Tracer des frontières, approche géopolitiqueCours

Les frontières sont tracées pour protéger des territoires, à l'image du limes autour de l'Empire romain. Des frontières sont également tracées pour se partager un territoire, comme l'ont fait les puissances européennes colonialistes avec l'Afrique. Enfin, les frontières peuvent être une séparation politique entre deux systèmes politiques antagonistes, à l'image de celle qui sépare les deux Corée.

I

Des frontières pour se protéger : le limes romain

La frontière de l'Empire romain, le limes, est construite pour protéger l'Empire des Barbares du Ier siècle av. J.-C. à 260 apr. J.-C. Le limes n'est pas une ligne, mais une zone de défense voire d'échanges discontinue associée à des aménagements et des routes (parfois sur une largeur de 2 à 3 kilomètres).

expansion Empire romain frontière limes
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La construction du limes, frontière de l'Empire romain

L'Empire romain se veut « universel », c'est-à-dire dominant le monde connu de l'Antiquité. Mais cette expansion va trouver une limite : la présence de peuples suffisamment puissants pour ne pas se soumettre à Rome. L'Empire romain construit alors une frontière, le limes, qui est constituée de bois puis de pierres et surveillée par des hommes. Il ne s'agit pas tant d'une ligne clairement définie que d'une zone de défense.

On assiste à une extension géographique de la République romaine puis de l'Empire romain : de l'Italie à la Sicile, la Grèce, l'Espagne, l'Afrique du Nord, l'Europe du Nord, l'Asie Mineure, etc. Le règne d'Auguste (27 av. J.-C. – 14 ap. J.-C.) est capital par sa forte expansion territoriale, mais il connaît également un échec militaire face aux Germains (9 apr. J.-C.) qui met fin provisoirement aux conquêtes à l'est. Le Rhin et le Danube sont considérés comme la frontière et les Romains construisent une limite défensive : le limes.

Le limes est une limite constituée de palissades en bois, de fossés, de tours de guet, etc. Au début, le limes est construit de bois, qui est progressivement remplacé par de la pierre. La frontière se solidifie, notamment avec la construction de places fortifiées. Mais le limes, ce sont aussi des hommes : des légions pour surveiller, mais également pour cultiver les champs alentour.

construction limes

Des places fortifiées le long du limes à Saalburg en Allemagne

© Wikimedia Commons

Au IIIe siècle, la frontière de l'Empire romain est longue de 11 000 kilomètres, mais une faible portion est constituée par le limes (environ 550 kilomètres). Le limes n'est pas une ligne, mais une zone de défense discontinue avec des aménagements et des routes, parfois sur une largeur de 2 à 3 kilomètres.

B

Le limes : une zone de contrôle et d'échanges mouvante

Le limes n'est pas une frontière au sens actuel du terme, mais plutôt une zone de contrôle et d'échanges qui ne cesse de changer au gré des conquêtes et des défaites romaines. Le limes finit par céder, accélérant la chute de l'Empire romain.

Le tracé du limes n'est pas le résultat d'un traité entre des États souverains, mais celui de la décision de Rome. C'est une zone de surveillance vis-à-vis des peuples barbares, une délimitation symbolique et réelle entre l'Empire romain et les Barbares. Le limes est aussi une zone de contact et d'échanges. C'est un territoire vivant.

Le limes varie en fonction de l'avancée progressive des armées romaines vers l'est entre le milieu du Ier siècle et le IIe siècle. Le limes recule lors des victoires de plus en plus nombreuses et durables des peuples barbares (les Francs, les Alamans, les Goths, etc.) à partir du IIIe siècle.

Le limes n'était pas un obstacle infranchissable et a fini par céder de toutes parts, accélérant la chute de l'Empire romain au IIIe siècle.

II

Des frontières pour se partager des territoires : la conférence de Berlin et le partage de l'Afrique

La conférence de Berlin a lieu entre 1884 et 1885. C'est un événement majeur : il s'agit de la première conférence internationale concernant le continent africain. La conférence de Berlin élabore le cadre et les règles de partage de l'Afrique, elle prépare les conquêtes à venir et la future colonisation du continent africain.

A

La conférence de Berlin (1884−1885)

Au début du XIXe siècle, l'Afrique est un continent mal connu dont les littoraux ont commencé à être colonisés par les Européens. La conférence de Berlin (novembre 1884 – février 1885) a pour objectif de réduire les tensions entre les puissances européennes et de définir les règles de partage de la future colonisation.

conférence Berlin XIXe siècle préparation conquête continent africain

© Wikimedia Commons

À la fin du XIXe siècle, les territoires africains connus et conquis par les Européens sont essentiellement les littoraux. La progressive conquête s'effectue vers l'intérieur des terres, notamment par la remontée des fleuves. On passe d'une occupation côtière de l'Afrique et de l'existence de flux limités à une volonté d'exploitation continentale et massive. Les Européens veulent contrôler tout le continent.

