L’ouverture atlantique et les conséquences de la découverte du Nouveau Monde Cours

Sommaire

IDes grandes découvertes à la constitution des premiers empires coloniauxALes premiers pas de l'aventure colonialeBLes voyages de découvertes et les débuts de la mondialisationCLa constitution des premiers empires coloniaux européensIIDe la conquête à l'esclavageAConquête et esclavagismeBLe commerce atlantique : un commerce triangulaire reposant sur l'esclavageIIILe sort réservé aux populations amérindiennesALe Nouveau Monde : un continent riche à christianiserBL'effondrement démographique de la population amérindienneCLa « question amérindienne » : la controverse de Valladolid
  • En 1453, les Turcs ottomans prennent Constantinople. Cet événement marque durablement l'histoire du Bassin méditerranéen et a des conséquences à moyen et long termes.
  • Les Européens cherchent de nouvelles routes vers l'Orient, et notamment vers l'Inde pourvoyeuse d'épices. 
  • Les grandes découvertes de la fin du XVe siècle et du début du XVIe siècle modifient les équilibres géopolitiques et géo-économiques : les Européens possèdent progressivement de vastes empires coloniaux, polarisent les flux économiques et asservissent des populations entières. 
  • Les grandes découvertes transforment la vision que les Européens se font du monde : en se plaçant en son « centre », ils veulent le dominer.

 

\textcolor{dodgerBlue}{\Rightarrow}  Comment, à partir du milieu du XVe siècle, assiste-t-on à un véritable basculement du monde et à l'émergence d'un embryon de mondialisation ?

I

Des grandes découvertes à la constitution des premiers empires coloniaux

Les grandes découvertes désignent les voyages d'exploration organisés par les Européens à la fin du XVe et au début du XVIe siècle. Ces voyages ont des visées économiques, politiques, religieuses et scientifiques.

A

Les premiers pas de l'aventure coloniale

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Christophe Colomb

Christophe Colomb prend la mer en août 1492 : il est le premier à tenter de joindre l'Inde par l'ouest mais il n'est pas le premier à entreprendre un long voyage. La curiosité intellectuelle, l'attrait pour les richesses de l'Orient et le désir de propager la « vraie foi » ont animé d'autres hommes avant lui :

  • Marco Polo s'est rendu en Chine et a tiré de ce voyage un Livre des merveilles.
  • Jean de Plan Carpin voyage en Asie centrale et en fait le récit dans son Histoire des Mongols appelés par nous Tartares
  • Depuis 1415, les Portugais, à l'instigation de leur roi Henri le Navigateur, explorent les côtes africaines et ont le projet de joindre l'Asie par la mer.

 

Au cours du XVe siècle, des progrès considérables sont accomplis dans le domaine de la navigation :

  • Les portulans améliorent la connaissance des côtes et permettent d'envisager plus sereinement le voyage en mer.
  • La boussole et l'astrolabe offrent aux navigateurs la possibilité de prendre le large sans crainte : il est en effet possible de se repérer grâce aux astres, les marins ne sont plus obligés de longer les côtes (cabotage). 

 

Un navire robuste et maniable est mis au point, la caravelle.

Portulan

Un portulan est une carte maritime décrivant les côtes et les ports connus. Il est utilisé depuis le Moyen Âge.

Astrolabe

L'astrolabe est un instrument d'origine grecque adapté par les Arabes avant d'être utilisé par les Portugais : il permet de se situer sur une carte de manière sûre en observant les astres.

Caravelle 

Une caravelle est un navire utilisé du XIIIe siècle au XVIe siècle. Il comporte entre deux et trois mâts. Il est dirigé par un gouvernail d'étambot, ce qui lui permet d'être très maniable. Sa quille lui offre une assez grande stabilité, ce qui permet d'affronter la houle dans de meilleures conditions.

