

La polarisation des flux d'échanges dans le monde

II

Métropolisation et littoralisation des espaces productifs

A

Les métropoles privilégiées par la mondialisation 

Dans le processus de mondialisation, les métropoles sont privilégiées. 

Métropolisation

La métropolisation désigne la concentration des activités, des hommes, des richesses et des fonctions de commandement dans les villes les mieux connectées.

La plupart des métropoles sont des hubs qui permettent aux entreprises de mieux s'insérer dans les réseaux mondiaux et de rayonner à toutes les échelles : nationale, continentale et mondiale. Les métropoles les plus dynamiques fonctionnent en réseau dans le cadre de l'Archipel mégalopolitain mondial.

Hub

Un hub est un carrefour de communication. Ce terme désigne un point ou un nœud dans un réseau d'échanges où se concentrent des flux de passagers et/ou de marchandises et/ou d'informations qui sont redistribués aux échelles mondiale et régionale. Les principaux aéroports, ports et data centers sont des hubs mondiaux.

Archipel mégalopolitain mondial 

L'Archipel mégalopolitain mondial désigne le réseau formé à l'échelle mondiale par les grandes métropoles qui entretiennent des liens économiques et des flux humains, financiers, commerciaux et d'informations.

Ces métropoles sont attractives pour les entreprises : elles concentrent les activités de haut niveau, des services aux entreprises (finance, assurance, publicité, marketing, consulting), des services rares dans les domaines de la conception, la recherche et l'innovation. Les FTN peuvent s'appuyer sur une main-d'œuvre qualifiée mais également sur un large marché de consommateurs aux revenus élevés.

Sous l'effet de la métropolisation, les territoires des métropoles se recomposent :

  • Les quartiers d'affaires qui concentrent les sièges sociaux et le tertiaire de haut niveau s'agrandissent voire se multiplient. 

À Londres, d'anciens quartiers portuaires ont été réaménagés pour accueillir le nouveau quartier d'affaires de Canary Warf afin de compléter la City qui est saturée.

  • Les villes s'étalent dans l'espace, avec l'augmentation de la population et des activités. En périphérie, on trouve, rejetées du centre, les activités productives ainsi que de nouveaux pôles urbains autour de quartiers d'affaires, de clusters ou technopôles. Ces derniers permettent une synergie entre plusieurs acteurs de la haute technologie : entreprises, laboratoires et centres de recherche, grandes écoles. Ces territoires comme la Silicon Valley à San Francisco, l'Electronic Valley à Bangalore en Inde, ou Paris-Saclay en France sont très compétitifs à l'échelle mondiale.

Synergie 

On parle de synergie lorsque différents acteurs (entreprises, institutions) ou territoires interagissent en se complétant afin d'accroître leur potentiel et d'être compétitifs.

Technopôle 

Un technopôle est un parc technologique situé dans une agglomération et dans lequel se concentrent des centres de formation supérieure, des centres de recherche et des industries de pointe. Ces acteurs privés et publics (parfois) travaillent en synergie pour être compétitifs. Un technopôle est une ville tournée vers les hautes technologies. On parle également de cluster.

Les métropoles deviennent de plus en plus polycentriques : certaines d'entre elles s'étalent sur de larges territoires et finissent par former de vastes régions urbaines appelées mégalopoles, dans lesquelles les villes se spécialisent dans certaines activités et créent des synergies.

B

Les littoraux, des espaces productifs majeurs à l'échelle mondiale

La mondialisation des échanges et la croissance des flux favorisent une maritimisation des activités productives. De grandes façades littorales sont devenues des territoires dynamiques de la mondialisation : elles jouent un rôle d'interface en permettant de connecter leur arrière-pays appelé hinterland au reste du monde. Ce sont les pôles d'échanges les plus dynamiques qui concentrent les façades maritimes les plus actives de la planète. Les plus importantes au monde sont : 

  • la façade de la mer de Chine ;
  • la Northern Range en Europe du Nord ;
  • le littoral japonais ;
  • la façade de la Mégalopolis américaine ;
  • la côte ouest nord-américaine. 

 

D'autres façades maritimes sont en formation. Elles sont situées pour la plupart dans des pays émergents qui s'intègrent dans les échanges mondiaux de marchandises comme la façade littorale du Sud-Est du Brésil.

