IntroductionCours

L'histoire, la géographie, la géopolitique et les sciences politiques sont des disciplines des sciences sociales aux méthodes de travail distinctes. Ces disciplines présentent néanmoins des points communs : objets, documents, outils de travail. Elles reposent toutes sur l'inscription dans le temps, dans l'espace, le poids des acteurs humains et une analyse et critique multi-causale.

géopolitique
I

L'histoire

L'histoire a deux sens : c'est à la fois le passé des hommes et la discipline scientifique. Elle repose sur différentes sources analysées par l'historien.

A

Les deux sens de l'histoire

Le terme « histoire » a deux sens. Il désigne à la fois les événements du passé, et notamment les grands événements, mais également l'étude du passé par les historiens.

L'histoire est d'abord le passé, constitué d'événements uniques et singuliers, mais aussi de processus plus ou moins complexes.

Événement

Un événement est un fait, considéré comme plus ou moins important, qui est le résultat de l'intervention d'un ou de plusieurs acteurs à un moment précis dans un espace donné.

Un événement ne se répète pas : on parle du caractère irréversible des événements. Pour analyser le passé, il faut d'abord créer de l'ordre, en construisant notamment des chronologies, c'est-à-dire une succession de dates.

« Il n'y a pas d'histoire sans dates. »

Claude Lévi-Strauss, anthropologue et ethnologue

La Pensée sauvage, © Plon

1962

L'histoire est également une science humaine, un domaine d'étude, une discipline scientifique qui a pour objectif la reconstitution intellectuelle du temps passé et un récit aboutissant à un savoir. Ce savoir est fondé sur une analyse critique des documents laissés par les êtres humains. Il existe une grande variété de traces laissées par ceux qui ont vécu autrefois, dont une partie est conservée aux archives.

En analysant cette multitude de documents, l'historien essaie de comprendre et d'expliquer les pensées, les actes de ceux qui sont à l'origine des événements et des processus historiques. L'objectif est de trouver la cause des processus ou des phénomènes historiques et d'en mesurer les conséquences. L'histoire est constamment « révisable » : chaque génération porte un autre regard, pose d'autres questions et obtient d'autres réponses à un problème historique.

« On construit des passés afin de créer du sens, c'est-à-dire se ménager des repères pour mieux affronter les incertitudes du présent. »

Serge Gruzinski, historien spécialiste de l'Amérique latine et des premières colonisations

L'Histoire, pour quoi faire ?, Paris, © Fayard

2015

Le but de l'histoire est de mieux connaître et expliquer le passé pour mieux comprendre également le présent. Dans cette perspective, le travail de l'historien est fondamental : l'historien est un savant spécialiste de l'histoire dont la mission peut être apparentée à celle d'un « détective du passé ». La connaissance de l'histoire passe par la compréhension des hommes à une époque passée et donc par l'analyse des documents, par leur interprétation et par leur recoupement avec d'autres documents ou d'autres travaux d'historiens pour en vérifier la fiabilité.

« Le bon historien, lui, ressemble à l'ogre de la légende. Là où il flaire la chair humaine, il sait que là est son gibier. »

Marc Bloch, historien majeur du XXe siècle

Apologie pour l'histoire ou Métier d'historien, © Armand Colin

1949

B

L'analyse des différentes sources de l'histoire par l'historien

Les sources de l'histoire sont des indices pour l'historien. On distingue une diversité de sources qui peuvent être réparties en trois catégories : sources archéologiques, écrites et iconographiques. Leur analyse permet à l'historien de se faire une idée du passé.

Différentes sources de l'histoire

Les sources archéologiques sont les objets trouvés lors des fouilles archéologiques qui sont des traces de la vie quotidienne du passé : pièces de monnaie, amphores de vin ou d'huile, armes, etc.