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Une caravelle 

Livro das Armadas, Domaine public © Wikimedia Commons

Enfin, avec les progrès de la Reconquista dans la péninsule ibérique, les Européens veulent hâter la conversion du monde au christianisme afin de précipiter l'établissement du royaume de Dieu sur terre. La chute de Grenade en janvier 1492 sonne de ce point de vue comme un signal : c'est la fin de la première croisade et de la présence musulmane en Espagne.

B

Les voyages de découvertes et les débuts de la mondialisation

La mondialisation est le processus de mise en réseau des territoires à l'échelle mondiale. Ce processus est initié par les Européens à la fin du XVe siècle. La première circumnavigation est un élément fondateur et emblématique de ce processus.

Circumnavigation

La circumnavigation est un tour du monde.

En août 1492, trois caravelles quittent le port de Palos en Andalousie et prennent le large : la Niña, la Pinta et la Santa Maria, dirigées par Christophe Colomb. Ce dernier a réussi à convaincre les rois catholiques d'Espagne, Isabelle de Castille et Ferdinand d'Aragon de financer son expédition. Après des semaines de voyage, l'équipage accoste à San Salvador en octobre 1492. Au nom de la monarchie espagnole, Christophe Colomb prend possession d'un territoire qui reste encore à explorer.

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Isabelle de Castille

Par la suite, plusieurs voyages seront organisés et d'autres navigateurs s'intéressent à ces terres nouvelles :

  • Amerigo Vespucci est le premier à comprendre que les Européens ne sont pas en Inde mais ont découvert un nouveau continent, un « nouveau monde », l'Amérique.
  • En 1498, Vasco de Gama, pour le compte du Portugal, double le cap de Bonne-Espérance au Sud de l'Afrique et atteint l'Inde, réalisant ainsi le rêve que les Européens avaient depuis des décennies. 
  • En 1519, Fernand de Magellan entreprend de faire le tour du monde. Il meurt en cours de route aux Philippines, mais son équipage poursuit le périple.
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Magellan

Ces routes maritimes nouvellement ouvertes permettent aux Européens d'établir des relations commerciales et diplomatiques avec les territoires « découverts ».

D'autres Européens entrent bientôt dans la course : 

  • le Vénitien Giovanni Caboto, plus connu sous le nom de John Cabot, découvre l'Amérique du Nord pour le compte des Anglais ;
  • Pedro Alvares Cabral découvre le Brésil en 1500 pour le compte du roi du Portugal.
  • Vasco de Gama : probablement né en 1469 à Sines au Portugal, il est considéré comme le premier Européen à gagner les Indes par voie maritime, en 1498, après avoir doublé le cap de Bonne-Espérance à la tête d'une armada composée de quatre navires. Il s'inscrit dans la lignée des grands navigateurs portugais qui explorent les côtes africaines depuis la fin du XIVe siècle. Il meurt en 1524 en Inde.
  • Jacques Cartier : né en 1491, il est envoyé par le roi de France François Ier au large de l'Amérique du Nord. En 1534, il aborde le golfe du Saint-Laurent. Il devient le « découvreur » du Canada qu'il décrit minutieusement dans Relations. Il meurt à Saint-Malo en 1557.
  • Pedro Alvares Cabral : mandaté par Manuel Ier du Portugal pour rejoindre les Indes par l'ouest, Cabral, né en 1467 à Santarem au Portugal, accoste finalement en avril 1500 dans ce qui deviendra le Brésil. Il permet aux Portugais de s'établir en Amérique et de concurrencer les Espagnols malgré le traité de Tordesillas. Il meurt en 1520.
C

La constitution des premiers empires coloniaux européens

L'empire colonial désigne des territoires que des États se sont appropriés, généralement par la force. Ils font l'objet d'une domination politique, culturelle et économique souvent violente. 

Les Européens envisagent assez vite de s'approprier ces nouvelles terres et de dominer les populations qui les habitent. C'est le temps des conquistadors.