La Northern Range est constituée d'un alignement de ports s'étendant du Havre jusqu'à Hambourg. Elle est la principale interface entre l'Union européenne et le reste du monde. Elle permet d'irriguer le vaste hinterland de l'Europe rhénane.

La Northern Range, une interface majeure entre l'Union européenne et le reste du monde

La Northern Range, une interface majeure entre l'Union européenne et le reste du monde

Croquis sur les ports de la rangée nord-européenne, juin 2013, © Wikipédia

Partout dans le monde, ces façades maritimes font l'objet d'aménagements de la part d'acteurs multiples, publics et privés.

La plupart des grands ports mondiaux cherchent à devenir des hubs pour permettre une redistribution des flux, à l'échelle nationale ou continentale. Des plateformes logistiques multimodales s'y développent donc afin de faciliter le passage d'un mode de transport à l'autre : mer, voie fluviale, voie ferrée, route.

Le port de Singapour est un hub portuaire d'envergure mondiale.

Singapour, hub mondial

Singapour, hub mondial

© Wikimedia Commons

Les unités productives s'installent à proximité des ports afin de gagner du temps dans l'importation de matières premières et dans l'exportation de produits transformés. Les industries sidérurgiques ont longtemps privilégié la proximité des mines de fer ou de charbon, mais elles s'installent désormais à proximité des ports pour importer plus facilement leurs matières premières. Des zones industrialo-portuaires se développent, on parle d'ailleurs « d'industries sur l'eau ». 

C'est à proximité des ports que les États créent des zones franches afin d'attirer les investissements étrangers et de stimuler leurs exportations. 

Les aménagements touristiques contribuent à rendre certains littoraux particulièrement dynamiques à l'échelle mondiale : Bassin méditerranéen, Caraïbes ou littoraux de la mer de Chine en plein essor.

Ces façades maritimes sont des territoires dynamiques de la mondialisation. Elles connaissent une forte croissance économique et démographique, avec la concentration d'activités productives. 40 % de la population mondiale vit à moins de 60 km de la mer. Ces espaces s'urbanisent : c'est souvent à proximité des littoraux que les mégalopoles se trouvent. 

Au Sud-Est du Brésil, une mégalopole est en train d'émerger entre Sao Paulo et Rio de Janeiro sur près de 2 000 km. Elle deviendra la première mégalopole de l'hémisphère Sud.

À l'échelle mondiale, la géographie des ports confirme la polarisation des échanges dans les façades maritimes les plus dynamiques. Les vingt premiers ports mondiaux assurent la moitié du trafic mondial. Les ports asiatiques sont en plein essor et captent 40 % du trafic de conteneurs. Cette compétition mondiale oblige les ports à se moderniser afin d'optimiser les temps de chargement et de déchargement : ils s'équipent d'avant-ports pour accueillir les plus gros navires, les infrastructures se modernisent pour faciliter la multimodalité et s'automatisent pour permettre aux FTN de suivre en temps réel le transport de leurs marchandises et d'ajuster leur production.

Le port de Shanghai s'est équipé d'un avant-port artificiel en eau profonde, spécialisé dans les conteneurs, pour accueillir toutes les tailles de navires. L'avant-port de Yangshan est situé à 32 km de Shanghai et est relié à la terre ferme par un pont maritime comportant 6 voies de circulation. Il est aujourd'hui le plus grand terminal à conteneurs automatisé du monde.

Terminal de Yangshan, le plus vaste terminal à conteneurs au monde  

Terminal de Yangshan, le plus vaste terminal à conteneurs au monde  

© Wikipédia

  • Les échanges mondiaux de marchandises, de services et d'informations ont connu une forte progression au cours des dernières décennies.
  • Cette croissance des flux à l'échelle de la planète s'explique principalement par la libéralisation des échanges, les progrès dans les transports et enfin la nouvelle division internationale du travail.
  • En dépit de l'émergence de certains États et de leur intégration dans la mondialisation, les flux commerciaux restent très polarisés en Amérique du Nord, en Europe et en Asie orientale.
  • La croissance des flux profite avant tout aux métropoles qui accueillent les principaux espaces productifs de la planète et pilotent l'économie mondiale.
  • La mondialisation privilégie les façades maritimes qui jouent le rôle d'interfaces entre les arrières-pays et le reste du monde. Ces façades maritimes sont en concurrence à l'échelle mondiale.