Les Lumières aux XVIIe et XVIIIe sièclesCours

  • Aux XVIIe et XVIIIe siècles, les Européens développent de nouvelles manières d'accéder à la connaissance. 
  • Ce nouvel esprit scientifique est fondé sur l'expérimentation et la remise en cause perpétuelle des vérités jusqu'alors établies.
  • Les progrès accomplis aux XVIIe et XVIIIe siècles jettent les fondements de la révolution industrielle qui, amorcée au XVIIIe siècle, marquera le XIXe siècle.

 

\textcolor{dodgerblue}{\Rightarrow} Quelles mutations scientifiques et techniques voient le jour aux XVIIe et XVIIIe siècles ?

I

L'essor de l'esprit scientifique au XVIIe siècle

A

La Renaissance humaniste : un contexte favorable au progrès

À partir du XVe siècle, un certain nombre d'innovations techniques permettent d'appréhender le monde de manière différente : la boussole, l'astrolabe, mais aussi le gouvernail d'étambot changent considérablement le rapport au monde. C'est la période des grandes découvertes.

Grandes découvertes 

Les grandes découvertes s'étalent du XVe au début du XVIe siècle. Elles correspondent au moment où les voyages permettent de découvrir de nouveaux territoires, de nouvelles routes commerciales, de nouvelles populations et de nouveaux territoires.

Carte des "Amériques",  Waldseemüller, 1507

Carte des "Amériques",  Waldseemüller, 1507

Domaine public, © Wikimedia Commons

Ces découvertes ouvrent de nouvelles pistes pour comprendre le monde et de l'homme : c'est la Renaissance humaniste. Les Européens s'interrogent sur :

  • la manière dont l'Univers est organisé ;
  • le fonctionnement de la planète ; 
  • le fonctionnement du corps humain.

 

Les sciences naturelles, la physique, l'astronomie, les mathématiques, la philosophie font l'objet d'un regain d'intérêt qui aboutit à des avancées importantes au cours des XVIIe et XVIIIe siècles.

La circulation des idées est accentuée par l'invention de l'imprimerie par Gutenberg au milieu du XVe siècle.

Les princes, soucieux d'assurer leur puissance face à leurs voisins, soutiennent souvent les savants. La constitution des premiers empires coloniaux nécessite de pouvoir recourir à des hommes formés, capable de comprendre le monde dans lequel ils évoluent.

B

Le progrès scientifique face aux résistances religieuses

L'Église apparaît comme un frein aux progrès scientifiques qui remettent en question la conception religieuse du monde. Le Saint-Office est alors créé.

Saint-Office 

Le Saint-Office est un organe de l'Église catholique qui a pour vocation de veiller au respect de la doctrine chrétienne.

Le Saint-Office peut juger et de condamner les « hérétiques » :

  • Giordano Bruno est condamné au bûcher en 1600 pour avoir défendu l'héliocentrisme et l'infinitude de l'Univers. 
  • Galilée est condamné en 1633 à renoncer à l'héliocentrisme au terme d'un procès retentissant. 

 

Il faut attendre Benoît XIV, au XVIIIe siècle, pour que l'Église ne ralentisse plus systématiquement le développement de la science.

-
C

Les avancées scientifiques

1

La révolution copernicienne et ses prolongements

Au XVIe siècle, le savant polonais Nicolas Copernic publie Des révolutions des sphères célestes (1543). Il émet l'hypothèse que la Terre est une planète qui tourne autour du Soleil. En remettant en cause le géocentrisme, il ébranle la société de son temps.

Copernic
Copernic
Géocentrisme

Le géocentrisme est la théorie selon laquelle la Terre est fixe et au centre de l'Univers.

Héliocentrisme

L'héliocentrisme est la théorie développée par Copernic et Galilée qui place le Soleil au centre du système.

L'héliocentrisme selon Copernic 
L'héliocentrisme selon Copernic 

Domaine public, © Wikimedia Commons

Au début du XVIIe siècle, le savant italien Galilée prouve, par l'observation, les assertions de Copernic. La publication de son Dialogue sur les deux grands systèmes du monde en 1632 apparaît comme une césure fondamentale dans l'histoire des sciences.