Conquistador

Conquistador est un terme issu du castillan qui signifie « conquérant ». Il désigne les chefs d'expédition ayant conquis le Nouveau Monde au début du XVe siècle. Le conquistador se distingue des aventuriers et des explorateurs dans le sens où il veut établir la domination des États européens sur les nouvelles terres découvertes.

Progressivement, les terres nouvellement découvertes passent sous la domination des États européens au prix d'une violence parfois extrême. Afin d'éviter d'inutiles tensions, Européens, Espagnols et Portugais signent, sous l'égide du pape Alexandre VI, le traité de Tordesillas en 1494.

Traité de Tordesillas

Le traité de Tordesillas est un acte juridique et diplomatique rédigé en 1494 sous l'égide du pape Alexandre VI. Par ce traité le Nouveau Monde, considéré comme terra nullius, est divisé entre la Castille et le Portugal. Le méridien passant à l'ouest du Cap-Vert sert de délimitation.

Bien que remis en cause, ce traité marque la volonté des Européens, et des monarchies ibériques en particulier, de s'approprier le monde. On peut parler d'impérialisme européen.

Impérialisme

L'impérialisme est une situation de domination politique, économique et culturelle d'un territoire par un pays étranger. Ce dernier entend dominer et exploiter ce territoire de manière plus ou moins directe et à son profit quasi exclusif.

La conquête débute avec Juan Ponce de Leon qui s'empare de Porto Rico (dont il sera gouverneur), et Vasco Nuñez de Balboa qui prend pied au Panama en 1512, où il fonde la première ville européenne du continent.

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Hernan Cortes

 

Hernan Cortes fait partie de ceux que l'on appelle les conquistadors : il jette les fondements de la Nouvelle-Espagne en s'emparant, en quelques mois, de l'immense et puissant empire aztèque. En 1519, il s'enfonce dans le continent. Les premiers combats lui donnent l'avantage et il est bientôt aux portes de Tenochtitlan, la capitale aztèque sur le site de laquelle Mexico sera bâtie. L'empereur (tlatoani) Moctezuma est fait prisonnier. Il s'ensuit une période de troubles et d'affrontements qui conduisent à la disparition de l'empire en août 1521 et à la création de la Nouvelle-Espagne.

Francisco Pizarro est l'autre conquistador : il s'empare de l'Empire inca en 1533 après avoir emprisonné et condamné à mort l'empereur Atahualpa lors de la bataille de Cajamarca. Les premiers contacts avec les Incas remontent à 1525 et s'inscrivent dans un contexte troublé (crises de successions, épidémies de variole). C'est donc à un empire affaibli que Pizarro s'attaque. En quelques mois, les Espagnols sont maîtres du territoire même s'ils doivent essuyer quelques rébellions. 

L'arrivée des Espagnols en Amérique bouleverse les équilibres géopolitiques et cause l'effondrement de deux empires vieux de plusieurs siècles. Les Amérindiens sont déstabilisés par les techniques de combat et les équipements des Européens.

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Cortès et l'accueil des espagnols par les Aztèques

© Wikimedia Commons

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Atahualpa

Atahualpa (du quechua Ataw-Wallpa – « oiseau de la fortune ») (1497−1533) est le dernier Inca. À la mort de son père, il s'engage dans une guerre fratricide contre son frère pour le contrôle du pouvoir alors même que les conquistadors espagnols viennent de prendre pied dans son empire. En 1533, il est fait prisonnier à l'issue d'une bataille qui l'oppose à Pizarro. Il est exécuté, ce qui marque la fin d'indépendance de l'Empire inca. 

II

De la conquête à l'esclavage

A

Conquête et esclavagisme

Esclavage

L'esclavage consiste à priver un individu de sa liberté. Ce dernier devient alors la propriété d'un autre individu qui peut l'acheter, le vendre, le mettre au travail à son gré.