La conférence de Berlin réunit 14 États (12 États européens, l'Empire ottoman et les États-Unis) du 15 novembre 1884 au 26 février 1885. Elle se déroule à Berlin, l'Allemagne étant la grande puissance continentale européenne, politique, militaire et économique, depuis son unification en 1871. La conférence est organisée par le chancelier allemand, Otto von Bismarck, l'homme fort de l'Allemagne.

Cette conférence trouve ses origines dans les tensions à propos du commerce dans le bassin du Congo entre :

  • d'une part, le Royaume-Uni et le Portugal ;
  • d'autre part, l'Allemagne et la France.

 

Le but de la conférence est de fixer des règles de la colonisation future. Il est question, selon les mots de Bismarck, de « définir des procédures à suivre pour les futures occupations européennes en Afrique à partir du littoral ». Il s'agit de réduire les tensions et d'éviter les conflits entre les puissances européennes. La conférence mène à la rédaction d'un texte composé d'un préambule, de 6 chapitres et de 38 articles.

  • Le texte souligne l'importance de la liberté du commerce et de navigation.
  • Le texte souligne également l'importance du droit : remplacement progressif de l'identité européenne chrétienne par l'identité juridique ; droit international appliqué à l'outre-mer.
  • Enfin, le texte définit les règles du futur partage de l'Afrique.

La conférence de Berlin n'est pas le partage de l'Afrique entre les puissances européennes. Elle élabore un cadre et des règles de partage, elle prépare les conquêtes à venir et la future colonisation.

B

La définition des frontières africaines par les puissances européennes coloniales

Les frontières africaines ont été tracées avec une grande rapidité (70 % en 25 ans). À la veille de la Première Guerre mondiale, toute l'Afrique est conquise sauf deux territoires : le Liberia et l'Éthiopie (qui a été victorieuse face à l'Italie). Les frontières africaines sont le triple résultat des rapports de force, des crises et conflits mais aussi des négociations entre les puissances européennes.

1

La rapidité du tracé des frontières africaines

Les frontières africaines sont très rapidement tracées depuis l'Europe, sur des cartes imprécises.

À la suite de la conférence de Berlin, les frontières sont tracées rapidement :

  • En 25 ans : 70 % des frontières actuelles sont tracées, c'est une situation unique au monde.
  • Durant les 10 premières années (1885−1895) : 38 % des frontières sont tracées.
  • Durant les 15 premières années (1885−1900) : 50 % des frontières sont tracées.

 

Ce sont des frontières tracées depuis l'Europe sur des cartes imprécises et d'après une connaissance très imparfaite du terrain.

« Ce furent des frontières a priori, tracées depuis l'Europe, sur des cartes indécises, avec beaucoup de blancs et d'inconnues et, le plus souvent, avant même toute reconnaissance de terrain. À la différence des frontières européennes, fixées a posteriori, au gré des luttes et des rapports de force, des affirmations nationales et de l'émancipation des formations impériales, figées par des traités. »

Michel Foucher

Frontières d'Afrique. Pour en finir avec un mythe, © CNRS Éditions

2014

Néanmoins, les frontières n'ont pas été fixées dans l'ignorance totale des réalités africaines :

  • 42 % : suivi de lignes astronomiques ou mathématiques ;
  • 34 % : suivi des cours d'eau et des lacs ;
  • 13 % : suivi du relief.
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Des frontières tracées par la colonisation européenne

Les frontières africaines traduisent la colonisation rapide de l'Afrique par les puissances européennes. Elles délimitent les zones colonisées. Certaines frontières provoquent des tensions entre les puissances européennes.

En 10 ans (1885−1895), l'Afrique est passée de 10 % de terres colonisées à 90 % de terres colonisées. La colonisation crée des tensions entre les puissances européennes, tensions largement résolues par des accords ou des traités.

La France et le Royaume-Uni signent 249 traités frontaliers concernant l'Afrique occidentale entre 1882 et 1905.

60 % des frontières africaines ont été tracées par la France (32 %) et le Royaume-Uni (26,8 %).

Les États européens sont rivaux :

  • Il y a la rivalité franco-britannique dont le point culminant est la crise de Fachoda (1898) : la France a l'ambition d'une extension ouest-est (Dakar-Djibouti), rencontrant celle du Royaume-Uni qui rêve de s'étendre du nord au sud (Égypte-Afrique du Sud). Une expédition française rencontre une armée britannique à Fachoda au Soudan (1898), créant une crise politico-militaire. La France cède et les deux États signent un accord en 1899.
  • Il y a également la rivalité franco-germanique de plus en plus aiguë à partir du début du XXe siècle, notamment au Maroc (crises en 1905 puis 1911) qui se conclut par un accord en 1912.