Galilée
Galilée

Galilée considère que, pour assurer les fondements du savoir scientifique, il faut prouver par l'expérience et l'observation : c'est ce qu'il fait avec sa lunette astronomique. Ces nouvelles modalités d'administration de la preuve sont caractéristiques de la « révolution scientifique » de cette période.

Révolution scientifique

La révolution scientifique est une expression pour définir la période de profondes mutations inaugurée par Copernic. Cette « révolution » est portée par des hommes de génie qui permettent à la science de faire de grands progrès.

2

La démarche expérimentale et les grandes figures scientifiques du XVIIe siècle

En 1637, le philosophe français René Descartes publie son Discours de la méthode dans lequel il pose les fondements théoriques de la démarche scientifique : tout doit toujours être questionné et rien ne doit être considéré comme évident. Le doute devient un principe philosophique et scientifique.

Descartes
Descartes
Méthode expérimentale

La méthode expérimentale est une démarche qui consiste à considérer une théorie comme vraie après sa validation par l'expérience. Cette démarche est au cœur de la « révolution scientifique » qui se développe aux XVIe et XVIIe siècles.

Le XVIIe siècle est marqué par des avancées scientifiques majeures : 

  • William Harvey découvre la circulation sanguine en 1628.
  • Isaac Newton édicte les lois de la gravitation universelle à la fin du siècle. 
  • Edmond Halley découvre une comète en 1682 et avance l'hypothèse de son retour au milieu du siècle suivant. 
  • Buffon tente une classification illustrée du vivant dans son ouvrage Histoire naturelle publié entre 1749 et 1789.
  • Les découvertes de fossiles et les travaux menés en anatomie permettent aux scientifiques de concevoir et de théoriser l'évolution des espèces : Lamarck ouvre ainsi la voie à Darwin. 
  • En chimie, Lavoisier propose une classification nouvelle, la nomenclature chimique. 
Newton
Newton

Les femmes participent aux avancées scientifiques : 

  • Émilie du Châtelet enrichit les recherches de Newton. 
  • Laura Bassi est la première femme au monde à enseigner la physique à l'université avant d'être admise à l'académie des sciences de Bologne en 1732 où elle parle de ses recherches sur l'électricité. 
  • Angélique du Coudray est une figure incontournable de l'obstétrique qu'elle pratique et qu'elle enseigne sans relâche toute sa vie.
 Émilie du Châtelet et Angélique du Coudray
 Émilie du Châtelet et Angélique du Coudray
-
II

Lieux et diffusion du savoir aux XVIIe et XVIIIe siècles

A

Les nouveaux lieux du savoir

La « révolution scientifique » s'enracine dans de nouveaux lieux.

Dans les capitales européennes comme dans les grandes villes de province, le savoir se diffuse en s'appuyant sur les cénacles de savants. Les académies provinciales jouent un rôle important dans l'appropriation et la transmission du savoir.

1

Les laboratoires

Aux Pays-Bas, dès le début du XVIIe siècle, on ouvre des laboratoires où les savants échangent et expérimentent. Dans ces lieux dédiés à la science, on se rassemble pour procéder à des autopsies afin d'approfondir les connaissances relatives au fonctionnement du corps humain. Par l'expérimentation, on remet ainsi en question ou on confirme les théories héritées des Anciens.

La Leçon d'anatomie du docteur Tulp peinte par Rembrandt en 1632 témoigne de l'effervescence scientifique : ce tableau montre que la recherche scientifique se fait à plusieurs et nécessite une transmission.

2

Les académies

Les savants reçoivent une pension de l'État afin de mener à bien leurs recherches. Cette générosité royale est intéressée : il s'agit d'attirer les meilleurs scientifiques afin qu'ils contribuent à la gloire du roi.

Huygens (Néerlandais) ou Cassini (Italien) s'installent en France.

L'académie est une institution créée à l'initiative de l'État royal. Elle permet de rassembler des spécialistes dans un domaine particulier en leur donnant les moyens et les protections nécessaires. En France, Louis XIV est le roi qui a ouvert le plus d'académies (académie des sciences, académie d'architecture, etc.).

La Royal Society créée en 1660 en Angleterre a pour vocation d'encourager et de promouvoir la recherche scientifique.

Les universités restent souvent sous la coupe de l'Église longtemps réfractaire à la modernité scientifique.