Dès l'Antiquité, Aristote définit l'esclave comme un « outil animé », un « bien » échangeable au même titre qu'un animal ou un objet.

Les sociétés esclavagistes s'approvisionnent généralement en esclaves grâce à la guerre, qui fournit des prisonniers de guerre en nombre important. Les razzias (attaques de pillards) sont un autre moyen de réduire des individus en esclavage. Enfin, certaines sociétés pratiquent l'asservissement interne en réduisant en esclavage certains de leurs membres suite à des infractions (homicides, endettement, etc.). 

Comme tout bien, l'esclave fait par ailleurs l'objet d'un commerce qu'on appelle la « traite » ; celle-ci se structure autour de grands marchés.

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Un esclave 

© Wikimedia Commons

Avant la conquête européenne, les Aztèques pratiquent une forme particulière d'esclavage. Le statut d'esclave (tlacotin) est un statut personnel et non héréditaire qui permet de posséder des biens et des terres, voire des esclaves. L'affranchissement est possible et assez fréquent. Ainsi, à la mort du maître, l'esclave est généralement délié de ses obligations. 

Avec l'arrivée des Européens en Amérique, l'esclavage prend une autre ampleur. Assez rapidement en effet, afin de pourvoir en main-d'œuvre les mines d'or et d'argent mais aussi les exploitations agricoles, les Amérindiens sont soumis au travail forcé. Il s'agit là de ce que l'on appelle l'encomienda.

Encomienda

L'encomienda consiste à regrouper les populations amérindiennes sur des territoires définis, à les soumettre à l'autorité d'un Européen et à les forcer à travailler gratuitement.

Ces pratiques suscitent des critiques et l'Église catholique romaine tente d'imposer une réforme aux rois d'Espagne : les punitions sont interdites, les travailleurs amérindiens doivent être rémunérés et évangélisés. Mais la mise en pratique est assez aléatoire.

Les conditions de travail des Amérindiens dans le cadre de l'encomienda provoquent une augmentation importante du taux de mortalité qui conduit les Européens à chercher les moyens de s'approvisionner ailleurs en main-d'œuvre servile.

B

Le commerce atlantique : un commerce triangulaire reposant sur l'esclavage

L'effondrement démographique de la population amérindienne et la condamnation de sa réduction en esclavage expliquent la mise en place de la traite négrière. Cherchant de la main-d'œuvre corvéable, les Européens sollicitent les rois africains afin que ceux-ci leur fournissent des esclaves qu'ils appellent « bois d'ébène ». Cette traite négrière prend son essor au XVIIe siècle et atteint son apogée au XVIIIe siècle. Elle est massive et brutale et affaiblit durablement le continent africain. 

Dans les navires négriers qui traversent l'Atlantique, les esclaves meurent par centaines tant les conditions de vie sont déplorables. Entassés, mal ou pas nourris, vivant sans aucune hygiène le temps de la traversée, les Africains sont nombreux à ne pas voir l'Amérique.

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Navire négrier

Domaine public, © Wikimedia Commons

Ceux qui parviennent vivants en Amérique sont immédiatement vendus à des propriétaires et mis au travail. Ce commerce d'esclaves est lucratif et fait la fortune des grands ports négriers comme Bordeaux ou Nantes en France. 

On considère que les grandes découvertes et la conquête coloniale de l'Amérique ont marqué le début de la mondialisation. L'Atlantique devient une interface majeure sillonnée de centaines de navires. En effet, l'élargissement du monde a généré des flux commerciaux, humains et culturels qui ont mis l'Europe, l'Amérique et l'Afrique en réseau. Ce commerce reste le plus important au monde jusqu'à l'aube du XXIe siècle. Il est marqué par le commerce triangulaire qui met en relation l'Europe, l'Afrique et l'Amérique. 

Le commerce Atlantique est dit « triangulaire » car il lie l'Europe à l'Afrique et l'Afrique à l'Amérique. Il met donc en relation le Nouveau Monde et le Vieux Continent. 