Les sources écrites sont multiples :

  • Les textes littéraires : contes, légendes, poèmes, romans, pièces de théâtre. Ils permettent de comprendre la manière de penser, les rêves, les peurs des êtres humains. Tout n'est pas exact, mais cela permet d'étudier les mentalités.
  • Les témoignages : récits d'événements écrits ou racontés par des témoins dans une lettre ou dans des « Mémoires ». Un témoin d'un événement peut écrire 20 ou 30 ans après ce qu'il décrit et donc oublier certains éléments ou se mettre en valeur au détriment d'autres personnes.
  • Les déclarations, les manifestes, etc. : ils visent notamment à rendre publics des débats politiques.
  • Les discours, les articles, les affiches, etc.
  • Les textes juridiques : ils sont ou doivent être connus de tous et sont destinés à régler les conflits au sein d'une société.
  • Les chansons : elles sont destinées à plaire, à être mémorisées et reprises par les populations. L'auteur apporte son style, sa sensibilité et parfois témoigne de son engagement politique. Elles sont aussi le reflet d'un état d'esprit, d'un courant musical.
  • Les analyses d'historiens : elles proposent des interprétations donc une manière d'analyser les événements passés. Ils ne sont pas toujours d'accord entre eux et cela engendre des débats d'idées.

 

Les sources iconographiques sont également multiples :

  • Les sculptures, peintures, dessins (animés ou non), gravures, enluminures, œuvres d'infographie, etc. Ce sont des interprétations artistiques de la réalité. Ces documents ne doivent pas être analysés pour leur beauté ou leur laideur, mais par ce qu'ils révèlent de l'époque de leur création.
  • Les photographies : elles peuvent être des œuvres d'art ou des documents journalistiques. Elles représentent une réalité mais elles sont aussi le résultat du choix (angle de vue, cadrage, etc.) de l'auteur.
  • Les images d'expression et de communication : affiches de propagande, publicités, caricatures, dessins de presse, etc.

 

L'historien dispose donc d'une pluralité de documents qui nécessitent parfois d'être analysés de manière différente. On n'étudie pas de la même manière le discours d'un homme politique du XVIIIe siècle et un dessin de presse du XXIe siècle. L'historien doit faire preuve d'esprit critique dans ses analyses.

II

 La géographie

La géographie est une science humaine qui a pour but d'analyser l'organisation des espaces et des territoires par les hommes. La démarche du géographe est différente de celle de l'historien.

A

Définition de la géographie

La géographie est une science humaine qui a pour objet l'étude des espaces et la façon dont ils sont transformés par les hommes.

Géographie

Du grec géo (la « Terre ») et graphein (« écrire »/« dessiner »), la géographie est une science qui a pour objet l'espace des sociétés, nourrie à la fois par les explorations et les descriptions systématiques de la Terre, mais aussi par un ensemble d'analyses de la manière dont les hommes transforment, s'approprient et organisent la surface de cette planète.

La géographie analyse l'organisation des espaces et des territoires par les sociétés humaines et peut être considérée comme l'étude des rapports entre l'espace et le territoire.

Deux notions-clés de la géographie : l'espace et le territoire

ESPACE

TERRITOIRE
  • Écart, distance, séparation entre deux points.
  • Ensemble des étendues terrestres : 510 millions de km2 = 1 000 x la France.
  • Étendue terrestre utilisée et aménagée par les sociétés en vue de leur reproduction.

Espace vécu et approprié par les sociétés humaines. Cela engendre :

  • Des pratiques : habitation, déplacements, etc.
  • Des représentations : appartenance ou non, attraction ou répulsion, etc.
  • Des stratégies : moyens mis en œuvre pour atteindre un ou des objectifs.

 

 

La géographie est véritablement une manière de penser l'espace, conçu comme un système, et les hommes qui y vivent, par la diversité de leurs activités − économiques, sociales, politiques, culturelles, de loisirs − et par leurs capacités à construire de la concentration, de l'attraction, de la mobilité.

B

La démarche du géographe

La démarche du géographe consiste à décrire et à expliquer la diversité et la complexité de l'organisation spatiale du monde par les hommes, et cela à des échelles variées.

« La géographie est une science sociale : elle s'intéresse à la terre des hommes. »

Paul Claval, un des grands géographes français qui a renouvelé la discipline au cours des années 1960−1990.

« La Place de la géographie dans l'enseignement », © L'Espace géographique, n° 2

1989

Une organisation spatiale est aussi le fruit d'une histoire particulière. Comme tout événement en histoire est unique, toute organisation spatiale est singulière. Une organisation spatiale est marquée par des éléments structurants : des contraintes, des limites, des axes, des pôles.