En France, Louis XIV et son ministre Colbert créent également des institutions spécifiques pour soutenir les savants français.

L'Académie royale des sciences est créée en 1666 ; elle s'installe au Louvre et jouit de la protection royale.

3

Les observatoires

Des observatoires sont ouverts un peu partout en Europe. On cherche à  mieux connaître les astres afin de mieux comprendre l'Univers et d'établir des cartes précises. Ces observatoires sont à la pointe de la modernité technique. Leur puissance est sans équivalent. Là encore, il s'agit de faire avancer la science par l'observation.

L'Observatoire de Paris est créée en 1667 afin de permettre aux scientifiques d'établir des cartes, notamment pour la navigation.

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B

Une diffusion du savoir de plus en plus large

1

Les publications scientifiques

La « révolution scientifique » touche un public de plus en plus large. Cette diffusion s'explique en partie par la publication de revues scientifiques : leur nombre augmente et leur qualité s'améliore sensiblement. En France, dès la fin du XVIIe, et tout au long du XVIIIe siècle, l'Académie des sciences publie Le Journal des savants qui vise à véhiculer les avancées de la recherche.

Le Journal des savants
Le Journal des savants

Domaine public, © Wikimedia Commons

Cette presse spécialisée stimule la recherche : des hypothèses et des conclusions d'expériences circulent, elles servent de base à de nouvelles recherches. 

Les savants entretiennent des correspondances dans le cadre de la république des sciences. Les échanges épistolaires sont nombreux et se développent à l'échelle européenne.

Au début du XVIIe siècle, Marin Mersenne joue un rôle pour structurer la pensée scientifique européenne. Il est au centre d'un réseau de correspondances entre Descartes, Gassendi et Torricelli.

À la fin du XVIIIe siècle, André Ampère et Jean-Stanislas Couppier entretiennent une correspondance dans le but de se former mutuellement.

2

L'Encyclopédie

Au XVIIIe siècle, l'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert joue un rôle de premier ordre. Les deux philosophes ont pour ambition de faire le bilan des connaissances dans tous les domaines du savoir. Cette entreprise s'étend sur plusieurs années. Commencée en 1751, la publication s'achève en 1772 malgré la censure. L'Encyclopédie contribue à la diffusion du savoir scientifique, mais aussi philosophique, artistique, technique, etc. Toutefois, son accès est limité à une élite bourgeoise ou aristocratique.

L'Encyclopédie, Diderot et d'Alembert, 1751−1772
L'Encyclopédie, Diderot et d'Alembert, 1751−1772

Domaine public, © Wikimedia Commons

3

Salons et cabinets de curiosité

En Europe, des salons, souvent tenus par des femmes, se développent. S'ils sont d'abord et avant tout tournés vers les lettres, certains de ces salons accueillent des scientifiques. Ainsi, dans celui de Madame du Châtelet, des débats scientifiques ont lieu. Elle participe activement à la recherche et à la vulgarisation scientifique.

Les particuliers prennent goût à la recherche. Les plus riches créent des cabinets de curiosité, c'est-à-dire des pièces à part entière, ou bien des meubles, renfermant des objets hétéroclites :

  • des fossiles ;
  • des animaux empaillés ;
  • des herbiers ;
  • des vestiges archéologiques, etc.
Cabinet de Curiosités des années 1690
Cabinet de Curiosités des années 1690

Domaine public, © Wikimedia Commons

III

Les nouvelles techniques aux origines de la révolution industrielle

A

Le rôle des physiocrates

Au XVIIIe siècle, certains penseurs estiment que la science doit être mise au service de la nation : ce sont les physiocrates. Pour eux, les méthodes agricoles doivent être modernisées afin d'augmenter les rendements et la production. C'est par l'agriculture qu'une nation s'enrichit et assure la prospérité à ses habitants.

« Que toute richesse vient de la terre, que la seule classe productive est celle des agriculteurs. »

 Pierre Samuel Du Pont de Nemours

Pierre Samuel Du Pont de Nemours résume la thèse physiocrate.