L'Amérique fournit à l'Europe les métaux précieux (or et argent) dont elle a besoin pour son épanouissement, mais également des produits exotiques comme le café, le sucre, etc. Ainsi les ports européens investis dans le commerce atlantique sont au cœur des réseaux de cette première mondialisation.

La Séville des XVIe et XVIIe siècles s'est enrichie avec le commerce triangulaire, comme en témoigne aujourd'hui encore le palais de la Casa Lonja. Le port andalou, véritable tête de pont du commerce atlantique pour la monarchie espagnole, a vu transiter entre 17 000 et 25 000 tonnes d'argent en 150 ans.

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Le commerce triangulaire

III

Le sort réservé aux populations amérindiennes

A

Le Nouveau Monde : un continent riche à christianiser

Les Européens rêvent du Nouveau Monde comme d'un paradis riche où l'on trouve des métaux précieux indispensables au commerce, où l'on découvre de nouvelles senteurs, de nouveaux produits : c'est le mythe de l'Eldorado. Il se propage grâce à Gonzalo Fernandez de Oviedo. Dans son Histoire générale des Indes, il raconte qu'un souverain indien se couvre de poudre d'or chaque matin avant de se rincer le soir. 

De nombreux Européens s'installent en Amérique et construisent des villes et des villages à l'européenne. Ils découvrent de nouveaux produits comme la pomme de terre, mais aussi le poivron, la courgette, le maïs, les haricots et la tomate, sans compter le cacao. Ils découvrent également une nouvelle culture et une nouvelle population : les Amérindiens. Un certain métissage (phénomène de « croisements » et d'échanges entre différents peuples ou ethnies) est à l'œuvre entre Européens et Amérindiens.

Toutefois, les grandes découvertes s'inscrivent dans le contexte particulier de la fin de la Reconquista en Europe et du triomphe des rois catholiques d'Espagne sur les musulmans. L'Amérique est perçue comme un continent qu'il s'agit de convertir au christianisme

L'idée circule que Dieu soutient les chrétiens dans leurs entreprises et qu'il les porte dans leur volonté d'évangéliser le monde à tout prix. Les conquistadors sont accompagnés de religieux, souvent des Dominicains et des Franciscains, qui œuvrent à la conversion des Amérindiens.

Évangélisation

L'évangélisation est une tentative pour répandre le christianisme. Elle repose sur la « Bonne Nouvelle » (evangélio qui signifie « évangile » en grec ancien), celle de la résurrection de Jésus-Christ vue comme la « preuve » qu'il est bien venu pour racheter les péchés du monde et sceller une nouvelle alliance avec les hommes. Cette évangélisation passe par l'envoi de missionnaires chargés de prêcher et de convertir.

Cette volonté d'évangéliser et de répandre la « Bonne Nouvelle » se manifeste par la construction de nombreuses églises et par l'établissement de communautés religieuses. Les missionnaires se rendent par centaines dans le Nouveau Monde.

B

L'effondrement démographique de la population amérindienne

La conquête ne s'est pas faite paisiblement. La violence des combats est terrible et entraîne la mort de milliers d'Amérindiens et de centaines d'Européens. Ces derniers utilisent des armes à feu contre les Amérindiens qui ne disposent que de lances et de flèches : c'est pourquoi quelques milliers d'Européens sont parvenus à asservir des empires amérindiens peuplés et puissants. 

L'appât du gain et la soif d'or poussent les Européens à explorer les sous-sols américains pour en extraire de l'or et de l'argent. Ils emploient les populations locales dans des conditions déplorables : les Amérindiens meurent par milliers dans les mines du Nouveau Monde, notamment celles du Potosi (en Bolivie actuelle). 