Un territoire rizicole indonésien n'est pas organisé de la même manière qu'un terroir viticole alsacien, et pourtant ce sont tous les deux des territoires agricoles.

Les territoires

© TST

« Qu'est-ce qu'un géographe ?
– C'est un savant qui connaît où se trouvent les mers, les fleuves, les villes, les montagnes et les déserts. […]
– Les géographies, dit le géographe, sont les livres les plus sérieux de tous les livres. Elles ne se démodent jamais. Il est très rare qu'une montagne change de place. Il est très rare qu'un océan se vide de son eau. Nous écrivons des choses éternelles. »

Antoine de Saint-Exupéry

Le Petit Prince

1946

La méthode du géographe permet de répondre à des questionnements multiples : où ? comment ? pourquoi ? pourquoi là et pas ailleurs ? qui ? Elle est fondée sur une analyse multiscalaire, c'est-à-dire sur l'étude d'un phénomène à plusieurs échelles géographiques.

Échelle

Une échelle est le rapport entre la distance réelle sur le terrain et une distance mesurée entre deux points sur la carte. Elle est représentée de manière graphique (un segment gradué) ou de manière numérique.

1/25 000 = 1 cm sur une carte signifie 25 000 cm dans la réalité soit 250 m.

L'échelle détermine l'espace représenté. En fonction de l'échelle, on n'observe pas les mêmes éléments :

  • Grande échelle : quartiers, villes. L'espace est réduit, mais la précision est grande.
  • Moyenne échelle : pays, régions.
  • Petite échelle : monde. L'espace est vaste, mais la précision est « petite », réduite.
 Changement d’échelles et de visions : le littoral du Cap Blanc-Nez

© TST

Les outils spécifiques du géographe sont essentiellement des cartes, mais aussi une gamme variée de documents : photographies, textes, documents statistiques.

III

La géopolitique

La géopolitique est une discipline qui est née au XIXe siècle. Sa définition est complexe, sa pratique permet notamment de lier les enjeux géographiques aux enjeux politiques.

A

La géopolitique : une définition complexe

La géopolitique est une discipline d'étude récente élaborée au XIXe siècle. Sa définition n'est pas figée et a beaucoup évolué. On peut considérer que la géopolitique est une méthode d'analyse géographique de situations historiques et socio-politique. Elle étudie les acteurs, les enjeux et les dynamiques territoriales qui découlent de leur rivalité à des échelles variées.

La géopolitique est un concept élaboré par des savants du XIXe siècle :

  • l'Allemand Friedrich Ratzel (1844−1904), qui a suivi des études de pharmacie ;
  • le Suédois Rudolf Kjellén (1864−1922), qui fut professeur de sciences politiques.

 

Ils ont joué un rôle majeur dans la réflexion sur les liens entre les sociétés, l'environnement et la géographie. Leurs travaux sont complétés par ceux de Karl Haushofer (1869−1946) qui y ajoutent un aspect politique. Des penseurs anglo-saxons y adjoignent leurs réflexions :

  • L'amiral américain Alfred Mahan (1840−1914) développe les concepts de « puissances maritimes » opposées aux « puissances continentales ».
  • Le Britannique Halford John Mackinder (1861−1947) affirme que l'opposition entre les puissances maritimes et terrestres est une clé d'explication des rapports de force mondiaux.
  • L'Américain Nicholas John Spykman (1893−1943) invente le nouveau concept de « Rimland » pour désigner les puissances de la périphérie maritime.

« Qui commande l'Europe de l'Est commande le Heartland ; qui commande le Heartland commande l'Île-Monde ; qui commande l'Île-Monde commande le Monde. »

Halford John Mackinder

Democratic ideals and reality: a study of the politics of reconstruction

1919

En France, la géopolitique a longtemps été associée au nazisme car les idées de Karl Haushofer ont été reprises par les nazis. Il faut attendre véritablement les années 1970 pour que la géopolitique se détache de la géographie en général, et de la géographie politique en particulier. Le géographe Yves Lacoste joue un rôle capital en publiant en 1976 un livre qui connaît un grand succès, et une revue de géographie et de géopolitique intitulée Hérodote. En 2002, il crée un Institut français de géopolitique, rattaché à l'université Paris VIII.