 

Les frontières africaines ne sont pas tracées avec l'accord des populations africaines.

Les puissances sont rivales mais aussi complices : la conquête a été faite au détriment des populations africaines, par les puissances européennes.

À la veille de la Première Guerre mondiale, toute l'Afrique est conquise à l'exception de deux territoires : le Liberia et l'Éthiopie (cette dernière a été victorieuse face à l'Italie).

III

Des frontières pour séparer deux systèmes politiques : la frontière entre les deux Corée pendant la guerre froide

La frontière entre les deux Corée est issue du conflit qui a opposé les deux Corée entre 1950 et 1953. La Corée a en effet été le théâtre de l'affrontement entre les deux grandes puissances de la guerre froide, les États-Unis et l'URSS, entre 1947 et 1991. La frontière entre les deux Corée est une des zones les plus militarisées au monde. Elle le reste encore aujourd'hui.

frontière séparation systèmes politiques exemple deux Corée
A

La guerre de Corée

La Corée a été annexée par le Japon en 1910. À l'issue de la Seconde Guerre mondiale, la Corée est divisée en deux zones sous le contrôle respectif des États-Unis et de l'URSS. La guerre froide transforme la Corée en enjeu entre les deux puissances. Une guerre éclate entre la Corée du Nord, soutenue par l'URSS et la Chine communiste, et la Corée du Sud, aidée par les États-Unis et leurs alliés (entre 1950 et 1953). La guerre s'achève par un armistice, et non un traité de paix, laissant en suspens un certain nombre de questions dont celle de la frontière.

guerre de Corée guerre froide
B

La frontière entre les deux Corée : une frontière militarisée

La frontière entre les deux Corée correspond à la délimitation décidée à la conférence de Potsdam en 1945 (38e parallèle) et à l'ancienne ligne de front militaire. C'est une frontière très militarisée et surveillée, composée de trois parties.

La MDL (Military Demarcation Line) est la ligne de démarcation de 248 kilomètres.

La DMZ (Demilitarized Zone) est une zone démilitarisée qui suit la MDL et qui est large de 4 kilomètres (2 kilomètres au nord + 2 kilomètres au sud). En réalité, cette zone est militarisée, mais les armes lourdes (artillerie, blindés) sont interdites et les forces armées se situent de chaque côté de la DMZ. On y trouve :

  • 700 000 soldats nord-coréens et 410 000 soldats sud-coréens et étatsuniens en Corée ;
  • un dispositif de double mur de 3 à 4 mètres de haut et des barbelés ;
  • des miradors ;
  • 1 million de mines antipersonnel.

 

La JSA (Joint Security Area) à Panmunjeom est le seul point de passage entre la Corée du Nord et la Corée du Sud, sous le contrôle de l'ONU. C'est le seul endroit où les forces ennemies se font face.

C

Une frontière militaire provisoire devenue une frontière politique   

La frontière entre les deux Corée est le résultat du rapport de force entre les États-Unis et l'URSS (qui soutient la Chine communiste) pendant la guerre froide. Elle est aussi la conséquence de la mise en place d'un régime totalitaire communiste dans le Nord qui perdure depuis la fin de la guerre froide. Aujourd'hui, c'est une frontière politique, même si des tentatives de rapprochement ont eu lieu depuis deux ans.

La guerre de Corée n'est pas seulement un conflit entre les deux Corée, c'est surtout le premier conflit de la guerre froide. Or, la guerre froide est un conflit idéologique, politico-militaire, scientifico-technique et économique entre les États-Unis et l'URSS et leurs camps respectifs de 1947 à 1989−1991. La guerre froide va mener à la création de deux États aux régimes politiques et aux idéologies opposées :

  • Un État sous influence du modèle libéral économique (capitalisme) et politique (démocratie pluraliste), la Corée du Sud, même si elle reste longtemps un régime autoritaire militaire.
  • Un État sous influence du modèle soviétique marxiste-léniniste et un régime politique totalitaire et héréditaire, la Corée du Nord.

 

Des tentatives de rapprochement ont eu lieu entre les deux Corée :

  • Aux Jeux olympiques d'hiver de 2018, il y a eu un défilé commun des deux Corée et la fusion des équipes féminines de hockey sur glace.
  • Des rencontres entre les chefs d'État du Nord et du Sud ont eu lieu en avril 2018, mai 2018 et septembre 2018.
  • Des rencontres entre le dirigeant nord-coréen et le président des États-Unis, Donald Trump, ont eu lieu à Singapour en juin 2018 puis sur la DMZ en juin 2019. C'est la première fois qu'un président des États-Unis a foulé le sol de la Corée du Nord.

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