C'est surtout le « choc microbien » (impact des maladies infectieuses apportées par les Européens lors de la conquête) qui semble être la cause de l'effondrement des empires précolombiens et explique une bonne part de l'effondrement démographique que connaît le continent au cours du XVIe siècle. Vecteurs de maladies infectieuses, les Européens ont contaminé les Amérindiens dont les organismes n'étaient pas préparés à lutter contre la rougeole, la variole ou la coqueluche. On estime que ces épidémies ont tué entre 50 % et 60 % de la population autochtone. Le taux de mortalité pourrait avoir atteint 90 % pour certains groupes de population. 

Les études de démographie historique montrent que la population amérindienne est passée de 54 millions à la fin du XVe siècle à 25 millions en 1519 pour atteindre un million au début du XVIe siècle. C'est un des plus violents chocs démographiques connus.

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Évolution de la population amérindienne au XVIe siècle

C

La « question amérindienne » : la controverse de Valladolid

Le traitement réservé aux Amérindiens aboutit à une véritable controverse au sein de laquelle le dominicain Bartolomé de Las Casas joue un rôle de premier plan.

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Bartolomé de Las Casas

Devant l'effondrement de la population amérindienne et l'inhumanité des traitements qui lui sont infligés, certains s'interrogent sur la pérennité du système colonial et sur sa légitimité. Bartolomé de Las Casas alerte à de multiples reprises le roi d'Espagne et le pape sur les horreurs commises en leurs noms par les conquistadors et les colons. Il est invité à participer à la controverse de Valladolid (un débat), en Espagne. Celle-ci est organisée par le légat du pape Jules II en 1550−1551.

Le pape Paul III avait déjà condamné l'esclavage des Amérindiens dans Sublimis Deus de 1537 sans que cela ait eu beaucoup d'effet.

Au terme du débat, les Amérindiens sont finalement reconnus comme égaux en dignité et en nature aux Européens ; en conséquence, l'évangélisation est légitime et la conversion doit être obtenue. En revanche, l'esclavage et les mauvais traitements sont à proscrire.

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Bartolomé de Las Casas est issu d'une famille liée à Christophe Colomb (son oncle et son père ont participé au deuxième voyage), il est né en 1484. Il part pour le Nouveau Monde en 1502 où il devient propriétaire d'une encomienda (titre de propriété sur le foncier et sur les indigènes qui l'occupent). En 1512, il est ordonné prêtre et devient aumônier des conquistadors. Cette mission lui donne l'occasion de prendre conscience des violences que ceux-ci infligent aux indigènes. Devenu Dominicain, il s'engage dans la lutte pour le respect des indigènes. Rentré en Espagne en 1547, il participe à la controverse de Valladolid qui l'oppose au philosophe et théologien Juan de Sepulveda et publie, en 1552, sa Brève relation de la destruction des Indes dans laquelle il pointe les fautes des Européens. Il meurt en 1566.

  • Le XVe siècle est marqué par un mouvement d'expansion européenne permis par les progrès techniques et scientifiques. Après les voyages de découvertes vient le temps des empires coloniaux dont les deux plus importants sont dirigés, aux XVe et XVIe siècles, par les rois catholiques d'Espagne et par les rois du Portugal. Les premières routes de la mondialisation sont tracées. La mise en réseau du monde s'opère dans le cadre du commerce triangulaire qui unit Europe, Afrique et Amérique. 
  • L'expansion européenne a des conséquences importantes : en Europe, l'apport du métal précieux (or et argent) des Amériques stimule le développement économique et donne aux Européens un avantage certain. En Amérique, les populations sont asservies et les cultures précolombiennes anéanties. Le « choc microbien », par ailleurs, s'ajoute aux violences inhérentes à la conquête et à l'esclavage, ce qui explique l'effondrement démographique de la population amérindienne. 
  • Les grandes découvertes permettent quoi qu'il en soit une ouverture sur le monde sans précédent et offrent des occasions de métissage jusqu'alors insoupçonnées et dont on mesure aujourd'hui encore les conséquences.