L’évolution de la définition de géopolitique

On peut considérer que la géopolitique est « une méthode globale d'analyse géographique de situations socio-politiques concrètes » (Michel Foucher) qui s'intéresse « aux acteurs, aux enjeux qui motivent leur confrontation et aux dynamiques territoriales qui découlent de leur rivalité » (Stéphane Rosière).

Acteurs Domaines et enjeux de rivalité Échelles et dynamiques de territoire
  • États
  • Entreprises
  • Groupes terroristes
  • Mafias
  • Individus
  • Politique
  • Culturel
  • Économique
  • Militaire
  • Mondiale
  • Internationale
  • Nationale
  • Locale
  • La géographie politique considère l'espace comme un cadre (territoires, lignes, pôles).
  • La géopolitique considère l'espace comme un enjeu (dynamiques, acteurs, enjeux).
  • La géostratégie considère l'espace comme un théâtre d'opérations (logique des armes).
B

La pratique de la géopolitique

La géopolitique est un moyen d'action politique, plusieurs penseurs sont d'ailleurs des hommes qui ont de l'influence en politique. La géopolitique repose sur une triple analyse.

« La géopolitique est une méthode globale d'analyse géographique de situations socio-politiques concrètes envisagées en tant qu'elles sont localisées, et des représentations habituelles qui les décrivent. »

Michel Foucher, géographe et diplomate

Fronts et frontières − Un tour du monde géopolitique, Paris, © Fayard

1988

« Pour mes étudiants, afin de les aider à donner forme au monde de demain. »

Zbigniew Brzezinski

Dédicace du livre Le Grand Échiquier

1997

Les idées des penseurs de la géopolitique peuvent influencer les hommes au pouvoir.

  • Karl Haushofer était favorable à la constitution d'une aire d'influence allemande en Europe centrale et orientale, influençant dans une certaine mesure les dirigeants nazis. Toutefois, il n'était pas favorable à l'invasion de l'URSS.
  • Les idées de Nicholas Spykman ont certainement influencé les cercles du pouvoir aux États-Unis au début de la guerre froide. 
  • Zbigniew Brzezinski a été le conseiller à la sécurité nationale du président des États-Unis, Jimmy Carter (1976−1980).

La géopolitique est au croisement d'une triple analyse :

  • Une analyse diatopique : mise en œuvre d'un « raisonnement géographique à différents niveaux d'analyse, repérant les intersections des multiples ensembles spatiaux » (Yves Lacoste).
  • Une analyse diachronique : « raisonnement historique intégrant les différents temps de l'histoire et du présent grâce auxquels il est possible de reconstruire la chaîne des causalités. » (Béatrice Giblin).
  • Une analyse comparative de manière à faire apparaître la singularité de chaque situation.
La pratique de la géopolitique
IV

Les sciences politiques

Les sciences politiques sont une réflexion sur la cité. L'analyse en sciences politiques s'appuie sur d'autres disciplines et utilise les méthodes des sciences sociales, comme l'histoire et la géographie.

Politique

La politique, du grec polis (la « cité »), est l'ensemble des formes du pouvoir déterminant l'organisation et le fonctionnement d'une société.

Les sciences politiques sont l'analyse des caractéristiques, du rôle et de l'influence des différentes formes de pouvoir (démocratie, dictature) et des relations entre les divers acteurs (États, partis politiques, médias, syndicats, groupes de pression, individus) dans une société.

Cette analyse s'appuie sur d'autres disciplines et utilisent les méthodes des sciences sociales :

  • le droit : longtemps, les sciences politiques ont été liées au droit par l'intérêt porté aux institutions, à la nature des régimes politiques, aux partis politiques ;
  • l'histoire ;
  • la géographie ;
  • la sociologie politique : analyse des comportements humains en matière de vote par exemple en utilisant des enquêtes d'opinion ;
  • les relations internationales.

 

Les sciences politiques reposent sur l'idée que tout peut devenir politique.

Un fait social ou économique n'est pas politique par nature : l'augmentation des prix, l'augmentation ou la baisse du chômage. Mais il peut le devenir au terme d'un processus de politisation : la hausse du chômage a des conséquences économiques et sociales (appauvrissement, difficultés variées), mais peut également avoir des répercussions en matière de vote en faveur des partis politiques extrémistes.