En 1758, François Quesnay publie un ouvrage majeur intitulé Tableau économique. Il démontre que le travail agricole est le seul moyen pour les hommes d'accéder au bonheur. Pour lui, il existe trois classes : 

  • la classe des producteurs (les paysans) ;
  • la classe stérile (les industriels) ;
  • la classe des propriétaires.
Quesnay

Quesnay

Pour les physiocrates, l'agriculture doit donc être au cœur de la réflexion scientifique. Les agronomes doivent réfléchir à la manière :

  • d'assurer une meilleure production, plus régulière ;
  • de mieux répartir la nourriture sur le territoire. 

 

La pensée physiocratique incite les propriétaires terriens à se réunir dans des sociétés spécialisées comme la Société d'agriculture française fondée en 1757 à Rennes. Ces hommes réfléchissent à la modernisation de l'agriculture. Au cours de la seconde moitié du XVIIIe siècle, on observe :

  • une modernisation progressive du secteur agricole ;
  • une augmentation des rendements.

 

Toutefois, ces progrès restent limités et inégaux.

La ferme, Jean-Baptiste Oudry, 1750

La ferme, Jean-Baptiste Oudry, 1750

Domaine public, © Wikimedia Commons

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B

Le temps des ingénieurs

Au siècle des Lumières, la figure de l'ingénieur bénéficie de l'aura de Léonard de Vinci, inventeur de génie à la Renaissance. Thomas Newcomen reprend les travaux du Français Denis Papin sur la machine à vapeur.

Newcomen

Newcomen

La machine à vapeur de Newcomen

La machine à vapeur de Newcomen

Domaine public, © Wikimedia Commons

James Watt perfectionne encore le principe à la fin du siècle et permet ainsi l'utilisation des machines à vapeur dans le domaine des transports (locomotives et bateau à vapeur) mais aussi dans l'industrie. 

Au cours du XVIIIe siècle, les ingénieurs bénéficient d'une aura croissante. Leur statut est progressivement reconnu et valorisé. On crée des écoles spécialisées en France : 

  • l'École nationale des ponts et chaussées en 1716 ; 
  • l'École nationale supérieure des mines en 1783 ;
  • l'École polytechnique en 1794.
C

Les révolutions industrielles

La machine à vapeur est au cœur de la révolution industrielle : elle permet la mécanisation et l'essor des secteurs textiles et sidérurgiques. La révolution industrielle est une période de transformations profondes des manières de produire. C'est le passage d'un mode de production artisanal à un mode de production industriel de grande échelle. Les révolutions industrielles s'appuient sur la découverte de nouvelles sources d'énergie et sur le progrès technique.

  • La première révolution industrielle repose sur l'invention de la machine à vapeur, mais également sur le charbon, première source d'énergie. 
  • La deuxième révolution industrielle a lieu dans la deuxième moitié du XIXe siècle et repose sur l'électricité et le pétrole. Le moteur à explosion est une innovation majeure.

 

Les révolutions industrielles permettent au continent européen de se transformer profondément. Progressivement, les pays européens basculent d'un modèle de société essentiellement rural et paysan à un modèle plus urbain, commercial et industriel. Les modes de production évoluant, le modalités de travail changent et les rapports socio-économiques sont transformés avec l'apparition d'une masse ouvrière qui se distingue aussi bien des paysans que des artisans ou des bourgeois.

 Mine de charbon à Pithead, en Angleterre, vers 1800

 Mine de charbon à Pithead, en Angleterre, vers 1800

Domaine public, © Wikimedia Commons

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  • Le XVIIe siècle est marqué par une « révolution scientifique » de grande ampleur dont les prolongements se font sentir au XVIIIe siècle.
  • La révolution scientifique élargit les champs de recherche et d'application.
  • Au cours du XVIIIe siècle, la diffusion du savoir passe par des entreprises comme l'Encyclopédie ou par la correspondance intense qu'entretiennent les hommes de science.
  • Les femmes sont partie prenante de cette science en train de se faire comme en témoignent les exemples d'Émilie du Châtelet ou de Marie-Anne Lavoisier.
  • Au XVIIIe siècle, les ingénieurs, qu'ils soient ingénieurs agronomes, ingénieurs des Mines ou des Ponts, visent à apporter des solutions concrètes. 
  • Les avancées scientifiques et techniques du XVIIIe siècle ouvrent la voie à la révolution industrielle qui marquera le XIXe siècle.